‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 27 sur 59 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les yisites. — Étiquette rigooreusement observée à Longwood présentations. — Lord Amherst.

Malheur à celui qui a été une fms habitué aux dures et rifpdes lois de Fëtiquette ; c'en est fait en grande partie de la droiture de son esprit. Il yerra à tout instant sa dignité compromise, si par mégarde ou négligence on faillit de lui donner scru*puleusement et religieusement ses titres. Une let^ tre omise dans $es qualifications le mettra de mauvaise humeur. Qu'un visiteur malencontreux arrive demi-heure trop t6t ou dix minutes trop tard, qu'il s'annonce brusquement, entre sans façon -, et n'attende pas qu'un valet ait crié son nom à tue-téte, voilà de quoi donner un accès de spleen, de quoi faire extravaser les flots de sa bile noire. Ainsi était Napoléon.

Captif, abandonné, isolé sur le rocher de Sainte^ Hélène, abreuvé d'humiliations, tourmenté de soucis rongeurs , de privations et de souvenirs , Napoléon se considérait toujours conune un sou'^ Verain. Pour lui, la triste maison de bois de

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Longwood était le palais des Tuileries , dont il ne fallait s'approcher qu'avec toutes les formes suivies dans la demeure des princes. Ses officiers et serviteurs formaient sa cour, cour aussi infatuée de formalités , de titres , de cérémonial et d'étiquette , que la première assemblée venue de barons allemands ou de {];rands d'Espagne. Les princes féodaux des cercles du Saint-Empire, la cour glacialement cérémonieuse de Madrid , n'ont pas plus de respect pour l'étiquette , pour les admissions , les présentations , les audiences , que n'en avait la suite de Napoléon . à Longwood. Tous , depuis le général jusqu'au. dernier de ses serviteurs, semblaient s'être donné le mot pour jouer à la petite cour, et c'était au mieux qu'ils. s'acquittaient de leurs rôles.

.Napoléon ayant conféré des titres aux officiers qui l'avaient suivi dans son exil, le comte Bertrand avait reçu .celui de grand-maréchal du palais. C'était ,à lui que devaient s'adresser les personnes qui désiraient être admises auprès : de Napoléon. C'était lui qui s'occupait de tout ce qui concernait les abords de l'ancien empereur. Ainsi il était impossible à toute personne, même à moi , de pénétrer dans les appartements de Longwoodsans en avoir fait préalablement la demande par écrit au comte Bertrand, et avoir reçu de lui l'autorisation nécessaire. Qu'on juge des formalités à remplir et de leur rigoureuse nécessité

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par la lettre suivante , que m'écrivait à ce sujet M. de Montholon :

« Votre seconde lettre du 3o août, monsieur, n'est point une réponse à celle que j'ai eu Thonneur de vous écrire (le 23 août), 'pour vous adresser des remontrances sur les chang^ements que vous aviez effectués dans le cours de ce mois, et qui renversent toutes les bases de notre établissement dans cette île.

« i". Il n'y a aucune partie de mes instructions écrites, dites-vous , plus positive, et sur laquelle on appelle plus fortement mon attention, que celle portant qu'aucun individu quelconque ne devra communiquer avec (l'Empereur), si ce n'est par mon intermédiaire. » Vous donnez à vos instructions une interprétation judaïque : elles ne contiennent rien qui puisse autoriser ou justifier votre conduite. Ces instructions , votre prédécesseur les eut ; vous les aviez trois mois avant les changements que vous avez effectués il y a un mois. En un mot , il ne vous était pas difficile dé concilier vos différents devoirs.

u. 2.\ J'ai d^à donné connaissance personnellement de cela (à l'Empereur). »

<c 3"*. En adressant tous les étrangers et autres personnes , excepté celles que leur service peut appeler à Longwood, d'abord au comte 'Bertrand (ou en m'adnessant moi-même à lui) , pour savoir si (l'Empereur) ^voudrait les recevoir, et. en ne

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^tinant de laissez^passer qu'aux personnes qui s'étaient assurées de ce point , ou auxquelles il était recommandé de s'en assurer, je pense, etc. "

u 4"*» Il n^est pas, monsieui*, en mon pouvoir de donner au comte Bertrand le privilège que vous demandez, etc. n

n Je suis obligé , monsieur, de vous déclarer: I* que vous n'avez rien communiqué à FËmpèreur ; 2** que depuis plus de deux mois vous n'avez eu aucune communication avec le comte Bertrand; 3* que nous ne vous demandons aucun privilège pour le comte Bertrand , car je ne voua demande que la continuation de l'état de chose» qui a existé pendant neuf mois.

