CHAPITRE XXVI
Rëtumé des plaintes et protestations de Napol^n contre TÂn-
leterre et contre moi.
J^ai déjà et plusieurs fois parlé des continuelles plaintes de Napoléon contre le gouvernement britannique, qu'il accusait d'avoir manqué à la sainteté du droit des ^ns, en Fenvoyant à Sainte- Hélène , et contre moi , qu'il accusait d'aggraver sa captivité. A peine arrivé Jans l'ile, il Et adresser à l'amiral CSockbum ses plaintes dans la note suivante :
tt L'Empereur désire , par le retour du prochain vaisseau, avoir des nouvelles de sa femme et de son fils, et savoir si ce dernier vit encore. Il profite de cette occasion pour réitérer et transmettre au gouvernement anglais les protestations qu'il a faites contre les étranges mesures qui ont été adoptées contre lui.
n I®. Le gouvernement l'a déclaré furisonnier de guerre. L'Empereur n'est point prisonnier de guerre. Sa lettre au prince régent, écrite et communiquée au capitaine Maitland , avant de passer à bord du Bellérophon, prouve suffisanmient au»
MÉMOftIAL BE SIR ITfJDSON LOWE. l8&
monde entier les dispositions et la confiance qui le conduisirent librement sous le pavillon anglais.
n II était au pouvoir de l'Empereur de ne quitter la France que par des stipulations qui auraient décidé de tout ce qui était relatif à sa personne; mais il dédaigna de mêler ses intérêts personnd» aux grands intérêts dont son esprit avait été constamment o^upé. n aurait pu se mettre à la disposition de l'empereur Alexandre, qui avait été son ami| ou de Fempereur François, qui est son beau-père ; mais , dans la confiance qu'il avait en la nation anglaise, il ne voulut d'autre protection que ses lois , et , renonçant aux afiBsiires publiques, il ne chercha d'autre pays que celui qui était gou*verné par des lois fixes, indépendantes de la volonté des individus;
n 20. Sil'Empereur avait été {Prisonnier de guerre, les droits des nations civâisées , sur un prisonnier de guerre, sont limités par le droit des gens, et finissent d^ailleurs avec la guerre elle-même*
» 3«. Le gouvernement anglais considérant l'End* pereur, même arbitrairement, comme prisonnier de guerre, son droit sur lui était limité par le droit public, ou bien, comme il n'y avait pas de cartel entre les deux nations dans la guerre présente, il pouvait suivre envers lui les principes des sauv»ges qui mettent à mort leurs prisonniers. CSe droit aurait été pins humain, pins confonde àlajitiltice, ^liedè le ihransporter ^r ce t^aiffrèux. La tmn
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qu'on aurait pU lui donner à bord du BeOérophon, .dans la rade de Plymouth, aurait été comparativement un bienfait.
n Nous avons voyagé dans les pays les plus misérables de l'Europe : aucun d'eux ne peut se comparer avec ce roc aride, dépourvu de tout ce qui peut rendre la vie supportable. Il est fait pour renouveler à tout moment les angoisses de la mort. Les premiers principes de la morale chrétienne, .et ce grand devoir imposé à l'homme de remplir .sa destinée , quelle qu'elle soit , peuvent seuls l'eihpécher ici de terminer, de sa propre main , une si .horrible existence. L'Empereur met sa gloire à continuer à lui être supérieur. Mais , si le gouvernement anglais persiste dans ses actes d'injustice et de violence, il regardera comme un bienfait l'ordre de le mettre à. mort. »
Cette note, adressée au nom de Napoléon, était signée par le comte Bertrand.
