n Napoléon n'a jamais rien demandé. Arrivé
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à la hauteur de Madère, }e comte Bertrand s^informa si l'on pourrait y trouver des lierres fran-» çais ; on en avait fort peu. Il fit une liste de livres , et demanda à Fadresser à un libraire de Londres ou de Paris. L'amiral Gockbnrn d^lara devoir s'en char^r. Efieotivement, en juin 1816 on a reçu des caisses de livres sans catalogue , sans explications. S'étant aperçu qu'il n'y avait aucun livre dû temps , et qu'on avait même arrêté la collection des Moniteurs à i8od, et la circonstance s'étant prëâientêe que le comte de Montholon ëcri-^ vit la lettre du 28 août au gouverneur de cette &le, il jugea convenable d'en faire l'observation, afin de connaître si c'était une nouvelle restrio tion. Ge qui prouve que cmte nouvelle restriction n'avait rien d'étrange, c'est qu'on avoue que l'on ne doit pas envoyer à Longwood, les journaux qu'on pourrait y désirer, parce que « {/ avait été fait des tentatives pour entretenir une correspondance avec Napoléon^ au moyen des journaux. » Chimère ! Gomment conçoit-on qu'à deux mille lieues de l'Europe, recevant les journaux si rarement, on puisse correspondre par ce moyen?
Mais s'imprime-t-il des journaux à Sainte*Hélène? C'est sur de semblables prétextes que les geôliers de l'inquisition et du conseil des Dix de Venise ont interdit , non-seulement les journaux et les livres , mais même le papier, l'encre et la lumière. u Le second s^et de plainte était qu'Une lui était
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pas permis. d'ouvrir un compte avec un libraire; or cela n était pas vrai, w 7. . : ^
7. M La correspondance avec un libraire pouyait être faite par des lettres ouvertes. Les officiers correspondent tous les jours de cette manière avec leurs familles; mais il est facile de concevoir que ^ si le Moming Chronicle, ou ]à Revue d'Edimbourg y peuvent donner lieu à une correspondance extrêmement dang^ereuse pour la sûreté de l'Angleterre, le dang^er est bien autvemeilt g^rand en entretenant une correspondance avec un libraire. £n effet , ce libraire envoyant trois ou quatre cents volumes à la fois, il faudrait donc qu'on eût le temps de les parcourir tous; et encore n'y a-t-il pas des encres sympathiques. et des alphabets secrets? C'est pour cela que des liyres envoyés par des auteurs connus de Londres ont été. arrêtés à Sainte-Hélène. C'est par le même principe d'inquisition qu'un botaniste de Schœnbriiun , étant arrivé dans ce pays où il a résidé plusieurs mois, et pouvant donner à un père des nouvelles de son fils qu'il avaiivu à Vienne , on a porté le plus g;rand soin à s'y opposer. En effet, on conçoit quel danger* pouvait en résulter pour la Grande-Bretagne. Ce botaniste pouvait être, chargé de conclure une ligue offensive et défensive. Le comte Las Cases , arraché violemment de Longwood en novembre 1 8 16, fut un mois au secret avant d'être envoyé au Cap. Au mo*ment de partir, l'Empereur désira le voir; mais
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le comte Las Cases pouvait recevoir .des communications capables de bouleverser l'Europe. Cependant il était envoyé au cap de Bonne-Espérance où il devait attendre plusieurs mois la permission d'aller en Europe. Il y est depuis six mois , et on ne parle pas encore de son retour.
« Qui avait jamais entendu parler. d'une tendre traite sur une maison de banque , ou d'unvrdre pas^ sionmé de vendre des billets de banque ? v 8. .
8« n. Où a-t-il été dit qu'on ne pouvait même pas coirespondre avec son banquier ou son agent? Le comte de Montbolon , dans la lettre qui est Fobjet>du discours, dit l'opposé, et répond victorieusement à l'aimable plaisanterie du noble lord. Ihs'eKprime ainsi.: a J'ai eu l'honneur de vou« dire que l'Empereur n'avait pas de fonds ; que depuis un an il n'avait reçu ni écrit aucune lettre, et qu'il ignorait complètement tout ce qui s^ passe, ou a pu se passer en Europe. Transporté violemment sur ce rocher, à deux mille lieues , sans pouvoir recevoir ou écrire aucune lettre , il se trouve aujourd'hui entièrement k la discrétion des .agents anglais. L'Empereur a toujours désiré et désire pourvoir lui->méme à toutes ^s dépenses quelconques , et il le fera aussitôt que vous le lui rendrez possible, en levant l'interdiction, faite aux négociants de l'Ile, de servir à sa correspondance, et qu'elle ne sera soumise k aucune inquisiticm de votre part, ni d'aucun de vos agents. Ides que Pou
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connaîtra en Ënrope les besoin» d^ l'Empereur, les pei^nnes qui s'intéressent à lui enirerrodt les Ibnds nécessaires pour y pourvoir.
u Que ies lettres envoyées par le général Bonorparie ou les personnes de sa suite étaient lues par des officiers stibaltemes : cela n'est pas vrai, n 9.
q. » On a manqué au respect dû à des correspondants privées. Le mmiat^Tlui-méme Tiole ce secret, lorsqu'il dit à la face de l'Europe, que le porince Jc»^[>h seul a écrit à l'Empereur^ et cela même was not true; lorsqu'il s'est entrètenii des lettres que reçoivent et écrivent les Français de 8ainte-»Hélène avec des personnes qui ^ à leur ar« rivée dans ce pays^ ont causé avec les auteurs de ces lettres , et leur en ont rapp^ le contenu. Le commandant de Sainte-Hélène a été plus loin.
