H M É M 0 II I \ L DE 8 A I N TE- HÉLÈNE
• Personne ne saurait s'y opposer, et ils peuvent présenter In chose avec i une espèce de justiee. Ils ont à faire valoir que c'est pour le salut de
• l'Europe qu'ils en sont arrivés là ; qu'ils ont réussi ; qu'on leur « en doit quelque récompense. Et puis, il n'est plus en Kuropc de « vaisseaux de guerre que les leurs. Ils régnent aujourd'hui de fait « sur les mers. Il n'existe plus de droits publics quand 1'équilihre est « rompu, etc., etc.
« Les Anglais peuvent être tout aujourd'hui, s'ils veulent se réduire « à rentrer dans leurs vaisseaux. Mais ils exposeront leur supériorité, «compliqueront leurs affaires, et perdront insensiblement jusqu'à la
• considération, s'ils s'obstinent à conserver des soldais sur le continent. •
HrlAlfcon éf M rcnniu*irf ilr WMirVm, «IletrV |iar Na|*»l*>n
Lu mit fO.
Empereur est sorti de très-grand matin, mémo avant sept heure»; il n'a voulu faire lever aucun de nous. Le temps était fort beau ; il s'est mis à travailler seul dans le jardin, sous la tente, où il nous h fait appeler tous pour déjeuner. Il y est demeuré jusqu'à deux heures.
A dîner, il a lieaucoup parlé de notre situation dans l'Ile. Il ne voulait
pas, disait-il, bouger de Longwood, ne se souciait d'aucune visite ; mais il désirait que nous prissions quelque diversion, que nous cherchassions à nous égayer. Il nous aurait\us avec plaisir, disait-il, nous mouvoir et nous produire davantage, ete
I/Kmpereur a fait lire ses premières dictées sur la bataille de Waterloo au général Gourgaud. Quelles pages !... elles font mal!... Les destinées de la France ont tenu ù si peu de chose !...
Ar. B. La dernière rédaction a été publiée en Europe en 1820. On était venu à bout de la faire sortir furtivement de Sainte-Hélène, en dépit de toute vigilance. Dès que cette relation de Waterloo parut dans le monde, personne ne se trompa sur son auteur. On s'est écrié : Napoléon seul pouvait la décrire de la sorte ; cl l'on assure que c'est précisément ainsi que s'estexprimé le généralissime son antagoniste lui-même. Quels beaux chapitres !... Il serait impossible d'en essayer une analyse ; il faut lire l'original. Toutefois nous transcrivons littéralement ici les dernières pages, contenant, en forme de résumé, neuf observations de Napoléon sur les fautes qu'on lui a reprochées dans cette campagne.
Ce sont des points qui demeureront classiques, et nous avons pensé qu'on ne serait pas fâché de retrouver ici des objets qui deviennent, toutes les fois que l'occasion s'en présente, le sujet de vives et importantes discussions.
Nous ferons précéder ces observations, et toujours de la dictée de Napoléon, du tableau des ressources qui restaient encore à la France après la perte de la bataille.
« La position delà France était critique après la bataille de Waterloo, mais non désespérée. Tout avait été préparé dans l'hypothèse qu'on échouât dans l'attaque de la Belgique. Soixante-dix mille hommes étaient ralliés le 27 entre Paris et Laon, vingt-cinq à trente mille hommes, y compris les dépôts de la garde, étaient en marche de Paris et des dépôts ; le général Rapp, avec vingt-cinq mille hommes de troupes d'élite, devait être arrivé, dans les premiers jours de juillet, sur la Marne ; toutes les pertes du matériel de l'artillerie étaient réparées, Paris seul contenant cinq cents pièces de canon de campagne, et on n'en avait perdu que cent soixante-dix. Ainsi, une armée de cent vingt mille hommes, égale à celle qui avait passé la Sambre le 15, ayant un train d'artillerie de trois cent cinquante bouches à feu, couvrait Paris au i" juillet. Cette capitale avait, indépendamment décela, pour sa défense, trente-six mille hommes de garde nationale, trente mille tirailleurs, six mille canonnière, six cents bouches à feu en batterie, des retranchements formi-
dables sur lo rivedroitc de la Seine, et en peu de jours ceux de la rive gauche eussent été entièrement terminés. Cependant les armées a nglohollandaises et prusso-saxonnes, affaiblies déplus de quatre-vingt mille hommes, n'étant plus que de cent quarante mille, ne pouvaient dépasser la Somme avec plus de quatre-vingt-dix mille hommes; elles y attendraient la coopération des armées autrichiennes et russes, qui ne pouvaient èlre avant le 15 juillet sur la Marne. Paris avait donc vingt-cinq jours pour préparer sa défense, achever son armement, ses fortifications, ses approvisionnements, et attirer des troupes de tous les points de la France. Au la juillet même, il n'y aurait que trente ou quarante mille hommes arrivés sur le Rhin. La masse des armées russes et autrichiennes ne pouvait entrer en action que plus tard. Ni les armes , ni les munitions, ni les officiers, ne manquaient dans la capitale; on pouvait porter facilement les tirailleurs à quatre -vingt mille hommes, et augmenter l'artillerie de compagne jusqu'à six cents bouches à feu.
■ Le maréchal Suchet, réuni au général Lecourbe, aurait, à la même époque, plus de trente mille hommes devant Lyon, indépendamment de la garnison de celte ville, qui serait bien armée, bien approvisionnée et bien retranchée, ta défense de toutes les places fortes était assurée : elles étaient commandées par des officiers de choix, et gardées par des troupes tidèles. Tout pouvait se réparer ; mais il fallait du caractère, de l'énergie, delà fermeté de la part des officiers, du gouvernement, des Chambres et de la nation tout entière !!! Il fallait qu'elle fût animée par le sentiment de l'honneur, de la gloire, de l'indépendance nationale, qu'elle fixât les yeux sur Home après la bataille de Cannes, et non sur Carthage après Zama ! ! ! Si la France s'élevait à cette hauteur, elle était invincible. Son peuple contenait plus d'éléments militaires qu'aucun autre peuple du monde. Le matériel de la guerre était en abondance et pouvait suffire à tous les besoins.
« Le 21 juin, le maréchal Bliicher et le duc de Wellington entrèrent sur deux colonnes sur le territoire français. Le 22, le feu prit au magasin à poudre d'Avesnes; la place se rendit. Le 24, les Prussiens entrèrent dans Cuise, et le duc de Wellington à Cambrai. Le 26, il était à Péronne. Pendant tout ce temps, les places de première, de deuxième et troisième ligne de la Flandre étaient investies. Cependant ces deux généraux apprirent, le2o, l'abdication de l'Kmpereur, qui avait eu lieu le 22; l'insurrection des Chambres, le découragement que ces circonstances jetèrent dans l'armée, et les espérances qu'en concevaient les
<3a m i: Mo nui.
| ennemis intérieurs. Dès lors ils ne songèrent plus qu'à marcher sur la capitale, sous les murs de laquelle ils arrivèrent les derniers jours de
! juin, avec moins de quatre-vingt-dix mille hommes ; démarche qui leur I aurait été funeste et eût entraillé leur ruine totale, s'ils l'eussent hasardée devant .Napoléon ; mais ce prince avait abdiqué! ! ! Ia's troupes de ligne qui se trouvaient à Paris, plus de six mille hommes de dépots de la garde, les tirailleurs de la garde nationale, choisis dans le peuple de cette grande capitale, lui étaient tous dévoués : il pouvait foudroyer I les ennemis intérieurs! ! !... Mais pour développer les motifs qui ont réglé sa conduite dans cette occasion si importante, et qui a eu de si funestes conséquences pour lui et pour lu France, il faut reprendre le
I récit de plus loin, etc., etc.
Première observation. — • On a reproché à l'Empereur : 1° de s'être démis de la dictature au moment où lu France avait le plus grand besoin d'un dictateur ; 2" d'avoir changé les constitutions de l'empire dans un moment où il ne fallait songer qu'à le préserver de l'invasiou; 5°d'a-
: voir souffert que l'on alarmât les Vendéens, qui d'abord avaient refusé de prendre les armes contre le régime impérial; 4° d'avoir réuni les Chambres lorsqu'il suffisait de réunir les armées; 5° d'avoir abdiqué et laissé la France à la merci d'une assemblée divisée et sans expérience : car enfin, s'il est vrai qu'il fût impossible au prince de sauver la patrie sans la confiance de la nation, il ne l'est pas moins que la nation, dans ces circonstances critiques, ne pouvait sauver ni son honneur ni son
' indépendance sans Napoléon. »
Nous ne ferons aucune réflexion sur des matières qui sont approfondies et longuement traitées dans le livre X.
Deuxième observation. — « L'art avec lequel les mouvements des
j divers corps d'armée ont été dérobés à la connaissance de l'ennemi, au début de la campagne, ne saurait être trop remarqué. Le maréchal lilucher et le duc de Wellington ont été surpris ; ils n'ont rien vu, rien su de tous les mouvements qui s'o|iéraient près de leurs avant-
I postes.
