‹ Mémorial des fêtes franco-canadiennes pour l'érection du monument de JacquesChapitre 60 sur 61 · AU CASINO DE PARA · texte numérisé non relu

AU CASINO DE PARA

M. Bertrand, le très sympathique dirt D de Paramé, avait tenu à prendre p ne représentation de gala donnée le bonneur de Jacques Cartier, il avait f annonçait Mireille, des noms aimés de °^Th. Botrel. Nos amis avaient bien vc ire entendre entre deux entr'actes. IV

[1) n y a contribué il'aiitre sorle encoi lire Bouscription. On esl toujours sur i une <Euvre palrioUque ou charitable.

POUR l'érection du monument de iAGQUES CARTIER '.

chanté leurs jolies chansoas aux applaudissements d'i salle en délire. Le barde a lu une lettre de Mistral, souhaitant succès et lui marquant sa sympathie à l'occas d'un Pardon qu'il organisait à Pont-Aven.

Brémont a dit Béconciliation, de Sully-Prudhomme, et très beau poème de Guy Jarnouën de Villartay, que j'ai plaisir de publier et à qui nos lecteurs renouvelleroni succès qu'il a trouvé près du public du Casino.

LA FIANCÉE DE aLOISE

Le priDtemps et le soir s'inclinent enlacés Vers la nappe onduleuse où les flots balancés Accordent leurs soupirs aux émois de la brume ; Une mouette lente effleure d'un vol blanc La vague molle que nuance le couchant ; On dirait un léger ft-issonnement d'écume.

L'heure est suave et calme et le soir va mourir.

Or voulant consacrer l'éternel souvenir

Du jour où leurs deux cœurs ont vu le même rêve,

Le jeune homme pensif, la vierge aux blonds cheveux

Sont venus fiancer leurs âmes d'amoureui

Dans la splendeur crépusculaire qui se lève...

Cartier songe, il s'afflge, il hésite, il a peur De sentir s'éclipser l'étoile du bonheur.

Pour ce fantôme de la gloire dans la vie ; Il est environne d'amour et le devoir S'imprécise aux routes lointaines que le soir Assombrit d'amertume et de mélancolie.

La jeune fille tendre a doucement frémi ; Elle a lu dans les yeux enfiévrés de l'Ami Un reflet alangui d'espérance et de doute ; Et debout sur le granit sombre où le soleil Attarde son adieu somptueux et vermeil, Elle a parlé, le geste fort et vibrant toute :

n bien-aimé ! le jour s'endort, voici la nuit Qui monte, unifiant nos songes aujourd'hui Pour une impérissable et lumineuse étreinte ;

MÉMORIAL DES Pf^ES FRANCO -CANADIENNES

Et dans le crépuscule épanoui je vois

Qrandir réteruité de mon amour pour toi,

Qui marque nos destins de l'immortelle empreinte-

« Je t'aime, je serai ta servante ici-bas ;

Mes pas seront fleuris dans l'ombre de tes pas.

Pourvu qu'à ton bonheur ma volonté s'incline,

Mais, depuis l'heure où mon âme voulut oser

Offrir toute ma vie à ton premier baiser,

J'ai senti ton cœur lourd battre dans ma poitrine.

< J'ai senti s'animer en moi le Rêve ardent.

Que tu formas les yeux tournés vers l'Occident ; Les soirs comme ce soir te semblaient une aurore Dont la lueur sereine émerveillait les cieux A l'horizon dans un paya vertigineux Que savait ta pensée et que le monde ignore.

< Mon coeur ensoleillé de ton coaur a compris Le frisson d'inconnu dont il était surpris ;

Le rôve que tu fis, je l'ai refait moi-même, Et je veux t'éblouir encor de sa clarié.

Heureuse d'en saisir l'enivrante beauté.

Parce que c'est ton Rêve et parce que je t'aime. •

Elle parla, disant la tâche, les efforts.