Non*settlement le contenu des lettres a été l'objet des conversations ^ mais il en a £ait des reproches. Le comte Las Cases ayant demeuré dix ans en Angleterre , était un chaud enthousiaste de la libéralité des lois anglaises. Il croyait avoir contribué an parti que prit l'empereur Napoléon de se rendre à bord du Beltérophon ^ et son âme en était déchirée. U est presque aveugle^ son fils est atta* que d'une maladie chronique. Sa consolation était d'épandier ses peines dans le sein de son amie lady Glav^ing, qui habite Londres. Trois ou quatre feis de suite, et à de longs intervalles, sir Hudson Lowe, après les avoir lues, lui a fait des
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repirbchea sur des expressions plus ou moins vives qu'elles pouvaient contenir. On reconnaît l'astuce ordinaire de cet officier à la tournure qu'il parait avoir donnée à sa correspondance ministérielle. Des indiscrétions sur des choses contenues dans des lettres, ont été l'objet des conversations de cette petite lie. Il est vrai que quelques objets d'ha*billement ayant été ofierts au comte lias Cases , il les refusa , non pour ne rien recevoir du ^u^ vernemqnt anglais, mais pour ne rien tenir de la main qui les offrait, et qui lui était devenue si odieuse. .
a C'était une fausseté positive qui n'avait pas le moindre fondement, n 10.
10. » Le ministre rejette avec indignation l'idée que des lettres venues à Sainte-Hélène aient été renvoyées à Londres. Il a raison , mais il s'indigne' de l'csécution de ses propres instructions : elles sont positives : u aucune lettre venue à Sain^Héléfèe par un autre canal que celui du secrétaire d'État, ne doit être communiquée au général ou tmx personnes de sa suite, si elle est écrite par quelqu'un qui ne réside pas dans l'Hci, n Le commandant de ce pays a donc dû renvoyer les. lettres qui ne lui arrivaient pas par cette voie, et, s'il ne l'avait pas fait, il eût manqué à ses instructions. Il y a peu de jours en* core, lorsqu'il a remis au comte Bertrand une caisse contenant des .livres d'éducation et quelques objets d'enfants que lady HoUand envoyait à la
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comtesse Bertrand ,- il a commencé par déclarer que cette caisse lui avait été adressée directement, qu'elle n'avait pas passé parla secrétairèrie d'État; que cependant il là remettrait. S'il fallait citer le nombre des livres , des objets qui n'ont pas été remis, fondé sur cet article des instructions, on verrait que cda a eu lieu fort souvent. Il est vrai aussi que, quelquefois, comme dans l'occasion cidessus, le commandant de ce pays a pris sur lui de s'en écarter; mais cela suivant son caprice, ce qui est pire que tout
u Un avait été fait aucune réponse, etc. Au reste, rien n'était plus pénible, plus dégoûtant que de voir une indifférence pour la vérité aussi complète que celle qui régnait dans les nombreux papiers transmis de Sainte-Hâène, w ii.
II.» L'orateur dit ici : No answer had been retur^ ned à la lettre de sir Hudson Lowe. Le comte de Montbolon a répondu; sa réponse est claire et positive : on pourrait donc , empruntant son langage , lui dire :. This was not true,
ii La pladhte , qu'on empêchait toute conimumca-tion avec les habitants, n'était pas fondée, )> 12.
12. » La communication avec les habitants a eu lieu pendant les neuf premiers mois ; mais-, depuis les restrictions cirdessus , elle a cessé entièrement. liCS habitants qui ont demandé des passés ont été soumis à deux interrogatoires fort longs : l'un , pour savoir ce qu'ils avaient à faire à
DE SIR HUDSON LOWE. 3it
Long^ood ; l'autre , pour savoir ce qui y avait été dit et £Eiit. Ce& passes étaient données pour un jour déterminé. Les habitants de l'île et les Français de Longwood se sont égfâlement dégoûtés de cette inquisition , et ont cessé de se voir.
' ii^ Mais ceux qu'on avait découverts dans la tentative quHis faisaient pour l'approcher sous un dé" guisemenVou de fausses qualités, » i3.
i3. n Insinuation insidieuse ! Il n'y en a pas un^^.
« Qu'on l'avait empêché d'avoir aucun rapport avec les officiers de la garnison : cela, ne reposait sur aucun fondement. » i4.
'i4* » Jusqu'au mois d'août, les ofEciersdu 53>°«^ formaient journellement la société de madame la comtesse Bertrand, qui, élevée en Angleterre,; parie anglais. Mais, depuis les nouvelles restric-^ tions dont Inexécution a commencé en août^ on n'en a plus vu, par les mêmes raisons qui bnt' empêché que l'on ne continuât à voir les habitants;
«• Quand il supposait que* ta défense y dont il se plaignait si fort y existait » i5.
i5% »^ Les premières démarches de sir Hudson Lowe , dans ce pays , furent des insultes ; peu après son arrivée, il s'efforça à décider les ofQciers et les domestiques de la suite de Napoléon h l'abandonner. Il voulut changer le médecin de Longwodd, et en donner un de son choix; plus tara , il renvoya une partie des domestiques frahçais,
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iminuMit Tintention de ka renToyer succo^^îver meut» «t de ne souffrir, à Longwood , que des do^ mestiquea de aon choix pris parmi les habitants de l'Ue, ou les soldats du bataillon colonial. Dès le mois d'août , il mit en exécution les restrio-» tioqs ^les faisant exécuter clandestinement, niant même qu'il eût feit aucun changement à Tordre établi par son prédécesseur. Enfin, au mois d*o<h tobre, il le trouva contraint de les communiquer ; m^is , periistant dans sa marche tortueuse , il n'en donna pai connaissance aux officiers anglais, roiH gissant d'avouer de semblables sentiments devant ses compatriotes » et craignant sans doute qu'ieuxçiémes, à la vue de pareiUe$ , de si folles i^trio^ tion^9 ^P dierchasaent ^ pressentir quel pouvait être son bat secret. Le même mystère est observé d^pç le placement des sentinelles et le changement Qoptimiel des consignes : souvent les officiers ne les reçoivent pa« directement, ne les apprennent que par les sergents ; et Tofficier d'ordonnance à t^HgwoOd) n'en ^yant pas tonjouri connaissance, ne peut prévenir le$ Français ; ce qni les expoae k être: insultés par les sentinellest Une de ces étrange!) consignes était d'arrêter toute personne m^-pecte 5 or , pour un soldat anglais, quoi de pin? su^p^t quW Français ? au^si, plusieurs foih qwojr que 49n$ l'enceinte , le baron Goui^tid «e trouyatril arrêté dans sa promenade* 0«i cherchait k exalter l'esprit anglais parmi k corp^ d'officiers^
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de la garnison, et à réveiller tout ce c(m pouvait rester de haine contre cet ancien ennemi. On lui prétait des propos méprisants à Tégard des sol* dats anglais; on avançait que la vue d'un habit rouge excitait sa colère, et qu'il était convenable que les officiers du camp n'approchassent pas d^ Longwood. Il crut devoir faire appeler l'ôffîoier d'ordonnance qui se tient à Longwood, le sieur Poppleton. Gomnve premier capitaine du $3™^, il le chargea de dire à ses camarades que ce qu'on leur avait dit était une calomnie; qu'il aimait les braves soldats; qu'il était content delà conduite des officiers et des soldats dé ce régiment. Cet o^ fider répondit ce que peut répondre, dans de tel» les circonstances, un homm^ d'honneur.