« Pour attaquer les deux armées ennemies, les Français pouvaient déborder leur droite, leur gauche, et percer leur centre. Dans le premier cas, ils déboucheraient par Lille, et rencontreraient l'armée anglo-hollandaise ; dans le second, ils déboucheraient par Civet et Charlemont, et rencontreraient l'armée prusso-saxonne. Ces deux armées resteraient réunies, puisqu'elles seraient ^pressées l'une sur l'autre, de la droite sur lu gauche cl de la gauche sur la droite. L'Empereur adopta
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le parti de couvrir ses mouvements par la Sambre, et de percer la ligne des deux armées à Cliarleroi, point de leur jonction, manoeuvrant avec rapidité et habileté. Il trouva ainsi dans les secrets de l'art des moyens supplémentaires qui lui tinrent lieu de cent mille hommes qui lui manquaient. Ce plan fut conçu et exécuté avec audace et sagesse. -
Trotstème observation. — « Le caractère de plusieurs généraux avuil été détrempé par les événements de 1814; ils avaient perdu quelque chose de celte audace, de cette résolution et de cette confiance qui leur avaient valu tant de gloire et avaient tant contribué au succès des campagnes passées.
« 1° Le 15 juin, le troisième corps devait prendre les armes à trois heures du matin, et arriver devant Charleroi à dix heures; il n'arriva qu'à trois heures après midi.
2° Le même jour, l'attaque des bois en avant de Fleurus, qui avait été ordonnée pour quatre heures après midi, n'eut lieu qu'à sept heures. La nuit survint avant qu'on pût entrer à Fleurus, où le projet du chef avait été de placer son quartier général ce même jour. Cette
perte de sept heures était bien fâcheuse au début d'une campagne.
• 5°.\ey reçut l'ordre «le se porter le 1G, avec quarante- trois mille hommes qui composaient In gauche qu'il commandait, en avant des Quatre-Bras, d'y prendre position à lu pointe du jour, et même de s'y retrancher. Il hésita, perdit huit heures. Le prince d'Orange, avec neuf mille hommes seulement, conserva le t(>, jusqu'à trois heures après midi, celle importante position. Lorsque enlin le maréchal reçut à midi l'ordre daté de Fleurus, et qu'il vit que l'Empereur allait en venir aux mains avec les Prussiens, il se porta sur les Quatre-Bras, mais seulement avec la moitié de son monde , et laissa l'autre moitié pour appuyer sa retraite à deux lieues derrière; il l'oublia jusqu'à six heures du soir, où il en sentit le besoin pour sa propre défense. Dans les autres campagnes, ce général eût occupé, à six heures du malin, la position en avant des Quatre-Bras, eût défait et pris toute la division belge, et eût ou tourné l'armée prussienne en faisant, par la chaussée de Namur, un détachement qui fût tombé sur les derrières de la ligne de bataille, ou, en se portant avec rapidité sur In chaussée de (îenape, il eût surpris en marche et détruit la division de Brunswick et la cinquième division anglaise, qui venaient de Bruxelles, et de là eût marché à la rencontre . des première et troisième divisions anglaises, qui arrivaient par la chaussée de Nivelles, l'une et l'autre sans cavalerie ni artillerie, et harassées de fatigue. Toujours le premier dans le feu, Ney oubliait les troupes qui n'étaient pas sou ; ses yeux. La bravoure que doit montrer un général en chef est différente de celle que doit avoir un général de division, comme celle-ci ne doit pas être celle d'un capitaine de grenadiers.
« A" L'avant-garde de l'armée française n'arriva le 17 devant Water- ■ loo qu'à six heures du soir; sans de fâcheuses hésitations, elle y fût arrivée à trois heures. L'Empereur en parut fort contrarié; il dit en ' montrant le soleil : « Que ne donnerais-je pas pour avoir aujourd'hui ■ le pouvoir de Josué, et retarder sa marche de deux heures! *
Quatrième observation. — « Jamais le soldat français n'a montre plus de courage, de bonne volonté et d'enthousiasme; il était plein du sentiment de sa supériorité sur tous les soldats de l'Europe. Sa conliance dans l'Empereur était tout entière, et peut-être encore accrue; mais il était ombrageux et métianl envers ses autres chefs. Les trahisons de 1814- étaient toujours présentes à son esprit : tout mouvement qu'il ne comprenait pas l'inquiétait, il se croyait trahi. Au moment où
les premiers coups de canon se liraient près de Saint-Aniand, un vieux
!>E SAINTF.-IIKI.ÈNE.
caporal s'approcha de l'Em pereu r, et lui dit « Sire, métiez-vous lu « maréchal Soult. soyez certain qn'H nous (rohit. — Sois tranquille, lui
« répond ce prince, j'en reponds comme de moi. » Au milieu de In bataille, un oflicicr fit le rapport au maréehal Soult que le général Yandamme était passé à l'ennemi, que ses soldats demandaient à grands cris qu'on en instruisit l'Empereur. Sur la fin de la bataille; un dragon, le sabre tout dégouttant de sang, accourut criant « Sire, venez vite à i la division ; le général Dhénin harangue les dragons pour passer à ■ l'ennemi ! — L'as-tu entendu? — Non, Sire ; mais un officiel1 qui vous » cherche l'a vu, et m'a chargé de vous le dire. « Pendant ce temps, le brave général Dhénin recevait un l>oulet de canon qui lui emportait une cuisse, après avoir re|M)iissé une charge ennemie.
* Le 14 au soir, le lieutenant général B le colonel C et
l'officier de l'état-major V , uvaient déserté du A' et passé à l'ennemi. Leurs noms seront en exécration tant que le peuple français formera une nation. Cette désertion avait fort augmenté l'inquiétude du soldat. Il parait à peu près constant qu'on a crié sauve qui peut! h la quatrième division du premier corps, le soir de la bataille de Waterloo, à l'attaque du village de 1 ;i Haie par le maréchal Hlucber. Ce village
n'a pa* été défendu comme il devait l'être. Il est étalement probable que plusieurs olïiciers porteurs d'ordres ont disparu. Mais si quelques officiers ont déserté, pas un seul soldat ne s'est rendu coupable de ce crime. Plusieurs se tuèrent sur le champ de bataille où ils étaient restés blessés, lorsqu'ils apprirent la déroute de l'armée. »
Cinquième observation. — « Dans la journée du 17, l'armée française se trouva partagée en trois parties : soixanle-neuf mille hommes, sous les ordres de l'Empereur, marchèrent sur Bruxelles par la chaussée de Charleroi; trente-quatre mille hommes, sous les ordres du maréchal Grouchy, se dirigèrent sur cette capitale par la chaussée de Wavres, à la suite des Prussiens; sept à huit mille hommes restèrent sur le champ de bataille de Ligny, savoir : trois mille hommes de la division Gérard pour porter secours aux blessés, et former, dans tous les cas imprévus, une réserve aux Quatre Bras ; quatre à cinq mille hommes, formant les parcs de réserve, restèrent à Fleurnsetà Charleroi. Les trente-quatre mille hommes du maréchal Grouchy , ayant cent huit pièces de canon, étaient suffisants pour culbuter l'arrière-garde prussienne dans toutes les positions qu'elle prendrait, presser la retraite de l'armée vaincue et la contenir. C'était un beau résultat de la victoire de Ligny de pouvoir ainsi opposer trente-quatre mille hommes à une armée qui avait été de cent vingt mille hommes. Les soixante-neuf mille hommes, sous les ordres de l'Empereur, étaient suffisants pour battre l'armée anglo- hollandaise de quatre-vingt-dix mille hommes. La disproportion qui existait le 1o entre les deux masses belligérantes, qui étaient alors dans le rapport d'un h deux, était bien changée; elle n'était plus que dans le rapport de trois à quatre. Si l'armée anglo-hollandaise avait battu les soixante-neuf mille hommes qui marchaient contre elle, on eût pu reprocher à Napoléon d'avoir mal calculé ; mais il est constant, même de l'aveu des ennemis, que, sans l'arrivée du général
Blucher, l'armée anglo-hollandaise aurait perdu son champ de bataille entre huit et neuf heures du soir. Sans l'arrivée du maréchal Blucher, à huit heures du soir, avec ses premier et deuxième corps, la marche sur Bruxelles, sur deux colonnes, pendant la journée du 17, avait plusieurs avantages. La gauche poussait et contenait l'armée anglo-hollandaise ; la droite, sous les ordres du maréchal Grouchy, poursuivait et contenait l'armée prusso-saxonne , et, le soir, toute l'armée française devait se trouver réunie sur une ligne de cinq petites lieues de Mont- | Saint-Jean h Wavres, ayant ses avant- postes au bord de la forêt. Mais la faute que fit le maréchal Grouchy de s'arrêter le 17 à Gembloux,
D'ayant fait dans la journée que deux petites lieues, au lieu de continuer jusque vis-à-vis Wavres, c'est-à-dire d'en faire encore trois, fut aggravée et rendue irréparable par celle qu'il lit le lendemain 18, en perdant douze heures , et n'arrivant qu'à quatre heures après midi devant Wavres, au lieu d'y arriver à six heures du matin.
« 1° Chargé de poursuivre le maréchal Blucher, Grouchy le perdit de vue pendant vingt-quatre heures, depuis le 17 à quatre heures après midi jusqu'au 18 à quatre heures après midi.
« 2° Le mouvement de la cavalerie sur le plateau, pendant que l'attaque du général Bulow n'était pas encore repoussée, fut un accident fâcheux. L'intention du chef était d'ordonner ce mouvement, mais une heure plus tard, et de le faire soutenir par les seixe bataillons d'infanterie de la garde et cent pièces de canon.
