CHAPITRE XXIX
PrécaatioBS que -je -preocU pour empêcher de prëyenir l^évation de moa prisoanier. r- Le domestique da comte de Las Cases. . — Longwood entonré deibrtifications.
Dans- Pétat' d'hostilité où je me trouvaiê av6o< Napoléon et sa maison , je devais nécessairement avoir la plus g;rande défiance en tous ceux qui entouraient ce général. Aussi m'armai-je de résolution pour surmonter la crainte que- j'avais éprouvée jusqu'ici de paraître prendre trop souvent sur moi des mesures violentes , et je me décidai fermement à me mettre au dessus de tout ce que l'on pourrait dire à Longwood;
J'avais remarqué que les ojffîciers de Napoléon et les gens, de sa maison entretenaient des relations au dehors. Je résolus d'^ mettre ordre, et une proclamation fut faite -dàns^ Pile pour empêcher les habitants, soù» peine d'Un châtiment sévère , d'établir aucune communication avec Loiigwood et de recevoir aucun billet ou aucun message de Napoléon ou des personnes de sa 'suite , sans le porter préalablement au secrétariat du gouvernement. Cette mesure fit b^ucoup
crier à Long wood ; mais je maintins ma décision, dans laquelle vint m'affermir encore davantage le rapport qui me fiit adressé contre un dômestique du comte de Las Cases , qui , me disait-on , était l'agent le plus actif des habitants de Longwood. J'avais déjà arrêté moi-^méme un domesti-> que du comte de Montholon, qui s'était permis de violer les règlements restrictifs que j'avais fait signera tous les officiers et h tous les domestiques de Napoléon , et je n'hésitai pas à priver M. Las Cases de ce mulâtre, qui, étant natif lui-même de l'ile^ ne pouvait que me nuire dans l'esprit des habitants en me représentant à ceux-ci tel qu'on me faisait à Longwood, c'est-à-dire comme un homme capable de tout. M. Las Cases se récria ; je tentai de l'apaiser en lui promettant de lui envoyer un autre domestique, mais de mon choix. l\ s'y refusa constamment y et je n'insistai pas, dans la crainte qu'il n'eut découvert mon inten- .tion , et que le but que je me proposais fut alors manqué. I^n effet , j'avais résolu d'agir d'astuce, et je voulais donner au comte un de mes affidés, un hpmme à moi, qui se serait glissé dans l'intérieur de Longwood, dans l'intimité des valets et mémQ de» officiers , et qui aurait pu, au besoin, m'instruire de tout ce qui pouvait se dire, se tramer contre moi, pu en favej^r du prisonnier.
Pourquoi blàmerait-on cet excès de précaution ? Pouvais-je trop en prendre , des précautions , pour
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la garde d'un homme sur qui Tunivers avait les yeux , dont je répondais sur ma vie , et dont la présence en Europe eût été le signal d^une explosion politique , dont la ruine de ma patrie eût été immanquablement la conséquence? Non, sans doute ! un vrai patriote anglais ne trouvera pas surprenant que j'aie cherché à agir de ruse pour conserver à mon pays une proie si précieuse.
Je ne dormais pas ; je prenais à peine quelques instants de repos.... Toutes les nuits j'étais sur pied... J'entretenais une espèce de police occulte^ Je parvins plus tard à réussir à peu prèsdans le projet que j'avais conçu de placer un de me^ agents non loin de la personne de Napoléon , et c'est à ce moyen que je dois la connaissance de plusieurs faits, de plusieurs conversations qui ont eu lieu dans la plus intime société du général, que j'aurais dû toujours ignorer, et qui pourtant sont arrivés à ma connaissance. Je ne souffrais pas surtout que des étrangers' s'entretinssent avec Bonaparte, à moins que moi ou quelqu'un de mes ofE** ciers ne fut présent. Ce fut pour cela quje, certain jour que je m'avançais vers lui avec quelques employés de la Compagnie qui arrivaient de l'Inde, I^apoléon, malgré le désir qu'il avait de les questionner, tourna brusqueu^ent le dos, quand il m'aperçut avec eux , en murmurant et en disant « que je lui inspirais trop de dégoût; qu'il se priverait de causer avec ces voyageurs, puisque je
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les accompagnais. Cet homme , ajouta«t-il , est une harpie, il gâte tout ce qu'il teuche. »
' Le compliment n'était pas flatteur ; mais je m'ë^ tais habitué à tout, et je ^ me bardais de fer pour me mettre à même de supporter les plaintes amè^ res ou les démenstrations. trop effervescentes de mécontentement qu'exhalait sans cesse contre met mon prisonnier^ Rien ne me détournait de ce qui me paraissait susceptible de combattre ou de détruire tout projet de* fuite*
C'est ainsi que je fis surveiller, avec la plus stricte sé^rité, des prêtres catholiques attachés temporairement au service de Longwood , et dont l'habit imposait à mes imbécilles d'Irlandais, qui se prosternaient devant leur froc , et montrèrent sans cesse pour eux le plus grand respect. Cette influence pouvait devenir dangereuse et compnn mettre ma responsabilité^, les bons pères furent donc'misen surveillance, et mes agents ne perdirent presque plus de vue les démarches des abbés de Napoléon. J'avais précédemment retiré du service dés habitants de Longwood quelques matelots du Northiunberland, dont la collision avec les gens de Bonaparte pouvait avoir aussi un fâcheux résultat.
Enfin, rien ne m'arrêtait pour m'assurer de l'impossibilité où mon illustre captif se trouvait de, fuir et de s'évader. On appellera cela, si Ycm veut, tyrannie, inquisition, système affreux de
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torture... J'étais alors cuirasse contre tout ce quW pouvait dire ou pens^ de mel à cet égard. Monir idée fixe , à moi , c'était d'empêcher l'évasion de» Bonaparte. Je devais ne voir, ne rêver que projet; de fuite. Aussi , tout était-il mis en jeu pour déjouer le moindre complot dé ce genre, dont on. aurait pu concevoir la pensée...... J'étais devenu
la prison,. la geôle incarnée! J'allai jusqu'à faire établir des fortifications aux environs de Longwood ; et je n'en persistai pas moins dans mon système de précautions , malgré la boutade de Napoléon , qui, en voyant ces^travauXi, ,me railla, dit-on, sur ma. ridicule prévoyance,. traita ma conduite de folie, et fit ,. d'une tnahière insultante pouir moi, allusion au siège de Capri, oilje commandais et où je fus forcé de céder la place au général Lamarque. Je fis donc continuer les revêtements et. les parapets qu'on avait commencé à construire devant l'habitation du général , et bientôt il fut enfermé dans une respectable, enceinte de fossés etde palissades. A ce propos , les officiers de Napoléon donnèrent à. la maison de Longwood et au petit bâtiment qui servait d'écuries les noms, pompeusement ironiques , defart Hudsçn et fort Lowe^et ce fut dans la colonie et dans, les camps à qui le répéterait en se moquant de mes précau^ tiens , de joies frayeurs , et surtout de mon goût et de mon talent pour fortifier les places*
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