(f On ne saurait (fonç, sous ce rapport, ùbjeo' tetr €fue la ^éne était portée à un degré déraison^ noble. M i6.
i6. » L'orateur dit ici : « Cette enceinte nejut ré^ duite que lorsqu'on eut reconnu qu'il avait abusé de la confiance qui lui avait été accordée y en prati"quant les habitants. » CJomment cela serait-il pos^ siUe, puisque, depuis le mois de mai. Napoléon n^est pas monté à cheval et n'est plus sorti? Comment lord Bathurst accorde*t-41 cette assertion avec la déolari^tion que fidt le comn^andant de ce piiys par le deuxième article des restrictions eî^esflus, qui prescrit la réduction de l'enceinte et qui la motive ainsi : « La route à la gauche
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d'H%tt's*^(Uey et retournant par fVoody'Ridge à Longwood , n'ayant jamais été fréquentée par le gé" néral Bonaparte, depuis l'arrivée du gouverneur , les postes chargés de l'observer seront en grande partie retirés, etc. » Comment Faccorde-t-il avec sa propre déclaration : u Et si aucune tentative d'évasion n'avait eu lieu, il ne manquerait , sans doute, pas de gens que de faux motifs de compassion porteraient à lui reprocher ces restrictions qui, probablement, avMcnt empêché défaire ces tentatives, n Elles n'ont donc pas été hites ? Quelle contradiction i.... Quelle calomnie pour justifier une conduite inhumaine et criminelle ! D'ailleurs l'enceinte a été tout annulée de £ait par les articles suivants des resti:ictions : u Longwood et la route le long de la montagne, par Hut's-gaXe jusquàucanon désignai, près de la maison d'alarme , seront établis comme limites. — Des sentinelles indiqueront les limités extérieures, etc.' — En consécjuence , le général Bonaparte est invité à s'abstenir d'entrer dans aueime maison, ou d'avoir aucun entretien avec les person-nes' qu'il pourrait rencontrer {au delà de^e que les salutations ordinaires de la politesse, avec laquelle chacun aura ordre de le traiter, peuvent paraitre demander) ^ à moins que ce ne soit en présence d'un officier anglais. » Il est évident que ces restrictions avaient pour but de flétrir et d'outrager le caractère des détenus , et de faire naitre des querelles avec les sentinelles. Le ministre dit que l'en-
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ceinte n^a été réduite que d'un tiers : elle est restreinte à un chemin de douze pieds de large ; elle est moralement annulée, ou du moins pour le principal personnag^e , puisque , l'effet étant de l'outrager et de le compromettre avec les sehtinel^ les, on l'a obligé de ne plus sortir, pour couper court et se mettre à l'abri de toutes ces insultes» On arrivera plus vite à la fin !U
u A lui reprocher ces restrictions qui, probaMenient y avaient empêché de faire ces tenUitixtes, etc. n ly.
17. n De l'aveu des militaires de terre et de mer, quand il n'y aurait à Sainte-Hélène aucune garde de terre, les seuls bricks qui croisent autour de Tile suffiraient pour rendre toute évasion impossible, c'est-à-dire pour donner quatre-vingt-dixneuf chances au gardien , et à peine une aux prisonniers; mais la chance augmenté pour le gardien, s'il met huit ou dix postes d'infanterie , de neuf hommes chacun , sur les promontoires ; ce qui ,, moyennant les batteries déjà existantes , place les sentinelles à portée de la vue. Toute garde dans l'intérieur de l'ile est de nul effet. Quoique le premier établissement dans cette lie fût luimême inconvenable , cependant il conservait quelques égards ; on n'en a fait aucune plainte; on s'est même contenté^ pour les folles restrictions, d'y faire seulement quelques notes. On n'a répondu à toutes ces insultes qu'en s'isolant, se retirant , et se privant de tout.
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a Et lès Uei/Umanis " gouverneurs nV(«ftnf pas dan^ l'usage de choisir les lieux les plus désagréables et tesplus malsains, n i8.
li. n Le lieutenanl>goQvenieuFa¥ahune grande et belle maison en ville, où il pouvait allçr , surtout rhiver» Le comte de Montbolon s'exprime ainsi sur Longwood, dans la lettre du a3 août : a On a établi l'Empereur dans la position de LongufQod exposée à tous les vents, terrain stérile, inhabité, sans eau , n'étant susceptible d'aucune eul^ ture, ete, La maison de Longwood a été construite pour seruir de grange à la ferme de la Compagnie; depuis 9 h sous-^uvemeur de ^Hey a fait établir quelques chambres; eHe lui servait de maison de cam' pagne ; mais elle n'était en rien convenable pour une habitation. Depuis un an qu'on y est, on y a toufçurs travaillé, et l'Empereur a constamment ey l'incommodité et l'insalubrité d'habiter une maison en çpmtruotiom» La chambre dans laquelle il couche est trop petite pour contenir un lit d^une dimer^sion ordinaire; mais toute bâtisse à Longvfood prolongerait l'ineommodité des ouvriers , etc. n
M Tant de ehangements avaient lieu à Longufood, qiue le générai Bonaparte rester trois mois dans cette fihamhre^n 19.
