‹ Mémorial des fêtes franco-canadiennes pour l'érection du monument de JacquesChapitre 26 sur 61 · HÉHOHUL DES FÊTES FRANCO -CANADIENNES · texte numérisé non relu

HÉHOHUL DES FÊTES FRANCO -CANADIENNES

Du Salut :

Nous voici au point culmiDant de cette solennité inoubliable : M. Turgeon, ministre du Canada, va parler. Pourquoi ne pas l'avouer ? Parmi ceux qui ne connaissent pas le Canada français, ou qui oublient qu'à travers les vicissitudes des temps, il est demeui^ vraiment la Nouvelle-France, l'apparition de l'éminent ministre du Canada à la tribune excite un certain scepticisme. Aussi, quelle surprise, quel enchantement, quels transports, lorsque cette foule, dès les premiers mots de l'orateur, prononcés d'une voix puissante, dans une langue forte et originale, reçoit cette impression qu'elle a devant elle un grand Français et un grand orateur. Souffle, élévation, variété d'images, mouvement, geste, fascination, M. Turgeoo possède au plus haut degré ces caractères de l'éloquence. De quel accent il nous dit ; • Chers cousins, chers compatriotes l » Quel beau langage il sait avoir pour cialter et bi^nir l'ancêtre commun, Jacques Cartier ; quels mots et quels mouvements il a pour proclamer son amour au « beau et libre pays • que le raalouin Cartier conquit à l'immortalité. M. Turgeon ne laisse dans l'oubli aucun des aspects de Jacques Cartier, et il montre que rien ne lui est inconnu de notre littérature, lorsqu'il rappelle que le fantastique voyage de Pantagruel n'est qu'un pastiche de ceux de Jacques Cartier.

Avec quelle sorte d'orgueilleuse joie l'orateur rappelle que Jacques Cartier ne fut pas seulement le découvreur du Canada, mais qu'il fut aussi son missionnaire. C'est la religion qui conquit ce pays à la civilisation ; c'est à l'ombre de la religion qu'il s'est développé et qu'il continue de vivre pour sa plus stlre gloire et sa plus certaine prospérité.

Cartier fut un précurseur : Lafayette et Franklin ne firent que transporter son geste sur les terres américaines ; aussi n'est-ce pas ia statue do la Liberté que les Américains devraient avoir érigée dans le port de New- York, mais la statue de la France.

De même que je sens mon impuissance à traduire les accents de ce discours, je me sens incapable d'exprimer l'émotion et l'enthousiasme qu'il suscite.

QuefUt-ce, je vous le laisse à deviner, lorsque, ne craignant pas d'aborder en cette circonstance la grave question de la politique coloniale, il montra le Canada maître de lui, reconnaissant à l'Angleterre de lui imprimer, sous les apparences d'une domination que celle-ci a le tact de faire à peine sentir, son merveilleux génie commercial, mais gardant son cœur à la France, qu'elle considère toujours comme la mère-patrie.

M. Turgeon rappelle la douloureuse séparation de 1763, où le cher

POUR l'ÉBECTION do monument de JACQUES CARTIER 71

drapeau français, après avoir flotté deux cents ans sur le Canada, Ferma son aile blanche el repassa les mera.

Tout cela est dit d'une voix enflammée et berceuse tour à tour, où éclatent les accents de la fierté et de la douleur. Aussi, quelle émotion dans la foule I On applaudit, on applaudit encore, frénétiquement, et, de ci de là, des mains se portent aux yeux pour essuyer des larmes.

Et l'orateur continue son discours, qui franchit les bornes de cette solennité pour prendre les proportions d'une véritable profession de foi canadienne. Aussi, plutôt que de nous eflbrcerde le reconstituer sans y parvenir, préférons-nous renvoyer nos lecteurs à la publication qui en sera faite ultérieurement, espérona-le. Et ce sera un autre monument élevé, à l'ombre de Jacques Cartier, par le Canada à la France.

Lorsque l'orateur a prononcé les derniers mots de sa harangue, lorsqu'il a exprimé l'ambition du Canada de participer au râle de la France dans sa • maîtrise des idées et des belles formes > et de réaliser le rêve de prendre à côté d'elle ■ sa place au soleil et à la vie », les applaudissements ont de nouveau éclaté, frénétiques, ioterminables. La foule a fait à l'orateur une ovation indescriptible. Tous les Canadiens présents sont ravis, leurs visages rayonnent ; il semble que ce soit, comme le dira le lendemain Louis Tiercelîn dans un poème dont il illustra une fois de plus ces fêtes glorieuses, la a de deux âmes fraternelles •-

Du Paris-Canada :

Sa haute taille, son air à la fois digne, simple et cordial, lui ont de suite permis de dominer l'assemblée et de s'emparer de toute son attention, comme il feit â Québec ou à Bellechasse. L'effet a été aussi grand et aussi complet qu'on peut l'imaginer ; l'enthousiasme était à son comble.