On pourra d'ailleurs mieux juger encore de la nature, et de la justice de ces plaintes et de ces accusations en lisant la pièce suivante, qui me fut adressée le 23 août 1816. Dans cette solennelle cause entre un souverain détrôné et une grande nation accusée de mauvaise foi et de perfidie , je ne puis me prononcer. Mon jugement serait sans poids; c'est à la postérité, qui déjà commence. pour Napoléon , à jeter dans Içs débats son toutrpuissant airét. Voici la lettre qui me fut écrite, au
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nom de Napoléon, par le ^néral Montholon.:
- « Monsieur le général, j'ai reçu le traité du 2. août 1 8 1 5 , conclu entre Sa Majesté britannique , Vempereur d'Autriche , l'empereur de Russie , et le roi de Prusse, qui était joint à votre lettre du 23 juillet.
» L'empereur Napoléon proteste contre le contenu de ce traité; il n'est point prisonnier de l'Angleterre. Après avoir abdiqué entre les mains des représentants de la nation, au profit de la constitution adoptée par le peuple français, et en faveur de son fils , il s'est rendu volontairement et librement en Angleterre, pour y vivre en particulier, dans la retraite, sous la protection des lois britanniques. La violation de toutes les lois ne peut pas constituer un droit de fait. La personne de l'empereur Napoléon se trouve au pouvoir de l'Angleterre; mais, de fait ni de droit il n'a été ni n'est au pouvoir de l'Autriche, de la Russie, et de la Prusse, même selon les lois et coutumes de FAngieterre, qui n'a jamais fait entrer, dans* la balance des prisonniers, les Russes,^ les Autrichiens, les Prussiens, les Espagnols, les Portugais , quoique unie à ces puissances par des traités d'alliance, et faisant la guerre conjointement avec elles.
n La convention du 3 août, faite quinze jours après que l'empereur Napoléon était en Angleterre, ne peut avoir, en droit, aucun «ffet; elle
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n^ofifè ipie le spectacle de la coalition des quatra plus grandes puissances de l'Europe, pour Toppression d'un seul homme, coalition que désavoue l'opinion de tousjes peuples, comme tous les prin"* cwpeê de la saine mîorale*
n Les empereurs d'Autriche et de Russie, et le ffoi de Prusse nHtyant, de fait ni de droit , aucuhe action sur la personne de l'emperetir Napoléon ^ n'ont pu rien statuer relativement à lui.
• » Si l'empereur Napoléon eût été au pouvoir de l'empereur d'Autriche , ce prince se fût sou-* venu des rapports que la religion et la nature ont mis entre un père et un fils., rapfkMrts qu'on ne vicde jamais impunément»
n II se fàt ressouvenu que quatre fois Napolëûd hn a restitué son trône : à Léoben, en 1791 , et à Lunéville j en i8o4 ; lorsque ses armées étstient sous les murs de Vienne, à Presbourg, en 1 806 ; et à Vienne, en 1809, lorsque ses armées étaient mattriesses de la capitale et des trais quarts de la monarchie. Ce prince se fÙt, ressouvenu des protestations qu'il lui fit au bivouac de Moravie, en 1806, et k l'entrevue de Dresde^ en 1812.
» Si la personne de l'empereur Napoléon eût été au pouvoir de l'empereur Alexandre, il se fût ressouvenu des liens d'amitié contractés à Tilsitt , à Erfort , et pendant don^e ans d'un commerce journalier.
» Il «e fàt ressouvenu de la conduite de l'em-*
peiceurNapoléonle lendemain de la bataflled'Aus* terliU) où, pouvant le faire prisonnier avec les 4â>ris de «on armée, il se contenta de sa parole, ^ lui laissa opérer sa retraite. Il se iùt ressoo» yenu des dangers (jue, personnellement, Tempe-* reur Napoléon a bravés pour éteindre Tincendie dc^^scow , et lui conserver cette capitale. Certes ce prince n'eût pas violé les droits de Famitié et de la Veconnaissanoe envers un ennemi dans le malheur.