. I9« V C'est joindre l'ironie aiui plus mauvais procédés. Napoléon n'a jamais eu le ckoix de son établissemwt à Sainte4Iélène; même aujourd'hui, il ne connaît pas Tile. Le Nortkumberland mouilla
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en rade de Jalnes^Town le i5 octobre i8i5-; on était impatient de toucher à terre, après trois mois de navigation ; les femmes et les enfants en avaient un plus pressant besoin encore^ Gepen^ dant Famiral fît connaître que ^ d'après les instructions de lord Bathurst , les Français devaient rester à bord jusqu'à ce que leur établissement fût préparé» Cette nouvelle consterna l'équipage, qui devait être consigné pour ce temps. L'amii^l débarqilà : vingt-quatre heures après 5 il dit que File était misérable; que toutes les maisons qu'il avait vues étaient de' petits cottages (huttes, chaumières), n'ayant que deux chambres ; que , d'après les ren* seignements qu'il avait recueillis , il n'y avait dans File de convenable que les trois maisons dont le choix lui était interdit par ses instructions : le château , ou logement de ville du gouverneur, la maison de tille du lieutenant -gouverneur, et Plantation^House^ maison de campagne du gouverneur; les deux premières , parce qu'elles étaient en ville* Pourquoi a-t^n exclu Plantation-House? C'est un mystère qui ne peut s'expliquer que par l'ensemble de toutes les mesures*. L'amiral dit qu'étant ainsi lié par ses instructions, il avait choisi Longwood; qu'il y avait quatre chambres, et qu'en deux ou trois mois il pouvait, avec les charpentiers de ses vaisseaux , y établir en bois les additions nécessaires ; qu'il comprenait tout ce qu'avait de barbare l'ejtécution de ses instruc-
lions , de. laisser les Français abord pendant trois mois encore; qu'il allait donc les débarquer sous vingt-quatre heures, et avait, à cet effet, retenu un hôtel g^arni près du château. Ce logement était sans doute préférable au Northumberiand ; mais il était insupportable pour FËmpereur. Il y occupa une petite chambre au second; il y était exposé à toute l'incommodité de la curiosité publi- . que. A la pointe du jour, il monta à cheval et se rendit à Longwood. L'aspect lui en parut afîreux; mais tout était préférable à la ville. Il eût. donc voulu pouvoir s'y établir de suite, même sous une tente. De retour à la hauteur de Briars , la répugnance était invincible pour rentrer dans rhôtel garni de la ville; il préféra occuper une chambre de quinze pieds carrés, près du cofto^e de. Briars. Il eûA préféré la cabane d'un Paria, Il eût été cependant facile de l'établir convenablement, en logeant tous les Français dans le château, maison de > ville du gouverneur, icelui-ci étant à Plantation- House. Cette maison ayant de grandes pièces, une cour.,. une terrasse, n'avait aucun des inconvénients de l'hôtel garni.
u Qu'iLne voulait pas quitter la maison de M. Balr combe f à cause de la facilité des commumciations avec la ville, n .20.
20. D Insinuation perfide! On est resté cinquantetrois jours à Briars ; on a habité Longwood un mois trop tôt ; on y est arrivé le lendemain du
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jour OÙ tout^ la maison avait été peinte à l'huile intérieurement et extérieurement^ Pendant plus de trois mois, quatre-vingts ou cent ouvriers ont continué à encombrer tous les alentours de la maison , et a occasionner une grande incommodité.
u Pendant le séjour qu'ily fit^ il n avait qu'un petit jardin où il pût se promener, et au delà duquel il n'allait jamais sans garde; cependant ilnejit alors aucune plainte. » 2 1 .
21. » Il n'y avait aucune garde à Briars, Une plainte a été adressée le 24 octobre i8i5 , lors du départ du^ premier bâtiment pour l'Angleterre,
M Des ordres furent donnés d'expédier des matériaux nécessaires à la construction d'une maison pour le générai Bonaparte. » 22.
22, » Sept ou huit stove-ships sont arrivés en mai et juin 18 16, en rade de James-Town, chargés d'environ 60,000 livres sterling de matériaux, bois, tuiles, etc., propres à construire une maison. Plus tard , le stove-ship Adolphus a apporté pour 16,000 à 20,000 livres sterling de grilles de fer. Le transport de ces matériaux , de la mer sur les montagnes , l'achat du terrain , et les frais de construction ont éte' évalués à 60,000 liv. sterl. , réparties en six ans de travaux. C'était donc une somme de 1 80,000 livres sterling qui était destinée par le gouvernement anglais pour procurer , dans six ans , une habitation aux détenus. Pour con-
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sentir à une dépense aussi considérable , le ministre était donc convaincu qu'il n'y avait pas d'autre maison convenable sur ce rocher que celle de Plantation - House; en ce cas, pourquoi l'excluait-il? car la raison qu'elle n'est pas propre à la garde est ridicule et ne peut être soutenue : la garde de ^'Plantation- House est plus facile que celle;dé Longwood. La raison de cette singulière exclusion est donc un mystère. Mais n'était -on pas obligé de fournir un logement à Sainte-Hélène? Était-ce remplir cette obligation que d'exclure les trois seules maisons existantes dans cette lie , propres à cette destination, et d'envoyer une maison au carmin et à l'encre de la Chine, et des matériaux avec l'assurance que l'on aurait une 4
maison dans six ans? Sur le point le plus affreux « du monde , on a pris toutes les mesures pour empêcher que l'on s'aidât des ressources locales de ce pauvre pays ; on n'a pas épargné les souffrances; on a établi aussi mal que possible, et deux millions de matériaux se détériorent et se pourrissent dans le port : c'est autant d'argent jeté à la mer.
« Sir Hudson Lowe écrivit au général pour lui demander s'il voudrait qu'on lui' bâtit une nouvelle maison ou qu'on agrandit la vieille; il ne reçut aucune réponse, »
t) Le commandant de ce pays a écrit , le 7 juillet 1816, au comte de Montholon. Celui-ci a ré-
pondu le lendemain 8 : il n'est pas possible de répondre plus promptement et d'une manière plus positive. Il dit : u S'il est dans vos instructions de bâtir y il serait préférable que cela fût dans la partie cultivée de l'Ile, etc. L'idée d'ajouter des ailes au mauvais bâtiment de Longwood avrait toute espèce d'inconvénients y etc. n
« Tandis qu'il savait que, dans deux ou trois ans , ou l'administration du pays serait renversée y ou qu'un changen\ent aurait lieu dans le gouvernement de la France y et que y dans l'un ou l'autre cas y il recouvrerait sa liberté. » — Réponse attribuée à Napoléon*
}} Cette réponse serait probable dans la bouche d'un insensé ou d'un homme ivre. Est-ce là ce qu*on voudrait faire supposer ? On a vu la lettre du comte de Montholon du 8 juillet i8i6. Depuis cette lettre , il ne fut plus question de cet objet; avant la lettre il fut question de cette maison de bois : l'Empereur dit qu'il ne pouvait concevoir l'idée de cette construction que comme une moquerie; que y si l'on avait voulu le loger y on aurait pu le faire convenablement au moment même de son arrivée ; que les calculs prouvaient à l'évidence qu'il faudrait six ans pour porter les matériaux sur la hauteur et construire la maison ; que dans six ans il était bien évident qu'il n'en aurait plus besoin; qu^on le laissait manquer d'une habitation convenable y quoiqu'il y en eut dans l'île , quand il en avait besoin , pour lui en donner une à l'époque où il ne lui faudrait qu'un
tombeau ; que tout céa était un système de mauvais procédés ! Ce propos de l'Empereur a précédé de quinze jours ou d'un mois la lettre du comte de Montfaolon ; la lecture entière de cette lettre le prouve. Cela est important, et ce n'est pas sans dessein que l'on a dit que ce propos était après la lettre.
