‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 45 sur 59 · CHAPITRE XXXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIII

Napoléon croit pouvoir retourner en Europe. -r- Comment il au' rait vécu en Angleterre. — U Tondrait être transféré à Mailte. — L*île dTJbe.

C'était une idée fixe dans l'esprit de Napoléon que celle de son retour en Europe. Il croyait, surtoutau cirâimencement de son séjour à Sainte- Hâène^ que sa captivité n'était qu'une mesure momentanée commandée par lesexig^ences passag^ères delà politique, et que bientôt elle aurait un terme, et ce terme devait arriver , selon lui , alors que la paix publique n'aurait plus rien à craindre de l'influence de son nom et de sa présence à côté des nations qu'il gouverna ou qu'il combattit ; et, disait-il, cela ne pouvait tarder d'ad venir en Europe. Vers la Un de sa vie seulement , il comprit que l'arrêt qui le condamnait à la détention sur le rocher de Sainte-Hélèqe était un arrêt prononcé en dernier ressort, un arrêt sans recours en cassation ni en grâce, un arrêt qui ne devait obtenir son entier accomplissement que le jour où la pierre du sépvdcre serait scellée sur le cadavre de l'empereur proscrit.

u63 MÉMORIAL

Gomme on lui parlait un jour de la nouvelle maison qtti défait étce <^û$tmite pour lui , et qu^on lui demandait quel était le point de Tile qui lui conviendrait le mieux pour y placer son habitation, il répondit : u Si je croyais devoir rester long-temps ici , je choisirais le côté de Plantation-House; mais je pense que mon séjour à Sainte-Hdène ne sera pas long : aussitôt que les affaires seront arrangées en France , que tout y sera tranquille, que les nations de l'Europe seront façonnées à leurs i^ofveàux gouvernements , je n'en ai nul doute, V Angleterre me rendra la -liberté et me laissera retoucner dans cette Europe que je regrette tant.

» Ils ont craint le retentissemait de moB nom ^ la commotion électrique que les peuples ) et' surtout les armées ^ pouvai^it recevoir de mon ter^ rible voisinage , et c'est pour cdit qu'ils m'ont éloigné, poussé au bout du monda, ^ relégué en ces horrihtes lieux. Mais quand les rois se Beyœst rassurés, qu'ils ne sentiront plus (trembler leur trône ^ous eux , qu'ils ne verronlÀplos en leurs effrayantes apparitions, ma main puissante prèle à leur arraolier le sceptre et la oouroime, alors. ils me laisseront libre.

u Voules- vous que le gouvemoment anglais pousse la folie jusqu'à dépen^rhuît millioastous les ans pour garder un £puitôme de roi^ surtout quand ce fantôme n'épouvantera pluspersonfic? »

DE SIR HlTDBiOR LOWE. l63

Alors il s'étendît longuement sur le plaisir qu'il éprouverait^ riTre en sittij^partieulier dans une province de l' Angleterre , sous la tutelle et sauver garde des lois anglaises, et sans aucun dés èm-^ barras et des inconvénients de la puissance.

Il «Paurins pris, disâit«-il, le nom du colonel MoiroBi , tpé à mes oM$ k Arcole , et j^aurais mené une vie retirée, sans^ vouloir en aucune fk" ^a me méier au graml monde. Je n'aurais ja« mais été à Londres ; car je suis las et ennuyé du bnût, du désordre et 4e Tisc^meut ttunultneux qu'on trouva dans toutes les capitales. Je n'au* rais jamais ^iué hors de <bee moi ; je ne mé serais lié aveo personne, excepté avec quelques savants^ et je senûs reçenu tout «ntier , de cœur et dTame, à mes livres; e^est là en efiiet^ même ici , ma meilleuve et ma plus inaltérable conso* lation. Rien ne peut contre le bonheur et la siia'^ vite de l'étude. » ^ -

Cependant, lorsque je lui eus mandé et fert dire qu'il s'était fait beâuooup- de, mal papr sea plaintes ) par ses tracasseries et par les lettre$ quHl avait adressées au ministère; lorsque j^ lui eus représenté que, sHl se fût conduit plus paisiblement pendant quelque temps, le ministère aurait pu croire à sa* sincérité et lui pennéttre de i^touroer en Angleterre, il ôèmmença à entre* voir sa destinée , mais non sans revenir quelque* fois à cette douce idée de retour en Europe.

