‹ Mémorial de Sir Hudson Lowe: relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-HélèneChapitre 50 sur 59 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Lei prétret catholiques et lés loidats irlandais. — Mot dîe Napoléon à propos d'hér^tiqae. -> Ses<opiiiions reUgienses.

Vars la fin de Tannée 1820, il nous arriva à Sainte-Hélène une cargaison de prêtres italiens qui nous étaient expédiés de Rome. Il y avait des missionnaires , un àuttléniier pour Napoléon , une «spèce de préfet apostolique qui venait là pour assister, je pense, au nom du pape, aux derniers moments de Bonaparte. Dès que ces prêtres furent dans la colonie, ce fut un mouvement de dévotion extraordinaire dans Fesprit de tous mes soldats irlandais. A peine voyaient-ils un de ces prêtres qu'ils couraient du plus loin au devant de lui , se jetant et se prosternant à ses pieds , lui baisant les mains , et demandant sa bénédiction. C'était entre les soldats et les missionnaires un échange perpétuel d'agnus et de chapelets, contre les génuflexions et lés baisements de mains. Les moines de Rome payaient tous les hommages que leur rendaient mes stupides soldats en monnaie de leur pays, c'est-à-dire avec tous les colifichets de la superstition italienne. Indigné par ce continuel et dégoûtant spectacle de dégradation mo-

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raie, je voulus y mettre un terme. Je menaçai , je réprimandiri , je punis mes soldats. Tout fut inutile.

Cependant il y avait eu cet ascendant pris par les missionnaires italiens sur Fesprit de la troupe, non-seuleiAent ridicule, mais encore puëril. Ces prêtres tout dévoués à Bonaparte pouvaient , au moyen de leur puissance spirituelle, influer sur des militaires ignorants et accoutumés à écouter ^ .; la voix des prêtres comme la voix de Dieu. 11$ pouvaient, au nom de ce Dieu, protester contre >;^ Fafïreuse captivité de Napoléon , ordonner aux soldats de lui ouvrir leurs rangs , de baisser devant lui leurs baïonnettes, et de le laisser retourner à la liberté dont on ne le privait que par un crime. Je devais chercher à diminuer et à neutraliser autant qu*il .était en moi l'ascendant et l'influence de. ces prêtres, qui, de reli(jrieuse qu'elle était d'abord , pouvait avoir de graves conséquences politiques. Je punis donc mes soldats avec plus d'opiniâtreté et de sévérité que je ne l'avais fait d'abord. La bastonnade vint appuyer mes ordres du jour. Mais rien n'y fit. Les soldats se laissèrent punir et continuèrent leurs génuflexions. Les officiers me conjurèrent de me départir de ma sévérité qui , disaient-ils , ressemblait par trop à une inquisition religieuse; et moi, ne voulant pas parodier un inquisiteur espagnol ou italien , je laissai mon régiment irlandais se signer et s'agenouiller

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tout entier, sHl le voulait, à son plaisir et fantaisie, mais je fis retomber sur les abbés toute mon attention. Je les soumis à une surveillance d'autant plussëvère qu'ils avaient l'air de me narrer et de se rire de cette surveillance. Tout cela ne ]pouvait pourtant se passer sans que Napoléoit le sût. Il fut vivement blessé de ma manière d'agir envers les missionnaires. U y vit une insulte faite à la religion catholique qu'il professait, et vers laquelle son esprit italien avait une tendance naturelle qui se manifestait d'autant plus que sa maladie affaiblissait son corps. « Je ne souffrirai jamais, dit-il un jour, que cet hérétique humilie la tiare. Le pape et le consistoire ne me pardonneraient pas , si je tolérais ces insultes. » Le mot était plaisant de la part de Napoléon qui avait tenu ce même pape captif, et qui avait dispersé le consistoire, et les cardinaux, et les prélats , et les monsignori de Rome devant sa colère, fort peu religieuse à cette époque.

