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MÉMORIAL DES PÉTES FRANCO-CANADIENNES

Qui devait égaler les plus grands capitaiDes, Et, me faisant l'éclio de ces vo'a ai luintaiDes, Au bord de l'Ottawa, je dis : Gloire à Cartier !

Gloire â Cartier ! — Le jour où cet homme liôroïque Prenait pied sur le sol vierge de l'Amérique, Le jour où, déployés au vent, ses pavillons Du vieui Stadacona rasaient le promontoire, Un nouvel astre d'or dans le ciel de l'Histoire Sur le grand nom français allumait ses rayons 1

Gloire à Cartier I — Parti du fond de l'Armorique, 11 a IVayé la route à ce groupe homérique Qui, de nos bois perçant la sombre immensité, Sondant tous les recoins du nouvel hémisphère, Eclaireur du progrès en marche, a au tant faire Pour la Gaule chrétienne et pour l'humanité.

Grâce à lui, des rameaux du grand chêne de France Ont été transplantés au bord d'un fleuve immense, Et ces rameaux ont fait, malgré l'adversité.

Des arbres débordant de jeunesse et de sève.

Berçant des frondaisons sereines d'où s'élève La chanson du travail et de la liberté.

Grâce à lui, sous ce vaste ombrage, notre race Compte ses Phidias, ses Pline, ses Horace...

Nous avons eu naguère un Chénier, un Danton... Grâce à lui, nous aimons chanter la Marseillaise. Notre fleuve est français... ma mère était française, Et je suis comme vous catholique et breton.

Gloire à Cartiei' ! — Jamais ftls de la vieille Gaule Pour son pays n'aura rempli plus noble rôle, Ni laissé sous nos cicux un nom plus vénéré ; Et l'oubli qui pesait sur sa tombe inconnue.

Où nul fervent n'ira courber sa tête nue, Vous l'avez, fiers Bretons, fièrement réparé.

En érigeant ce bronze au cœur de la Bretagne, Où ma pensée émue à cette heure accompagne Ceux qui vont célébrant les exploita si hardis Du marin qui donna tout un monde â la France, Sans jamais susciter ni guerre ni vengeance, Bretons toujours grands, vous vous êtes grandis.

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Vous vous Ates grandis, enfants de l'Armorique, Plutôt que vous n'avez grandi rhomme stoique Qui par tant de constance et de féconds travaux A buriné son nom dans l'airain de l'Histoire. Aussi, que peut le bronze où rayonne la gloire? Le socle n'a jamais exhaussé le hëros.

L'éternité se rit du marbre de l'Attique.-.

De tout l'altjer granit de la côte kymrique On ne saurait tirer un plus haut piédestal Que celui qu'un tel preux s'est élevé lui-même En plantant pour le Christ et pour le roi qu'il aime Une humble croix de bois au front du mont Royal.

N'importe ! vous avez voulu donner l'eiemple...

Dressant cette statue à la porte d'un temple,

Faisant revivre ainsi l'intrépide Cartier

Dans une œuvre parlante, idéale, parfaite.

Vous avez voulu dire â la foule distraite :

Le grand homme, passants, ne meurt pas tout entier.

Et vous avez voulu rappeler à l'enfance Que tout ce que l'on fait pour le Christ et la France Subsiste, au moins, autant que la pierre et l'airain ; Vous avez su prouver que sur vos bords si rudes Les cœurs restent toujours clos aux ingratitudes Le souvenir demeure un flambeau souverain.

Par un appel vibrant, doux comme une caresse, Tiercelin et Botret qu'eût iionorés la firèce. Et dont les noms toujours rayonneront ici, Noua ont fait apporter notre modeste obole A l'œuvre dont l'éclat si pur les auréole...

Et mon pays leur dit : Merci ! merci !. merci !

La poésie et l'art, ô fécond mariage l

Ont conçu ce tardif mais éclatant hommage,

Et, tout fier comme vous de votre fier succès,

Répétant un grand cri qui vibre au Nouveau -Monde,

Je vous jette à travers la grande mer qui gronde

Le bravo délirant du Canada IVançais.

