CHAPITRE XLVIIL
Jagements et eipressions de Napoléon sur inoi.
Ai^ri par le malheur, tourmenté par le souvenir «l'un passé qu'il ne pouvait oublier, tracassé par de continuelles vexations qui résultaient, tant de la nature des choses et de sa position à Sainte-Hélène que de notre haine et de notre antipathie mutuelle , Napoléon devait me juger avec toute la cruauté d'un ennemi. C'était un prisonnier qui parlait de son gardien; c'était, du moins «n son esprit, un patient, une victime, qui parlait de son bourreau : pouvait-on s'attendre de trouver, en ces jugements et expressions, du calme, de la bienveillance, de l'indulgence et de la douceur?
Ces jugements de Napoléon , je les donne tels qu'il les a prononcés, sans commentaire ni réponse; je veux laisser à ceux qui les liront et les méditeront le soin d'en examiner les motifs, de les modifier ou demies casser, selon qu'ils leur paraîtront dictés par la justice ou par la passion et l'esprit de vengeance. Je pourrais les invoquer pour justifier mes rigueurs ; mais c'est inutile.
Mon physique n'est pas plus ménagé que mon moral , dans ces violentes éjaculations de haine.
Quand il faut rendre quelqu'un horrible, odieux , il est naturel qu'on repr^nte le corps aussi affreux , aussi épouvantable que l'ame : ainsi le portrait est complet.
Voici comment Napoléon s'exprimait sur mon physique:
a Quelle ignoble et sinistre figure que celle de ce^uv^rdeur ! dans ma vie je ne rencontrai jamai9 rien de pareil. Ea vérîté^ je croÎ8 qu'on pour-^ rail m'avoir envoyé pis qu'un geôlier. 91
«^ i< J'ai vu des Prussieni, des Cosaques ^ des TartareS) deft Calmouks^ et Inen d'autnes; mais je n'ai jamais vu de ma vie une figure aussi sinljstre et aussi repoussante. Il porte le crime em^ pieint sur son visage. »
•^ « Je ne vois jamais ce gouverneur SËitis penser qi^e je vois l'homme chauffant la barre de fer pour É4ouard II , au château de Berkley • La nature m'a prévenu contre lui, et m'a donné un avis amical k premier jour où je l'ai vu. Gomme Gain , la nature l'a bien cacheté. Si j'étais à Londres , qu'on me présentât sir Hudson Lowe vêtu en bourgeois^ et qu'on me dît : a Qui est cet homme ? w je répon*' drais : u C'est le boiu'reau de la ville. 1)
•^ fl La nature a bien cacheté ce Calabrois. Ce Calabrctts mlnspiredu d^oàt. Hudson est leParia de Sainte-HélèiM. il corrompt tout ce qu'O volt^ tout ce qu'il touche, m
*^ « Cet Hudson est un homme de mauvaise
lymphe; il devrait 6e Êiirô appliquer phidienrs larges vésicatoires pour se faire tirer une partie de cette lymphe. C'est une vraie mine patibulaire» V
•^ « Ce qui m'a prévenu contre lui , c'est d^abord sa mauvaise mine : e la sua oattiva faocîa ^ jpuis son système de lettres doucereuses et de vexations par derrière. J^ai vu qu'il voulait, en uoo» mon^ trant qu'il dépendait de lui de rendre notre position désagréable ) nous forcer à ployer^ ^ lui de^ mander pardon, et à aller lui faire notre cour à Plantation-House. h
— a Ce Lowe,.*. c'est un homme qui a ied manières ignobles , l'esprit astucieux, et le cœur méchant ; la nature l'a fait pour être un mauvais bourreau^ v
Voilà pour mon physique; maintenant voici pour mes qualités et mes facultés morales : le poi> trait n'est paa plus flatté.