<c Avec tout ce qu'on pouvait regarder comme convenable pour une personne dans la situation où il était. »
» La première instruction du ministre fût qu'on trouverait des trésors à bord du Bdlérophon; que l'amiral Cockburn s'en saisirait^ qu'ils seraient placés sur la banque de Londres, et que l'intérêt serait employé à payer tout ce que coûterait l'entretien à Sainte-Hélène. L'amiral ne trouva pas de trésor. Arrivé à Sainte-Hélène, il fiit fort embarrassé pour la dépense; il témoigna de l'inquiétude par son défaut d'instructions. Cependant il alla outre ; il ne lui fut rien demandé par les Français; il régla les choses comme il voulut; il évalua la dépense ordinaire à 18,000 livres sterl. Le nouveau commandant l'évalua, en mai 18 16, à 19,000 livres sterling. En juillet 1816, de nouveaux ordres furent reçus; il les communiqua, et , le 17 août, il écrivit au comte de Montholon , et il s'exprimait ainsi : a Ayant fait tous mes efforts pour y effectuer une réduction y je suis maintenant à même de vous transmettre , pour l'information du
général Bonapattey deux états présentant des données assez exactes pour quon puisse calculer approximativement , d' après' elles^tk dépense annuelle, etc. Les instructions que j'ai reçues du gouvememisnt britannique m'ordonnent de bomcKles dépenses de la maison du général Bonaparte à 8000 livres sterling par an; me laissant en même temps la liberté d'autoriser toute autre dépense qu'il pourra exiger pour sa table, etc., du delà de la Éomme accordée, pourvu qu'il fournisse les fonds qui devront défrayer ce surplus. Je Suis donc obligé de vous prier de l'infonher de l'impossibilité où je me trouve de faire cadrer les dépenses de sa maison, dans sa composition actuelle, avec la somme prescrite , à moins de faire, sur plusieurs articles , une réduction qui diminuera naturellement les aisances dont jouissent maintenant les personnes qui l'entourent, etc. Je vous prie de vouloir bien me faire connaître, avant d'opérer aucune réduction considérable, et qui pourrait nuire à son aisance ou à celle des personnes de sa suite, s'il cotisent à ce que cette réduction s'effectue, ou s'il veut mettre à ma disposition les fonds nécessaires pour subvenir aux frais extraordinaires qui, sans cela, doivent inévitablement avoir lieu, etc. » Par les états qu'il a joints à sa lettre, 'cet officier prouvait qu'il fallait 19,000 liv. sterl. pour'pourvoir à toutes les dépenses ; que , sur cette somme , 55oo liv. Sterl. étaient une dépense fixe pour l'entretien des bâtiments, qui sont en fort mauvais état, pour les
^ages du fournisseur, pour les transports dç la ville sur la montagne , pour la table des officiers de garde , et pour Técurie ; qu'il lui restait dope i3,5oo livres sterling, qui , réparties entre trenteneuf individus qui composaient la maison de Longwood, donnaient, par tête et par jour, i4 schellings qui, dans ce pays, vu les prix, qui sont quadruples de ceux de Londres , équivalent à 3 schellings et six pences (4 fr. i o cent.), pour fournir à tous les besoins d'éclairage, de chauffage, de table, et autres d'une maison. La réponse rapportée dans le post-scriptum ^e la lettre du 23 août , et celle contenue dans la deuxième partie de la lettre du 9 septembre, étaient positi>res. De la somme de 8000 livres sterling , fixée par ^ ministre, il faut ôter 55oo livres sterling, qui sont une dépense fixe ; il restait donc 25oo livres sterling pour les besoins de la maison, ou 10 pences (20 sons ) par homme et par jour. C'est ce qui est alloué à un soldat. On ne continua même plus à fournir le pain nécessaire. Le maître-d'bôtel fit briser de la vaisselle plate. Le 12 octobre il en vendit 962 onces ; le 5 novembre, 1 227, et le 3o décembre, 2048, et, moyennant cela, il fournit aux besoins. Le gouverneur désigna le banquier qui devait acheter «ette argenterie , et en fixa le taux à 5 schellings (5 fr.) l'once. La ressource de l'argenterie est épuisée.4[)n vit aujourd'hui, i*^"" juin , avec treize lettres de change , chacune de 3oo
livres sterling , payables par mois , que le comte Las Cases avait à Londres à sa disposition, qu'il a offertes et prêtées en janvier 1817. La question est ici fort simple : ou le gouvernement anglais est obligé de fournir aux besoins , et ces besoins ont été déterminés par ses officiers et sur le pied du plus strict nécessaire, ou, s'il ne s'y croit pas obligé, qu'il laisse correspondre avec l'Europe, comme il a été dit dans le post-scriptum de la lettre du 23 août. Mais ne vouloir pas souffrir ce qui est nécessaire, et ne pas permettre qu'on écrive pour se procurer ce dont on a besoin, c'est le comble de l'injustice et de la tyrannie ! C'est se jouer de ses obligations et de tous ses devoirs !
u Si un surcroit de luxe , au delà de celui qu'on pourrait se procurer pour la somme fixée dans ce pays, lui paraissait nécessaire ^ les ministres de Sa Majesté étaient disposés à l'accorder, n
» Voyez le paragraphe ci-dessus de la lettre du commandant de ce pays.
