‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 46 sur 59 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Vives ditcossioQS çmr« 0*M^ra «t moi. •— «Étrajiige «onvemiion que j'ai avec lui. — Le peu de méoagement qu'il garde covers ma personne. — Je le tiens aux arrêts pendant Yingt^sept jours. — le Ipi odbime de quitter Saliiîe-Hélèûe. — Opinion de fiafokéon à ce nj^

DéctdéfDOEit M. O'Mëara , depais sa rentrée à LoDgwood , i^ètaki jvoitit aux Français pour entra* Ter Texercke de mea fonctions déjà trop pénibles. Oatre fes nombreux grietfs que j^avais à lui repro* cher , on m'infQrma secrètement que , instruit par l'exemple de ce qui ^tait arrivé à Las Cases, il avait trouvé le moyen de faire sortir de Ftle les feuilles d'un journal quHl écrivait sur la captivité de Napoléon. C'est en vain qine je chargeai Reade, Hyster, et le major Gorrequer de sur* veiller ses démardies , ils ne purent saisir le fil de cette trame ; et , pleins de confiance dans la sévérité de leur enquête, as m'assurèrent qu'on m'avait trompé* Cependant4'avenir prouva que j'avais quelque raison de me défier du docteur, puisque nous apprimea, après son départ , que, pour soustraire ce journal à mes actives recherches, et pour m'empécher de m'en saisir, ainsi que j'avais cru devoir le faire à~Pégard dii comte

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Las Cases > il était parvenu , au moyen d'une boite à double fond qu'il s'était procurée^ à James- Town , à en faire passer , au fiir et à mesurp , les feuilles manuscrites à bord d'un vaisseau de l'État , d'où l'on âdsait parvenir ces papiers à un agent de Napoléon à Londres. Ce fût ce journal qu^il publia en Angleterre , sous le titre de Napoléon en exil, et dans lequel il m'épargna si peu.

J'étais presque convaincu par les rapports de mes agents, et je ne conservais plus que de vagues soupçons concernant cette correspondance extérieure d'O'Méara; mais j'étais certain du moins de ses mauvaises dispositions à notre ^gard. Il m'était impossible de lui pardonner le dévouement qu'il montrait sans cesse pour Napoléon, et Vinterfërence chaleureuse qu'il ne manquait jamais d'émettre, en faveur des Français, dont il s'était constitué l'avocat. Je l'avais obligé à venir presque chaque jour me faire un rapport sur la santé du général, et rarement une de ces visites se passait sans que nous eussions ensend:>le de violentes et terribles discussions qui se tennînaient toujours par des menaces et des emporte^ ments de ma part,«t par un ironique et désespérant sang-froid de la sienne. De ce genre fut là conversation suivante, un matin qu'il se rendit chez moi pour recevoir mes ordres :

fi £h bien ! monsieur , quel est l'état de la sai^ de Napoléon ? — Assez mauvaise , . Excellence !

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remerciée lui serait nécessaire, et... — L'exercice ! toujours rexercice! n'ayez-vous que ce remède à prescrire ?...Aufait, pourquoi ne se prcmiène-t-il

' pas ? Pourquoi ne fait-il pas quelques coursés

dans l'ile ?.;.. N^a-t^il pas des chevaux dans son écurie? — Mettez-vous à sa place ^ monsieur ;.... certes vous ne profiteriez pas de la permission de sortir à dieval , si elle était soumise à d'aussi ridicules sujétions. — Quand<on est prisonnier, on n'a pas toutes ses aise^. — Il en est persuadé luimême plus que jamais. — Alors il me parait, monsieur, d'après vos propres eiq>ression6, que vous n'avez pas jugé à propos de justifier ma conduite auprès du général , ainsi que vous , Anglais, vous auriez dû le faire... Mais cela ne m'étonne pas ; voiis vous êtes érigé en défenseur officieux de tout ce qui habite Longwood..*^ — Excellence , l'opinion de Bonaparte est trop irrévocablement fixée à votre ^ard , pour que j'entreprenne votre justification; une semblable tentative serait* un outrage sanglant fait à son malheur. — Son malheur ! son malheur!... le général n'a-t-il pas tout ce qui peut être nécessaire à ses besoins? — Tout au plus, si cela est strictement vrai , monsieur legouverneur ; car le maitre-d'bôtel devNapoléon dépense chaque jour en achat de provisions indispensables , el^n sus de celles qui sont accordées aux Français par le gouvernement , huit ou neuf livres pour le compte de son maître. — Et cependant la somme

