LE RBTOUB DE CARTIER
Pourquoi ces drapeaui dans nos rues î Pourquoi ces fanfares t ces cris î Pourquoi ces foutes accourues Sur nos remparts do granit gris î C'est qu'on annonce la nouvelle Que, debout sur sa caravelle.
Tout seul entre le ciel et l'eau.
Terminant sa longue croisière, Cartier s'en revient, vent arrière.
Et pour toujours, à Saint-Malo !
Le voici, le Maître-Pilote Que l'on croyait enseveli Avec ses marins et sa flotte Au fond de l'Océan d'Oubli !
Après des siècles de silence Voici qu'il rembarque et se lance A l'assaut des Flots et des Vents !
Le vieux Découvreur de Royaumes, Larguant le Pays des Fantômes, Rallie au milieu des Vivants !
Debout sur sa Petite-Hermine, Le Navigateur Malouin A toujours sa vaillante mine.
Bien qu'il s'en revienne de loin !
Le front nu, bravant les tempêtes.
Vêtu de sombres peaux de bétes, La liachc d'abordage au âanc.
Il écoute sons les étoUeB
La brise rire dans ses Voiles
Et chanter dans son Drapeau blauc I
Mais, tout à coup, voilà qu'il semble Que dans l'air transparent et bleu.
Une voix s'élève qui tremble ; C'est lui qui parle écoutons-le :
< Salut, ô ma Ville natale, Toi dont la haute cathédrale Semble le grand mât d'un vaisseau !
Ville ! où j'appris par ma mère Le roulis de la Vague amére
Au doux roulis de mon berceau !
• Salut, Salut, ô ma Bretagne, Toi dont le spectre gracieux Au cours de ma longue campagne Fut toujours présent à mes yeux !
J'ai, sur les Mers hyperboréea, Vu neiges et glaces dorées
Par le doux Soleil de Slinuit
Mais le souvenir de tes grèves Qui, chaque nuit, hantait mes rêves Seul pouvait calmer mon ennui !
« J'ai vu, derrière Terre-Neuve, Gaspé, dans Bon Golfe géant ; J'ai découvert un si grand Fleuve, Qu'il semble avaler l'Océan ; Mais Jamais leura caps formidables.
Jamais leurs golfes insondables.
Ni le Saint-Laurent, ni Gaspé.
Ne m'ont fait oublier la France, Ni la vieille Aleth, ni la Bance, Ni Cézembre, ni le Grand-Bé !
< Enfin, joie immense et profonde,
Moi, le marin sans feu ni lieu, A mon pays j'apporte un Monde, Des milliers d'âmes à mon Dieu...
Or, en retour, je ne réclame Qu'une prière pour mon âme...
POUB l'ÉBECTION du monument de JACQUES CARTIER 79
Et, pour moD corps, un coiQ désert D'où je pourrai, la tête nue, Aspirer la brise venue Du Pays que j'ai découvert î »
Voici le coin désert que désirait ton Rêve ; 11 est sur le Rempart où, désertant la grève.
Tu venais contempler la Mer Ppofllant sur l'azur ta silhouette avelte Et fouillant l'inflni de ton œil Lieu de Celte,
Fait pour scruter l'horizon clair ;
Il est sur le Rempart désormais invincible.
Car ai, par aventure, une troupe invisible
D'assaillants lâches et nombreui L'escaladaient sans bruit, par quelque nuit très sombre, Us fuiraient éperdus d'avoir vu ta grande, Ombre
Descendre, lentement, sur eux !
Oui, du vieux Saint-Malo la frégate coquette Est sauvée à présent que c'est Cartier qui guette
Au banc de quart, la harre aux reins ; Que c'est Duguay-Trouin qui veille aux bastingages; Que c'est Robert Surcouf qui parle d'abordages
En bas, au • poste > des marins !
Ah ! tu rêvais l'Oubli, Cartier, sur ta mémoire ! Va 1 ne l'espère pas alors que plein de gloire
Tu ressuscites pour les tiens :
Les Ames de nos Preux planeront sur ta tête, Auxquelles se joindront, comme en ce jour de Fête,
Les Ames des Preux Canadiens !...
Car, malgré le dédain de quelque plat ministre. L'insulte d'un Voltaire au sourire sinistre
Et l'ingratitude d'un Roi, Les Canadiens — après notre abandon infâme — Sont demeurés Français, vois-tu, de cœur et d'âme
Et jamais ne t'oublieront, toi !
L'Ombre du fier Cbamplain qui, parti de Saintonge Alla fonder Québec, viendra bercer ton Songe Dans le dialecte natal ;
80 MÉMORIAL hes fêtes franco-canadiennes
Et, pour te • boDJourer v au nom de tous leurs frères, Laviolette aussi quittera Troia-Rivières Et Maisonneuve, Montréal !
Oui, la Bretagne unie au Canada fidèle Enverront jusqu'à toi, le soir, à tire d'aile
Les Ames de leurs meilleurs ôls Et tu verras planer ceux-là qui furent nôtres ; Beaumanoir, Duguesclin, La Tour d'Auvergne — et d'autres —
Près de Montcalm et de Lévis 1...
Et les fils de la grève, et les fils de la lande
Qui s'en viendront rôder ici, sur « la Hollande », .
Se sentiront le cœur meilleur Pour avoir entendu ces Preux en la nuit grise Avec la douce Voix troublante de la brise
Leur parler de Gloire et d'Honneur !
Théodore Botrel.
Cette évocation de la double gloire et du double honneur des deux pays impressionne vivement l'auditoire qui applaudit chaleureusement.
C'est au tour de M. Robert Surcouf, mainlenant. Le député de la deuxième circonscription s'exprime en ces termes :