CHAPITRE XXVIII
NouTelles mesntes de- sûreté. — Promnlgation d'an règlement concernant le |[énéral et toute sa maison. — Gpnduite peu modérée des ami» de Bpnaparte.
On pense bien qu'étant chargée d'une responsabilité immense, celle qui se rattachait à la surveillance et à: la g^rJe de Napoléon , je devais me trouver forcé , même pour ma propre tranquillité , de m'armer d'une multitude de précautions toutes très naturelles dans ma position, et qui cependant pouvaient paraître tyranniques. Mais l'évasion presque romanesque de l'île d'Elbe, qu'on attribuait encore alors à la politique anglaise, devait nécessairement avoir ouvert les yeux à mon gouvernement; aussi chaque navire qui venait d'Europe m*apportait de nouvelles recommandations qui m'enjoigiiàient la pluB stricte vigilknce et la surveillance la plus impitoyable.
Je me vis donc forcé de recourir k mille moyens préventifs qiie mes fonctions autorisaient , et qui parurent malheureusement à Longwood émanées du plus affreux despotisme. C'est ainsi que je fus obligé de faire rédiger un règlement auquel toute
3o8 MibicmiAL
personne admise auprès da géoëral dut déclara se soumet^^ » menaçant de fiâre conduire au Gap ceux quire fuseraient d'accepter ces nouvelles restrictions qu'il m'importait de faire observer rigoureusement pour le repos de l'tle et la conservation du prisonnier. Je fus aussi oblige de prendre d'autres mesures ooaœmant la correspondance du gëo^l et de toute sa maison ; car je n'ignorais pas les fâcheuses dispositions de tes messieurs à mon égard , et le but de ma mission me faisait une loi de braver les plaintes et les criailleries y en adoptant avec énergie les mesures nécessaires pour comprimer et étouffer dans sa nabsance tout projet de rébellion ou de fiiite.
Je savais en outre que quelques unes des personnes dp la maison du général, et principalement le comte de Las Casés , s'abandonnaient dans leurs lettres à de virulentes déclamations contre ma personne et mon autorité, attaquant sans cessç d'une manière outrageante mon caractère et les actes de ma^gestion, qu'ils traitaient d'oppression affreuse , arbitraire , révoltante. J'aurais voulu voir Napoléon poyr le prier d'engager ses amis à pluf de modération; mab il s'y était constamment refusé depuis notre dernière entrevue , que j'ai rapportée et qui fut tant orageuse. Je lui aurais expliqué jusqu'à quel point on pouvait voir de la tyrannie dans une conduite qui m'était çommsuvdée ; et j'aur^ peut-être réussi à lui démontrer
DE SIR imt>SON LOWE. I09
<{ae te r^l^nént restrictif que j'avais promulgtië nVtàit qu'une conséquence impérieuse de notre situation réciproque. Quoi qu'il en soit, voici ce* r^lement tel que j'en envoyai expédition à Longwood^ouse :
« I ^. Longwood avec la route par Hufs-gate , le long; de la montagne jusqu'au poste des signaâx , près VAUvrm-Hiyase, sera établi comme limite.
D l*« Des sentinelles marqueront les limites que personne ne pourra traverser pour approcher de la maison de Longwood , ou de son jardin, sans la permission du gouverneur*
» 3^ La route à la gauche de Hut's-gate qui retourne par Woodridge à Longwood n'ayant jamais été fréquentée par le général Bonaparte depuis l'armée du gouverneur, le poste qui l'observait sera en grande partie retiré; cependant, toutes les fois qu'il voudrait aller à cheval dans cette direction ) en prévenant l'offîcier à temps ^ il n'éprouvera aucun obstacle.