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einployéç^our leser¥ice de LongwocMl dëpaeae de huit ou neuf mille livret i^erling oelle qui est al« louée parle budget britaniû<|ue»— C'est Une preuve alor9 que la somme allouiâe est exeessiveûient médiocre. ---^ Le ministère doit compte au parlement de l'emploi de cet argent , et il est possible que moi-même je sois forcé de payer de ma bourse...* — 4 une distance, de deux mille lieues on ne peut juger de tous les détails ^ on n'a pu tout prévoir... On a done dû laisser une grande latitude à votre salasse, k votre circonspection*... Permettes-moi donc de ne pas croire... -^ M. O'Méara, vous ne négligez aucune occasion,' je vous l'ai déjà dit, d^ plaider la cause des habitants de Lon^ood. — C'est celle de l'humanité»'— Vous devriez, je vous le répète, prendre à cœur .avant tout celle de votre pays. — Les intérêts de pays ne doivent pas tenir k si peu de chose qu'ils se ratt£tchent essentielle" ment aux démarches pep: honorables que vous exigez de moi. *— Vous faites erreur , monsieur. Il est important pour le gouvermmient qne je sms instruit de tout ce qui se passe dans Fini<sîeur de Bonaparte.... Quant à mes motifs, j'espère que v<nis êtes persuadé que je ne vous en dois pas compte. — Vous êtes mon supérieur, Excellence î — 41 est fort heureux que vous daigniez mi convenir..* Songez-y , docteur, je veux être obéi, ou je vous intimerai la défense d'avoir la moindre conversation avec le gàiéral Bonaparte, à moins

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que ee pcf soit sntrdes ^ojete qui le^pdèntëxelu^ vivement votjas ,pirafe$6ion««. Je n^ d(H8^ pas ^itoub cacher qu'ici vou» êtes ^u^pec^e.» Oa voit avec peine la confiance iUimitbée que Napoléon a mise en vo^s ' ..^ Voua n'^vfiï qu'un moyen de rentrer

* feUe ëettU «ffeedv^aûeDt ht coi£atice sai»boniésqaeNapo* Mon avait mite ea l^stimable M. O'Méara» cfm'U la char^ v«r« b^lemeMy lors d« toa départ pour i'£hir<^ » de reti|?er des maim de son frère Joseph un paquet contenant les lettres confidentielles qu'il ayâit reçues, pendant son règne, des empereurs et des antres souverains de rËnrope. « Tous les |>ubliarez , lui diuit-iU... Je vtmi prie d< preadrf cette tti«Mire ) et si voua emteù* ^ parler de Cfilomiiies répandues; contré ittot.pfr le avninèrf anglais et par les sqins de œt horrible Lowe » mon odieux geôlier et mou bourreau, sur ce qui a eu lieu pendant le temps que vous avez passé auprès de moi , et que vous puissiez dire ,' sans tnen- 4lr à Votre eoescienee : « J'ai vU' de maa propres yen» , cl ja pois dir» eafo h'ckC^nw vnM, » ditet*la,dûM-lecour«||euie|)(ient, ^pav respiect pour ma, mentirai... »

A son retour en Europe , O'Méara fit toutes les démarches nécessaires pour recouvrer les pièces importantes dont il est quesiton. Le «OHM* de Survilliârs (Joseph Nap^éoD) lai fit savoir alors que , prêt à s'éodbarqiier pour lés Étace^Uni» , et crai|puuit d'être airété , il ainait juffé prudent 'de remettra le dépôt précieux que lui avait confié son frère entra les nnins d'an tiers , sur la proirilé duquel il crayait pouvoir com]^er. Mais , que^ue temps après, ces lettres furent apportées à Londres par une seconde parsonac > ptobaUeneM pn éanseairedu dépositaire infidèle , et qtii en Atmaoda ^So^opo fr. à lord Castefaréa^ Ce prix parut proiMi)|ément e^orlik^nt à mttotd, car il se ébntenta de &ire seulement l'aequiiition de oettcs qui coiioernateot son ^odveraement, («s •ministres de» autres paissaiaces s'arnangèreaty chacon de son cAté, avec l'escroc qui s'était rendn maHre de ce trésor ,