» Si la personne de Fempereur Napoléon eût été même au pouvoir du roi de Prusse, ce sou* yerain n'eût pas oublié qu'il a dépendu de l'Emp pereur , après la bataille de Friedland , de placer un autre prince sur le trône de Berlin. Il n'eût point oublié , devant un ennemi désarmé , les protestations de dévouement et les sentiments qu'il lui témoigna, en 1812, aux entrevues de Dresde,
» Aussi voit-on, par les articles a et 5 dudit traité du 2 août que, ne pouvant in0uer en rien sur le sort de la personne de l'empereur Napoléon y qui n'est pas m leur pouvoir, œs princes s'en rapportent à ce que fera là dessus Sa Majesté bri^ tannique , qui se charge ée remplir toutes les obligations. Ces princes ont reproché à l'empereur Napoléon d'avoir préféré la protection des lois anglaises à la leur. Les fausses idées que l'em^* pereur Napoléon a^vait de la liberté des lois an-
glaises , et de l'influence de Fopinîon d'an peuple grand , généreux et libre , sur son gonyernement, l'ont décidé à préférer la protection de ses lois k celles de: son beau -père ou de son ancien ami. L'empâreur Napoléon a toujours été le maître dç feire assurer ce qui lui était personnel, par un traité diplomatique , soit en se remettant à la tête de l'armée de la Loire , soit*eh se mettantà la tétede l'armée de la Gironde que commandait le général Glausel. Mais , ne cherchant désormais que la retraite et la protection des lois d'une nation libre, soit anglaise, soit américaine, toutes stipulations lui ont paru inutiles. Il a cru le peuple anglais plus lié par sa démarche ^nche , noble , et pleine de confiance, qu'il ne l'eût pu être par les traités les plus solennels. Il s'est trompé; mais cette erreur fera à jamais rougir les vrais JBretons ; et, dans la génération actuelle, comme dans les générations futures, elle sera une preuve de la déloyauté de l'administration anglaise.
n Des commissaires autrichiens et russes sont arrivés à Sainte-Hélène. Si leur mission a pour but de remplir nne partie des devoirs que les empereurs d'Autriche et de Russie ont contractés par le traité du 2 août, et de veiller à ce que lés agents anglais, dans une petite colonie au milieu de l'Océan , ne manquent pas aux égards dus à un jwrin'ce lié avec eux par les liens de parenté et par tant d'autres rapports, on reconnaît, dans cette
dëmarcfae, des marques du caractère de ces deux souverains; mais tous avez, monsieur, assuré que ces commissaires n'avaient ni le droit ni le pouvoir d^avoir aucune opinion de tout ce qui peut se passer sur ce rocher.
n Le ministère anglais a fait transporter l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, à deux mille lieues de l'Europe. Ce rocher , situé sous le tropique, à cinq cents lieues de totit continent, est soumis k la dfiàleur dévorante de cette latitude ; il est couvert de nuages et de brouillards les trois quarts de l'année; c'est à la fois le pay^le plus sec et le plus humide du monde ; ce climat est le plus contraire à la santé de l'Empereur. Cest la haine qui a présidé au choix de ce séjour, comme aux instructions données par le ministère anglais aux (aciers commandant dans ce pays.
w On leur a ordonné d'appeler l'empereur Napoléon ^n^ra/, voulant l'obliger de reconnaître qu'il n'a jamais régné en France, ce qui l'a décidé à ne pas prendre un nom d'incognito, comme il y était résolu en sortant de France. Premier magistrat à vie delà république, sous le titre de premier consul, il a conclu les préliminaire^ de Londres et le traité d'Amiens avec le roi de la Grande-Bretagne; il a reçu pour ambassadeurs , lord Gomwallis , M. Mérry , lord Whitworth*, qui ont séjourné en cette. qualité à sa cour. Il a accrédité, auprès du roi d'Angleterre ,1e comte Otto
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et le géaëral Andréossi, qui ont résidé çammt ambassadeurs à la cour de Windsor. Lorsqu^après un échange de lettres entre les ministres des affaires, étrangères des deux monanchies , lord Laui* derdale vint à Paris, muni des pleins pouvoirs du roi d'Angleterre, il traita arec les plénipotentiaires munis des pleins pouvoirs de l'empereur Napoléon, et séjourna plusieurs mois à la comt; des Tuileries. Lorsque depuis, à Ghàtillon^ lord Gastelreagh signa l'ultimatum que }es puissances alliées présentèrent aux plénipoteritiaires de l'emr pereur Napoléon , il reconnut par là la qiiatrième dynastie.