M 4^. Si le général Bonaparte voulait jm>longer sa promenade dans quelqu'autre direction , un officier de l'état-major du gouverneur, s'il en était informé à temps, sera prêt à l'accompagner; si le temps manquait) l'officier de service à Longwood le reiùplacerait.— L'officier qui le surveille o, ordre ée ne point l'approcher, à moins quHl ne soit de* mandé,etdenejamaiè «onrveillersapromeiiade, excepté pour ce que lui commande son service,
310 BfÉMORIAL
o'est-àr4îi^ c(e veiller à tout c^ qm pourrait, dans ses promenades, s^écarter des régules établies et de l'en avertir respectueusement
- )),,5?. Les reniements déjà en force pour empéctier les communications avec qui que ce soit , sans la permission du gouverneur , doivent être strictei^nt observés. En conséquence, il est requis du général Bonaparte qu'il s'abstienne d'entrer dans aucune maison, ou d'epg^ger aucune conversation avec les personnes qu'il, pourrait rencontrer (excepté ce que demandent les salutations etjes politesses ordinaires qu'il aurait à ^reudre), à.moins que ce ne soit en présence d'un officier anglais. .
- » 6^, Les personnes qui , avec le con^entemeut du. général Bonaparte ; peuvent toujours recevoir du gouverneur des permissions pour le visiter , ^ ne peuvent, malgré ces permissions, communiquer avec aucune autre personne de sa suite, à moins que ce ne soit spécialement exprimé daps ces permissions.
. n 70. Au .coucher du soleil , l'enceinte du jar(lin autour de Longwood :sera regarda comme étant la limite. A cette heure, des seutinelles seront placées à l'entour, mais de manière à. ne pas incommoder le général Bonaparte ,,eQ observant sa personne, s'il voulait :continuer. sa promepade dans le jardin, après cette époque. Les sentinelles seront portées, pendant la nuit, à toucher la matôcm comme cela se pratiquait auparavant; et
DE SIB HUDSOl^ LOWE. 2ïl
l'admission sera interdite jusqu'à ce que les senti-' nelles soient retirées, le lendemain matin, de la maison et du jardin.
n 80. Toute lettre pour Longwood sera mise par le gouvernement sous une enveloppe cachetée et envoyée à l'officier de service , pour être délivrée ca* chetée à l'offîcier de la suite du général Bonaparte , auquel elle est adressée , lequel , par ce moyen , sera assuré que personne autre que le gouverneur n'en connaît le contenu. — De la même manière, toute lettre des personnes de Longwood doit être délivrée à l'officier de service, mise sous une seconde enveloppe, cachetée et adressée au gouverneur, ce qui assurera que personne autre que lui n'en ccm** naîtra le contenu.— Aucune lettre ne doit être écrire ou envoyée, aucune communication de quelque espèce qu'elle soit ne doit être faite, ex* cepté en la manière sus^mentionnée. On ne peut avoir aucune correspondance dans l'île, excepté pour les communications qui sont indispensables à faire ati pourvoyeur. Les notes qui les contiendraient doivent é;tre données ouvertes à l'officier de garde, qui sera chargé de les faire parvenir, n
On le voit , était-il possible de s'exprimer avec plus de réserve et de sentiment des convenances que ne le fit, dans ce règlement, celui que Napoléon traitait de galérien et de sbire sicilien? Est-il possible encore de garantir la réclusion d'un homme ayant autour de lui des serviteurs aussi
dévoués que Napoléon , sans qu'une discipline , une subordination sévères et une police active ne vinssent empêcher toute intrigue , toute démarche , toute communication extérieure , qui aurait pu faciliter, ménager son évasion?
Ce règlement fit cependant explosion à Longwood, comme si le gouverneur avait reçu l'ordre de ne retenir Bonaparte prisonnier que sur parole ! On recommença à se livrer aux récriminations les plus outrées, et on alla. jusqu'aux plus injurieuses inculpations contre ma personne. Ce fut au point que, pour ma propre dignité, je fus obligé de faire donner avis à iiongwood, par M. Thomas Reade, que, si une pareille conduite n'avait pas de terme, je me verrais forcé d'en^voyer quatre de ces messieurs , qui m'avaient été signalés comme les plus mutins, au cap de Bonne- Espérance , où il ne leur serait fourni aucun moyen de retourner en Europe. Cette fermeté imposa aux plus fougueux déclamateurs de Longwood, qui, pour quelques jours du moins, suspendirent l'expression trop impétueuse de leur courroux.