(lads les bonnes grâces du ministère, dont je ne dois pas vous cacher le mëcontoitement inspiré par votre conduite ; c'est de vous prêter avec soumission à tout ce qu'on exige de vous : votre avenir en dépend. — (Test justement ce que pense Napoléon, à qui j'ai rapporté souvent les scènes désagréables qui se sont passées entre nous. — Et qu'a-t-il répond^? — Je crains que Votre Excellence ne se trouve blessée... —Parlez, parlez; je veux connaître l'opinion du général..,. Surtout ne changez pas un seul mot... — J'obéirai!... « C'est le comble de la bassesse , me disait Napoléon, de la part d'un officier supérieur, de profiter de sa position pour insulter un subalterne. Faites-y attentioi^ ! si vous ne voulez pas perdre votre état , compromettre votre avenir , quittez-moi ; car il n*y a plus de doute qu'il cherche à vous exciter à lui manquer de respect, afin que vous luifbttr-

ct Ton dit qaerambassadeur d'Alexandre paya a5o»ooo fraiict les seules lettres de son mattre à Napoléon. Il fallait qae ces fiers potentats eussent terriblement compromis lenr dignité dans cette correspondance avec l'usurpateur .firançaisy pour payer ces litres au poids de tant d'or. La négligence ou la trop fatale OHÉànce de JosejA Napoléon est bien certainement blâmable ; car c'«st une perte immense pour k postérité , que la perte du recueil de ces lettres authentiques , et pour la plupart auto^pbes , dans lesqudles ces puissances légitima , qui plus tard se liguant pour abattre l'ocre de Corse , ne manquaient pas sans doute de lui proftiguer alors les noms les plus flatteurs , et ne crajpiaient pas de l'appeler : Mon frère , ou Mon rousin !

DE SIB HUDSOK LOWE. H'ji

Dissiez un. motif pour vous expulser de l'ife. D'ailleurs y en agissant ainsi , il satisfait deux haines, celle qu'il a conçue contre vous, et surtout celle qu'il nourrit depuis si long-tenips contre l'empereur détrènë* Ses efforts inutiles pour faire de vous un espion redoubleront nécessairement sa rage... Vous êtes dans une position fâcheuse , et cela pour moi, oui pour moi; car, si vous aviez consenti à faire le métier d'espion , vous seriez très certainement des amis de sir Lowe. Vous n'auriez peut-être d'autre moyen de vous tirer d'affaire qu'en consentant à joua* le r6ie de mouche. Mais , comme cela ne vous convient guère , si j'ai un bon conseil à vous donner, c'est celui d'écouter le gouverneur avec respect et de ne répondre strictement qu'aux questions qu'il vous fera concernant votre profession. Quoi qu'il en dise , il n'a pas le droit d'en faire d'autres; et, s'il vous presse, répondez : a Je ne sais pas, àti , ceAi n'est pas de mon ressert. »

J'écoutaicette étrange confidence avec une rage concentrée qui n'échappa point à O'Méara , et qui redoubla son impertinent sang-froid, u Né pensez-vous pas, monsieur, lui répliquai-je, que Napoléon m'ait* traité avec beaucoup de rigueur dans la conversation que vous venez de me rapporter? — Si c'est le gouverneur qui m'interroge, je me tairai ; si c'est l'homme privé , le simple particulier, je lui répondrai que l'opinion du général

