L'ETABLINSEMENT DU CENTRE DE L'AMERIQUE RAITANNIQUE DU NORD
Rédigées par SANDFORD FLEMING, Ingénieur Civil.
Environ dix-huit années d'expérience professionnelle, en cette colonie, consacrées en grande partie au tracé et à la construction des chemins ordinaires et des chemins de fer, ont permis à l’auteur de mettre à l'étude la question importante de l'ouverture des voies de communication. Il a fait l'examen de l'origine et des progrès des différentes lignes actuelles de transpo:t en cette province, dans le but de découvrir un vaste système de voirie, propre à favoriser l'établissement des nouveaux territoires tout en étant peu dispendieux, et susceptible en même temps de pouvoir développer le plus promptement possible les voies de communication que pourrait au besoin requérir la prospérité du
ays.
L'on ne présume pas que le plan livré au public sera trouvé parfait, mais l’on a l'espoir qu’en attirant l'attention spéciale sur ce sujet, un projet pourra être mûri qui, tout en évitant les difficultés survenues par l’absence de système jusqu’à ce jour, pourra avoir pour résultat de procurer aux districts qui ne sont pas encore établis, LLs avantages des moyens les plus parfaits de communication à la date la plus rapprochée, au meilleur marché, et pour le plus grand bien public.
L'on devra observer que bien que cet article soit écrit spécialement en vue de la colonisation des régions inhabitées de l'Amérique Britannique du Nord, l'importance de la question ne doit pas être circonscrite à cette contrée; un semblable système de voirie pourrait être également bien adopté par les autres parties de l’empire colonial. En Australie et en Afrique, il reste encore de vastes champs à ouvrir dans l’intérieur, ainsi que dans l’Inde où les moyens de communication sont si imparfaits que les bienfaits de l’industrie de ce pays ne sont recueillis ni par ses habitants ni par les habitants de l’empire en général. Malgré le peu d’habileté que puisse posséder l'avocat de ce projet, malgré l'imperfection même de ce projet, l’on devra toujours avouer que la question mérite d’être étudiée par les hommes publics.
Il y a environ huit ans, l’auteur attira publiquement l'attention sur les discordances et les difficultés produites par le système jusque-là suivi en établissant des lignes de communications commerciales dans l’intérieur, citant en même temps quelques uns des avantages qu'il présentait.* L'an dernier il prépara, pour être publié, un article sur le sujet em-
° Prospectus du projet de prolonger le chemin de fer du Nord de Collingwood à Owen Sound, 4 avril 1855.
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brassant les considérations nécessaires pour faire comprendre la nécessité d'apporter certaines modifications, ainsi que la nature de ces modifications ; comme bien peu d'exemplaires de cet article ont été mis en circulation, et comme il passe en revue toute la question sous une forme concise, je veux croire qu'on me pardonnera de le reproduire plus loin. Etant depuis longtemps convaincu de la nécessité qui existe de créer un système avanta :ux pour Jletiacé et la construction des chemins dans un nouveau pays, nous ouvons aujourd'hui recommander avec confiance les principes que nous avons toujours invoqués, appuyé comme nous le sommes de la recommandation des hommes de profession les plus haut placés en cette province. Les lettres suivantes qui m'ont été écrites par certains de nos premiers directeurs ct ingénieurs de chemin de fer témoignent de la valeur du système de voirie proposé.
Lettre de F. Cumberland, écr., directeur-yérant, chemin de fer du Nord.
CHEMIN DE FER DU Norp, ToronTo, 2 décembre 1862.
Mon cner MonsIEUR,—dJ’ai lu avec un certain soin votre article au sujet d’un nouveau système applicable au tracé des chemins de colonisation.
Rien certainement ne pouvait être plus absurde que l’ancien système des réserves de chemin et des lignes de concession en tant au moins qu’il était destiné à présider à la confection de nos grandes lignes de communication ; car, sous ce système, les routes étaient arbitrairem:nt tracées et établies sur une base purement géométriqie, sans tenir compte des principes économiques qui doivent toujours être consultés en pareils cas.
Autant que je le sache, c’est vous qui le premier avez attiré l'attention publique sur cette anomalie, et cherché à y apporter remède.
Il est indubitable que le développement rapide d’un établissement et même que les intérêts des colons dépendent en grande partie des facilités d’entrée et de sortie; qu’en suivant aveuglément le tracé géométrique on s'expose à ajourner indéfiniment l’exécution de ces cond.tions indispensables à la colonisation : que ce tracé est souvent abandonné ensuito pour la raison qu’il est impossible d'en tirer aucun parti, et remplacé par un autre plus approprié ; et qu’en pareil cas le résultat est invariablement un grand dommage causé à la colonisation sans parler des frais souvent considérables et inutiles.
A mon avis, le système que vous proposez serait un correctif à tout ceci ; tout en procurant l'avantage inappréciable de tracer les lignes de manière à ce qu’elles servent d'uvantcoureurs aux chemins de fer, il double en même temps la valeur des dépenses faites dès le début.