tt Et il assura à sir Hudson Lowe qu'il pouvcdt avancer l'argent en sûreté; car Une doutait pas que sa traite ne fut acceptée, n
n Fable, pour masquer une conduite honteuse ! On n'a jamais pu offrir de tirer des lettres de change , puisqu'on n'a pas^de banquier , et que l'on a positivement déclaré, dans la lettre du a3 août, que l'on ignorai^ complètement tout ce qui se passe en Europe. (?est ainsi que, sur de sem-
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blables croyanceâ où prétextes, oiï a vioî^letrarté de Fontainebleau, en ne payant pas les deux millions de francs, au paiement desquels on s'était engagé pour fournir à toutes les dépenses de l'administration et de la garde de Pilé d'Elbe ; manque de foi dont on se raillait d'abord, et que l'on désavoue depuis l'événement du 20 mars 18 15. Mais, puisque le ministère dit qu'il se croit obligé de fournir aux besoins de Longwood , quand même Napoléon aurait des trésors, k quoi sert cette discussion qui décèle une passion bien déplacée ?
« En rapportant cela, ce n'est pas ce qu'il prêtaidoit assurer y parce que le général Bonaparte possédait des fonds, et même de grands fonds, n
n Oui, comme les trésors du Bellérophon!
« A prendre sur les fonds et les fonds considérables qui étaient à sa disposition. »
» Mais voulez-vous connaître les trésors , hiéme très considérables, de Napoléon? Ils sont publics ; ce sont : le beau bassin d'Anvers , celui de Flessingue, qui peuvent contenir les plus nombreuses escadres de guerre, et les mettre à l'abri des glaces et de la mer; ce sont les travaux hydrauliques de Dunkerque , du Havre et de Nice ; le bassin gigajtitesque de Cherbourg ; les travaux maritimes de Venise ; les belles routes de Wezel à Hambourg, d'Anvers à Amsterdam, de Mayence à Metz , de Bordeaux à Bayonne 5 les chaussées du
Sîmplon, du mont Gënîs, du mont Genèvre, dé la Corniche, qui ouvrent lés Alpes dans quatre directions (là vous trouverez plus de quatre-vingts millions), chaussées qui surpassent en audace, en grandeur et en travaul d*art , tous les travaux des Romains ; les chemins des Pyrénées aux Alpes, de Parme à la àpezzia , de Savone dans le Piémont ; les ponts d*Iéna, d'Austerlitz , des Arts , dé Sèvres, de Tours, de Rouanne, de Lyon, de Turin, de l'Isère, de la Durance, deRordéaiix, de Rouen, etc. ; les canaux qui joignent lé Rhin au Rhône , ou les mers de Hollande à la Méditerranée ; l'Escaut à la Somme ^ c'est-à-dire Amsterdam à Paris; qui joignent la Rance à la Vilaine ; • le canal d'Arles , celui de Pavie , celui du Rhin ; le dessèchement des marais de Rourgoing, du Cotentin , de Rochefort ; la réconstruction de la plupart des églises démolies dans la révolution ; la construction d'un grand nombre de noi^velles; la construction d'un grand nombre de maisons de travail, pour extirper la mendicité ;*la construction du Louvre, des Greniers d'abondance , de la Rourse , du canal de l'Ourcq ; la distribution de ses eaux dans la ville de Paris; les égouts, les quais , les embellissements et les monuments de cette grande capitale ; les travaux d'embellissements faits à Rome; le rétablissement de Lyon, de ses manufactures ; la création de plusieurs centaines de manufactures de coton, soit pour
la filature , soit pour le tissage y où soat employas plusieurs millions de bras. Les fonds placés pour créer plus de quatre cents manufactures de sucFe de betteraves pour la consommation d'une partie de la France , et qui , encouragées encore quatre ans, eussent suffi à toute la consommation de l'empire , et rendu le sucre au prix des Indes. Les encouragements donnés aux établissements , pour séparer la fécule du pastel , et en tirer un indigo aussi bon et aussi parfait que celui des Colonies ; le grand nombre de manu^ctures d'objets d'art, etc.; cinquante millions employés à réparer les palais de la couronne et à les embel- \ lir; soixante millions de meubles , mis dans les palais de la couronne de France, de Hollande, de Turin , de Rome ; seize millions de diamants de la couronne , tous achetés des deniers de Napoléon, \e Régent seul existant de l'ancienne couronne de France, et celui-là même il l'avait dégagé des Juifs de Berlin , où il était engagé pour trois millions ; le musée Napoléon , estimé à plus de quatre cents millions, et ne renfermant que des objets légitimement acquis par l'achat ou par des conditions de traités de paix publics, et qui avaient tenu lieu de cession de territoire ou de contributions; plusieurs millions placés pour l'encouragement de l'agriculture, ce premier intérêt de la France ; la création des races de chevaux , de mérinos , etc.. Tout cela forme un trésor de
plusieurs milliards qui existera pendant des sièc\esj et sera là pour confondre la calomnie! L'histoire dira que c*est au milieu de grandes guerres, sans aucun emprunt, en diminuant, au contraire, la dette publique , et la réduisant à moins de cinquante millions de rente, que tout cela a été fait ! Des sommes considérables existaient encore dans son trésor particulier, et lui étaient garanties par le traité de Fontainebleau, comme économies faites sur la liste civile, et autres revenus parti- . culiers. On se les est partagées , et tout nVst pas entré dans les trésors publics , ni tout dans celui de France !
u A chaque plainte de leur part; leurs plaintes n'auraient pas de fin, n
» On manque de tout à Sainte -Hélène. Les calculs de lord Bathurst , sur cet objet, sont faux de plus de moitié. L'orateur se complaît à agiter publiquement des matières qui , de leur nature , ont quelque chose de vil , et prêtent au ridicule. Que de mépris dans le ton , dans toutes les manières de l'honorable ministre! C'est de même dans la partie de sa correspondance dont on a eu communication. Dans quinze ou vingt générations, en lisant le discours et les ordres de'lord Bathurst , ses descendants se défendront d'être du même sang que celui qui, par un mélange de haine sauvage et de ridicule pusillanimité, a flétri le caractère moral du peuple anglais, dans le
33o MÉMORUL
temps. que se$ pavillons triomphants couvrent l'univers !
