‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 44 sur 59 · CHAPITRE XXXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIL

La £eiiuiie à» chambre di: lad; Lowc. — Les amoan à Sainie*

Hélène. — Les palpitatioiM^

On sVtait plaint plusieurs fois du peu d'ombre dont on jouissait à Longwood, et, comme on me disait un jour quHl serait utile et agréable que quelques arbres entourassent l'habitation du général , j'avais répondu arec tranquillité i a On en plcmtera.» Cette réponse laconique fiit travestie de telle aorte par mes ennemis, que plus tard on la rapporta comme une preuve de mon insouciance et de ma froide férocité. En vérité , il ^Eillalt avoir bien envie de me faire le plus noir possible, pour parvenir à découvrir de la cruauté , de la barbarie 9 dans une manière de s'exprimer aussi naturelle. En général , je ne savais trop comment m'arranger à Sainte-Hélène pour mériter ,. sinon l'affection, car je sens bien maintenant que cela était impossible , du moins l'indifférence de mes prisonniers. Si je montrais une volonté ferme , énergique, et la résolution de me faire obéir promptement, quand les circonstances exigeaient cette sévérité qui souvent me fatiguait plus peut-

être, que ceux- qui en 'étaient les victimes , alors je devenais un tyran, un ti|pre, un scélérat. Mais si mes fonctions', mon devoir, me permettaient parfois de relâcher' les liens dont j'étais forcé d'entraver les bras de Napoléon et de ses ofEciers , si je me montrais humain , poli , généreux , si je cessais d'être geôlier pour redevenir gouverneur, ce changement , supposait-on , cachait une perfidie , et c'était pour ourdir de nouvelles vexations que je me couvrais de ce masque hypocrite. On le voit, j'étais à peu près dans la position du quadrupède du docteur Buridan.

Un insignifiant exemple suffira pour indiquer jusqu'où pouvait aller la manie des interprétations à Longwood. Lady Lowe avait une femme de chambre jeune et jolie qu'elle avait amenée d'Angleterre , et à laquelle elle tenait beaucoup. Cette demoiselle possédait tous ces petits talents qui rendent si utile une soubrette à sa maîtresse. En e&et elle était très aimée de ma femme, qui lui accordait même de ces privil^es d'intimité que les mœurs anglaises permettent et autorisent rarement. Bètsy m'avait demandé plusieurs foi3 de lui faire voir Napoléon ; j'avais répondu que Napoléon à Longwood était chez lui , et qu'il ne m'appartenait' pas de violer son asile ; mais lady Lov^e insista et me pria si instamment de satisfaire sa^ première cainériste , que je me rendis à ses vceux en donnant à Betsy un message

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iùsigaifiant pour Lon^ood ^ afin de moti^^r au moioê âa viaite. JSUe y courut donc ^ «t fut fort bien reçue par les officiers et les domestiques ^ pour qui l'apparition d'une jeune et jolie femme était un événement rare etextraordinaire..«Betsy^ indiscrète, curieuse et impatiente comme on l'est à dix-huit ou vin^ ans , profita de la bonne to* Jouté qu'on lui montrait pour s'avanœr lestement jusqu'à la porte de la chambre du général,. qu'elle avait déjà entr'ouTerte, lorsqu'unhuissier l'arrétii et s'opposa à ce qu'Ole passât outre; de fiom que la pauvre Betsy, désappointée , eut beaucoup de peine à obtenir même qu'on lui permit de con-* templer les traits de JNapoléon par le trou de la serrure » ce qui la chagrina d'autant plus , que le climat de Sainte^Hélèiie ne convenant point à sa sainte , elle fut foncée peu de temps apràs de re^ tourner en Europe.

£h bien I cet évëuftment qui s'explique si faoi* ]ement,et quiest si dénué d'intérêt en appaitaoe, servit de texte aux propos les pins injurieux contre moi. On prétendit que Betsy éteit devenue mère^ etque cela seul avait forcé cette jeune fille de quit^ ter la colonie. On prétendit encore que la visite de la femme de chambre de lady Lowe à Longwood avait pour but , toujours d'après le maehia^ vélîsme du gouverneur , de mettre celui-ci à même de rejeter sur Napoléon le résultat d'une faute dont il était la principale cause. Bref, on préten»

DB 8Ifi HUD80N LOWE. !î5g

dit que j'avaia enyoyé Betsy à Bonaparte, a£n de 'donner un. pèi^ an ptetit Lovre adultérin que cette jeune fille portait en son sein^ à les entendre*

Il ne manquait , ien Yérité • à ma réputation que d^étre représetlté coiame le poàrTOyeur des amours de Napoléon. Au reste, ce n'était pas surmoiseii* lement et sur tna pauvre Betsy que s'exercèrent les caquetages et que se bâtirent des intrigues* Plus d'une dame à Saint&Iiélène fat accusée, par les bisbigli H les <»minérages de File^ d'adoucir par ses faveurs les enkiui& du captif» Certaines même, et des plus grandes, s'en cachèrent peu, et le disent tout haut encore aujourd'hui. Si je voulais faire ici un éclatant scandale, qui du reste leur ferait peut-être grand plaisir et flatterait fort leur vanité, je pourrais tout aussi bien dire leurs noms ; mais c'est inutile.

Le fait est que Napoléon entra un jour dans une violente colère contre son médecin , lui disant qu'il avait forfait à l'honneur et manqué aux devoirs de son état, qui lui faisaient une loi sacrée du secret! a Le médecin , lui dit-il , est pour le corps ce que le confesseur est pour l'ame ; les aveux qu'on leur fait doivent être tenus aussi secrets par l'un que par l'autre , à moins de recevoir la permission de les divulguer. Je vous ai confié , monsieur , que j'avais éprouvé des palpitations; je vous en ai dit la cause, et vous avez été jeter tout au long cette confidence sacrée dans

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le bulletin de ma santé que tous adressez au gou* vemeur. C'est mal, très mal. Je n'en avais parlé qu'à TOUS 9 ce devait être un secret impéné^able entre Dieu, vous, moi et quelqu'un autre. Vous le sentez bien, la délicatesse, ou d'autres motifs que vous savez très bien , auraient dû vous engager à garder sur ces symptômes le fdus profond silence. Ce misérable Lowe, cet homme sans cœur, n'a-t-il pas eu l'impudente hardiesse de parler de ces palpitations à Montholon? Allons ^ docteur, que cela ne vous- arriye plus, n

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