De La Vérité Française :

En l'écoutant, on se sentait véritablement en France, dans la vraie, la bonne et belle France que ne connaissent point nos orateurs gouvernementaux. L'assistance, transportée, l'a couvert d'acclamations qu'on entendait du large, sur tes bateaux. La voix puissante de l'orateur atteignait jusqu'aux fenêtres garnies de monde qu'on voyait au delà des remparts ornées de banderolles flottant au vent. Le spectacle était grandiose. Et quand l'orateur a rappelé par quels moyens le Canada a conquis sa liberté, on songeait aux grands orateurs grecs

qui, par leurs discoura en plein air, prononoéa comme celui-là devant des gens debout, assis, grimpés sur des pierres ou des tas de terre, stimulaient le courage des foules. Et les chapeaux s'agitaient 1 Et les mots de Bretons, Bretagne, France, Canada, s'entrecroisant, surexcitaient délicieusement cette foule de bons Français I

Du Temps :

Dans un discours vibrant, M, Adélard Turgeon a dit son amour et son admiration pour la France ; il a dépeint avec chaleur l'affection que portent à leur ancienne patrie les Canadiens d'origine française. Si le Canada a reçu de l'Angleterre une organisation et une protection libérales, qui permettent aux descendants des anciens colons français de vivre libres et tranquilles sous l'égide de la Grande-Bretagne, les Canadiens français n'oublient pas la première patrie ; ils partagent ses joies et ses douleurs ; ils parient de préférence sa belle langue, et tout ce qui vient d'elle est accueilli avec amour. Aussi est-ce avec une véritable joie que l'orateur assiste à l'inauguration de la statue du grand explorateur qui le premier planta le drapeau de la civilisation européenne sur la terre canadienne.

De L'Eclair :

Mais le plus beau discours de cette journée, qui a été une sorte de tournoi oratoire, a été celui de M. Adélard Turgeon, miniati-e du Canada. Cartier, selon son heureuse expression, fait partie du patrimoine de son beau et libre pays. Il a loué, en Jacques Cartier, à la grande surprise de beaucoup de Français^qui l'ont oublié, l'écrivain du seizième siècle dont les récits de voyage ont servi à Rabelais â écrire son mirifique voyage de Pantagruel, Il nous a appris sur la France des choses qu'on ne nous enseigne plus. C'est ainsi que M. Turgeon sait que les Français ont implanté leur influence au Canada si profondément, que c'est une vraie France qui y survit, une France ambitieuse et qui prétend aune véritable prépondéra née intellectuelle â travers les Etats-Unis. 11 sait aussi que, dans toute l'étendue de l'Amérique du Nord, ce fut la France bien plus que l'Angleterre, et avant même son intervention dans la guerre de l'indépendance, qui sema à travers les Etats-Unis, les germes de civilisation qui ont couvé et qui s'y sont développés si magnifiquement, en sorte que, conclut-il, si les Etats-Unis avaient été vraiment justes, ce n'est pas la statue de la Liberté qu'ils auraient dressée à l'entrée de leur capitale, c'est la statue de la France.

De telles paroles si flatteuses pour notre orgueil national, sur l'esplanade de ce bastion, en face de la mer, soulignées par les bravos

POUR L'ÊHECnON DU MONUMENT DE JACQUES CABUEB 73

et les applaudi sseiuents de cinq ou sis mille personnes transportées d'enthousiasme, sous un ciel où des nuages blancs dessinaient un paysage féerique, sont inoubliables. De telles fêtes constituent un spectacle émouvant, un spectacle réconfortant, un spectacle qu'on est heureux de voir par le temps qui court. On ne sent jamais mieux combien on aime la France que lorsque les hommes du dehors nous en viennent parler, et M. Turgeon nousest si peu étranger, d'ailleurs, qu'il a proclamé les Canadiens, nos cousins, attentifs à nos succès comme à nos malheurs. Il a transporté tout son auditoire quand il a dit le deuil des Canadiens à l'iieure où Tango de la douleur visita la France, à l'heure où deux filles de sa pensée lui furent arrachées brutalement.

Du Jouraal de Rennes :

La grandeur, la noblesse, l'élévation des aentimenta exprimés par lui soulevèrent l'enthousiasme de l'assistance qui ne cessa d'applaudir et d'acclamer l'orateur.

Il flt vibrer tous les cœurs, émut toutes les âmes, lorsqu'il parla de l'amour des Canadiens pour la France, de leur douleur lorsqu'ils virent

11 réveilla bien des énergies lorsqu'il parla des luttes soutenues pour acquérir la liberté aujourd'hui conquise.

Mais avec quelle fermeté II a dit le loyalisme du Canada pour l'Angleterre, avec quelle ampleur de vues il a tenu à montrer l'avenir du Canada, plus grand que l'Europe entière, qui, chaque année, dans toutes les branches de l'activité humaine, fait des progrès de géant, de géant libre, amoureux et fter de sa liberté.

11 fut admirable surtout lorsqu'il montra l'esprit français gravant profondément la trace de son passage, son empreinte ineffaçable siir toute l'Amérique, y laissant la semence féconde de la religion et de la civilisation.

« Ce n'est point la statue de la Liberté, dit-il, qui devrait se trouver à l'entrée du port de New- York, c'est la statue de la France. »

L'immense auditoire, transporté, acclama longuement le ministre canadien et le Canada.

Du Nouvelliste de Bretagne :

Nous nous reconnaissons impuissants à résumer cette merveilleuse envolée d'éloquence,

Page 1