n Le discours du ministre contient donc ving^t fausses assertions, à chacune desquelles on pourrait appliquer la formule favorite : ff^as not true , ce n'était pas vrai. Ce qui laisse présumer que l'orateur l'a rédigé sur de faux renseignements ; qu'il est trompé par un mandataire infidèle , et qu'il est tenu à l'obscur sur ce qui se passe sur ce rocher. Le comte de Montholon n'a pas porté de plaintes , savoir : i^ de ce qu'on ne pouvait pas envoyer de lettres ouvertes à ses parents; a*» de ce qu'on ne pouvait pas recevoir de lettres ouvertes ; 3® cle ce qu'on ne pouvait pas écrire à son banquier. On a prouvé, savoir : 4° qiie le ministre a donné des ordres pour empirer la position des détenus, et, à cet effet, on a cité le départ de trois domestiques français , renvoyés par ses ordres , et la lettre impropre dont on n'a voulu laisser aucune copie ; 5<* que sir Hudson Lowe a des instructions toutes différentes de celles 4e son prédécesseur , ce qui est prouvé par sa propre assertion , publiquement réitérée; ô» qu'il a fait des restrictions , et des restrictions les plus folles , si elles ne contiennent une pensée criminelle ! On a produit à l'appui la pièce contenant les restrictions qui paraissent inconnues au ministre ; 7® que le comte de Montholon a répondu à la demande d'explications qu'a faite sir Hud-
son Lowe, sur la partie de sa dépêche du 33 août, qui traite.de lettres venues dans ce pg^ys et renvoyées en Angleterre, parce qu^el^es n'étaient pas arrivées par le canal de la secrétairerie d'État, et à l'appui on produit la réponse dont le n^inistre parait n'avoir pas connaissance; 8^ que le comte de Montholon a répondu à l'offre de la maison de bois, vingt-quatre heures après avoir reçu la lettre de sir Hudson Lowe, et Ton a joint cette réponse dont le ministre paraît n'avoir pas connaissance : depuis , il n'a plus été, question de cette maison *, g» que le respect dû à la corfeipondaQçe privée n'avait pas été observé y iQ^ que l'pn a empêché toute communication av^ les ha<bitants; 1 1^ que l'on a empêché toute cpmmuni*cation avec, les officiers; 12® que l'on n'a p^s proposé v4ç tirer des lettres de change sur un ba^* quier: c'est une fable; i3^ qu'on n'a jamais varié d'opinion sur. l'inconvenance de la maison de Longwood ; i4^ que Plantation-IiousQ est plus facile à garder que tQut autre lieu de l'île; iS^ qu'on n'a pas fourni aux besoins de l'établissement de Longwood :.les calculs qu'on voudrait établir sur cet objet sont erronés; 16^ qu'aucune correspondance n'a été essayée et ne peut être établie par les journaux, dans un pays aussi éloigné quece^ lui-ci, et où il ne s'imprime rien.
» On a prouvé que ce discours contient quatre calomnies insidieuses, savoir : 17** que Ton a voulu
prolon^ le séjour de Briars à raison de la facilité
des communications avec la ville; — i8** que des
hommes ont été découverts en essayant d'approcher^
déguisés, et avec de faux caractères; — 19*» que l'on
a resserré l'enceinte, parce que des pratiques étaient
fûtes pour séduire les habitants ou les soldats;^- no''
qu'on a dit qu'on savait que , dans deux ou trois
ans, l'administration anglaise serait renversée, ou
que des changements auraient lieu dans le gouver-
nement de France, et que, dans l'un ou Vautre cas,
on serait en liberté. Un autre ministre, dans une
it^union en Irlande (si on en croit les journaux), a
rapporté que Napoléon a déclaré à Sainte-Hélène '
qu'il n'avait jamais fait la paix avec l'Angleterre
que pour la tromper , la surprendre et la détruire.
Ces calomnies contre un homme qu'ils oppriment
avec tant de barbarie , qu'ils tiennent à la gorge
pour l'empêcher de parler, seront réprouvées par
tout homme bien né et dont le cœur bat !
n Le même ministre a dit, dans la chambre des communes, à la session de 18 16, que, si l'armée française était attachée à PEmpereur, c'est qu'il mariait les filles àe^ plus riches familles avec ses soldats. Userait en peine de citer un seul exemple. Mais l'on a droit de dire tout ce qu'on veut sur le temps où Napoléon était placé sur le premier trône du monde; toute sa conduite était publique; elle est du domaine de l'opinion , de l'histoire : des milliers de libelles ont paru et paraissent tous les
jours; Us ne sont d'aucun effet. Soixante millions d'hommes des pays les plus policés de Funivers élèvent la voix pour les confondre, et cinquante mille Anglais, qui font la navette sur le continent, rapporteront l'opinion et la vérité parmi les peu* pies des trois royaumes^ qui rougiront d'avoir été si grossièrement trompés.
» On a prouvé que le bill du 1 1 avril 1816 est un acte de proscription, comme ceux de Sylla ; qu'il met la main sur un prince illustre, hôte de l'Angleterre, pour le livrer à l'arbitraire du gou<vernement , sans lui' donner aucune garantie lé» gislative ; qu'il ne peut y avoir de prisonniers de guerre en temps de paix ; que le gouvernement a violé le bill même , en déléguant le choix de faire des restrictions à un de ses ministres , droit-dont il est seul investi ; que ce ministre l'a violé en déléguant à un officier particulier un pouvoir que le bill n'a accordé qu'au gouvernement; que le choix de l'affreux rocher de Sainte-Hélène, celui de Longwood , la privation de tout ce qui est nécessaire à la vie, au moral et au physique; les restrictions de lord Bathurst , le caractère de l'homme préposé à la garde de Sainte-Hélène, les restrictions qu'il a élites et refaites , sa conduite ignoble et violente ; que tout enfin est coordonné pour faire périr ce grand homme dans les tourments d'une agonie assez longue pour que sa mort puisse paraître naturelle : conduite sans exemple dans
l'histoire des nations, qui TÎole tous les préceptes de la religion et les droits de l'homme , même dans Fëtat sauvage. Que le gouvernement anglais eût été plus franc .en faisant piubliquement tomber , et d'un seul coup , la tête de cet illustre ennemi ! une mort prompte et sanglante eût été plus humaine ; le caractère anglais en serait moins entache.
