CHAPITRE VII
Arrivée à Sainte-Hélène. — Premier désappointement. -<-^ Présentation à Napoléon.
' Ce fut le 1 4 avril 1816 , jour à jamais cruelle^ ment mémorable dans ma vie, que j'arrivai à Sainte-Hélène sur la frégate te Phaéton, capitaine Stanfell.Plûtau ciel qu'elle eût été eng^loutie aveo moi dans les gouffres de FOcéan ! Plût au ciel qu'elle eût été brisée parles ouragans du Gap des Tempêtes ! Mi^is il fallait que mon sort s'accomplît 5 il l'a été. '
Le lendemain de mon arrivée, d'après l'instigation et les conseils de l'amiral Cockbum, j'envoyai à Longwood un message pour y annoncer que j'irais visiter Napoléon le lendemain matin à neuf heures. Il faisait ce jour-là , dès le matin , une bour< rasque affreuse de vent et de pluie; cependant, comme j'avais annoncé ma visite , je ne jugeai pas que cet orage pût être une excuse suffisante aux yeux d'un ancien soldat, et je partis. Comprenez quel fiit mon étonnement, lorsqu'en arrivant à Longwood, suivi de tout mon état*major, de l'amiral et de plusieiurs autorités et autres pevson^ nages notables de l'Ile, j'appris que Napoléon ne
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voulait pas me recevoir. C'était trop tôt, me dit-on en ricanant ; Napoléon ne recevait jamais d'aussi bonne heure : d'ailleurs il était indisposé, et ce jour-là il ne pouvait reeeveîr de visites.
Un tel accueil me déconcerta , et il y avait réellement de quoi être piqué de ce procédé. Je pasisai et repassai ving^t fois devant les fenêtres de Bonaparte , espérant toujours qu'il prendrait en considération notre cowse au milieu d'un orage, et qu'il se départirait, par égpard pour wm»s, des ri^^ides lois de ^n étiquette impériale. Il n'en Ait rien; Hapoléoo fiit inexorable, comme il Tétait en ce peint lorsqu'il portait sceptre et couronne. Alors foice fut à nous de repartir après avoî^ obtenu d'être reçus le lendemain à deux heures.
Pour ceux qui ont étudié le cœur dé litommCi et qui savent que de ki moindte cause naissent souvent de grands et terribles résultats , il ne sera pas dÂfiiciLe de comprendre l'influence que dut avoir sur moi ce premier désappointement dan9 mes rapports avec le général Bonaparte. Combien de fois , en effet , pour une l^ère et inaperçue im-* pdUtease^pour une bagatelle d'étiquette et de ce* rémonie, sont nées des aversions insurmontables, d'implacables haines et d'affreuses catastrophes ! 1 Pour moi , je me sentis piqué au vif par cette rigidité de Bonaparte dans ses principes d'étiquette de cour. Je le croya^ prévalu de ma visite, et d'aiUeurs , si j'avais été ainTttileries lui demander
DE SIR iTÛt)^!! LOWE. ^l
jVtksse eom^pri^s cettainement son retois^, mais à Sâ#âte'^Mèîie> tiaais pour une premîèFe et si m*pùP^meer^»e9Hjieiy'm6às apte» avoi^bra^imomge de vent et de pluie pour venir à LotiffW^€>d , ne^ beurè6 du »iati|i ne tue sembkrîef]^ pa6 «ne heure indttect in<côni*etianlie^ éurtoat «ntre vieuit ^1*
Lé letid^maifi , ae^it^a0<tté ées métùe$ persCManèS) )e ^etovii^ai à Fkabitation de Napd^éen. Cle j(n»>là*, noitô ^mes recud. M. Bèrti^and ^ i|nV>ii iifppelak fe 'g^a^d-^naréchal ^ nous annOBça que l^tnpereui^ ëtak k sa toilette, et quHt ne tarderait |Mi« Il «otts i^e>^oir» On nous introduisit tout é^sf hioré danft "utie saUe à manger, derrière IcK^elle était le'salon qui'devait'Ctre le lieu de la rëeeption. Ij'aittlral'ine {^oposa , cO'oAne ^tant }a meilleure et |Auâ sintpKs manière de présentation , de me faire entrer avec Kii dans le salon; j'acceptai» Mais il devait en être autrement , et , comme je l'explique^ rai dans le>chapit)^ suivant , une bagatelle de présent^tîoli et de fûrme devait ajouter une nouvelle ënet^iê à nos antipatlôes et aversions mutuelles*
Comme un- des vakts^de Napoléon , qui se tenait à l'entrée du salon pour annoncer , ouvrit la porte , et prononça hautement mon nom , je m'élançai , impatient^ie j'étais de voir l'homme eélèbre dont les vieissitudea de la fortune m'avaient confié la garde. BaQ? monrapideet vif meuvemcnt, je ne
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m'aperçus pas que Famiral n'était pas à mes c6* tes, et que la porte s'était refermée sur moi, sans qu'il pût entrer. De cet oubli naquirent des con-^ jectures, des^ propos et des haines dont je parlerai tout à l'heure.
Napoléon me reçut avec une politesse triste, sèche et froide. Il était un peu pâle; mais, quoiqu'il m'eût fait dire la veille qu'il était indisposé, sa santé ne me parut pas encore avoir souffert une sensible altération. Il était vêtu d'un habit vert* foncé , d'une culotte de drap blanc, de bas de soie blancs , et portait le grand cordon de la l%ion d'honneur» Quand il m'aperçut, son sourcil se fronça, et ses yeux se fixèrent opiniâtrement sur moi , sans qu'il les en détachât, pendant deux ou trois minuteSé Je soutins, sans être déconcerté, cet examen préalable qui parut , s'il faut parler franchement, ne m'étre nullement favorable. Je supportai donc avec assez de force et de fermeté le coup d'œil de l'aigle qui cherchait à sonder mon ame, et j'attendis que Napoléon me parlât le pre-* mier ; il m'adressa la parole en italien , et la conversation se fit pendant un quart d'heure entre nous dans cette langue. Il me parla de sa posi* tion, de l'injustice de l'Angleterre, de la violation du droit des gens dont le gouvernement de cette nation s'était rendu coupable en le retenant pri<» sonnier, tandis qu'il s'était jeté entre ses bras, et qu'il était venu confiant s'asseoir au foyer de l'hos-
pitalité britannique. Puis nous parlâmes de File, de Longwood , de nos prochaines relations ^ des restrictions mises à la liberté de lui Napoléon , et des personnes de sa suite; enfin, après lui ayoir présenté les officiers de mon état-major ,, nous nous séparâmes.
Combien cette première entrevue devait faire naître , de la part de Napoléon , de préventions contre moi ! Je pe sais ce qui l'impressionna si fort en me voyant, mais j'appris bientôt avec une accablante surprise qu'il avait dit à ceux qui l'entouraient, après, que je fiis sorti : u Cet homme-là a le crime empreint sur la figure. »
Toujours est-il que cette animosité et cette an^ tipathie^qui, depuis, éclata si fdrt et si cruellement entre moi et Bonaparte , ne dut peut-être son origine et sa naissance qu'au désappointement .que j'éprouvai lors de ma première visite à Long* wood, et à la trop grande impatience et vivacité qui m'emportèrent au moment de ma présentation auprès de l'illustre prisonnier.