CHAPITRE IX
Wellington a désigné Sainte-Hélène pour le lieu de détentioiv
de Napoléon.
Qai a sou£Elé et sugfgérë au cabinet animais et aux puissances du continent Fidée de confiner Napoléon à Sainte-Hélène? Quelle inspiration satanique leur a fait jeter les yeux sur ce rocher désolé, placé au milieu de FOcéan comme une lugubre et solitaire prison ? Peu de gens l'ont svu J'ai entendu les uns attribuer la désignation de ce lieu de captivité aux causeries ébruitées d'un officier subalterne au service de la Compagnie j d'autres en faisaient honneur au ministre Gastel« reagh ; la plupart n'y Voyaient qu'un effet du ha-^ sard et de ces soudaines inspirations qui viemiént à l'esprit des diplomates , et que plus tard on aà^ mire comme un puissant effort de leur génie.
En vérité , c'était chose extraordinaire que la subite et inattendue révélation au monde de cet épouvantable château-fort , destiné à renfermer le grand prisonnier. Sainte-Hélène, avant l'impé^ rissable célébrité que refléta sur elle Napoléon , était à peine connue par son nom, dans les bureaux de la Compagnie; presque partout ailleurs
on ignorait Fetistence de cet inabordable rocher, et les marins ne la saluaient avec joie, dans leur course à travers l'Océan , que par l'effet de ce sentiment qui fait de toute terre un lieu de délices , alors qu'elle vous apparaît après une longue et pénible navigation. Aussi l'étonnement fut grand en Europe, le jour où l'on apprit que l'empereur déchu était envoyé à Sainte-Hélène.
Quant à moi, lorsque je sus le but du voyage du. Northumberiandf^G n'en fus nullement étonné. Depuis quelque temps j'avais ouï murmurer en Angleterre que l'intention des hautes puissance» était d'envoyer Napoléon à Sainte-Hélène. Il était encore à l'Ile d'Elbe , ne songeant pas le moins du monde h quitter son palais de San-Martino, que déjà les ministres et plénipotentiaires des roia méditaient, au congrès de Vienne, sa translation au delà de l'Océan. C'est même à ce projet éventé et communiqué à Napoléon , que plusieurs attribuent cette audacieuse et gigantesque expédition à Cannes, et ce retour à Paris , qui jetèrent tant de perturbation et d'alarmes sur le continent, ' Or , voici à quelle inspiration le congrès dut la découverte de Sainte-Hélène , comme lijeu propice à détention pour ce Napoléon , dont la présence et le voisinage effrayaient tant les gouvernements, et surtotrt celui de France. Ce fut Wellington, oui , le duc lui-même , qui proposa au congrès d'enyoyer Napoléon dans cette Ile , disant que
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ç^était k point le phis oomtenaUe cbi monde pour lUftjeinjHiîsoiiiiemefit perpéUiel.
Ldii-fnéme avait une connaidsaiice parEaitc de Vue ; ii y avait relàdié en revenant de l'Inde sur «ne ifrégate oommandée par sir Geor^ Cock- Innm., le même qui depuis fut amiral , conduÂsit Napol^n sur le Northumberland au ,li€tii'de sa captivité , et fut char^ pendant quelques mois .de veiller smr hri à Saintes-Hélène.
Et certes , Wellm^on devait avoir conservé wcie vive -souvenance de Sainte-Hélène ; car peu s'en fallut que lesquelques jours qu'il y .passa ne fassent les derniers de sa vie. Un jour qu'il se rendait à «terre, une de ces rafales de vent, si ordinaires dans cet ancrage^, (fit chavirer la chaloupe qui portait le futur vainqpueur de Waterloo , et^ sans quelques matelots qui s'empressèrent. de ve* nir à son secours , la rade de Sainte^élène était leierme des ex{doits du gprand général de l'An- Ifkterre.
Napoléon croyait bien lui-même, devoir à Wellington sa détention en cette ilej il s'eaprimait sur ce sujet avec cetteàcre et colérique indignation qui était devenue Thabituelle manière d'être de son esprit. « N'est-rce pas , disait-il , une chose inifame et bien peu digne d'un général qui souvent s'est mesuré avec moi , que de m'avoir envoyé prisonnier en c6t horrible séjour? Mais rien ne doit m'étonner de la part de ce Wellingtcm , qui
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n'a jamais eu ni grandeur d'ame ni générosité. «Tai eu en mon pouvoir, moi , tous les roiâ de l'Europe, et, je vous le demande, les ai-je confinés et emprisonnés ainsi ? je les ai laissés dans leurs palais et sur leurs trônes : il est vrai que j'en porte ici la peine et cpienm punhioiï est cruelle; mais jamais, non jamais, je ùeme fusse avili jusqu'à ensevelir ime tête couronnée dans uii sépulcre comme cekd>«i. L'Angleterre et Wdfingtoli étaient seuls capaUes de pareiHe infamoe. Au fait^ qfti'a»je k ti/éh tonner et à me plaindre ? c'est ici une réj^tition des pontons : puisque les soldajts^ ont été si horrible^ ment tourmentés , pourquoi le général n'auf^-fl pas sa part du martyre ? Motii ponton 5 mon cachot , non tombeau, c'est Sainte -Hélèhe, c'est Longwood, et c'est Wellington qui m'y a jeté : cela lui fera un grand bomieur dans la postérité^ on devrait feire graver ce dernier trait de gloire d'A^ diille, sur le piédestal de sa statue à Hyde^ark. n Ainsi s'exprimait Napoléon , sur l'intervention du vainqueur de Waterloo dans la désignation du lieu de sa captivité. Je sais bien cfùé pliisi^rs ont douté du fait; quant à moi, je le tiens d'assez bonne et haffte source pour ne pas en douter un instant. Wellington s'était cru chargé par l'Eu*it>pede la débarrasser de Napoléon; il ne crut sa tâche et sa mission remplies que le joui* où il l'eut envoyé à Sainte^EMène. I! savait qu'il n'en re*
viendrait pas.-