CHAPITRE XXIII
Argenierie brisée.^— livre venant d'Europe saisi. — Domestiqne
mis aux arrêts.
Bonaparte, qui voulait conserver autour de lui une espèce de petite cour, et qui, malgré son excessive frugalité , se trouvait engagé dans des dépenses assez fortes, dépassait toujours les bornes du budget qui lui était alloué par T Angleterre. Un assez nombreux domestique , plusieurs médecins , une suite d'amis (je n'ose dire de courtisans, car le malbeur illustre trouve encore des courtfsans qui honorent ce titre) , une suite d'amis assez considérable , trop considérable même pour sa situation et l'état dans lequel on voulait le réduire , ne laissaient pas que de l'obérer beaucoup. Il se crut donc obligé de vendre l'arçenterie qu'il avait apportée d'Europe, et dont le produit devait alimenter pendant quelque ienips encore ces habitudes de munificence qu'il s'obstinait à conserver jusque dans l'exil. Loin de moi la pensée de lui faire un crime de cette ten-. danceàun esprit de libéralité tout-à-fait royale. Aussi , bien que selon moi le général eût dû ré-
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Bëchir un peu plus sérieusement sur sa position , et se laisser un peu moins facilement entraîner à sa générosité d'empereur, je crus qu'il ne m'ap* partenait même pas de lui faire aucune objection à cet égard : il put Jonc librement disposer de cette propriété.
Cependant j'appris bientôt que l'âi^nterie, qui devait être brisée , n'avait pas été assez fortement martelée pour que les emblèmes impériaux , les armes qui s'y trouvaient, eussent disps^rui et pour qu'on ne pût pas rendre à chacune des pièces sa fomu; première. Il me fut même rapporté que des spéculateurs avaient formé le projet de faire redresser toute cette vaisselle , afin d'en tirer un parti plus avantageux en la vendant en France comme ayant appartenu à Napoléon , ce que prouvaient évidemment les aigles en ver» meil qui étaient encore fixées sur les principales pièces. Je m'opposai donc fortement à ce que ce marché fut conclu avec l'acheteur que les habitants de Longwood avaient désigné , et je me réservai d'en présenter un. C'était un orfèvre de James-Town , à qui j'avais fait donner -ordre de fondre, en présence de -mes agents, toute cette argenterie dont il allait faire l'acquisition.
Je dois l'avouer , je dus paraître alors à mon prisonnier un bien terrible et bien intolérant geôlier; car je fus forcé de retenir un ouvrage politique sur les affaires du moment , qu'on lui
avait expédié d^urope. Il aurait été dangereux , selon moi , de lui mettre sous leis yeux ce livre , sur la couverture duquel on lisait en lettres d'or cette intempestive dédicace : à Napoléon-de-Grand^ Ne devais-je pas soustraire aux regards du général tout ce qui pouvait lui rappeler une position vers laquelle il lui était même impossible de tour-* ner des regards de désir? rTy avait«il pas aussi de rbumanite à ne pas faire renaître à chaque minute les déchirants regrets d'une grandeur qui n'était plus pour lui qu'un songe pénible 7
Quelques jours après, je fis mettre aux arrêts, un domestique de la maison du général qui avait violé le règlement que j'avais prû«»ùlgué , et je fis^ prévenir de nouveau les personnes que Bonaparte chargeait de ses rapports avec le gouveme«r^ qu'il me^rait impossible d'accueillir désormais toute réclamisition , toute lettre qoi qualifierait Bo^ naparte d'empereur , des or<kes pi^écîs à cet %ard m'ayant même été renouvelés plusieurs fois, de fut donc principalement à dater de l'époque de toutes ces petites exigences, qu'éclata contre moi cette haine qui| chez Napoléon, s'accroissait de jour en jour, et qu'il devak malheureusesient emporter au tombeau.
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