» 3° Les grenadiers à cheval et les dragons de la garde, que commandait le général Guyot, s'engagèrent sans ordre. Ainsi, à cinq heures après midi, l'armée se trouva sans avoir une réserve de cavalerie. Si, à huit heures et demie, cette réserve eût existé, l'orage qui bouleversa le champ de bataille eut été conjuré, les charges de cavalerie ennemie repoussées; les deux armées eussent couché sur le champ de bataille, malgré l'arrivée successive du général Bulow et du maréchal Blucher. L'avantage eut encore été pour l'armée française, car les trente-quatre mille hommes du maréchal Grouchy, ayant cent huit pièces de canon, étaient frais, et bivouaquèrent sur le champ de bataille. Les deux armées ennemies se fussent dans la nuit couvertes par la forêt de Soignes. L'usage constant dans toutes les batailles était que la division des grenadiers et dragons delà garde ne perdit pas de vue l'Empereur, et Déchargeât qu'en vertu d'un ordre donné verbalement par ce prince au général qui la commandait.
« Le maréchal Mortier, qui commandait en chef la garde, quitta ce | j commandement le 15, à Beauniont, comme les hostilités commençaient ; il ne fut pas remplacé, ce qui eut plusieurs inconvénients.
Sixième observation. — « 1° L'armée française manœuvra sur la droite delà Sambrele 13 et le 14. Elle campa la nuit du 14 au 15 à une demi-lieue des avant-postes prussiens, et cependant le maréchal Blucher n'eut connaissance de rien ; et lorsque, le 15 dans la matinée, il apprit, à son quartier général de Namur, que l'Empereur entrait à Charleroi, l'armée prusso-saxonne était encore cantonnée sur une éten- ! due de pays de trente lieues; il lui fallait deux jours pour se réunir. Il ; eût dù, dès le 15 mai, porter son quartier général à Fleurus, concen-
trer les cantonnements de son armée dans un rayon de huit lieues, tenant des avant-gardes sur les débouchés de la Meuse et de la Sambre. Son armée eût pu alors être à Ligny le lo à raidi, y attendre l'attaque de l'armée française, ou, dans la soirée du 15, marcher contre elle pour la jeter dans la Sambre.
« 2° Cependant, quoique surpris, le maréchal Blucher persista dans le projet de réunir son armée sur les hauteurs de Ligny, derrière Fleurus, bravant la chance d'y être attaqué avant que son armée y fût arrivée. Le 46 au malin, il n'avait encore réuni que deux corps d'armée, et déjà l'armée française était à Fleurus. Le troisième corps rejoignit > dans la journée; mais le quatrième, que commandait le général Bulow, ne put arriver à la bataille. Le maréchal Blucher eût du, aussitôt qu'il sut les Français à Charleroi, c'est-à-dire dans la soirée du 15, donner pour point de rassemblement à son armée, non Fleurus, non Ligny, qui se trouvaient déjà sous le canon de son ennemi, mais Wavres, où les Français ne pouvaient arriver que le 17. 11 eût eu de plus toute la journée du 16 et la nuit du 16 au 17 pour opérer le rassemblement total de son armée.
3° Après avoir perdu la bataille de Ligny, le général prussien, au lieu de faire sa retraite sur Wavres, eût dû l'opérer sur celle du duc de Wellington, soit sur les Quatre-Bras, puisque celui-ci s'y était maintenu, soit sur Waterloo. Toute la retraite du maréchal Blucher, dans la matinée du 17, fut à contre-sens, puisque les deux années, qui n'étaient qu'à trois mille toises l'une de l'autre pendant la soirée du 16, ayant pour communication une belle chaussée, ce qui les pouvait faire considérer comme réunies, se trouvèrent le soir du 17 éloignées de plus de dix mille toises, et séparées par des délilés et des chemins impraticables.
« Le général prussien a violé les trois grandes règles de la guerre : !u tenir ses cantonnements rapprochés ; 2° donner pour point de rassemblement un lieu où ils puissent tous arriver avant l'ennemi ; 3° opérer sa retraite sur ses renforts.
Septième observation. — « 1° l^educ de Wellington a été surpris dans ses cantonnements ; il eût dû, le 15 mai, les concentrer à huit lieues autour de Bruxelles, tenant des avant- gardes sur les débouchés de Flandre. L'armée française manœuvrait depuis trois jours à portée de ses avant- postes ; elle avait depuis vingt-quatre heures commencé les hostilités, son quartier général était depuis douze heures à Charleroi, que le général anglais ignorait encore tout à Bruxelles, et tous les can-
tonnements de son armée étaient encore en pleine sécurité, occupant un terrain de plus de vingt lieues.
• 2° Le prince de Saxe-Weimar, qui faisait partie de l'armée anglohollandaise, était le 15, à quatre heures du soir, en position en avant de Frasne, et savait que l'armée française était à Charleroi. S'il eût envoyé directement un aide de camp à Bruxelles, il y serait arrivé à six heures du soir, et cependant ce ne fut qu'à onze heures du soir que le duc de Wellington fut instruit que l'armée française était à Charleroi. Il perdit ainsi cinq heures dans une circonstance et contre un homme où la perle d'une seule heure était d'une grande importance.
« 3° L'infanterie, la cavalerie et l'artillerie de cette armée étaient cantonnées séparément, de sorte que l'infanterie se trouva engagée aux Cuiatre-Bras, sans cavalerie ni artillerie, ce qui lui fit éprouver une grande perte, puisqu'elle fut obligée de se tenir en colonnes serrées pour faire face aux charges de cuirassiers, et sous la mitraille de cinquante bouches à feu. Ces braves étaient ainsi à la boucherie, sans cavalerie
pour les protéger et sans artillerie pour les venger. Comme les trois armes ne peuvent pas se passer un moment l'une de l'autre, elles doi-
vent toujours être cantonnées et placées de manière à pouvoir toujours
s'assister.
» 4° l>e général anglais, quoique surpris, donna pour point de réunion à son armée les Quatre-Bras, depuis vingt-quatre heures au pouvoir des Français. Il exposait ses troupes à être défaites partiellement et à ; mesure de leur arrivée; le danger qu'il leur faisait courir était bien J plus considérable encore, puisqu'il les faisait arriver sans artillerie et sans cavalerie ; il livrait son infanterie, morcelée et sans l'assistance ! des deux autres armes, à son ennemi. Son point de rassemblement devait être à Waterloo ; il aurait eu alors la journée du 16 et la nuit du 16 au 17, ce qui était suffisant pour réunir toute son armée, infanterie, cavalerie, artillerie. Les Français ne pouvaient y arriver que le 17, et eussent trouvé toute son armée en position.
Huitième observation. — • 1° Le général anglais a livré le 18 la bataille de Waterloo. Ce parti était contraire aux intérêts de sa nation, au plan général de guerre adopté par les alliés ; il violait toutes les règles de la guerre. 11 n'était pas de l'intérêt de l'Angleterre, qui a besoin de tant d'hommes pour recruter ses armées des Indes, de ses colonies d'Amérique et de ses vastes établissements, de s'exposer de gaieté
! de cœur à une lutte meurtrière qui pouvait lui faire perdre la seule armée qu'elle eût, et lui coûter tout au moins le plus pur de son sang. I>e plan de guerre des alliés consistait à agir en masse, et à ne s'engager dans aucune affaire partielle. Rien n'était plus contraire à leur intérêt et à leur plan que d'exposer le succès de leur cause dans une bataille chanceuse, à |»eu près à force égale, où toutes probabilités étaient contre eux. Si l'armée anglo-hollandaise eût été détruite à Waterloo, qu'eût servi aux alliés ce grand nombre d'armées qui se disposaient à franchir le Rhin, les Alpes et les Pyrénées?
" 2° Le général anglais, en prenant la résolution de recevoir la bataille j a Waterloo, ne la fondait que sur la coopération des Prussiens, mais cette coopération ne pouvait avoir lieu que dans l'après-midi; il restait donc exposé seul depuis quatre heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, c'est-à-dire pendant treize heures : une bataille ne dure pas ordinairement plus de six heures ; celle coopération était donc illusoire.
■ Mais, pour compter sur la coopération des Prussiens, il supposait donc que l'année française était tout entière vis-à-vis de lui ; et si cela
1 était, il prétendait donc, pendant treize heures, avec quatre-vingt-dix mille hommes de troupes de diverses nations, défendre son champ de bataille contre une armée de cent quatre mille Français ? Ce calcul était
DE SAINTE- HELENE. Ut | ,
évidemment faux il ne se fut pas maintenu trois heures; tout mirait été décidé m huit heures du matin, et les Prussiens ne seraient arrivés ! que pour être pris ù revers. Dans une même journée les deux armées j eussent été détruites. S'il comptait qu'une partie de l'armée fran- | çaise aurait, conformément aux règles de la guerre, suivi l'armée prussienne, il devait dès lors lui être évident qu'il n'en aurait aucune assistance, et que les Prussiens, battus à Ligny, ayant perdu vingt-cinq à trente mille hommes sur le champ de bataille, en ayant eu vingt mille j d'éparpillés, poursuivis par trente-cinq ou quarante mille Français vic- ! torieux, ne se seraient pas dégarnis, et se seraieut crus à peine suffisants pour se maintenir. Dans ce cas, l'armée unglo- hollandaise aurait ! . dû seule soutenir l'effort de soixante-neuf mille Français pendant toute la journée du 18, et il n'est pas d'Anglais qui ne convienne que le résultat de cette lutte n'était pas douteux, et que leur armée n'était pas constituée de manière à supporter le choc de l'armée impériale pendant quatre heures.