» Les Romains poursuivirent Annibal jusqu'au fond de la Bithynie ; Flaminîus obtint de Prusias la mort de ce grand homme ; mais à Rome même Flaminius fut accusé d'avoir agi pour satisfaire sa haine propre. C*est en vain qu'il all^pia qu'Annibal, encore dans la force de Fàge, pourrait être dangereux, que sa perte était utile; mille voix lui répondirent que ce qui est injuste, ingéhéreux, n'est jamais profitable à une grahde nation ; que c'est ainsi qu'on justifie l'assassinat , le poison et tous les crimes; que les sociétés sont fondées sur la morale. Les générations suivantes ont reproché cette lâcheté à leurs ancêtres ; elles eussent voulu effacer cette tache de leur histoire. Depuîs^a re* naissance des lettres parmi les nations modernes ,. il n'est pas une génération qui ne se soit associée aux imprécations qu'Annibal , sur le point d'avaler la ciguë , prononça contre Rome qui , dans le temps que ses flottes et ses légions couvraient l'Europe , TAsie et l'Afrique , s'acharnait contre un seul homme désarmé , le î*edotatant ou feignant
de le redouter! Mais les Romains n'ont jamais violé l'hospitalité. Sylla trouva un refuge dans la maison dé Marins; aVant de pJoscrire Annibal, Fiaminius ne le reçut' ^as à soii bord > ; il ne leur dé-
* Le capitaine Maitland , commandant le Bellérophon , et^ contre-amiral Hotham \ commandant la croisière sur les côtes de rOcéan , n'ont encouru aucun blâme : Tun et l'autre étaient de ix>nne £Di. Le capitaine Maitknd , en fusant connaître à l'Empereur qu'il avait ordre de le recevoir, entendait le recevoir sous la protection des lois anglaises. L'Empereur fut traité avec tous les honneurs dus à' son rang : la grande chambre du vaisseau fut à sa disposition ; il y tint sa table, et invita tons les jours le capitaine et quelques ofiBciers. Quelques heures après son arrivée sur le Bellérophon , l'amiral Hotham mouilla en rade sur le Superbe; il s'empressa de se faire présenter. L'Empereur déjeuna, le lendemain, sur le, Superbe ; il y fut reçu, l'équipage en grande tenue et sur les vergues. L'amiral lui présenta tous ses officiers , et lui donna toutes les assurances qui étaient au fond de son cœur. VL aurait ambitionné de le mener lui-même ; mais il ne voulait pas priver de cet honneur le capitaine Maitland: on était déjà installé sur le Bellérophon, Arrivé en rade de Torbay , le capitaine Maitland et ses officiers s'attendaient à recevoir l'ordre pour se rendre dans la Tamise , et lorsque , mouillé dans la rade de Plymouth , le capitaine pressentit les instructions du cabinet , il en fût vivement affecté ; on pent dire que ce fut , pour lui , un coup de poignard. Il reçut ordre , quelques jours après , de désarmer tous les Français ; il n'en voulut rien faire , et tint cet ordre secret. Lorsque Napoléon quitta le Bellérophon y le 8 août , les officiers et l'équipage étaient consternée; ils ^l'associèrent à la honte et à l'injustice d'un pareil procédé. Napoléon traversa le pont pour descendre dans la chaloupe, avec l'air calme et le sourire snr les lèvres, ayant à ses c6tés l'amiral Reith ; il s'arrêta devant le capitaine Maitland , le char-
clara pas qu'il avait ordre de-raccueillir ; la flotte romaine ne le transporta p>as dans le port d'Ostie en lui rendant tous les honneurs dus à son rang^. Loin de recourir à la protection des lois romaines , Annibal préféra se confier aux rois de l'Asie. Lorsqu'il fut proscrit , il ne reposait pas sous les étendards de Rome: il était sous les enseignes d^ rois ennemis du peuple romain ! ! ! Quand, par les révolutions des siècles, un roi d'Angleterre sera traduit devant le tribunal redoutable de sa nation, ses défenseurs allégueront le caractère auguste de roi , le respect dû au trône , à toute tête couronnée, à l'oint du Seigneur; mais ses adversaires ne pourront-ils pas répondre : Un de ses ancêtres proscrivit son hôte en temps de paix : ne pouvant le faire mourir en présence d'un peuple qui avait des
gea de témoigner sa satisGiction aux officiers et à l'éqaipage du Bellérophon ; et , le voyant extrêmement peiné , il lui dit , pour le consolor : « La postérité ne pourra , en rien , tous accuser de ce qui se passe ; vous avei été trompé comme moi. • — Napoléon jouit donc , pendant vingt-quatre heures , de la jurotection du pavillon britannique ; il séjourna dans les rades intérieures de Torbay et de Hymoutli, et ce ne fut qu'après ce laps de temps, le 7 août, au moment de passer %xa U Northumberland , que l'amiral Reith désarma les Français : la remise des armes étant un des caractères du prisonnier de guerre. En forme de procfédés , on ne demanda pas les armes de l'Empereur. An reste, la manière dont Napoléon s'est remis au pavillon anglais est aujourd'hui une question oiseuse , parce que la fin de la guerre annuUe tout droit sur un prisonnier de gtierre.
lois fixes et des forces publiques , il fit exposer sa victime sur le lieu le plus malsain d'un rocher situé au milieu de l'Océan , dans un autre hémisphère. Cet homme y périt après une pénible agonie, tourmenté par le climat, par le besoin, par les outrages de toute espèce : supplice sans exemple chez les nations chrétiennes ! Eh bien ! cet homme était aussi un grand souverain , élevé sur le pavois par trente*six millions de citoyens ; qui fut le maître de presque toutes les capitales de l'Europe; qui vit à sa cour les plus grands rois. Il fut généi^ux pour tous , reconnu par tous ; il fut vingt ans l'arbitre des nations ; sa famille fut alliée avec toutes les familles souveraines , même avec celle de l'Angleterre. Il fut deux fois l'oint du Seigneur ; deux fois sacré par la religion ! ! !
n Je désire que ces observations soient. mises sous les yeux du souverain et des peuples d'Angleterre.
» Loogwood , ce 5 octobre 1817.
)i NAPOLÉON. »