W. Chapman.

Les bravos, qui plusieurs fois ont interrompu ce poème, éclatent de nouveau, frénétiques, sur le dernier vers, en

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même temps que la musique municipale de Saint-Malo attaque les Airs canadiens, habilement mêlés à des Airs bretons, de M. André Colomb.

On pouvait croire que la fête avait atteint son point culminant avec cet hymne de poésie. Le souffle puissant d'un incomparable orateur allait faire rebondir Témotioii plus haut encore. Celui qui devait être le grand vainqueur de ces iaoubliables journées s'avani^^ait à la conquête de la foule. Et ce n'est pas trop dire ! M. Adélard Turgeou, par la force et par la grâce de sa parole, allait affirmer la noblesse de sa race et sa puissance ; il allait renouer, entre le Canada français et la France, des liens que nous voudrions voir serrer de plus en plus. Il a uni indissolublement nos souvenirs et nos espérances. II a parlé en homme d'Etat, qui rend à César ce qui appartient à César ; qui sait la gran deur de l'Angleterre et qui l'aime pour la liberté qu'elle donne à son pays ; en homme de tradition aussi, que le doux nom de la France maternelle émeut toujours vivement ; en lettré, à qui rien n'est inconnu du mouvement intellectuel ; en penseur, qui suit la marche des nations à travers l'histoire et rend hommage au rayonnement qui de notre patrie émane sur le monde ; en philosophe, savant des choses de la vie. Il a su nous apprendre à mieux connaître son pays et à l'aimer davantage. Il ne faut pas oublier ces paroles tle sagesse et d'amour. Il faut remercier grandement celui qui les a prononcées.

M. Adélard Turgeon, pour reprendre une phrase de mon discours, nous a rapporté par brassées la moisson d'éloquence, mûrie au Canada, dont notre Jacques Cartier fut le semeur. En l'écoutant, nous étions fiers de cette langue française, qu,i s'est gardée intacte aux bords du Saint- Laurent ; que le maniérisme, ni l'argot, ni l'anglicisme n'ont pu corrompre et qui se prête si merveilleusement

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à exprimer des pensées fortes et des émotiOas douces.

Ce (ut un succès ; ce fut un triomphe f

Voici en quels termes s'exprima le Ministre des Terres, Mines cl Pêcheries de la Province de Québec :

DISOOCRS DE L'HONORABLE A. TUROEON

J'ai le grand regret de ne pouvoir reproduire à cette place les paroles prononcées par M. A. Turgeon. J'avais espéré, nous avions espéré tous, que sa chaude improvisation aurait pu être reconstituée, mais lui seul pouvait le faire et nous l'avait presque promis. En quittant la France, il renouvelait sa promesse à M. Hector Fabre, et j'attendais.. . Aujourd'hui, 23 septembre, je reçois la lettre suivante qui ne me permet pius d'attendre ni d'espérer :

DËfAHTEMEITT SES TERRES k FORÊTS

— Québec, ii Septembre iqo5.

fStSSSÏÏI DU KIKISIItl

Cher Monsieur Tiercelln, M. Fabre m'a grondé de ne paa avoir reconstitué mon. discours de Saint-Malo. J'en auis fâclié, mais je n'ai pas tout à fait tort. En France, toutes mes minutes ont été prises et, depuis mon arrivée â Québec, it en a été de même. J'y renonce donc définitivement.

Je profite de la circonstance, etc., et je vous dis au revoir à Québec en 1908.

Adélard Tcrseon.

A défaut des paroles mêmes prononcées par le Ministre, nous essaierons d'en fixer un écho. Il suffira, pour attester la grande impression ressentie par la foule et prouver que nous ne l'avons pas exagérée, de reproduire ici quelques extraits des journaux qui demeureront les témoins de l'enthousiasme de ce moment d'indescriptible émotion.

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