• Pendant toute la nuit du 17 au 18, le temps a été horrible, ce qui a rendu les terres impraticables jusqu'à neuf heures du matin. Cette perte de six heures depuis la pointe du jour a été tout à l'avantage de l'ennemi ; mais son général pouvait-il faire dépendre le sort d'une pareille lutte du temps qu'il faisaitdans la nuit du 17 au 18? Le maréchal Grouc.hr, avec trente-quatre mille hommes et cent huit pièces de canon, a trouvé le secret, qui paraissait introuvable, de n'être, dans la journée du 18, ni sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean ni sur Wavres. Mois le général anglais avait-il l'assurance de ce maréchal qu'il se fourvoirait d'une si étrange manière? La conduite du maréchal Grouchy était aussi imprévoyawV que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie. Récapitulons. Si le maréchal Grouchy eût été sur le champ de bataille de Mont-Saint- Jean, comme l'ont cru le général anglais et le général prussien pendant toute la nuit du 17 au 18, et toute la matinée du 18, et que' le temps eût permise l'armée française de se ranger en bataille à quatre heures du matin, avant sept heures l'année anglo-hollandaise eût été écharpée, éparpillée ; elle eût tout perdu ; et si le temps n'eût permis à l'année française de prendre son ordre de bataille qu'à dix heures, à une heure après midi l'armée anglo-hollandaise eût fini ses destins ; les débris en eussent été rejetés au delà de la forêt ou dans la direction de Hall, et l'on eût eu tout le temps dans la soirée d'aller à la rencontre du maréchal Hlueher et de lui faire éprouver un pareil sort. Si le maréchal
(irouchy eût campé devant Wavres la nuit du 17 au 18, l'armée prussienne n'eût fait aucun détachement pour sauver l'armée anglaise, et celle-ci eût été complètement battue par les soixante- neuf mille Français qui lui étaient opposés.
- 3° La position de Mont-Saint-Jean était mal choisie. La première condition d'un champ de bataille est de n'avoir pas de déûlés sur ses derrières. Pendant la bataille, le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavulerie; il ne jugea pas qu'il devait être et serait attaqué par sa gauche, il crut qu'il le serait par sa droite. Malgré la diversion opérée en sa faveur par les trente mille Prussiens du général Bulow, il eût deux fois opéré sa retraite dans la journée, si cela eût été possible. Ainsi, par le fait, ôétrange bizarrerie des événements humains ! le mauvais choix de son champ do bataille, qui rendait toute retraite impossible, a été la cause de son succès ! ! ! »
Neuvième observation. — « On demandera : Que devait donc faire le général anglais après la bataille de Lignyet le combat des Quatre-Bras? La postérité n'aura pas deux opinions : il devait traverser, dans la nuit du 17 au 18, la forêt de Soignes sur la chaussée de Charleroi ; l'armée prussienne la devait également traverser sur la chaussée de Wavres ; les deux armées se réunir à la pointe du jour sur Bruxelles ; laisser des arrière-gardes pour défendre la forêt ; gagner quelques jours pour donner le temps aux Prussiens, dispersés par la bataille de Ligny, de rejoindre leur armée, se renforcer de quatorze régiments anglais qui étaient en garnison dans les places fortes de la Belgique, où ils venaient de débarquer à Ostende, de retour d'Amérique, et laisser manœuvrer l'empereur des Français comme il aurait voulu. Aurait-il, avec une armée de cent mille hommes, traversé la forêt de Soignes pour attaquer au débouché les deux armées réunies, fortes de plus de deux cent mille hommes et en position ? c'était certainement tout ce qui pouvait arriver de plus avantageux aux alliés. Se serait-il contenté de prendre lui-même position? son inaction ne pouvait pas être longue, puisque trois cent mille Russes, Autrichiens, Bavarois, etc., étaient arrivés sur le Rhin: ils seraient dans peu de semaines sur In Marne, ce qui l'obligerait à accourir au secours de sa capitale. C'est alors que l'armée anglo-prussienne devait marcher et se joindre aux alliés sous Paris. Elle n'aurait couru aucune chance, n'aurait éprouvé aucune perte, aurait agi conformément aux intérêts de la nation anglaise, au plan général de guerre adopté par les alliés, et aux règles de l'art de la guerre. Du 15 au 18, le duc de]\Vellinglon a constamment manœuvré comme l'a désiré son en-
de suntr-iiélk;<k. i«3
nemi; il n'a rien fait de ce que celui-ci craignait qu'il fil. L'infanterie anglaise a été ferme et solide, la cavalerie pouvait mieux faire ; l'armée anglo-hollandaise a été deux fois sauvée dans la journée par les Prussiens ; la première fois avant trois heures par l'arrivée du général Bulow avec trente mille hommes, et la deuxième fois par l'arrivée du maréchal Blucher avec trente et un mille hommes. Dans cette journée, soixante-neuf mille Français ont battu cent vingt mille hommes ; la victoire leur a été arrachée entre huit et neuf heures, mais par cent cinquante mille hommes.
« Qu'on se figure la contenance du peuple de Londres au moment où il aurait appris la catastrophe de son armée, et que l'on avait prodigué le plus pur de son sang pour soutenir la cause des rois contre celle des peuples, des privilèges contre l'égalité, des oligarques contre les libéraux, des principes de la saintinilliance contre ceux de la souveraineté du peuple! ! ! -
Projn «!«• nouvelle Jefi nv |M>lilkt|iie île Napoléon par lui méiue
J'ai été joindre l'Empereur sur les quatre hrures. Il avait travuillé toute la matinée. Le vent était très-fort; il n'a pas voulu faire le tour en calèche; il s'est promené longtemps dans la grande allée du bois; nous y étions tous.
Après diner, l'Empereur, revonant sur sa protestation récente contre le traité du 2 août, et s'animant sur son contenu, dioait, en marchant à grands pas dans le salon, qu'il allait en tracer une autre sur un cadre bien autrement vaste et important, contre le bill même de la législature britannique. Il prouverait, disait-il, que ce bill n'était pas une loi, mais une violation de toutes les lois. Lui, Napoléon, y était proscrit, et n'é tait point jugé. Le parlement d'Angleterre avait fait ce qu'il croyait juste ; il avait imité Thémistocle, sans vouloir écouter Aristide. De lu. l'Empereur se mettait en jugement devant tous les peuples de l'Europe, et chacun d'eux l'absolvait successivement. 11 a passé en revue tous les actes de son administration, et les a tous justifiés. « Les Français et les » Italiens, a-t-il dit, gémissent de mon absence. J'emporte la reconnais- « sance des Polonais, et jusqu'aux regrets tardifs et amers des Espagnols ■ mêmes, etc.
• L'Europe pleurera bientôt la perte de l'équilibre auquel mon em- - pire français était absolument nécessaire. Elle est dans le plus grand « danger ; elle peut être à chaque instant inondée de Cosaques et de Tar-
MÉMORIAL i
• lares. Et vous, Anglais, a-t-il dit en finissant, vous, Aillais, vous - pleurerez votre victoire de Waterloo ! On amènera les choses à ce que i « la postérité, les gens instruits, les vrais hommes d'État, les vrais hom- « mes de bien, regretteront amèrement que je n'aie pas réussi dans « toutes mes entreprises. »
L'Empereur a eu des moments sublimes. Je ne le suivrai point dans ses développements. Il a promis de les dicter, et a dit en avoir déjè "arrêté le cadre et les bases en quatorze paragraphes.
Oltmt : r.tmme; Cuo,le 1k- U \4m belle luiUUle de l'Kmperenr.-Oe» meilleure» troupe», cte.
L'Empereur n'est sorti que sur les quatre heures. Il venait de passer trois heures dans son bain. Le temps était fort aigre ; il s'est contenté de quelques tours dans le jardin. Il venait de faire écrire au gouverneur qu'il ne recevrait désormais personne, à moins qu'on n'admit à Longwood sur les passes du grand maréchal, comme au temps de l'amiral Cockburn.
Avant de se mettre aux échecs, l'Empereur a trouvé sous sa main un volume de Fénelon. C'était la direction de conscience d'un roi. Il nous en a lu bon nombre d'articles, les sabrant tout d'abord avec beaucoup desprit et de gaieté. Enfin il a jeté le livre, disant que le nom d'un auteur n'avait jamais influé sur son opinion; qu'il avait toujours jugé les ouvrages sur ce qu'ils lui faisaient éprouver, louant volontiers, censurant de même, et qu'ici, en dépit du nom de Fénelon, il n'hésitait pas à prononcer que c'étaient autant de rapsodies.
Après dîner, l'Empereur parlait de l'ancienne marine, de M. de Grasse, de sa défaite du 12 avril. II a voulu avoir quelques détails , il a demandé le Dictionnaire des Sièges et Batailles. L'Empereur l'a parcouru; il lui a fourni une foule d'observations. Câlinât, pour son malheur, s'est trouvé sous sa main ; il l'a rabaissé infiniment à nos yeux. Il l'avait trouvé, disait-il, fort au-dessous de sa réputation, à l'inspection des lieux où il avait opéré en Italie, et à la lecture de sa correspondance avec Louvois. Sorti du tiers état, observait-il, et du corps des avocats, avec des vertus douces, des mœurs, de la probité, affectant la pratique de l'égalité, établi à Saint-Gratien, aux portes de Paris, il était devenu l'afreclion des pensde lettres de la capitale, des philosophes du jour, qui l'avaient beaucoup trop exalté. Il n'était nullement comparable à Vendôme, prononçait-il.
L'Empereur disait qu'il avait cherché à étudier de même Turennc et
Condé, soupçonnant aussi de l'exagération ; mais que là il avait fallu se rendre au mérite. Il avait même remarqué que dans Turenne l'audace avait crû chez lui avec l'expérience. II en montrait plus en vieillissant qu'à son début. C'était peut-être le eontraire chez Condé, qui en avait tant déployé eo entrant dans la carrière.
