MÉMORIAL DBS FÊTES FRANCO-CANADIENNES
Il est de ces cheft-d'œuvres qu'il faut entendre, qu'il faut lire, et qui ne se réduisent point, tel fut le discours du ministre canadien.
Il à soulevé par sa grandeur, par la noblesse, par rélëvation des sentiments exprimés, l'enthousiasme de toute l'assistance qui D'à cessé d'applaudir et d'acclanier l'orateur.
Du Réjmbacain de Saint-Malo :
Son discours est la partie capitale de toutes les fêtes. La parole chaude et vibrante de l'éminent bomme d'Etat fait vibrer tous les cœurs, n parle notre langue avec la pureté des grands auteurs du dis-huitième siècle et son éloquence sobre, nette, mais où la phrase s'élance en de superbes envolées en fait un des plus grands orateurs de langue rrançaise qu'il nous ait encore été donné d'cntcndre-
M. Turgeon rappelle qu'au Canada le culte de la France est toujours vivace et que l'amour delà mère-patrie passe avant ^out autre sentiment.
Les Canadiens n'ont pas oublié que ce fut grâce à Jacques Cartier qu'ils sont Français et la répercussion des fêtes données aujourd'hui à Saint'Malo est grande au Canada. M. Turgeon nous dit tes aspirations de son beau pays.
Le Canada, d'une superficie plus vaste que l'Europe, aspireà devenir une nation indépendante, autonome, française de cœ«r, canadienne d'administration. Il est devenu Anglais par la faute d'un roi de France mais les Canadiens, supportant difficilement le joug britannique, reconnaissent cependant que l'Angleterre les aida dans leur essor et contribua pour une part importante à la prospérité du pays.
Le Canada aimant ta France avec un pieux respect, gardant un souvenir reconnaissant à l'Angleterre, entend n'être soumis à aucun pays, mais est ouvert à toute l'expansion commerciale des nations d'Europe, dont les Illa et particulièrement les Français ont peuplé ses vastes territoires.
Aussi, est-ce en raison de son origine française, de sa population, que, lorsque vinrent les heures de 1870, nos malheurs eurent un douloureux retentissement sur le sol canadien, où l'on pleura avec nous la mort de nos enfants, la perte de l'Alsace et de la Lorraine.
Mais il est impossible, dans une brève analyse, de résumer une harangue comme celle qu'un auditoire enthousiaste applaudit avec cette ■ furia fl'ancese > qui est le fond même de notre caractère national.
Les paroles de l'orateur canadien laisseront parmi nous un souvenir ineffaçable et resserreront tes liens moraux qui nous unissent à nos 1 cousins • d'Outre-Océan.
POUR l'Érection dc monument de Jacques ca.btier 75
De La Côle d'Emeraude :
Alors, M. Turgeon, ministre du Canada, prend la parole, et sans une note écrite, sans une hésitation, dans un style merveilleux, prononce un superbe discours qui est un admirable morceau d'éloquence. Il dit l'œuvre faconde de Cartier, au Canada ; il dit la splendide prospérité de < l'autre France • qui garde du généreux malouln un si pieux et tenace souvenir, Lâ-bas, tout parle de Cartier ; les rues, les universités, la nature elle-même. En effet, dans les méandres de la côte, elle a su dessiner comme un merveilleux et gigantesque camôe qui figure la ressemblance de Cartier, telle que l'a conservée la tradition (1). Pour la France, le Canada vibre toujours d'une intime affection. Mais, il ne peut oublier que c'est l'Angleterre qui en protégeant sa liberté en a fait une grande nation. Et cette grande nation semblo devoir être, dans les destinées futures, par rapport à l'Amérique, ce que fut la France des grands siècles, au milieu des nations européennes.
L'éminent orateur arrache des larmes à l'aBsistanca, et M. Jouanjan a vraiment un beau geste quand, au milieu des frénétiques acclamations et des cris répétés de Vive le Canada ! il se lève et serrant les mains de l'éminent Ministre, lui décerne le titre de citoyen de Saint-Malo.