n'est , selon Waucoup de gens , que l'^spresistoii de la vérilié.^'^ MbiMeiir ! -^ Vous FaTesexiçé, je ne dok plus vien vous cocher. Voua prétendes que Napoléon a tort de se plaindre, parce qu'il jottil , dites-vous, de toutes les aîsanëes de la vie : ce £aitest fiiux L... Dernièrement la viande donnée par vos foarnîsseiirs, était d'une di mauvaise qua* lité, que l'on hxt obli^ de la renvoyer. L'eauap^ portée à Longwood était si peu potable, qu'on fut presque €i>ligé de s'en passer pendant plusieurs jours.... Je ne me permis pas de juger si Nàpo^ léon a tort ou rabon d'Attnbuerk vous seul , et à la haine qu'il, prétend que vous lui portez, tous ces désagréments, toutes ce% tracasseries, et bien d'autres pitoyables avanies dont on le harcèle chaque jour. Enfin, je dois dedarer à Votre Ëi^ cell^acè que Napoléon Bonaparte regarde le gou* vemeur de Saint&fiélène comme son plus mortel ennemi ! *^ Eh ! que m'importent led. déclamations du prisonnier... qui n'est au reste qn'un^ usurpateur ? — Oui , en effet , uir usurpateur, mais un usurpateur qui était à vingti-sÊx ans le premier homme de l'univers, et à qui on pardonne^ rait tout, si ce n'était d'avoir nsorpé cent victoires par lui-même, ou par ses lieutenants; il a usurpé h Millésime, à Arcole , aux Pyramides , à Wagram, et même à Capri , n'est-ce pas ?»

Je ne pus t^iir contre ime allusion aussi directe : j'entrai dans un accès de fureur intçx^pri-

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mable, ^ je m'otlMiât jusqu'à pousâér le Aoctent à la porte, en lui prddi^ant force injures, et en Hii oixloàiiaiit de me pdus répandtre dewint tnoi , à moins que je ne lui en donnasse FoidTeprëoî^. A la sàke de. «atée oonversa^ioa si^outcag^mte' pour ma persodiuie et mon oaractève, «^ mà^fffé la position de Napoléon, je ne pus m'empécher dV^ir à moii ressentiment en envoyante O'MéeEra Fordre de garder les amêts illnnîtés , ce qui ex*' cita une grande indignation à Longwoodv Bonaparte ne voulut reee^obr aucun des médecins que je loi eutoyai. Ëtofin, aukout d'une deteisJtion de vingt-sept jours, je fis mettre CMéatta eu Hberté, nrais en lui faiëant tenir, par Finteriné-^ diairede M. Edouard Wyniaid^ l'ordre de quitte!*' sut^le-eham^ Sainte-Bëlène. Celui-ci lui écHvit

h eesiijet la lettre suivant : 1

« Monsieur,

n Le |ieuteiiant*géiiéral sir Hudson LQwe m'a chaîné devons informer que, d'après ta^ instrvc*' tian du comte Sathurs^^ en date du i4 mai 1818, on lui enjoint de vous retirer les fonctions que vous remplissez auprès du {général Bonaparte , et: de vous interdire toutes enti^v^es idteiieui'es avee les babitants de Longweod*

n Le eonCre*-anûml Piampina vtçudes in-' structions des lords commissaires de l'amirauté,

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quant à votre destiaatioai lonque vous quitterez cette île. . .

n .you8v voudrez donc . YÂea , imméduOemenî après la réception de cette lettre, quitter Longwood, sans avoir aucune autre. communication avec les personnes qui Thabitent. n

Sans doute il mç fut pénible d'éloigœr de Na* poléon un médecin dans lequel il javait une grande CQnfian.ce; homme de talent,. du rest^, mais qui alors avait à .mes yeux un tort in^ccusable : ce^ lui de yétre mis en état d'hostilité permanente avec , moi et mes agents , en . se proclamapt le duampion du p^iisonnier et de. ses amis... Dans mes idées de ce temps-là c'était. un. crime; et d'ailleurs l'ordre du ministre, dont Wyniard avait cité la date dans sa lettre à Q'Méara, était trop positif pour me pernîettre d'agir avec autant de bienveillance et d'urbanité que peutêtre je l'aurais voulu. O'Méara partit donc, et ce ne. fut que plus.de treize mois après qu'il fut remplacé par le docteur F. Antomarchi.

On ,m'a rapporté que Napoléon ^ en apprenant d'O'Méara lui-même l'ordre. qui éloignait.cejdernier,. s'écria.: a Ce ministère anglais est, bien lâche et bien impudent!... Quand. Pie .VII était en Francç, je me serais plutôt, coupé le bras que de signer* un ordre pour Éaire éloigner son chirurgien! V

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