Et au sujet de Turenne, de Condé, et d'autres grands hommes, j'observerai qu'il est assez bizarre que le hasard ne m'ait jamais laissé entendre le nom du grand Frédéric dans la bouche de Napoléon. Toutefois, la grosse montre ou espèce de réveille-matin de ce prince, emportée à Sainte-Hélène, et placée à la cheminée de l'Empereur, l'empressement avec lequel Napoléon, à Postdam, s'élança sur l'épée du grand Frédéric,
en s' écriant : « Que d'autres saisissent d'autres dépouilles : voici, pour « moi, ce qui est supérieur à tous les millions ! » enfin la contemplation longue et silencieuse de Napoléon au tombeau de Frédéric, prouvent assez à quel haut rang ce prince était dans l'esprit de l'Empereur, et combien il avait dû remuerson Ame \
' U ni- les temps <|iii oui suivi mon enlèvement de Longvtood, >apoleon «est occupé d'un travail tpécUl sur le grand FrWérk-, de notes et commentaires sur ses campagne*. ■ Voyei les Mémoire* tir yapoléon, tome VIII. Botunge frères, IS23.)
Dans lu Dictionnaire des Sièges et Batailles que feuilletait l'Empereur, il trouvait son nom à chaque page, mais entouré d'anecdotes tout à ; fait fausses et défigurées, ce qui le portait à se récrier sur toute la fourmilière des petits écrivains et les indignes abus de la plume. La littérature, disait-il, devenait une nourriture du peuple, lorsqu'elle eût dù demeurer celle des gens délicats.
« On méfait, par exemple, à Arcole, durant In nuit, prendre le poste « d'une sentinelle endormie. Cette idée est sans doute d'un bourgeois, « d'un avocat peut-être, mais sûrement pas celle d'un militaire. L'au- « teur me veut du bien, nul doute, et n'imagine rien de plus beau dans « le monde que ce qu'il me fait faire. Il a certainement écrit cela pour » me faire honneur; mais il ignorait que je n'étais guère capable d'un ■ tel acte; j'étais trop fatigué pour cela; il est à croire que j'étais en- » dormi avant le soldat dont il parle. »
On a alors compté cinquante à soixante grandes batailles données par l'Empereur. Quelqu'un ayant demandé quelle était la plus belle, il disait qu'il était difficile de répondre ; qu'il était nécessaire de s'expliquer d'abord sur ce qu'on entendait par la plus belle des batailles. * Les « miennes, continuait-il, ne pouvaient être jugées isolément. Elles n'a- « vaient point unité de lieu, d'action, d'intention; elles n'étaient jamais « qu'une partie de très-vastes combinaisons : elles ne devaient donc être
• jugées que par leur résultat. Celle de Marengo, si longtemps indé- " cise, avait donné toute l'Italie ; celle d'17/ro avait vu disparaître toute « une armée; celle d'Iéna avait livré toute la monarchie prussienne ; «celle de Friedland avait ouvert l'empire russe; celle d'Eckmùlh « avait décidé de toute une guerre, etc., etc.
Celle de la Idoskowa, disait-il, était une de celles où l'on avait déployé le plus de mérite et obtenu le moins de résultats.
- Celle de Waterloo, où tout avait manqué quand tout avait réussi,
• eût sauvé la France et réassis l'Europe. »
Madame de Montholon ayant demandé quelles étaient les meilleures troupes : « Celles qui gagnent des batailles, Madame, a répondu l'Em- « pereur. Et puis, a-t-il ajouté, elles sont capricieuses et journalières « comme vous, Mesdames. Les meilleures troupes ont été Us Carthagi- « nois sous Annibal, les Romains sous les Scipions, les Macédoniens sous - Alexandre , les Prussiens sous Frédéric. Toutefois il croyait bien, di- •• sait-il, pouvoir affirmer que les Français étaient ceux qu'il était le plus » facile de rendre et de maintenir les meilleurs.
- Avec ma garde complète de quarante à cinquante mille hommes.
DE SA I1NTE-IIÉLÉNE.
" je me serais rail fort de traverser toute l'Europe. On pourra peut-être » reproduire quelque chose qui vaille mon armée d'Italie et celle d'Aus- « terliU ; mais, a coup sur, jamais rien qui les surpasse. »
MtttMde et madame Cottiii . rte. — Pat lin Français que Napoléon n'ait renroe. — Deaais et Napoléon a Harengo. — Sidney-Smlth cause Involontaire du retour dn général Bonaparte en France ; bWto rhroc de ce voyage. -Ktempleshlen Miarrea de la fortmie.
Jeudi 20. «tJklrrdi 30
Sur les deux heures, l'Empereur m'a Tait appeler dans sa chambre, et m'a donné quelques ordres particuliers
A quatre heures, j'ai été le retrouver sous la tente; il étaitentouréde tous, assis et se balançant sur une chaise, riant, causant, se battant les flancs pour être gai, et répétant néanmoins souvent qu'il se sentait mou, lâche, ennuyé. Il s'est levé et a Tait un tour en calèche.
Après dîner, l'on parlait de roman; on citait madame Cottin et sa Mathilde, dont le théâtre est en Syrie. L'Empereur demandait s'il avait vu madame Cottin, si elle l'aimait, si son ouvrage lui était favorable; et comme on hésitait... « D'ailleurs, a-t-ildit, tout le monde m'a aimé « et m'a haï; chacun m'a pris, laissé et repris. Je crois qu'on peut affir- « mer qu'il n'est point un Français que je n'aie remué. Tous m'ont •> aimé, depuis Collot-d'Herbois, s'il avait vécu, jusqu'au prince de « Condé ; seulement cela n'a pas été en même temps, mais par inter- « valles et à des époques différentes. J'étais le soleil qui parcourt l'é- « cliptiqnc en traversant l'équatciir. A mesure que j'arrivais dans le « climat de chacun, toutes les espérances s'ouvraient, on me bénissait, « on m'adorait ; mais dès que j'en sortais, quand on ne me comprenait « plus, venaient alors les sentiments contraires, etc. »
Plus tard, la conversation s'est arrêtée sur l'Egypte. L'Kmpereur a répété beaucoup de choses sur Kléber et Desaix. Il n'hésitait pas à prononcer queKIéber était le meilleur officier de son armée après Desaix, et il a raconté plusieurs circonstances de sa vie et de son caractère. Jusque-là, disait Napoléon, il avait passé généralement pour insubordonné; mais il n'en laissa jamais rien soupçonner vis-à-vis du jeune général en chef, ce qui étonnait fort, observait l'Empereur, les officiers de l'état-major, accoutumés à une tout autre allure dans Kléber. L'Empereur revenait à le blâmer extrêmement de la conduitequ'il avait tenue dès qu'il s'était trouvé généralissime en Egypte : il s'était ennuyé, disait-il, de la perspective d'une telle situation, et n'avait songé qu'à revenir en Europe, ce qui l'avait porté à écrire au Directoire une lettre des plus ridicules,
pleine d'assertions finisses et absurdes, qui, par ia plus bizarre des circonstances, et bien assurément contre toute prévoyance de la part do Kléber, vint tomber précisément entre les mains de celui contre lequel elle était principalement dirigée : Napoléon venait de succéder au Directoire, Dosaix arriva près du Premier Consul, au moment de Marengo; Napoléon lui demandait comment il avait pu signer la capitulation de l'Kgypte, car l'armée, lui observait-il, était suffisante pour la garder. Nous ne devions plus la perdre. « Cela est vrai, répondit Desaix, et « l'armée était certainement assez nombreuse pour cela : mais le géné- « ral en chef ne voulait plus y demeurer. Or, le général en chef, à cette » dislance, n'est pas un seul homme dans l'armée, il en est la moitié, « les trois quarts, les cinq sixièmes. Il ne me restait donc qu'à le dépos- « séder, mais il était douteux que j'eusse réussi, et puis c'eut été un « crime; car, en pareil cas, le lot d'un soldat est d'obéir, je l'ai fait. »
Desaix, à Marengo, aussitôt après son arrivée, reçut le commandement de la réserve. Sur la lin de la bataille, et au milieu du plus grand désordre apparent, Napoléon, arrivant près de lui : « Eh bien! lui dit • Desaix, nos affaires vont bien mal, la bataille est perdue, je ne puis « plus qu'assurer la retraite, n'est-ce pas ? — Bien au contraire, lui dit « le Premier Consul ; pour moi la bataille n'a jamais été douteuse; tout
« ce que vous voyez eu désordre, à droite et à gauche, marche pour se ■ former sur votre queue; la bataille est gagnée. Poussez votre colonne « en avant ; vous n'avez qu'à recueillir le fruit de la victoire. »
Plus lard, l'Empereur a beaucoup parlé de sir Sidney-Sraith. Il venait, disait-il, de lire dans le Moniteur les pièces de la convention d'El- Arisk, et observait que Sidney-Smith y avait mis beaucoup d'esprit et s'y était montré honnête homme. 11 avait embêté Kléber, disait-il, par tous les contes qu'il était venu à bout de lui faire croire. Mais quand le refus de ratification de la part de son gouvernement arriva , Sidney- Smith s'en montra fort mécontent et employa beaucoup de loyauté vis-à-vis de l'armée française. « Après tout, disait l'Empereur, Sidney- « Smith n'est point un méchant homme, j'en prends aujourd'hui une « meilleure opinion, surtout d'après ce que je vois chaque jour de ses « confrères. »
Ce fut sir Sidney qui, en communiquant les journaux d'Europe, amena le départ de Napoléon, et par conséquent le dénoùment de brui maire. Les Français, revenant de Saint-Jean-d'Acre, ignoraient tout à fait ce qui s'était passé en Europe depuis plusieurs mois. Napoléon, avide d'apprendre quelques nouvelles, envoya mi parlementaire à bord de l'amiral turc, sous prétexte de traiter des prisonniers qu'il venait de faire à Aboukir, se doutant bien que ce parlementaire serait arrêté pur sir Sidney-Smith qui mettait le plus grand soin à empêcher toute relation directe entre les Français et les Turcs. En effet, le parlementaire français reçut de sir Sidney-Smith l'intimation de monter à son bord, et, tout en le comblant de bons traitements, sir Sidney-Smith, acquérant la certitude que les désastres d'Italie étaient inconnus à Napoléon, se Ht un malin plaisir de lui envoyer une suite de journaux.