J'ai remarqué l’allusion que vous faites au rapport de M. Roy au sujet du tracé de la rue Yonge ; l’erreur commise en ce cas fait voir bien clairement le vice du système, et ce qu’il a fallu dépenser pour la corriger d’une manière partielle seulement. Ce tracé a été évidemment fait au hasard, et poussé à 42 milles vers le nord avec une stricte exactitude géométrique, sans tenir compte des difficultés naturelles, ou des avantages immenses qu'offrait le voisinage immédiat. Si ce grand chemin que l’on a dirigé vers le nord eût été étab'i sous le système que vous proposez, il aurait été tracé du côté ouest de sa ligne actuelle (très probablement à l’endroit où passe actuellement le chemin de fer du nord); là les pentes étaiert plus douces ; il y aurait eu moins de ponts à construire ; les terres étaient meilleures; les frais n’auraient pas été aussi considérables, sans compter que l’on aurait mieux consulté les intérêts des premiers colons et exempté leurs successeurs de la nécessité de faire des améliorations qui, malgré qu’elles coûtent très cher, n’ont pas encore réussi à en faire un bon chemin. Si l'on eut prévu cela, il est certain que les chemins vicinaux, tracés dans des directions convenables, seraient aujourd’hui autant de débouchés ouverts sur le chemin de fer, tandis que telles que sont les choses, ils sont de peu de valeur.
Je concours généralement dans votre raisonnement, et il me semble que la valeur pratique de vos conclusions est si palpable que si elles pouvaient attirer l'attention du département chargé de La colonisation, nous ne tarderions pas à les voir mettre à effet.
Croyez-moi, cher monsieur, votre sincère ami, FRED. CUMBERLAND.
S. FLEMING, écuyer, I. C.
moe mn)
Lettre de Geo. Lowe Reid, écuyer, ingénieur en chef du Grand Occidental.
DÉPARTEMENT DE L'INGÉNIEUR, GRAND OCCIDENTAL, HAMILTON, 17 décembre 1862, SANDFORD FLEMING, écuyer, I. C., Toronto.
CHER MONSIEUR, —J'’ai reçu la vôtre du ler courant, ainsi que le pampblet qui l’accompagnait.
À votre demande, je me hâte de vous dire en peu de mots de ce que je peuse de votre
rojet.
* Dans les premières pages de votre livre, vous faites l’énumération des nombreux avantages qui résulteraient de l'établissement d’une ligne permanente de communication entre le Canada et nos possessions du Pacifique. Vous admettez qu’à l’heure qu'il est un pareil chemin ou un chemin de fer serait une entreprise commercialement improductive, er Vu prouvez au moyen d'arguments solides que c’est le temps seul qui la rendra profitable.
Votre projet de construction et de développement graduel est fondé sur l’analogie : avec les chemins que nous avons actuellement en Canada, à l'égard desquels vous constates que nous avons, premièrement, nos réserves de chemins telles quo tracées sur les arpentages primitifs, et subséquemment nivelées, quaud il se forme des Etablissemonts à l’entour ; et secondement, viennent nos chemins empierrés ou macadamisés dans les districts plus deusement peuplés, quand ae fait sentir la nécessité d'améliorer les voies de communication ; et, troïsièmement, les chemins de fer, quand la prospérité ct les exigences du commerco or un mode de transport plus parfait qu'aucun de ceux que peut offrir un simple chemin.
Au sujet des chemins tels que tracés sur nos arpentages des cantons, vous démontrez à l'évidence que les lignes rectangulaires des réserves de chemins, règle générale, ne sont pas appropriées aux chemins planchéiés ct empierrés de première classe, et que les routes choisies pour nos chemins de fer n’ont pas été tracées de mauière À correspondre à ces lignes, causant par là une grande perte de temps et des dépenses sérieuses, sur ces chemins dont les progrès futurs sont si sérieusement arrêtés par le système des chemins de fer.
Pour parer à ces inconvénients toujours reuaissants, votre plan est de faire correspondre les chemins des cantons le long de votre grande route, avec la li:rne future de chemin de fer, qui un jour ou l’autre traversera le district, et bien que ce r‘seau ne sera qu’un chemin brut en terre pendant plusieurs années, l'idée qu'il devra plus tard être converti en un chemin de fer ne devra jamais être perdu de vue, et qu’en conséquence le tracé doit en être bien soigneusement fait, tenant compte de toutes les circonstances, tant sous le rapport de la construction que sous celui des avantages commerciaux. |
Je n'hésite pas à déclarer que votre projet et vos idées en général sur ce sujet devront engager le gouvernement à bien les peser avant d'en arriver à une décision sur les moyens à prendre pour ouvrir nos grandes possessions dans l’ouest, ou quand arrivera l’époque où il faudra offrir de nouveaux cantons aux immigrants.
Envisageant votre projet de convertir graducllement les routes en chemins de fer et de subordonner tous les chemins de canton et de comté à quelque artère principale de communication bien dirigée, je répète qu'il se recommande de lui-même à tous ceux qui ont eu beaucoup d’expérience soit en ouvrant des Etablissements nouveaux ou en traçant des routes ou des chemins de fer, ou qui sont placés à la tête des départements pe chargés de contrôler les dépenses sur ces travaux, ou d’en diriger le tracé pour les
esoins commerciaux ou militaires.