L'espérance, mirage éblouissant du port.

Quand l'esprit énervé de l'attente chancelle ; Enfin la terre, le triomphe, la rumeur Qu'érigent vers l'azur en formidable chœur Les peuples acclamant la gloire universelle.

Tragique de pâleur souveraine, dans l'or Que l'éblouissement de l'heure traîne encor.

Auréolant de feu sa chevelure blonde.

Elle parla... tandis que ses bras étendus Désignaient au marin les horizons perdus.

Où, certaine, passait la vision d'un monde.

Elle parla... Cartier se dresse vers l'espoir. Lumineux de génie et tendre de revoir Naître aa destinée à des lèvres de femme ; Le conquérant, sacré devant la mort du jour Par l'Aube du Triomphe et par l'Aube d'Amour, Contemple fasciné le reHet de son âme.

POUR l'ÊBECTION du monument de JACQUES CARTIER 1

vaillant Découvreur, si tu fus le Héros ; Dans leur impassibilité mouvante, si les flots Ont livi'é le secret à ta main sûre et brave ; C'est qu'un chant virginal a frémi sur le seuil Où sombrait engourdi l'essor de ton orgueil ; C'est qu'une ombre amoureuse éclaira ton étrave.

Pour te bâtir un héroïque piédestal, D'autres auront fleuri ton geste occidental Des lauriers d'or fondus au brasier de l'histoire ; Moi, j'ai voulu tendre ces palmes de beauté , Vers celle qui sourit en l'immortalité D'être éternellement l'épouse de ta gloire.

Guy Jarnouen de Villartaï,

C'est sur ce beau chant de gloii-e, d'amour et déjeune! que les fêtes se sont terminées. C'était le poétique adi de Brémont à nos fêtes qu'il avait illustrées de .sa préseï et au public qui l'avait si chaleureusement accueilli pendi ces deux jours.

Et je m'en revenais, seul, le lou}^ de cette mervcillei digue de Paramé, dans la douceur d"uiie nuit très cain Les étoiles rliffuolaient el, de Saîiit-Malo à Uocholionne, entendait courir de pelites vagues IVissuniiantes sur le sal mouillé.

Et je pensais que la dernière lieure s'achevait de i journées mémorables et que l'entrcjirise élaît donc menéi bonne fin, pour laquolle il avait fallu tani do peines, pendant tant d'années.

L'œuvre était bonne pourtant, consacrée uniquenieni la gloire de Jacques Cartier, mais elle avait dépasse son b

Elle avait définitivement scellé l'union des compatrio Malouins, Bretons et Français avec les « cousins », avec frères Canadiens.

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Elle avait affirmé le culte persistant de la patrie et de la religion, par l'empressement de tous à célébrer une grande mémoire, qui s'embellit de ces deux auréoles.

Elle s'était développée comme un noble hommage à cette langue française, que nous gardons précieusement pour tout ce qu'elle contient de force et de grâce et pour tout ce qui l'environne de souvenirs magnifiques. Plus encore : il nous était très doux, plus doux même, de l'entendre sur les lèvres de nos « cousins ». Elle nous revenait de si loin, dans le temps et dans l'espace, avec plus de charme peutêtre, et les voix qui la partaient nous semblaient ainsi tremblantes d^uné émotion contenue.

Il n'y eut rien, pendant ces journées, de la banalité des cérémonies officielles. On se sentait vivre dans cette atmosphère heureuse, où les dissensions s'apaisent, où les divisions s'oublient, où tout ce qui sépare est inconnu, mais où l'on fraternise dans les sentiments les plus nobles et qui semblent alors les plus naturels à l'àme humaine.

Ces heures sont bonnes et de telles fêtes de gloire, pour ce qu'elles apportent de concorde et d'oubli, apparaisseat, au milieu des luttes fatales, comme une bienfaisante « trêve de Dieu. »

i.Coogle

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