Napoléon passa la nuit dans sa tente à dévorer ces papiers, et résolut à l'instant même de passer en Europe, pour remédier, s'il en était temps, aux maux de la patrie et la sauver.
L'amiral Ganthaume, qui avait ramené Napoléon d'Egypte sur la frégate le Muiron, m'a souvent raconté son voyage. Cet officier était toujours demeuré au quartier général depuis la destruction de la flotte h Aboukir. Il médisait que peu de temps après le retour de Syrie, et immédiatement après une communication de l'escadre anglaise, le général en chef le fit venir et lui donna l'ordre d'aller en toute hâte à Alexan-
dric, d'y armer avec mystère et avec toute la célérité possible une des frégates vénitiennes qui s'y trouvaient, et de le prévenir aussitôt qu'elle serait prête.
Ce moment arrivé, le général en chef, qui faisait une tournée d'inspection , se rendit sur une plage non fréquentée avec un escadron de ses guides; des canots s'y trouvèrent pour les recevoir, et les condui-
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sirent à la frégate, qu'ils gagnèrent en évitant de passer par Alexandrie.
On appareilla le soir même, afin d'avoir disparu au jour devant les croiseurs anglais et leur flotte mouillée à Aboukir. Malheureusement le calme survint qu'on était encore en vue des côtes, et que du haut des mâts on pouvait distinguer les vaisseaux anglais au mouillage.
Dans cette situation, l'inquiétude fut grande; on proposa môme de rentrer à Alexandrie, mais Napoléon s'y opposa. Les dés étaient jetés, et bientôt on fut assez heureux pour se trouver tout à fait au large.
La traversée fut fort longue et très-défavorable ; on s'effraya souvent des Anglais : cependant personne ne connaissait les intentions du général, chacun faisait sa conjecture ; on était fort agité * Napoléon seul paraissait calme et tranquille, renfermé la plus grande partie du jour dans sa chambre, où il lisait, dit Gantbaume, lantôt la Bible, tantôt l'Alcoran. S'il paraissait sur le pont, c'était de l'air le plus gai, le plus libre, et causant des choses les plus indifférentes.
Le général Menou était le dernier auquel Napoléon eût parlé sur le rivage, et l'on a su plus tard qu'il lui avait dit : << Mon cher, tenez-vous « bien vous autres ici ; si j'ai le bonheur de mettre le pied en France, • le règne du bavardage est fini. «
Le sentiment de Napoléon sur nos désastres, après la lecture des
ni
papiers fournis par Sidney-Srailh, était tel qu'il ne doutait pas que l'ennemi n'eût franchi les Alpes, et n'occupai déjà plusieurs de nos départements méridionaux. Aussi, quand on approcha d'Europe, fit-il gouverner sur Colliourc et le Port- Vendre, dans le fond du golfe de Lyon. Un coup de vent l'en repoussa, et le fit rabattre sur la Corse. Alors on entra à Ajaccio, où l'on se procura les nouvelles.
Ganlhaume me disait avoir vu là la maison de famille, le salon patrimonial de Napoléon.
La célébrité du compatriote, ajoutait-il, avait mis aussitôt toute l'Ile en mouvement; il pleuvait une nuée de cousins, la rue en était pleine, encombrée.
En remettant à la voile, on gouverna celte fois vers Marseille et Toulon; mais au moment d'aborder on se crut encore perdu. Sur le flanc gauche du vaisseau, lors du coucher du soleil, et précisément dans ses rayons, on compta jusqu'à trente voiles qui arrivaient vent arrière.
Ganthaume, dans son effroi, proposa au général d'armer le grand cunol de la frégate de ses meilleurs matelots, et d'essayer, à la faveur (L? la
nuit, de gagner la terre de sa personne. Napoléon s'y refusa, observant qu'il serait toujours temps de prendre ce parti, et commanda de continuer In route comme si de rien n'était. Cependant lu nuit s'était faite, et plus tard l'on entendit les coups de canon, signaux de l'ennemi, mais au loin et de l'arrière, preuve évidente qu'on n'en avait pas été aperçu. Au jour on mouilla dans Fréjus. On sait le reste.
L'Kmpereur a fini la soirée en citant trois exemples bien bizarres de fortune arrivés vers ces mêmes parages, et à peu près dans les mêmes temps.
Un caporal, déserteur d'un des régiments de l'armée d'Egypte, qui sciait mis dans les mamelouks, y est devenu bey. Il a écrit depuis à son ancien général.
Une grosse vivandière de l'armée est devenue favorite du pacha de Jérusalem : elle ne savait point écrire, mais elle a fait faire des compliments et assurer qu'elle n'oublierait jamais sa nation, et protégerait toujours les Français et les chrétiens. « C'était, disait l'Empereur, la « Zaïre du jour. »
Enfin une jeune paysanne du cap Corse, saisie dans un bateau pécheur par des Rarbaresques, a été gouverner le souverain de Maroc. L'Empereur, après quelques communications des relations extérieures, avait, disait-il, fait venir de Corse à Paris le frère de cette paysanne, l avait tant soit peu décrassé, nippé convenablement, et l'avait envoyé à sa sœur; mais il n'en avait jamais entendu parler depuis.
Sur les quatre heures j'ai été joindre l'Empereur. Il venait de travailler sous la tente. Le gouverneur avait répondu aux différentes lettres dictées par l'Empereur à M. de Montholon.
A la première, contenant la protestation contre le traité du 2 août et une foule de griefs, il n'a trouvé d'autre réponse que de demander quelle lettre il nous avait retenue. Nous ne pouvions le lui dire précisément, puisque nous ne les avions jamais vues. C'était nous qui le lui demandions ; lui seul le savait.
Quant à la seconde lettre, qui portait que l'Empereur ne recevrait plus jamais personne que par les passes du grand maréchal, comme au temps de l'amiral Cockburn, le gouverneur a répondu qu'il était fâché que le général Bonaparte se trouvât importuné de visites indiscrètes à l.ong\vood, et qu'il allait s'empresser d'y remédier; ironie révoltante et sans nom dans la position où se trouve l'Empereur, et le sens dans lequel lui avait écrit M. de Montholon!
DE SAINTE-HÉLÈNE. *7S Doutat historique» ; le duc d'Orlàui» r^geut ; uuulame «l« Maintenon; son mariage arec Louis \IV.
Samedi 31 .
L'Empereur s'est levé de tres-bonne heure. Il a fait le tour du parc tout seul. A son retour, ne voulant, disait-il, faire réveiller personne, il avuit saisi mon lils, qu'il avait trouvé debout, et lui a dicté deux heures sous la tente. Nous avons tous déjeuné avec lui ; puis est venue la promenade en calèche. Durant la course, l'Empereur parlait de doutes historiques : après plusieurs citations assez curieuses, il a conclu par une circonstance personnelle au régent. « Si Louis XV était « mort enfant, disait-il, et rien n'était si possible, qui eût douté que le « duc d'Orléans n'eût été l'empoisonneur de toute la maison royale? « qui eût osé le défendre? 11 a fallu qu'un enfant très-délicat survécût « pour qu'on pût sur ce point rendre justice à ce prince. » L'Empereur alors revenait sur le caractère du duc d'Orléans, et surtout sur ses torts dans l'affaire des princes légitimés. « Il s'y était dégradé, ré- « pétail-il ; et ce n'est pas que la cause de ceux-ci ne fût mauvaise, « Louis XIV usurpait un droit en les appelant à la succession. La na- « lion, à l'extinction de la maison royale, rentre indubitablement dans « ses droits, c'est à elle à choisir. L'acte de Louis XIV n'était sans « doute qu'une erreur de sa grande élévation ; il pensait que tout ce « qui sortait de lui devait être grand, et il semblait se douter pourtant « que tout le monde ne penserait pas comme lui ; car il avait pris ses
■ précautions pour affermir son ouvrage, en donnant ses filles natu- « relies aux princes de son sang, et faisant épouser à ses bâtards des
princesses de sa maison. Quant à la régence, il est bien sûr qu'elle « revenait de droit au duc d'Orléans. Le testament de Louis XIV n'était « qu'une niaiserie : il violait nos lois fondamentales : nous étions une
■ monarchie, et il nous donnait une république pour régence, etc. » De là, passant à madame de Maintenon, l'Empereur lui trouvait une
des carrières les plus extraordinaires. Et poursuivant ses doutes historiques, il ne revenait pas du mystère de son mariage. Il était parfois tenté de le regarder comme un problème, malgré tout ce qu'en avaient dit les mémoires du temps.
« Le fait est, observait-il, qu'il n'existe et n'a jamais existé aucune
■ preuve officielle et authentique. Or quel pouvait être le motif de « Louis XIV de tenir cette mesure si strictement secrète pour son temps « et pour l'avenir? ou comment la famille des Noailles, parente de « madame de Maintenon , n'a-t-elle jamais rien laissé percer à cet
« égard , surtout encore madame de Maintenon ayant survécu h « Louis XIV? etc. »
Les ministres, elc. — M. Darti; an*c<lotes.— Parures fanées de Sainte-Hélène.