Il «avo«rait avec dâioet le bonheur qu'il eût gqùté à yivre incognito en An^^kierre, à entendre de ses propret oreilles let ju^ments et les opinions prononcés, sur son comi^, P^ ses ennemis eux-mêmes.

a Mon plus grand bonheur, disait-il alors, serait de pouvoir me promener incognito dans Londres ou dans les villes de provinces; d'aUer dîner en public à une demi-guinëe par tête, e$ d^entendre ches les restaurateurs ce que le peuple dirait de moi, et de ma puissance, et de ma po« litique , et des événements qui ont marqué m<ln règne» «Teotendrais bien du mal , je le sais ; mais enfin j'entendrais le peuple, j'entendrais sa voix, et non celle de quelques écrivàssîers et libellistes qui se mêlent de méjuger, et qui aujcHird'bui , parce que je n'ai plus d'or à leur donner, m'injurient et me difiament.

n Le temps le plus heureux de ma vie a été depuis seize ans jusqu'à vingt; c'est le seul temps que je réglette. Quel diarme que celui que j^éprouvais en ma vie de semestre , lorsque vivant économiquement , couchant dans une chambre à i5 fr. par mois, dînant tantôt chez un restaurateur , tantôt, chez un autre, sans autre souci ^que celui.de mes études et de mes livres , je jouissais de toutes les délices de l'indépendance! Non^ jamais, sur le trône, je n'ai eu un jour de comparable à ces jours de tranquille boidieur.

PB SIR HUDSON LOWE. !l65

» Et: c'est ce temps -là que je voudrais voir renaître ; car le passé ne me tourmenterait nul* lement, si j'étais en une. par^le^ position. Le passe, je nie le regxétterais pas,; je ne le.re^rde*. rais que comme un chapitre d'histoire fait et composé par moinnéme ; et si , de.temps en temps , je m'amusais à le relire, ou à le réciter à l'un ou à l'autre, ce serait sans, aucune secrète douleur, sans aucun désir de recommencer, n

D'autres fois , après avoir longuement énuméré les désagréments de Sainte-Hélène, de son climat, de ses pluies, de ses brouillards , de son affreux aspect, de son éloignement de l'Europe, Napoléon disait que, puisqu'il lui fallait absolument une prison , on aurait dû choisir l'ile de Malte pour cet objet. « Malte m'aurait assez convenu , disait-il ; je m'^n serais contenté pendant quelques années. Son climat m'eût rappelé l'Afrique et l'Italie , deux théâtres de mes victoires ; la langue qu'on y parle m'eût fait croire que j'étais dans ma patrie , en Corse. Le gouvernement anglais aurait dû faire avec moi un accord, une convention , quelque espèce de traité par lequel je me serais engagé à ne pas quitter Malte pendant un certain temps , et c'eût été la seule manière honorable d'en agir avec moi. Maintenant même , si l'on avait quelque égard pour moi , pour ma vie , pour les saintes lois de l'hospitalité, on me transférerait à Malte. Et, d'ailleurs.

il y aunk en cel« pour l'Anf^eterre éconotoie et boimeiir. »

MaÎB, cemme un jour il pirimt ée ces reigret^ , de ces projets et de ce» détirs deyant iWiîrai Maloolm , cektt-ct ne répliqua qu'en prononçant le nom de l'Ile d'Elbe , «t NapoMon ne répondit plus rien.

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