-^ u Ce gouverneur est un homme incapable de* remplir la place qu'il occupe. Il a beaucoup de ruse , mais il n^a ni talent ni ÊBrmeté; C'est un homme soupçonneux, astucieux, menteur, double et plein d'insinuations, comme les Italiens des quinzième et seizième siècles. C'est un excellent familier d'inquisition. Il mettrait de l'astnce à vous dii*e bon jour» Je crois qu'il en met à manger son diner» Il faudrait l'envoyier à Goa. n
— <i C'est un hypocrite. Je le regarde comme
un homme sans parole et sans foi : semaparola e semafede. »
— tt II Q^a rien d'anglais, ni en dedans ni en dehors. (Test un imbëcille qui sait écrire , et pas plua : un imbëcille che sa saivere. Un homme, quelque imbëcille qu'il soit, a toujours un genre de talent ; le talent dé cet imbéciiJe est J'écriture : fo «cr/vere, » •
e d'un poco Sscaitres^a : c'est un composé d'im* hédllitéde loensoDge , et d'un peu d'astuce. »
^ yostrv govematore, e veramente una bestia
che non a senso commune : c'est un homme borné , lin pauvre sujet. Veramente fa pieta. »
— a E un uomo incapace che non a nessuna fyde : c'est un homme sans capacité et sans foi. »
— « Qu'Hudson-Lowe sorte donc de son rôle de geôlier, et qu'il prenne celui de galant homme t che esca del suo ruolo di carceriere et che si metta net ruolo di galant uomo. Mais c'est un homme sans foi , un uomo senzafede. Lorsque les ministres veulent faire exécuter un mauvais coup, ils nomment gouverneur un polisson comme Hudson- Lowe. ï)
« — u II est à la fois geôlier, gouverneur, accusateur, juge, et quelquefois exécuteur, comme , par exemple, lorsqu^l arrêta notre domestique indien. Il vint ici , et il l'arrêta lui-même sous mes fenêtres. Certainement il s'est rendu justice; car
le métier (ïun sbire lui conrient mieux que celui de représentant d'une grande nation. » .
— 4f CTest un honmie dont la méchanceté naturelle est encore augmentée par le soupçon et par la crainte que lui inspire la responsabilité du poste qu'il occupe. C'est un homme retors, abject, et tout-à-fait au dessous de son emploi, ce qui n'est pas peu dire. Enfin, c'est un homme ignoble; il dégrade son' espèce.
n II prend tout en mauvaise part; et, lorsqu'il est possible de donner un sens faux à quelque expression qui est également susceptible d'en rece- . voir une favorable, il est sûr de choisir le premier. E tm uomo che a lamalîzia, nui non V anima : c'est un homme qui a de la malice , mais point d'ame. n
— « C'est un scrivano de Blucher; un scribe d'état-major, accoutumé à vivre avec des déserteurs, des vagabonds, corses et piémontais ; un sbirro sicUiano et non un Anglais ; un bourreau, n
• — « On n'aurait pas pu envoyer un homme pire que lui , bien que l'emploi ne fut pas de nature à être accepté par un galant uomo. n
— u Lord Bathurst est un méchant homme ; mais lui est pire que tout le reste. Cet homme
. nous traite comme si nous étions des déserteurs, n
— u Pare che questo govematore e stato sempre spia : il parait que ce gouverneur a toujours été espion. ))
— u Non dîce akro che bugie : il ne dit que des
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mensonges^ Ce soâér^t a tùta lee mes des petit» États dltalic. ».