u y. Je regrette d'apprendre, continuez^vons , que (l'Ëmpeieur) a été incommodé des visites, etc. n C'est une ironie bien amère l

» Au lieu de vous efforcer d'accorder vos différents devoirs, monsieur, vous semblez déter-» miné à persister dans un système de vexations continuelles. Cette conduite fera-t-elle honneur à votre caractère? Méritera-t-elle l'approbation de votre gouvernement et de votre nation? permettez-moi d'en douter;

» Plusieurs officiers-généraux qui arrivèrent sur te Comwaliis désiraient être présentés à Longwood. Si vous les aviez envoyés au comte Bertrand ^ comme vous aviez fait jusqu'alors pour tous lea étrangers qui se sont présentés dans l'ile , ils au^^

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raient £té reçus. Vous avez sans doute vos raison» pour empêcher des personnes de quelque distinction de venir à Longfwood. Alléguez , si cela vous plait, comme vous le faites ordinairement, la teneur de vos instructions, mais ne défigurez pas les intentions de FEmpereur, '

)) L'Empereur est malade par suite de Tinsalubrité du climat et des privations de toute espèce. Je ne lui ai point communiqué tous les détails fastidieux qui m'ont été transmis de votre part^ Il y a deux mois que tout cela dure, et c'aurait dû être terminé depuis long^temps, parée que le pojBtrSçriptum de ma lettre du 23 aoïkt est e%r plicite. Il est grand temps d'en finir ; mais il pa»^ ralt que vous vous en êtes fait un texl£ pour nous insultert

» J'ai l'honneur d'être, etc..

» Le général comte de MoNTHotoir. »

On pense bien que ces formalités devaient sin** gulièrement entraver les communications «wo Napoléon : comme il y tenait autant qu'à l'hcm^ neur et àja vie, disant qu'il aimerak mîeux mourir que de faire quelque chose contre sa dignité, elles contribuèrent plus que toute autre causé à le tenir dans cet état d'isolement dont il se plaignit si acoèrement par- la suite*

{1 m'était expressément défendu par les Snstmc* tions qui m'iét^ieat adressées de Londres, de bis-

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ser le prisonnier communiquer avec qui que ce fût, autrement que sur une permission qui serait donnée par moi. Mais Napoléon ne voulait recevoir personne qui lui fut présenté par mon intermédiaire. Ainsi, lors du passag^e de lord Amherst, ambassadeur d'Angleterre en Chine, ce diplomate désira être admis auprès de Bonaparte ; mais celui-ci déclara formellement que jamais il ne lé recevrait, s'il venait en ma compag;nie ou sous mes auspices, a Mon fils , disait-il à ce propos , mon fils que j'aime tant, viendrait ici et il me serait présenté par ce geôlier, que je ne voudrais pas le recevoir; ma bonne Louise elle-même serait impitoyablement consignée aux barrières de Longwood , s'il lui fallait , pour venir in'embrasser , avoir recours à un aussi détesté intermédiaire et introducteur.

» Que lord Amherst vieilne avec sa suite , je le recevrai avec plaisir, ajoutait-il ; mais s'il arrive accompagné de Lovre, ou seulement de quelqu'un de son état-major , qu'il se tienne pour assuré qu'il trouvera ma porte fermée. Ce ne sera pas une insulte que je prétendrai faire à l'ambassadeur, je n'ar aucun motif pour cela; mais je ne veux voir rien ici qui me vienne par l'intermédiaire de mon bourreau. »

Le lord, ayant appris ces intentions, en fit son profit. Il se rendit à Longwood , seulement avec sa suite; et, ne faisant nulle mention de moi, il

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fut reçu par Napoléon sans difficulté sur la présentation de M. Bertrand; il passa même plus de deux heures avec lui.

Ces difficultés de présentation et d'étiquette revinrent maintes autres fois , et toujours c'était sur moi que retombaient leurs conséquences, comme si j'avais dû être g^arant et solidaire de la religieuse vénération de Napoléon pour les lois de l'étiquette , qu'il aurait dû oublier en quittant le Louvre , et qu'il eût laissées au delà de la lig;ne, s'il eût eu un peu plus de philosophie.

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