‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 12 sur 59 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Interrogatoire des domestiques de Napoléon, — GoDvertatioiu avec MM. Monthoion et Las Cases.

. Après mon installation, je songeai à mettre à exécution la mesure indiquée par Famiral Ck>ckbum, qui était de faire signer à tous les officiers, et à tous les dome^iques de la maison de Napo« iéon , une déclaration de se soumettre aux règlements qui avaient été établis pour le gouvernement de Longwood* Toute la maison de Bonaparte n'hésita pas à signer. Mais je dus craindre qu'on n'eût abusé d'un ascendant facile à prendre sur l'esprit de quelques subalternes , pour les déterminer à un engagement qui pouvait leur devenir onéreux, et surtout qui devait être librement consenti. Je me rendis donc à l'habitation du général , et je lui fis demander l'autorisation de laisser comparaître tous ses domestiques devant moi.

Le comte de Monthoion , que j'ai toujours trouvé , ainsi que messieurs Bertrand et Las Cases , disposé à mettre en doute la l^pilité des mesures que je croyais devoir adopter , me répondit , au nom de son souverain , que son maître l'avait

chargé de me témoigner son ëtonnement de ma conduite; que S^ Majesté ne pouvait penser qu'on eût pu concevoir Faudace de s'interposer entre elle et son valet de chambre. — « Monsieur , répondisje au comte de Montholon, votre maître, ou du moins le personnage auquel vous donnez ce titre , n'a pas le droit de méconnaître mon autorité, et vous l'avez encore moins, par conséquent.

— Qui la méconnaît donc votre autorité, monsieur le gouverneur? Certes, ce n'est pas nous, qui en sentons malheureusement toute la réalité,

— Enfin , monsieur , qu'a répondu le général à la demande que vous lui avez faite de ma part ?

— Il m'a dit , monsieur, que votre démarche était insultante pour lui. — Votre conduite l'est encore davantage pour moi ; mais je me suis hien aperçu , lors de ma première entrevue avec le général, que je rencontrerais ici beaucoup d'obstacles.^- Effectivement, Sa Majesté me disait tout à l'heure que v6us commenciez à justifier dignement l'o^ pinion qu'elle conçut de vous la première fois que vous eûtes l'honneur de lui être présenté. — Songez, je vous prie, que je ne suis pas d'humeur à me laisser traiter comme l'amiral, le jour de ta présentation.... surtout par un subalterne. — Un subalterne! Eh bien! oui, monsieur, lEm subalterne; mais un subalterne plein d'honneur, qui n'a pas abandonné son prince m«8ieureux, et qui méprise vos outrages; mais il est d<^ vertus que

VOUS ne pouvez comprendre. — Trêve de mauvais compliments. Le général veut-il me permettre de voir ses domestiques? — Si c'est son autorisation que vous demandez, il vous la refuse tout net 5 car toute concession de sa part dans ce cas serait i(jnoble , et de plus dangereuse, puisqu'elle vous confèrerait le droit de venir à chaque instant profaner son intérieur, et cet intérieur pour vous devrait être sacré. — Je n'ai pas l'intention de tourmenter le général à plaisir; mais il est de mon devoir <jle m'assurer si tous ces braves gens , qui ont donné leur adhésion à la déclaration qui leur a été soumise , ont signé librement et de plein gré. — Doutez^vpus donc de la bonne foi de l'Em>pereur? — Non f monsieur, non : je ne fais point cette injure au général;... mais c'est une espèce de magistrature de paix et de sûreté générale que j'exerce en ce moment. Il était important pour moi de m'assurer qu'on n'avait usé d'aucune violence morale. — Une telle pensée est une indignité. — Si les Français , monsieur le comte , n'avaient pas vécu jusqu'ici, grâce au régime politique adopté par celui qui fut votre souverain , dans la plus profonde ignorance des droits constitutionnels , ils rendiraient justice à cette démarche que vous blâmez si haut et dont le but est d'assurer mon gouvernement qu'aucune violation de la liberté individuelle n'a été commise. — Faites donc comme vous l'entendrez , monsieur; mais , pour la

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permission de rEmpey^putr) vous ne l'obtiendrez p98. Si vos instructions portent cette mesure, exécutez-la : car vous avez pour vous la force. Au reste, ce ne sera qu'un outrage de plus ajouté à ceux que , f» lord Bathurst parait vouloir accumuler sur lii tête de ce prince. — Il est étonnant , monsieur le comte, vous dont j'honore le caractère et les talenlj , que vous ne puissiez concevoir de quelle importance peut être la vérification que je ^ens faire ici. Gela provient , sans doute, des habitudes de despotisme dans lesquelles vous et vos compatriotes avez été élevés. Plus tard peut-être comprendrez-vous la valeur de ces mots, liberté individuelle» — Nous ne sommes pas ici pour faire un cours de politique, monsieur le gouverneur ; cela est étranger à vos fonctions. Procédez donc à la Ipérification des consciences de nos valets; mais je vous réponds d'avance que tous vos efforts seront inutiles , et que vous ne parviendrez pas à détacher de notre cause un seul de ces braves gens et loyaux serviteurs. — ^ Je le désire , monsieur. — Quant à moi, je me retire , et c'est par l!ordre exprès de l'Ëmpe* reur , pour ne pas sanctionner, par ma présence un acte d'une aussi intolérable inquisition. »

Alors on assembla les domestiques , et tous effectivement déclarèrent que c'était vcJontaire^ ment et^ librement qu'ils avaient signé la déclaration, et qu'ils se trouvaient heureux de pouvoir rester auprès du général.

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Je fus joint en ce moment par M. Las Cases ., qui, moins emporté que M. Montholon, écouta patiemment les plaintes que je lui fis sur le peu de mesure qu'il avait mis dans ses expressions. Il parut comprendre l'explication que je lui donnai au sujet de ma démarche : a Je suis désespéré , m'écriai-je , que ceux qui entourent Napoléon ne cherchent qu'à me noircir dans son esprit, et à lui rendre odieux ma personne et mon <»ractère. A peine suis-je arrivé !... Qu'ai-je donc fait pour être déjà si m^l vu à Loi^gp/f ood ?» M. Las Cases essaya '^e m'apaiser , en cherchant à son tour à me faire entendre que l'esprit et le caractère de Na^ poléon devaient nécessaireibent être aigris par l'infortune ; qu'en outre , hien que prisonnier à Sainte -H^ène , il savait évidemment le droit de rester tranquille Chez lui , sans qu'on vint l'y tour^ menter, et y faire suhir la question à ses valets. « Du reste, l'Empereur, dit-il en finissant, est déterminé à se Montrer le plus tranquille et le plus pacifique des hommes... Il est décidé à tout essuyer, à tout supporter avec calme, avec résiliation. Désormais il se couvrira de son manteau , c^mme Jules César , avant de recevoir le coup mortel. Il consent à ce qu'on le dépouille de tout , excepté du respcet de lui^^épie^ et du sentiment de sa dignité , seuls hiens dont il puisse se dire le maître, et dont vous ne pourrez parvenir à le déposséder. »

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