^**«- a Je mépiise le fpià^revnemt^ ee geôlier ète à la vie tout ce qui pourrait mç la &tre supporte». il me ferait ayoir recoui^s à mes pi^olets^ si ee it^ét9tt , selon moi , un aote de lâcheté , quç 1^ suî* eide. »
**•» 4( Je réponds que ce eeéléreut oc^fa toutes sortes de faussetés en Angleterre sur mon compta : le luensooge est «on «lément^ sa nature. ^
-^ ^ AV'ec ce sbirro UcUiano^ il n'y a ni garfMi*tte ni sûretés II viole toutes las lois ; il ^ul^ aux pied^ la décence, la politesse «t les formes les plu» communes de la sociétés n
<M^ a det homme est insensible à to]Lit senticnent moral : c'est un mélange d'imbécillité et (Fastuee. » . .^ u Qijtesto gmfeniatote e un verç boia : il e^ comme les harpies de Virg^ ^ il jsouilie et rend odieux tout ce qui passe par ses mains. »
m* tt Le bourceau trouve fnon agonie trop longue; il la héfte, il la presse. Il appelle ma morit de tous hes voeux : il n'y a pas jusqu'à l'air que je respire qui ne blesse cette ame de boue. »
•*«* a Cet homme parait n'avoir d'autre but que de me tuer à coups d'épingle, soit au morid, soit au physique. Un bourreau plus humain me tuerait d'un seul coup. Sa. conduite est tortueuse et ernr^ loppée de mystère. Le crime seul marche dans les ténèbres. Un jour, sa méchante conduite «era
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comHM ^ et^ s^il cchàppe à la justice âe laloi qti'il ▼îole^ il h'«cha))pera pas à la justice de r^^pitliiiéi de tous ies4iomin«s ed^irés et setiiBibtes. ^
•^ c« Quelquefois je tti^ifiiaçine que<:;'é6l un bouN raaa qui eeti ^hu pod^ tn'dsâdésiuer; ïnais^ au fbad , je fini» paf croire qùd c'^si p4utè€ uh bomme incapable «t sans toèm, qui li'èttiettd tien à eéu etnpldi : Qmkhe valta h cmlô tm bôiw thê e i)e^ nuto per assassinar mi; ma credo p0i cheèp^tùëto un iwmo incapace, et sema ctwre, che non^apîsce il suo impiego. »
C'étaient là les aménités ordinaires qui se débitaient à Longwood, sur mon compte ; on ne m'en faisait pas d'ailleurs un mystère, et, chaque fois que Napoléon trouvait le moyen de me faire connaître son opinion , il ne manquait pas d'en profiter.
Quant à moi, toute la réponse que je faisais à ces violents outrages était un silence imperturbable. Seulement il m'échappa une fois de dire que le général Bonaparte était bien malhonnête. Le mot fut répété à Longwood , et pendant longtemps il y fut une intarissable source de plaisanteries.
Cependant ce sont ces jugements de Napoléon ,
maintenant répétés dans toute l'Europe , qui ont
marqué ma place dans l'histoire. A Sainte-Hé-
( lène , je n'en comprenais pas toute la portée :
, quand on me disait que je faisais de l'histoire ^
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nos comptes, et nous allons y procéder, n Je n'étais pas dis{tf>âë k^rtàgèr* défté MUlqueuse ardeur , et je refusai positivement le coup d'épée que me proposait M. Bertrand. Il cria bien haut que j'étais un lâche ; les Français , les serviteurs de Napoléon , le répétèrent en chœur; ce fut I^r dernière in}ure,e< leur pMeantirne finale «ur mon eem^ltoi Je: les ^tstlli -divè't j'avait iKie «jurande obligation à remplir, avant de répondrë'àilbc pi^ vocations particulières ; c'était de rendre compte à Mon ^(taMertieinèivt «de* twrtc} ina ^êtiiùny >de sesimtéreisaéts^détaïUsétiie l^s^îMipétfOtfnts'tiëfiMt tdtsi Je^irttsidocMripout LdiMfatïSte '
rioi'çohimeiiGènçKt à se UiiftééÈtét pcmml^^
fdk ifa céti» lurine ubfvdndle qu'a^ftkmi tt^peMè aar arà tèée i«k aMlédibtrèn» âe Bdittitp^itei ■ AfMÉne ^lori vé k Dondres:^ je mè ffèkffutki k là cour ; mais , sit^t que je parus à Brighton.^ Qoelttt dvaiB éesisaUes chi'^ais uii mitinufiA 'd^étonàeitniltiet id'tfioriiear;  inéÀiv» '^ue j^èntiMt^ él se fdbait oan: vide smtbur Àe Moi^ on eàt dit 4pAm ôsr^ 'hmgfîqite était Dv«cé*^àitt>nt où:je')M»ftai»mespiiB^^ iqiie7iul>n^M«lt y<êiit#er^oiflr «eipiKs paiHtàiger let ^rribles^ istfetâ de ^on m^rmge^
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