‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 41 sur 59 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Commencement de la maladie de Napoléon^ — Mort de Cipriani. — Je veux éloigner le docteur O'Méara. — Scrapules des commissaires de Russie et d'Autriche, -r J« renvoie 0*Méara à Lon^ wood<

Boilapàite, irrité dé ce qu'on lui avait inlpôsé Tobligation de se faire accompag;ner d'un officier anglais toutes les fois qu'il voudrait parcourir l'île et dépasser l£^ limite que j'avais fixée., s'était privé de monter à cheval. Depuis il renonça même a sortir à pied , sa susceptibilité sWfarouchant des précautions sans nombi'e qtie j'avais cru devoir prendjre pour que non-seulement mon prisonnier n'échappât point , mais encore pour qu^il ne coni^ muniquàt avec personne de l'Ile/ Ce manque d'exercice devait nécessairement influer sur sa santé, qui commença dès lors à s'altérer.

De plus , un événement imprévu iie contribua pas peu à persuader à Napoléon que le fatal climat de Sainte-Hélène devait lui coûter la vie.

Cipriani , son maîtré-d'hôtel , fut subitement attaqué d'une inflammation de bas -ventre qui donna, dès le premier instant, les signes les plus alarmants pour le sort du malade. Une assemblée

de médecins eut lieu ; on eut recours à tous les procédés de Fart , mais tous les secours furent inutiles : au bout de quelques jours Gipriani«uccomba. Les haliitants de Lon^ood purent faire inhumer le malheureux maitre-d'hôtel suivant le rite catholique, et toute la maison du général assista à cette lugubre cérémonie.

La mort de Gipriani affecta beaucoup Napoléon. C'était un homme astucieux , mais vif et spirituel, comme le sont presque tous les Corses. Le général l'affectionnait, d'abord parce qu'il était son compatriote, et ensuite parce que celui" ci lui portait le plus vif attachement. En effet, Cipriani se montrait digne de la confiance illimitée que son maître avait en lui, et cet honune , chez qui l'absence d'éducation n'excluait pas les qualités d'une ame noble, avait montré beaucoup plus de dévouement et d'attachement à Bonaparte depuis ses revers , que dans tout le cours de sa brillante et inconcevable fortune.

Le conseil de l'amirauté avait nommé le docteur Barry O'Méara pour remplacer, dans les fonctions de chirurgien de Napoléon, le chirurgien français qui avait refusé de suivre sbn ancien sou* verain à Sainte-Hélène. Je crus pouvoir exiger que M. O'Méara, qui était encore attaché à l'armée anglaise, et qui était, par conséquent, l'homme du gouvernement anglais , me servit à exécuter les ordres qui m'étaient donnés , en m'aidant à faire

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{Mirv^nir au mmutèfe les rapports les plus e&aM« possible , et en me fournissant des notes sur Long^ ivood-Housô) où il était admis £auiiilièl»nitnt, Le docteur s'y refiisa obstinément ^ en m^ disant que je voulais lui faii^laire des dioses indignes li'uil Anglais I et il donna brusquement sa démission/ Je nommai donc le docteur Baxter pour le rem^ placer V mais Napoléon^ montrant toujours ntHê défiance etagévëe pour tout ce qui venait de Pian^ tation-Hbuse , et surtout contre M. Baxter ^ ancii^n cWrwgiett-major du «gimmt italien que j'arai* commandé , refusa obstmânent de le recevoir , et resta sans médecin pendant une trentaine dej^imi'» Les commissaires de la Russie et de l'Autriche, ef* frayés de la responsabilité qui se rattachait à leurs fonctions dans ce moment critique (c^était'alort avant l'arrivée de Mé Antomarchi, qui ne fut mandé que par suite du départ de M. O'Méara), ces messieurs,' dis-je, exig;èrent, au nom de leurs cours, que Napoléon £ùt pourvu promptement d'un médecin. £n conséquence , j'invitai le vieux docteur Stokoé à aller visiter le prisonnier; mais il s'y refusa , redoutant , répondit-il , de perdre la confiance du gouvernement anglais et du gouverneur, dès l'instant'où il serait attaché à la per* sonne de Napoléon, même d'après mon invita^ tien. Je ne pus vaincre sa résistance.

Je me vis donc forcé , bien malgré moi , de rappeler M. O'Méara , et de l'engager à reprendre

%^S BfÉVDRIAL DE SIR HUDSON LOWE.

um service auprès de Napoléon. Je dois avouer qu'efifectivement je cherchais depuis long^tèmps à âoigner de.Ixm^ood un homme dont la conduite me .paraissait fort peu en harmonie avec les intentions du ministère britannique, et qui d'ailleurs s'était, dans mainte circonstance, prononcé hautement contre moi et contre les actes de mon administration. Je crus cependant devoir le sacrifice d'un ressentiment personnel à l'intérêt qu'inspirait généralement la situation de Napoléon; et, au risque de passer pour avoir commis un acte de faiblesse, je permis que M. O'Méara retournât à Longwood.

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