I OO MÉMORIAL
Il m'était impossible de ne pas prendre des pré^ cautions contre les communications des habitants de Pile avec les captifs de Long^ood, et contre les conséquences funestes qui pouvaient en résulter. J'avais à surveiller des détenus , et c'est ce qu'on a oublié trop souvent , tant à Sainte-Hélène qu'en Europe , et surtout en France. Enfin je devais être comparé à un commandant de forteresse qui a des prisonniers d'État âous sa surveillance , et non à un simple gouverneur chargé de surveiller de paisibles habitants ; et certes Napoléon était un prisonnier d'État bien autrement redoutable que le machinateur de quelque obscure conspiration , ou l'auteur de quelque plat et méchant libelle , renfermés incognito dans les ténèbres d'un donjon. Je publiai donc des proclamations, je donnai des ordres sévères , et je les fis exécuter.
Dans ma première proclamation , en date du 1 2 mai 1 8 1 6 , je défendis à qui que ce fut de recevoir ou de porter aucune lettre ou message du général Bonaparte, des officiers de sa suite, de leurs femmes ou domestiques, quelle que fut la nature de ces lettres ou messages , ni de leur en remettre aucun, sous peine d'être immédiatement arrêté et puni en conséquence.
Cette proclamation excita contre mqi le plus violent orage à Longwood; on m'y représenta comme un tyran qui s'étudiait à trouver des tortures et des vexations pour ses victimes; comme
DE SIR HUDSON LOWE. lOI
un geôlier qui mettait au secret ses prisonniers. Je laissai dire, et je fis plus.
J'expliquai plus au long mes intentions et mes défenses dans une autre proclamation du 28 juin 1816 ', et dont je crois devoir rappeler ici le texte.
a En vertu des pouvoirs et de l'autorité dont m'a revêtu une commission au nom de S. M. , en date du 1 2 avril de la présente année , du règne de S. M. la cinquante-sixième , laquelle m'autorise et invite à garder Napoléon Bonaparte en état de détention, et à le traiter en prisonnier de guerre, conformément aux ordres et à la manière qui m'ont été ou me seront signifiés , de temps en temps , par l'un des principaux secrétaires d'État de S. M. , comme aussi à empêcher la délivrance ou l'évasion dudit Napoléon Bonaparte ; commission pour l'exécution de laquelle tous les officiers de S. M., tant civils que du service de terre et de mer, et tous ses affectionnés sujets, sont requis, chacun en ce qui le concerne, de prêter main-forte et assistance, si le cas l'exige. — Avis est publiquç-
* C'est celle proclamation dans laquelle le gouverneur 4e Sainte-Hëlène s'arroge rautorilé du parlement; il y prend les titres de sir Hudson Lowe, lieutenant -général, chevalier commandeur de l'ordre du Bain , gouverneur et commandant en chef, pour l'honorable compagnie des Indes orientales, del'ile de Çainte-Hélène, et commandant les forces de Sa Majesté dan^R ladite tte.