Mais, comme je l'ai dit, l'esprit de Napoléon revenait aux premières impressions, à ces ineffaçables impressions de l'enfance. Il avait été élevé en catholique italien, il devait mourir ainsi.

u Je ne suis pas athée, disait-il à ce propos, je suis loin d'être athée, je ne suis pas même déiste , je crois tout ce que croit l'Église. Credo tutto quel che crede la chiesa. Malgré toutes les iniquités et les fraude$ des professeurs de religion qui prêchent

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sans cesse que leur royaume nVst pas de ce monde , et qui pourtant s'emparent de tout ce qui tombe sous leurs mains , dès queje fus à la tête de l'État ^ je fis tout ce qui fut en mon pouvoir pour rétablir la religion ; mais je désirais en faire le fondement et la base de la morale, et non une souveraine et maîtresse indépendante des lois politiques. Je prêtai serment, lors de mon sacre, de protéger tous les cultes , mais non d'exterminer les hèretiques, comme le dit la formule du sacre des rois de France,

M Quant aux moines , je les abhorrais et détestais ; je fus , en Italie et en Espagne , le destructeur de leurs couvents , où régnait avec impunité le vice le plus dégoûtant. Ces moines étaient à mes yeux un ramas de scélérats , cU scelerati, qui faisaient l'opprobre de l'espèce humaine. Si j'avais continué à régner, et que j'eusse arrangé mes affaires avec le pape , j'aurais toujours voulu un nombre suffisant de prêtres ; mais je n'aurais jamais souffert ces barbes sales , ces fratacci; et c'était là dessus que souvent le pape et mon évêque de Nantes se disputaient devant moi. Le pape voulait rétablir les couvents; et mon évêque lui disait qu'il était sans doute libre à chacun d'être moine au fond du cœur , mais que jamais je ne souffrirais qu'une société de telles gens existât publiquement dans mes États.

» Si j'avais réussi en Espagne, j'aurais. détruit

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la superstition et le charlatanisme des prêtres; j'aurais aboli à tout jamais l'inquisition, aipsi que les monastères de ces fainéants et de ces bestie difrati.

n Au reste , je crois à la religion catholique , parce que c'est la mienne , parce que j'ai été élevé dans cette religion ; il y a en effet tant de religions différentes ou de modifications dans les religions, que, s'il fallait choisir, on serait fort en peine. Ainsi , dans l'état où sont les choses , je tiens que chacun doit conserver la sienne , et toujours j'ai dirigé ma politique religieuse en ce sens. Il n'y a qu'une chose qui, après les moines, me répugne presque invinciblement dans- la communion catholique, c'est la confession. Le pape , dans les enr tretiens que nous avions souvent ensemble, m'eng^eait toujours à me confesser, et je répondais invariablement à son sermon, en disant : Santo padrCy sono adesso troppo occupato; quando sara un poco piu vecçhioy aUora mi confessaro. Quant au jeûne, je le trouve absurde. Se priver de chair pour se goi^er de turbot est une singulière mortification, selon moi. Si je faisais tant que déjeuner, je jet^nerais comme les Musulmans; je ne mettrais une miette de pain en ^on corps de tout le jour; je souffrirais, je ferais pénitence. Mais en ceci , comme en toute autre chose, les hommes sont niais, inconséquents et absurdes. GU uominî son bestie, poveri uomini! Comme on, leur fait de la

religion et de la vertu à la portée de leur petite et sotte intelligence!

» Cependant, en fin de compte, il faut une religion, il faut à rhomme quelque chose de merveilleux ; et il vaut mieux qu'il le cherche dans la religion que partout ailleurs. Puis la religion est,, pour ceux qui en ont, une grande ressource et une ineff^^le consolation. Enfin, le plus grand argument en sa faveur, c'est que personne ne peut dire ce qu'il fera dans ses derniers moments, n

Et Napoléon prouva lui-même la justesse et la vérité de ces dernières paroles : car, avant de mourir, il se confessa; il reçut la communion des mains d'un prêtre; href, il quitta le monde avec toutes les formes et cérémonies d'un bon croyant et d'un pieux et véritable catholique romaini

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