‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 8 sur 89 · M K M O II I A L · texte numérisé non relu

M K M O II I A L

« France on souffre davantage; nous souffrons tous, et cela durera tant « que l'ennemi commun, le tyran des mers, le vampire de votre com- « merce, ne sera pas ramené à la raison. Vous vous plnigncz.de vos sa- « erifices? Mais venez en Franco, et vous verrez tout ce qui vous reste « encore au-dessus de nous; alors vous vous estimerez moins mal- « heureux peut-être.. . Mais pourquoi ne vous féliciteriez- vous pas plutôt. « de la fatalité qui amène votre réunion avec nous? Dans la composition « nouvelle de l'Europe, que seriez- vous désormais, laissés ù vous-mêmes? « les esclaves de tout le monde; au lieu qu'identifiés à la France, vous « êtes appelés à faire un jour avec éclat tout le commerce du grand em- « pire. • Puis, prenant le ton de la gaieté, il leur dit : • J'ai fait tout pour « vous plaire et vous accommoder. Ne vous oi-je pas envoyé pour vous « gouverner justement l'homme qu'il vous fallait, le bon et pacifique « Lebrun ? Vous pleurez avec lui, il pleure avec vous, vous pleurez en- « semble; que poiivais-je faire de mieux? » El ù ces mots le flegme hollandais disparut; tout l'auditoire se mitù rire aux éclats, et l'Empereur put compter sur eux. » Du reste, ajouta-t-il, espérons que ce ne » sera pas long; croyez que je le désire autant que vous. Ceux d'entre « vous qui voient loin vous dirent que rien de tout ceci n'est dans mon caprice ni dans- mes intérêts. »

L'Empereur laissa le peuple d'Amsterdam ivre de sa personne, et emporta lui-même des sentiments très-prononcés en sa faveur.. Il avait coutume de se plaindre, avant son voyage, que quiconque était envoyé par lui en Hollande y devenait aussitôt Hollandais : il le rappela au conseil d'État à son retour, et dit qu'il l'était devenu lui-même. El un jour qu'un des orateurs parlait légèrement de l'esprit des Hollandais : « Messieurs, dit-il, vous pouvez être plus aimables, mais je vous souhaite « leur moralité. »

Après dîner, quelqu'un ayant mentionné la date du jour (5 septembre), l'Empereur a dit à ce sujet des paroles bien remarquables. En voici quelques-unes : « C'est l'anniversaire d'exécutions bien épouvan- " tables, bien hideuses, une réaction en petit tle la Saint-Barthélémy , « une tache pour nous, moindre sans doute parce qu elle a fait moins - de victimes et qu'elle n'a pas porté la sanction du gouvernement, « qui essaya même de punir le crime. Il a été commis par la com- « mnne de Paris, puissance spontanée, rivale de In législature, supé- « Heure même.

« Au surplus, disait l'Empereur, ce fut bien plutôt l'acte du fanatisme ■ que celui de la pure scélératesse; on a vu les massacreurs de septem-

DE SAINTE-UEI.ENE.

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