Mes onze années d'expérience comme ingénieur civil en cette province (expérience plus courte que la vôtre, je pense) pendant lesquelles j'ai fait construire environ 860 milles d2 chemin de fer, m'ont fait découvrir bien des défauts inhérents au système actuel d’arpenter les cantons, qui bien que probablement inévitables dans les premiers jours de la fondation d’une colonie, ne doivent cependant pas être constamment répétés dans l’arpentage des nouveaux territoires qui de temps à autre sont annexés aux anciens districts.
À vous sincèroment, Cher monsieur, Gxo. Low Rem.
ERP RER CRIER Lettre de J. Lewis Grant, Ecr., (ei-devant) surintendant du chemin de fer du Nord.
: ToronrTo, 30 décembre 1862, .
Sanpronp FLEmiNo, Eor. I. C., à , Ingénieur-en-Chef, C. F. N.,
. Monsteun;—Votre lettre, accompagnée d’un pamphlet contenant des obseryations jfiaues sur la construction d’une ligne continue de chemin de fer, du Canada à l'Océan ac re eto., eat reque. , 7 n réponse, je dois vous informer que j'ai donné au sujet toute lu considération que ‘lé, temps placé à ma Srpntion pouvait me permettre ; bien que le projet soit d’une vaste importanoo, èt que les idées qui s’y trouvent énoncées soient nouvelles et quelque peu extraordinaires, néanmoins, je crois le plan général bien conqu, ets’il pouvait être adopté dans ses détails, je pense qu'il contribuerait grandement à hâter l’établissement et la colonisation d’un nouveau pays, et à augmenter de beaucoup sa population et sa richesse. Vos idées d'un plan général pour l'établissement à bonne heure d’une ligne télégraphique, l’arpentage et le partage des terres, le tracé des routes et des chemins de fer, bien qu’offrant un cachet de nouveauté, sont, je le pense, fondées sur des principes sains, et :néritent toute Ja cocsidération de ceux qui tiennent en leurs mains les destinées futures d’un territoire si riche en avantages naturels quo celui du grand Nord-Ouest. Les recommandations que vous faites au sujet de la construction des chemins de fer et de leur fonctionnement, l’entretien, dans lesquelles vous parlez d'avantages trop souvent méconnus ou perdus de vue, c’est-àdire, l'alignement, le moins de pentes que possible, et les routes les plus directes entre les sources du trafic, pourraient être toutes adoptées avec profit, et produiraient des résultats incalculables et permanents. | J'approuve beaucoup le conseil que vous donnez de réserver des lisières de-bais pour rotéger la voie contre les tempêtes. Mon expérience sur les chem.us de fer aux Etats- Jnis et en Canada m'a persuadé qu’en hiver, quand il tombait beaucoup de neige, l'on éptouvait comparativement peu de difficultés sur les parties boisées de la ligne, vu que la neige tombait également et légèrement, et que l’on pouvait l’enlever aisément au moyen des instruments préparés pour cet objet, tandis que ailleurs celle s’accumulait tellement qu’il devenait ts difficile de la faire disparaître avec les pelles. En adoptant votre ‘recommandation, il est vrai qu’il faudrait toujours acheter une plus grande étendug de terre, mais elle contribuerait toujours à la prospérité des chemins de fer, d’abord en les protégeant pendant l'hiver et ensuite en offrant constamment des matériaux nécessaires pour les réparations et le combustible au plus bas prix. L’objection la plus forte que l'an pourrait faire à l’exécution de ce projet, est que les voyageurs pourraient se plaindre de la tuonotonie du trajet, et les habitants qu’on leur cache pour ainsi dire la vue des traine. Votre expérience de dix années dans la construction et l’exploitation de la ligne du Nord? a dû vous convaincre de l'importance do diminuer autant que possible le nombre des croisements de voie, publics et particuliers. Votre idée à ce sujet est excellente, et se recommande .d’elle-même à tout esprit pratique. Il n’est que juste de dire que vos ‘observations embrassent uu vaste champ, et que ni vous ni moine pouvons espérer être témoins des résultats d’un aussi grand projet. Je crois, cependant, que s’il était réalisé, nos descendants en retireraient de grands avantages, et ne manqueraient pas, sans doute, d'accorder un juste tribut de louanges à son auteur. . ne. J'ai l’honneur d’être, monsieur, | Votre respectueux serviteur, J. L. GRANT, Surintendant, C. F. N.
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Lettre de Alfred Bruncl, écuyer, ingénieur:civil. : © fl'oronto, 17 janvier 1868.
MON OHER MONSIEUR, —J’ai lu avec beaucoup de mers votre pamphlet sur la
question de faire de nouveaux Ktsblissements au moyen
e chemins territoriaux qui plus tard pourraient être Le ho en chemins de fer,
: Jfapprouve sincèrement votre projet, et, fondé sur une expérience de près d'un quart de sidolg-en cette province, je n'hésite pas à dire que vos recommandations, eussent-elles été füites et suivies lorsque nos terres ont été arpentées, le pays en aurait retiré d'immenses
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