N Cet ultimatum était plus avantageux que le traité de Paris; mais on exigeait que la France renonçât à la ]3elgique et à la rive gauche du; Rhin, ce qui était contraire aux propositions de Francfort et aux proclamations des puissances alliées, ce qui était contraire an serment par lequel, à son sacre, l'Empereur avait ji^ l'intégrité de l'empire. L'Empereur pensait alors que les limites naturelles étaient nécessaire^ à la garanti^ de la France , comme à l'éq^ilili^re d^ l'Ekirope ; il pensait que la nation française, dans les circon-* ^tances où elle se trouvait, devait plutôt courir toutes les chances de la guerre que de s'endépailir%
n La France. eût ohtenu cette inti%rité,et9 aveo eUe, conservé so|i honneur, si la trahison i^'était venue atlsS^cpur^ d$is alliés^
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Il Le traité du a août, l'acte du parlement britannique, appellent TEmpereur, Nqpoiéon Bonaf parte, et ne lui donnent pas le titre' de gënéraL Le titre de gênerai Bonaparte est sans doute émir nemment glorieux ; FEmpereur le portait à Lodi , à Gastiglione, à Rivoli , à Arcole, à Léoben, aux Pyramides, à Aboukir ; mais, depuis dix-sept ans^ il a porté celui de premier consul et d'empereur; ne le nommer maintenant que général, ce serait convenir qu'il n'a été ni premier magistrat de la répubUque , ni souverain de la quatrième dynastie. Ceux qui pensen;t que les nations sont des troupeaux qui , de droit divin , appartiennent à quelques familles , ne sont ni du siècle , ni même dans l'esprit de la législature anglaise , qui chan^ gea plusieurs fois l'ordre de sa dynastie , parce que de grands changements , survenus dans les opinigns auxqudles n'avaient pas participé les princes régnants, le< avaient rendus ennemis da bonheur et de la grande majorité de cette nation ; car les rois ne sont que des magistrats héréditaires qui n'existent que pour le bonheur des na** tions, et non les nations pour la satisfaction des rois*
» C'est le mém^ esprit de haine qui a ordonné que l'empereur Napoléon ne pût écrire ni recevoir aucune lettre sans qu'elle fût ouyerte et lue par lef l^^^itres anglais e(l^ officiers de Sainte* Hélène.