DimdcIx l" trfUmbn.
Sur les trois heures, rRmpereur est sorti. Il disait avoir été mou, dégoûté toute la journée, pesant. Nous avions tous été de même : c'était le temps. Nous avons gagné la grande allée du bois, tandis qu'on attelait la calèche. Rendus à l'extrémité, la pluie est survenue ; elle a été assez forte pour que l'Empereur fût obligé de chercher un abri au pied d'un arbre à gomme, ce qui n'était pas d'un grand secours, vu le peu de feuillage de cet arbuste. ta calèche est accourue nous prendre. Nous revenions au galop, quand nous avons aperçu le gouverneur qui arrivait de son côté. L'Empereur a aussitôt ordonné de tourner, disant
que de deux maux il fallait savoir choisir le moindre; et nous avons fait deux tours au grandissime galop, en dépit de l'orage et de la pluie; mais nousavons échappé sir Hudson Lowe, c'était encore un gain.
Avant le dîner, l'Empereur, dans sa chambre, passait en revue les personnes qui l'avaient servi dans sa maison, au Conseil d'État, dans les ministères. Il a dit de M. Daru que c'était un homme d'une extrême probité, sûr, et grand travailleur. A la retraite de Moscou, la fermeté de M. Daru s'était fait particulièrement remarquer, et depuis l'Empe-
reur répétait souvent qu'au travail du bœuf il joignait le courage du lion.
Le travail semblait l'élément de M. Daru ; il avait toujours rempli tous ses instants ; si bien que, quand il fut devenu ministre secrétaire d'État, quelqu'un le plaignant de l'immensité de travail qui devait l'absorber désormais : « Bien au contraire, répondit-il plaisamment, c'est « depuis mes nouvelles fonctions qu'il mç semble n'avoir plus rien à
foire. » Il s'y trouva pourtant pris une fois. L'Empereur l'ayant demandé après minuit pour travailler, M. Daru était tellement accablé de fatigue, qu'il savait à peine ce qu'il écrivait, et que, la nature l'em-
portant, il s'endormit sur son papier. Après un sommeil profond, venant à rouvrir les yeux, quel fut son saisissement d'apercevoir l'Empereur travaillant tranquillement à ses côtés. L'état des bougies l'avertissait assez que son absence devait avoir été longue. Altéré, confondu, ses yeux incertains vinrent rencontrer ceux de l'Empereur, qui lui dit : i Eh bien, oui, Monsieur, vous me voyez faisant votre travail, « puisque vous n'avez pas voulu le faire. J'ai pensé que vous aviez bien « soupé, passé une bonne soirée ; mais encore faudrait-il que le travail « n'en souffrit point. — Ah! Sire, lui dit alors M. Daru, moi avoir « passé une bonne soirée! voila plusieurs nuits blanches que je passe au h travail, et Votre Majesté vient d'en voir la triste conséquence, qui
« m'afflige cruellement. — Eh ! que ne me disiez-vous cela? lui dit l'Em- « pereur, je n'ai point envie de vous tuer ; allez vous coucher : bonne « nuit, M. Daru.» Voilà, certes, un trait caractéristique et bien propre à détromper des fausses idées dans lesquelles nous étions généralement dans ce temps-là sur le naturel intraitable de Napoléon. Mais je ne sais par quelle fatalité, je le répète sans cesse, les traits de cette nature demeuraient perdus au milieu de nous, tandis que circulaient avec tant d'activité, au contraire, les fables et les absurdités qui pouvaient lui être défavorables. Serait-ce que les courtisans réservaient pour le château seul leur courtisanerie, et cherchaient un contre-poids au dehors dans une apparence d'opposition et d'indépendance ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il en était ainsi, et que celui qui se serait complu à répéter ces traits dans les salons se serait entendu dire probablement qu'il les avait inventés, ou y aurait passé pour un benêt d'avoir pu les croire.
Durant le diner, l'Empereur plaisantait sur la parure fanée de ces dames. Ce serait bientôt, disait-il, celle de ces vieilles avares qui se pourvoient chez les revendeuses. Ce n'était plus la fraîcheur ni l'élégance des Leroi, des Despeaux, des Herbault. Ces dames demandaient de l'indulgence pour Sainte-Hélène. l es maris rappelaient à l'Empereur combien il était diflicile pour elles aux Tuileries. C'était le fléau, disait-on, la ruine des ménages. L'Empereur riait, il n'en convenait pas. « Cela avait « été imaginé par ces dames, disait-il, comme prétexte ou justiticalion « auprès de leurs maris. » De là on s'est étendu sur notre luxe ici. L'Empereur a dit qu'il avait commandé à Marchand de lui faire porter l'habit de chasse qu'il avait en ce moment jusqu'à extinction ; et certes il était déjà bien avancé.
Caiu|iagne «te Saxe ou Ae IftII. — Violente «ortie «le \jpoltwi. -neflexiorw ; axialyw
L'Empereur, prenant un ouvrage qui traitait de nos dernières campagnes, l'a parcouru quelque temps, puis l'a jeté, disant : « C'est une vé- « ritable rapsodie, un tissu de contre-sens et d'absurdités. • S'arrètant alors sur ce sujet de conversation, il a causé longuement sur la trop fameuse campagne de Saxe. Ses observations ont été principalement morales, peu ou point militaires. Voici ce que j'en ai recueilli de plus saillant : « Cette mémorable campagne , disait-il , sera le triomphe « du courage inné dans la jeunesse française, celui de l'intrigue et de •< l'astuce daus la diplomatie anglaise; celui de l'esprit chez les Russes, « celui de l'impudeur daus le cabinet autrichien ; elle marquera l'époque <« de la désorganisation des sociétés politiques, celle de la grande sépa-
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« ration «les peuples avec leurs souverains ; enfin ia flétrissure des pre- « micros vertus militaires : la lidélité, la loyauté, l'honneur. On aura « neau écrire, commenter, mentir, supposer, il faudra toujours en ar-
• river à ce hideux et triste résultat, et le temps en déroulera la vérité
- et les conséquences.
« Mais ce qu'il y a de bien remarquable ici, c'est que les infamies au « fond demeurent étrangères aux rois, aux soldats et aux peuples. Kilos <> ne sont l'ouvrage que de quelques intrigante à épéc, de quelques eassei « cou politiques, qui, sous le spécieux prétexte de secouer le joug de « l'étranger et de reprendre l'indépendance nationale, n'ont au fait que « vendu et livré sciemment leurs maîtres particuliers à des cabinets ri- « vaux et convoi leurs, lies vrais résultats ne se sont pas fait longtemps « attendre. 1^ roi de Saxe y a perdu la moitié de ses Étals ; le roi de Ba- « vière s'est vu forcé à des restitutions bien précieuses. Qu'importait « aux traitres?ils tenaient leurs récompenses, leurs richesses. Et ce sont
- les ceeurs les plus droits, les Ames les plus innocentes qui présentent
- le spectacle solennel des plus grands châtiments. C'est un roi de Saxe, « le plus honnête homme qui ait jamais tenu un sceptre, qu'on dépouille
• de In moitié de ses provinces; c'est un roi de Danemark, si fidèle à
• tous ses engagements, dont on saisit une couronne ! Voilà pourtant ci'
• qu'ils ont prétendu le retour de In morale? son triomphe! et voilà la « justice distribùtive d'ici-bas ! . . .
« Du reste, j'aime à le répéter pour l'honneur de l'humanité et mémo « des trônes, nu milieu de tant d'infamies, jamais ne se trouvèrent plus « de vertus. Je n'eus pas un instant à me plaindre de la personne indi- » viduellc des princes mes alliés. Le bon roi de Saxe me demeura fidèle « jusqu'à extinction : le roi de Bavière me lit loyalement prévenir qu'il
- n'élait plus le maître; la générosité du roi de Wurtemberg se fil par- « liculièrement remarquer; le prince de Bade ne céda qu'à In forcée! « au dernier instant : lotis, je leur dois celte justice, m'avertirent à « temps, alin que je pusse me garantir de l'orage. Mais, d'un aulrecôte, « que d'abominations dans les subalternes!... Les fastes militaires se
• dessouilleront-ils jnmais de l'acte des Saxons se retournant dans nos « rangs pour nous égorger? Il est demeuré proverbe chez les soldats : « $a xonner, parmi eux, veut dire à présent une troupe qui en assassine
• une autre ; et, pour comble de douleur, c'est un Français, un homme « à qui le sang français a procuré nne couronne, un nourrisson de la « France qui nous porte le coup de grâce! Grand Dieu !
• Et ce qu'il y avait de pire dans ma situation, ce qui comblait mon sup-
« plice, c'est que je voyais clairement arriver l'heure décisive. L'étoile « pâlissait; je sentais les rênes m 'échapper, et je n'y pouvais rien, l'n «coup de tonnerre pouvait seul nous sauver; car traiter, conclure, « c'était se livrer en sol à l'ennemi. Je le voyais distinctement, et la suite « a suffisamment prouvé que je ne me trompais point. Il ne restait donr
■ qu'à combattre; et chaque jour, par une fatalité on une autre, nos «chances diminuaient. Les mauvaises intentions commençaient ù se « glisser parmi nous; la fatigue, le découragement gagnaient le grand « nombre. Mes lieutenants devenaient mous, gauches, maladroits, et
• eonséquemmenl malheureux ; ce n'étaient plus là les hommes du dé- « but de notre révolution, ni ceux de mes beaux moments. Plusieurs « ont osé répondit» à cela, m'assure-t-on, que c'est qu'au commenec- « ment on se battait pour la république, pour la patrie, tandis qu'à la « lin on ne se battait plus que pour un seul homme, ses seuls intérêts, « son insatiable ambition, etc.
