DISCOURS DB H. 0. LA OHAHBBE
Messieurs,
Dans cette circoastance soIeDDelle <iil la mémoire de Jacques Car; lier vient d'être chantée par les poètes des Deux-Mondes, célébrée par l'un des plus délicats écrivains de notre BretagneQ'ai nommé le Président du Comité d'inauguration), je serais tenté de renoncer à la parole si je ne devais, comme représentant de la première circonscription de l'arrondissement de Saint-Malo, revendiquer l'honneur de faire entendre ici la voix du pays nialouin.
Et ce qui m'encourage à le faire, o'est que cette voix populaire parle pour ainsi dire d'elle-même, en témoignant d'un élan unanime, par ses acclamations spontanées, que le nom de Jacques Cartier reste parmi nous toujours impérissable.
Près de quatre siècles cependant se sont écoulés; mais ils n'ont servi qu'à donner aux passions des contemporains le temps de s'éteindre, et aujourd'hui, avec te recul de l'histoire impartiale, la grande ligure du héros se montre à nous dans son Éclat le plus pur.
A ne voir que les apparences, une aussi longue attente semblerait impliquer, de la part de ses concitoyens, quelque peu d'oubli ou d'indifférence.
Et à ce propos, il me sera permis de rappeler une visite que j'eus l'honneur de recevoir, il y a quatorze ans, du premier Ministre de la province de Québec, Honoré Mercier. Comme je lui faisais voir les souvenirs se rattachant à la vie de Ja»iues Cartier dans notre pays, il me posa la question : a Mais oU donc est sa statue î > Je dus alors lui faire comprendre la véritable raison, si surprenante qu'elle paraisse, qui avait toujours fait obstacle à l'érection de ce monument : H Non certes, la Cité est trop attachée â ses nobles traditions pour se montrer ingrate envers la nombreuse lignée d'enfants célèbres qui l'ont illustrée à travers les siècles mais enserrée qu'elle est dans sa ceinture de granit, entourée par la mer de toutes parts, elle ne disposait plus de places publiques assez vastes pour donner asile à tous ses grands hommes. •
A défaut d'une œuvre plus complète dont il regrettait l'absence, le Ministre canadien voulut du moins laisser un souvenir durable de son pèlerinage à la ville natale de Jacques Cartier, et il fit graver sur une plaque de marbre range, à l'entiôedu cbœur de notre catbè-
POUR L'ÉnECnON DU MONDMENT DE JACQUES CARTIER 85
drale, l'inacription connue qui rappelle une des heures les plus soleunelles de la vie du hëroa.
Quelques annôea après la date de la visite dont je parle, les progrès de la stratégie moderne, ayant permis de transporter en grande rade les ouvrages de défease de nos cdtes, laissèrent enfin entrevoir la possibilité d'élever sur les glorieux remparts de la cite un monument digne du grand ancêtre. Bientôt ae forma un Comité de citoyens dévoués qui recueillit les premières souscriptions locales; puis l'idée ftit conçue d'associer nos frères d'outre-mer â l'œuvre malouine. et le barde breton, Théodore Botrel, n'hésita pas à consacrer sa muse au succès de cette noble cause. Ses accents inspirés surent bien vite trouver le cœur des Canadiens français, et d'un beau geste, il rapporta de son voyage dans leur contrée l'abondante récolte de reconnaissance que Jacques Cartier y avait jadis semée 1
Le rêve conçu depuis si longtemps est aujourd'hui devenu une réalité saisissante sous les traita puissants que l'artiste habile a su donner à la statue. C'est bien ainsi que les Malouins aiment à se figurer leur Jacques Cartier, le regard méditatif, scrutant cet horizon de mer qui lut était familier ; la main nerveuse, étreignani le gouyernail en signe d'énergie et de vaillance. Ne nous apparalt-il pas ainsi comme le maître pilote de la Grande-Hermine, et ne semblet-il pas veiller désormais sur la ville qui donne elle-même l'illusion d'un vaisseau de haut bord, ayant poui' grand mSt la flèche de sa cathédrale î
Gomme l'a dit un de ses meilleurs historiens : s Si il était permis « aujourd'hui à Jacques Cartier de sortir du tombeau pour contem- « pler le vaste pays qu'il a livré, couvert de forêts et de hordes bar- * bares, à l'entreprise et â la civilisation européennes, quel spec- « tacle plus digne pourrait exciter dans son cœur l'orgueil d'un H fondateur d'empire, le noble orgueil de ces hommes privilégiés c dont le nom grandit chaque jour avec les conséquences de leurs < grandes actions. >
Son enfïiuce avait été comme bercée au bruit des exploits fameux qui venaient de révolutionner le monde civilisé dans les dix dernières années du quinzième siècle.
C'était d'abord, à l'époque même de sa naissance, en 1492, la découverte des AnitUes et de l'Amérique, accomplie par Christophe Colomb pour le compte de l'Espagne.
Bientôt après, Vasco de Gama, à la tête d'une expédition portugaise, trouvait la route de l'Inde en parvenant â doubler le cap de Bonne Espérance. Puis Améric Vespuce au Brésil, Fernand Cortez au Mexique, ajoutaient encore à la gloire de l'Espagne en explorant ces nouveaux territoires.