' n On lui a par là interdit la possibilité de recevoir des nouvelles de sa mère , de sa femm^? , de son fils, de ses firères; et lorsque, voulant se soustraire aux inconvénients de voir ses lettres lues par des officiers subalternes, il a voulu envoyer des lettres cachetées au prince régent, on a répondu qu'on ne pouvait se charg[er que de laisser passer des lettres ouvertes ; que telles étaient lès instructions du ministre. Cette mesure n'a pas besoin de réflexion ; elle donnera d'étranges idées de l'esprit de l'administration qui l'a dictée : elle serait désavouée à Alger. Des lettres sont arrivées pour des officiers' généraux de la suite de l'Empereur*,. elles étaient décachetées, et vous furent remises ; vous ne les avez pas communiquées , parce qu'elles n'étaient pas passées par le canal du ministère anglais. Il a fallu leur faire refaire quatre mille lieues , et les officiers eurent la douleur de savoir qu'il existait sur ce rocher des nouvelles de leurs femmes, de leurs mères, de leurs enfants , et qu'ils ne pourraient les connaître que dans six mois. Le cœur se soulève!!! On n'a pas pu obtenir d'être abonné au Moming Chronicle, au Moming Post, à quelques journaux firançaisb De temps à autre on fit passer à Longwood quelques numéros dépareillés du Times. Sur la demande faite à bord du Northumberland, on a envoyé quelques livres ; mais tous ceux relatifs aux affaires des dernières années en ont été soigneuse-
DE SIR HUDSON LOWE, igS
ment écartés. Depuis , on a voulu correspondre avec un -libraire de Londres, pour avoir directement des livres dont on pouvait avoir besoin , et ceux relatifs aux événements du jour; oii l'a empêché. Un auteur anglais , ayant fait un voyage en France, et l'ayant imprimé a Londres, prit la peine de vous l'envoyer pour l'offrir à l'Empereur ; mais vous n'avez pas cru pouvoir le lui remettre, parce qu'il ne vous était pas parvenu par la filière de votre gouvernement. On dit aussi que d'autres livres, envoyés par leurs auteurs , n^ont pu être remis, parce qu'il y avait sur l'inscription de quelques uns : à l'empereur Napoléon ; et sur d'autres : à Napoléon-le-Grand. Le ministère anglais n'est fondé à employer aucune de ces vexations ; la loi, quoique inique , du parlement britannique considère l'empereur Napoléon comme prisonnier de guerre; or, jamais^on n'a défendu aux prisonniers de guerre de s'abonner aux joUr-, naux, de recevoir des livres qui s'impriment: une telle défense n'est faite que dans les cachots de l'inquisition.
M L'île de Sainte-Hélène a diîx lieues de tour ; eUeest inabordable de toutes parts , des bricks enveloppent là côte ; des postes placés sur le rivage peuvent se voir de l'un à l'autre , et rendent impraticables les communications avec la mer. Il n'y a qu'un seul petit bourg, James-Town, où mouillent et d'où s'expédient les bâtiments. Pour
empêcher un individiJi de s'en aller de l'Ile , il suffit de cerner la côte par terre et par mer. En interdisant l'intérieur de l'Ue , on ne pei^ donc avoir qu'un but y celui de priver d'une promenade de huit ou dix milles, qu'il gérait possible de faire à cheval, e% dont, d'après la consultation des hommes de l'art, la privation abrège les joui:»
de l'Empereur.
» On a établi l'Empereur dans la position de Longi/vood , exposé à tous les vents , terrain stérile^ inhabité, sans eau, n'étant susceptible d'aucune culture. Il y a une enceinte d'environ douze centi^ toises incultes. A onze ou douze cents toises, sur un mamelon, on a établi un camp. On vient d'en placer un autre à peu près à la même distance, dar^ une direction opposée, de sorte qu'au milieu de la chaleur du tropique, de quelque côté qu'on regarde, on ne voit que des camps.
I) L'amiral Malcolm ayant compris l'utilité dont , dans cette position , une tente serait pour l'Empereur , en a fait établir une par ses matelots , à vingt pas en avant de la maison ; c'est le seul endroit où l'on puisse trouver de l'ombre. Toutefois l'Empereur n'a lieu que d'être satisfidt de l'esprit qui anime les ofBcîers et soldats du brave SS*', comme il l'avait été de l'équipage du Northumberland, La maison de Longwood a été construite pour servir de grange à la ferme de la Compagnie; depuis > le sous-gouverneur de l'tte.