« Indîgne subterfuge 1... Et qu'on demande ù cette immensité de « jeunes et braves soldats, ù cette foule d'officiers intermédiaires, s'il
• leur vint jamais l'idée d'un semblable calcul, si jamais ils virent « autre chose devant eux que l'ennemi ; en arrière, que l'honneur, la « gloire, le triomphe de la France ? Aussi ceux-là ne s 'étaient-ils ja-
■ mais mieux battus !... Pourquoi dissimuler? pourquoi ne pas le dire « franchement ? Le vrai est qu'en général les hauts généraux n'en vou-
■ laient plus ; c'est que je les avais gorgés de trop déconsidération, de « trop d'honneurs, de trop de richesses. Ils avaient bu à la coupe des h jouissances, et désormais ils ne demandaient que du repos ; ils l'eus- « sent acheté à tout prix. Le feu sacré s'éteignait; ils eussent voulu « être des maréchaux de Ixniis XV. » Napoléon ne s'était pas abusé sur la crise qui menaçait la France ; il jugeait fort bien toute l'immensité du péril, quand il ouvrit la campagne. Des son retour de Moscou, il avait vu le danger, disait-il, et s'était appliqué à le conjurer. Dès cet instant même, il fut constamment décidé aux plus grands sacrifices : j mais le moment de les proclamer lui semblait délicat, et c'est ce dernier point qui l'occupait surtout. Si su puissance matérielle était grand*1, observait-il, sa puissance d'opinion l'était bien davantage encore; elle allait jusqu'à la magie : or, il s'agissait de ne pas la perdre, et une fausse démarche, une par ole gauche prononcée mal à propos, pouvaient détruire à jamais tout le prestige, l ue grande circonspection, une confiance extrême apparente dans ses forces lui étaient donc mm mandées.
Il lui fallait surtout voir venir.
Sa grande faute, son erreur fondamentale, a été de croire toujours à ses adversaires autant de jugement et de connaissance de leurs vrais intérêts qu'à lui-même. Il soupçonnait bien l'Autriche, dès le principe, disait-il, de chercher ù profiter du mauvais pas où il se trouvait engagé pour lui arracher de grands avantages, et y il était au fond tout à fait décidé ; mais il ne pouvait se persuader qu'il y eût assez d'aveuglement dans le monarque, assez de trahison dans ses meneurs pour vouloir l'abattre tout à fait, lui, Napoléon, et livrer par là leur propre pays ù la merci de la toute-puissance, non contrôlée désormais, de la Russie. 1,'Erapereur faisait le même raisonnement à l'égard de la confédération du Rhin, qui pouvait bien, convenait-il, avoir à se plaindre de lui peutêtre, mais qui devait cependant redouter bien davantage encore de retomber sous lu sujétion de l'Autriche et de la Prusse. La Prusse ellemême, dans la pensée de Napoléon, ne se trouvait pas en dehors de ces raisonnements; elle ne pouvait, selon lui, vouloir détruire tout à fait un contre-poids nécessaire h son indépendance, à son existence même. Ainsi Napoléon admettait bien de la haine chez ses ennemis, et de l'humeur, de la malveillance peut-être dans ses alliés, mais il ne pouvait supposer aux uns ni aux autres le désir de le détruire tout à fait, tant il se sentait nécessaire à tous; et il marchait en conséquence.
Voilà l'idée dominante de Napoléon dans toute cette grande circonstance ; elle est la clef constante de sa conduite jusqu'au dernier moment, à celui même de sa chute. 11 ne faut pas la perdre de vue ; elle explique bien des choses, peut-être tout, son attitude hostile, ses paroles Hères, ses refus de conclure, sa détermination de combattre, etc.
S'il avait des succès, disait-il, il ferait dès lors des sacrifices avec honneur, et la paix avec gloire; les prestiges de sa supériorité demeuraient intaets. S'il éprouvait, au contraire, de trop grands revers, il serait toujours alors temps d'effectuer ces sacrifices; et l'intérêt vital de l'Autriche, celui des vrais Allemands, était là pour le soutenir de leurs armes ou de leur diplomatie, tant il les supposait imbus, ainsi qu'il l'était lui-même, que son existence politique était absolument indispensable à la structure, au repos, à la sûreté de l'Europe. Hélas ! ce dont il pouvait douter fut ce qui lui réussit; la victoire lui demeura fidèle. Ses premiers succès sont surprenants, admirables; mais ce qui lui semblait infaillible fut précisément ce qui lui manqua : ses alliés naturels le trahirent et le précipitèrent.
Irai!» do UdifaiMIKT.— VoyjiRr a Ain»tmlam ; l« IlollaiktaU . rte — Vkunarro ilr M'pUf uUc- Sur Ir* rt'voluliun* eu Krtx'ral ; fjlaliti contre l.ouii XV|,
in les trois heures, l'Empereur m'a Tait demander dans sa chambre; il achevait su toilette; et comme il pleuvait en ce moment, il a gagné le salon, où il m'a dit des choses fort eu rieuses qu'on su p|>oscrait le concerner, et dans lesquelles je jouais un uni in I rôle. . . Dans la journée, l'Empereur disuil que, voyageant avec l'impératrice, il se trouvait un jour à déjeuner dans une des îles du llhin. Une |>clite ferme était dans le voisinage;
MÉMORIAL DE SAINTE- IIKI.KNE. Isl
pendant qu'il était à table, il en Ht venir le paysan, le questionna sur tout ce qui pouvait le rendre heureux, lui dit de le demander hardiment, et pour lui donner plus de eonliance, il lui lit boire, disait-il, plusieurs verres de vin. I .<• paysan, moins circonscrit et mieux avisé que dans lesTrois Souhaits, parcourut le maximum de tous ses besoins. l.'Kmpereur commanda au préfet d'y pourvoir sur-le-champ. On fit le compte, et la somme ne s'élevait pas au-dessus de G à 7. mm francs.
Une autre fois, en Hollande, disait-il encore, faisant une traversée en yacht, et causant avec celui qui tenait le gouvernail, il lui demandait
ce que pouvait valoir son bâtiment. •< Mon bâtiment! il n'est pas à moi, « dit l'homme ; je serais trop heureux, il ferait ma fortune. — Kh bien ! • je te le donne, » dit l'Empereur à cet homme, qui y parut fort peu sensible. On prit sa froide indifférence pour le flegme naturel du pays ; mais ce n'était pas cela. « Quelle faveur m'a-t-il donc faite? dit-il à un « de ses camarades qui le félicitait; il m'a parlé, et voilà tout; il m'a
» donné ce qui ne lui appartient |vis : quel diable de présent! » Cependant Doi'OC avait été payer le maître du bâtiment; il en tenait la quittance de vente qu'on remit à l'homme. Dés qu'il commença à comprendre, sa joie lut jusqu'au délire ; il lit des folies. La somme était encore ii peu prés la môme que ci-dessus. « Ainsi, disait l'Empereur, on voit « que les désirs des hommes ne sont pas aussi immodérés qu'on le « |K?nse, et qu'il est plus facile de les rendre heureux qu'on ne croit; car « assurément ces deux hommes trouvèrent le bonheur. »
Napoléon répétait souvent des traits de ta sorte; en voici un écrit sous sa dictée : il s'agit du passage du Saint-Bernard, avant la bataille de Marengo.
« Le Consul montait, dans le plus mauvais temps, le mulet d'un lia- ■ bitantde Saint-Pierre, désigné comme étant le mulet le plus sur de « tout le |Kiys. Le guide du Consul était un grand et vigoureux jeune
■ homme de vingt-deux ans, qui s'entretint beaucoup avec lui, en s'a- « lui adonnant à cette confiance propre à son âge et à la simplicité des « habitants des montagnes. Il confia au Premier Consul toutes ses pei- • ues, ainsi que lesrôvcs de bonheur qu'il taisait pour l'avenir. Arrivé « au couvent, le Premier Consul, qui jusque-là ne lui avait rien lémoi-
■ gué, écrivit un billet et le donna à ce paysan pour le remettre à son « adresse. Ce billet était un ordre qui prescrivait diverses dispositions,
DE SAINTF.-IIÉLÈ N F.. 185
» qui eurent lieu immédiatement après le passage, et qui réalisaient •• toutes les espérances du jeune paysan, telles (|iie la hà tisse d'une mai- « son, l'achat d'un terrain, etc. Quelque temps après son retour, l'é- « tonnement du jeune montagnard fut bien çrand de voir tant de inonde « s'empresser de satisfaire ses désirs, et la fortune lui arriver de tous « eôlés. «
Quand l'Empereur fut visiter Amsterdam, la population, dil-il, élail très-montée contre lui; mais à peine il avait paru qu'il avait remué les cœurs les plus froids. Il ne voulut d'autre carde que la garde d'honneur do la ville, et ce trait de conlianec lui ramena aussitôt Ions les sentiments hollandais. Il était sans cesse au milieu d'eux Ions. Dans une certaine occasion, il aborda vis-à-vis d'eux franchement la question. - On
■ vous dit mécontents ; mais pourquoi? La France ne vous a pus cou - « quis, elle vous a adoptes; il n'est aucune exclusion pour vous; vous partagez toutes les faveurs de la famille. Considérez-vous : j'ai pris
* parmi vous des préfets , des chambellans, des conseillers d'Klal
• dans le juste rapport de votre population, et j'ai accru ma garde de •> votre garde hollandaise. Vous \oiis plaignez de souffrir; mais en