‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 39 sur 59 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Défense feite aux officiers anglais de rien écrire sur Bonaparte. — Terreur panique des cabinets des puissances alliées* -r- Multiplicité des notes secrètes au sujet de Bonaparte.

On était toujours admirablement disposé à Long^ood pour expliquer les actions les plus innocentes du gouverneur d'une manière défavorable à sa moralité, à ses principes, et souvent con-^ traire à ses véritables intentions. On cria beaucoup contre moi, par exemple, parce que je défendis à mes officiers de rien écrire de ce qu'ils pourraient apprendre sur Napoléon , ou de ce qui pourrait avoir rapport à leur service auprès du prisonnier de Sainte-Hélène. On avait aussi regardé comme un acte d'arbitraire révoltant l'ordre que j'avais donné aux habitants de l'ile de ne communiquer en aucune manière avec lui : on regardait comme une chose invraisemblable , et même impossible , que mes instructions entrassent dans des détails aussi minutieux et m'indiquassent d'aussi absurdes vexations; et cependant, je le répète , rien ne m'était et ne m'est encore plus facile que de prouver la r^^arité de ma conduite; car voici la copie exacte de l'ordre que

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le contire-amiral Plampîn , en croisière alors à Sainte-Hélène, reçut des bureaux dé Famirauté*

« Bureaux de Tamirauté, i3 septembre iSi;'.

n Monsieur le contre-amii;al , les lords commis* saires de l'amirauté ayant donné leur attention à un ouvrage publié par M. Warden , ex-chirurgien du vaisseau le Northumberlandy leurs seigneuries m'ont ordonné d^ vous signifier que vous ayez à faire savoir à tous les officiers employés sous vos ordres qu'ils doivent s'attendre à encourir tout le déplaisir de leurs seigneuries , s'ils se permettaient de publier aucun des renseignements qu'ils auraient pu recueillir dans leur emploi officiel à Sainte-Hélène (John-Barrow). n

On peut voir , d'après cette lettre , quelle importance le cabinet britannique attachait à ce que rien de ce qui concernait Napoléon ne transpirât en Europe. Tout odieuse que parait d'abord cette politique, et tout odieuse qu'elle est effectivement, il est aisé de la concevoir. Napoléon avait laissé de si grands , de si brillants souvenirs ! Les sillons qu'avaient creusés les roues de son char de victoire étaient encore si profonds , qu'on redoutait tout ce qui pouvait le rappeler à des peuples pour qui son nom était un talisman de gloire, et aurait pu devenir pour eux , plus tard peut-être , un talisman de liberté. Le sol européen frémissait

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encote de la secotuse terrible causée par la chute du colosse; le manteau monarchique était encore tout froissé du brutal attouchement du soldat hardi qui avait osé porter la main sur la pourpre légitime. On voulait, avant tout, effacer le nom de Bonaparte <le la mémoire des nations. Et maintenant que tout danger est passé, maintenant que la mort de Naipoléon me permet de dire ce que, comme Anglais , je n'aurais jamais dit du vivant de Napoléon, je dédare que la 'crainte qu'inspirait aux puissances alliés , et principalement k l'une d'elles, cet homme jadis si fort, était bien au delà de ce qu'on en laissait paraître. Captif et relégué sur un rocher qu'on eût dit jeté par la colère du ciel au milieu de l'Océan , Bonaparte était l'épouvantail de tous les cabinets d'Europe : no» diplomates le voyaient toujours aux trousses de leurs rois.... C'était une ombre fantastique qui les poursuivait jusque dans leur sommeil. Quand on prononçait le nom de ce guerrier , la monarjChie se croyait ébranlée jusque dans ses fondements. La terreur du gouvernement anglais était moins absurde, moins ridicule peut-être ; car elle reposait sur la certitude que', si Napoléon parvenait à s'échapper et à ressaisir sa puissance , elle s'était fait de lui un ennemi mortel qîii devait travailler sans relâche à sa ruihe. Mais cette terreur était encore exagérée.

A mon retour en Europe , un membre du ca-

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binet, à qui je me plaignais de Fanathème et de la proscription que le trop de fidélité aux ordres qu'on m'avait trarnsmis faisait peser sur moi, .essaya de me consoler, en me disant que je n'avais fait que mon devoir en obéissant, mais qu'on avait été bien niais ( c'est son mot ), en tourmei^ tant aussi gratuitement le prisonnier, de Saintet- Hélène. L'aveu était naïf; mais ma curiosité était piquée, et je priai le noble personpage de s'expli^ qi;Lerplus clairement, « Hélas! mon chergouverr neur , les niaiseries , les vexations , les méfaits ^ les tortures dont on vous a envoyé copie conforme à l'expédition des bureaux de l'amirauté et du secrétariat de l'intérieur, ne sont pas positivement du fait de notre cabinet , à qui certes on ne peut refuser le sens commun. Mais, si l'Angleterre s'est rendue l'éditeur responsable de toutes ces sottes infamies, il n'est pas moins vrai qu'elle est beaur coup moins (Coupable, en tout ceci, qu'on ne le pense. Figurez-vous que chaque jour le ministère était assailli de notes secrètes de tous les cabinets des puissances alliées ; il y avait même un bureau spécial pour la correspondance Napoléonienne , dont les commis étaient fort occupés. Il suffisait qu'un petit prince d'Allemagne, à la suite d'une mauvaise digestion ou d'une trop abondante libation de vin de Johannisberg , fût tourmenté d'un cauchemar impérial , pour que le matin , en s'éveillant , il lui passât par la tête que cela de-

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vait présager quelque £^and événement, et pât* conséquent Févasion du tigre y car cVst ainsi qu^ils le nommaient presque tous. Et vite alors on expédiait deux ou trois courriers à la fois à Lon« dres , dans la crainte qu'un seul ne s'égarât eti route. Les notes secrètes pleuvaient en masse dans les bureaux, et dans ces notes on ne demandait rien mqins, pour le tyran, que la cage de fer de Bajazet, en attendant que le terrible cachot d'Ugolin pût avoir son tour. Il fallait bien accorder quelque chose aux exigences de ces gens4à , qni autrement auraient déclamé sur le continent contre la perfidie de TAngleterre, qui avait encore, auraient-ils dit, le projet de leur lâcher Yhyètie', Or, de toutes les injustices proposées , on choi^'*sait les moindres ; mais cette espèce d'humanité était toujours de la barbarie , et cette ridicule condescendance nous a fait faire bien des sottises , nous a fait commettre de bien inutiles cruautés! n

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