DE SIB tiUDSON LOWE. 197
y a fàh établir quelques chambres ; elle lui servait de maison de campagne , mais elle n'était en rien convenable pour une habitation. Depuis un an qu'on y est , on y a toujours travaillé , et l'Empereur a constamment eu incommodité et l'insalubrité d'habiter une maison en construction. La chambre dans laquelle il couche est trop petite pour contenir un lit d'une dimension ordinaire; mais toute bâtisse à Longwood prolongerait l'incommodité des ouvriers. Cependant, dans cette misérable lie , il existe de belles posi* tions, offrant de beaux arbres, des jardins, et d'assez belles maisons , entre autres Plantation- Honse ; mais les instructions positives du ministère vous interdisent de donner cette maison, ce qui eût épargné beaucoup de dépenses à votre trésor , dépenses employées k bâtir à Longwood des cahùtteis couvertes en papier goudronné , et qui déjà sont hors de service. Vous avez interdit toute correspondance entre nous et les habitants de l'tle ; vous avez mis de ^ait la maison de Long- Krcîod an secret; vous avez même entravé les communications avec les officiers de la garnison. On semble donc s'être étudié k nous priver du peu de fêssources qu'offre ce misérable pays , et nous y éommes comniè nous le serions sur le rocher inculte et inhabité de l'Asicension; ' »> Depuis quatre mois que vous êtes à Sainte- Hélène , von^ avez, monsieur ,^ empiré la position*
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de l'Empereur. Le comte Bertrand vou$ a^fait observer que vous violiez mèmç la loi de votre l^slature \ que vous fouliez aux pieds les droits des o£Q. ciers-généraux prisonniers de guerre. Vous avez répondu que vous ne reconnaissiez que la lettre de vos instructions; qu'elles étaient pires encore que ne nous paraissait votre conduite.
») J'ai l'honneur, etc.
» J'avais signé cette lettre, monsieur , lorsque j'ai reçu la vôtre du 17. Vous y joignez le compte par aperçu d'une somme annuelle de vingt mille livres sterling que vous jugez indispensable pour subvenir aux dépenses de l'établissement de Longwood , après avoir fait toutes les réductions que vous avez crues possibles. La discussion 46.cet aperçu ne peut nous regarder en aucune manière. La table de l'Empereur est à peine le strict nécessaite ; tous les approvisionnements sont de mauvaise qualité , et quatre fois plus chers qu'à Paris» Vous demandez à l'Empereur un fonds de douze mille livres sterling , votre, gouvernement ne vous allouant que huit mille livres sterling pour tontes ses dépenses. J'ai eu l'honneur de vous dire que l'Empereur n'avait pas de fonds; que, depuis un an, il n'avait reçu ni écrit aucune lettre , et qu'il ignorait complètement tout ce qui se passe ou a pu se passer en Europe.
» Transporté violemment sur ce rocher, à deux mille lieues , sans pouvoir recevoir ou écrire au-
cune lettre , il se trouve aujourd'hui entièrement à J« discrétion des agents anglais.
» L'Empereur a toujours désiré et désire pourvoir lui-même à toutes ses dépenses quelconques , et il le fera aussitôt que vous le lui rendrez possible, en levant l'interdiction faite aux négociants de l'île de servir à sa correspondance , et qu'elle ne sera soumise à aucune inquisition de votre part, ni d'aucun de vos agents. Dès que l'on connaîtra en Europe les besoins de l'Empereur, les personnes qui s'intéressent à lui enverront les fonds né* cessaif^es pour y pourvoir. ;
» La lettre de lord Bathurst, que vous m'avez communiquée, fait naître d'étranges idées. Vos ministres ignoraient-ils donc que le spectacle d'un grand homme aux prises avec l'adversité est le spectacle le plus sublime? Ignoraient -ils que Napoléon à Sainte-Hélène , au milieu des persécutions de toute espèce , auxquelles il n'oppo;se que la fermeté, est plus grand, plus sacr^ , plus vénérable, que sur le premier trône du monde, où si long-temps il fut l'arbitre des rois ?
)) Ceux qui, dans cette position, manquent à Ns^poléon, n'avilissent que leur propre caractère et la nation qu'ils représentent.
n Le général, comte de Mokthqlon. »
t^tssMamaeiâ^ax