Du Progrès Maiouin :
La parole est donnée à M. Adélard Turgeon, Ministre des Teri*s, Mines et Pêcheries de la Province de Québec, parent de M. Turgeon, professeur à l'Université de Rennes.
L'orateur commence par déclarer qu'il est heureux de prendre la parole au nom du Canada, car te Canada est de moitié dans la gloire de Jacques Cartier; si Cartier est Français, c'est au Canada qu'il a trouvé la gloire et l'immortalité. En France, on a été oublieux du capitaine maiouin pendant quatre cents ans. mais au Canada, le souvenir de Cartier est toujours resté vivace, tout respire Cartier, tout respire la France.
Le Canada, aujourd'hui grande nation, sera demain grand peuple; la reconnaissance offlctelle de la langue française est restée aussi forte qu'aux premiers jours.
Aussi, quand l'ange de la douleur est venu s'asseoir au foyer français, nous dit M. Turgeon, quand les défaites françaises étaient
(i> Voir dans Une Nuit de f/oët som Jaeqa/n Cartier', d'E. Myrand, les deux proflls comparés de la rivière Lairel et de Jacques Cartier. Le» deux dessins pemietteat d'apprécier la curieuse ressemblance signalée. L. T.
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annoncées au Canada, 8i l'on avait mis la main sur le cœur d'un Canadien, on aurait senti battre ce cœur de désespoir et de colère.
Ce discours, prononcé dans un langage ëlevé et qu'on sentait convaincu, a soulevé un enthousiasme tel qu'à plusieurs reprises M, Turgeon a été obligé de venir saluer la nombreuse assemblée. C'était du délire.
Ofl lit dans le Canada Françaisàu 18 août, sous la signature dé M. Léo Leymarie :
Puis la parole fut donnée à l'Honorable M. Turgeon.
Je ne puis dire ici l'admiration que je sentis naître pour l'orateur sincère, le Canadien sans peur, le ministre dévoué qu'est l'Hon. M. Turgeon ; nos souvenirs communs du Canada me font être pour lui un juge prévenu de respect et de sympathie profonde, mais je puis trouver dans le Républicain, do Saint-Malo, l'appréciation de son éloquence.
Suit l'extrait du compte rendu du Républicain que nous avons donné plus haut. Après l'avoir reproduit, M. Léo Leymarie conclut ainsi :
Lorsque l'orateur a prononcé les derniers mots de sa harangue, lorsqu'il a exprimé l'ambition du Canada de participer au rôle de la France dans sa « maîtrise des idées et des belles formes • et de réaliser le rêve de prendre à côté d'elle ■ sa place au soleil et à la vie », les applaudissements ont de nouveau éclaté, frénétiques, interminables. La foule a fait à l'orateur une ovation indescriptible.
Mes regards ne quittaient l'Hon. M. Turgeon et de mes yeui plusieurs fois les larmes ont jailli ; à ses côtés, pendant toutes ces fêtes, il me semblait être plus Canadien que Français et fler d'un tel homme.
Du journal canadien, L'Avenir du Nord (10 août), je détache les lignes suivantes :
Puis vint le tour de l'Hon. M. Turgeon. Dire avec combien d'éloquence, avec quel style châtié, avec quelle envergure, M- le Ministre parla de Jacques Cartier, exposa les sentiments des Canadiens- Français envers la France, je ne puis l'entreprendre. M. Turgeon flt honneur aux Canadiens, orgueilleux d'entendre un des leurs les représenter avec tant d'éclat, orgueilleux aussi d'entendre les appréciations flatteuses de la foule à l'égard de l'orateur.
Nous ne pouvons reproduire ici tons les comptes rendus
POUR L'ÉBECnON I)D MONUMENT DE JACQUES CARTIER 77
de la presse française et canadienne; ils sont unanimes dans l'expression d'une vive sympathie et d'une chaude admiration.
C'est au milieu de l'enthousiasme de la foule que le Ministre regagne sa place. On l'acclame de tous côtés ; sur l'estrade, on le félicite.
Les applaudissements redoublent, quand Théodore Botrel se dresse dans son beau costume du Finistère et, de sa chaude voix, clame le magnifique poème qui a pour titre :