‹ Mémorial du peuple de la rivière Rouge aux gouvernements anglais et canadiens [microforme]Chapitre 22 sur 28 · ARGUMENTS EN FAVEUR D'UNE LIGNE CONTINUE DE CHEMIN DE FER · texte numérisé non relu

ARGUMENTS EN FAVEUR D'UNE LIGNE CONTINUE DE CHEMIN DE FER

Les premiers explorateurs Français semblent avoir eu l’idée d'ouvrir une communication par cau jusqu’au Pacifique en traversant les lacs et rivières à liutérieur du Cauada. Presque tous les écrivains modernes recommandent différentes manières de rendre navigables les cours d’eau naturels ou d’en améliorer la navigation. Je ne sache pas, toutefois, qu'aucun d’eux ait projeté une ligne continue de navigation, les Montagnes Rochouses ont été pour tous une barrière infranchissable dans ce projet ; ils recommandent un système mixte consistant à employer les cours d’eau lorsque cela est possible, et à les relier par des sections de route ou de chemin de fer. D’un autre côté, le capitaine Biackiston semble être fortement en faveur d’une route par terre, au moins de la rive nord du Lac Supérieur jusqu’à la Rivière Rouge, par l’extrémité nord du Lac des Bois, à peu de distance à l’intérieur de la ligne frontière. En 1849, lo major Carmichael Smyth recommandait hardiment la construction d’un ‘ chemin de fer des colonies Britanniques ” reliant sans interruption Halifax, sur l'Atlantique, à l'embouchure de la Rivière Fraser, sur le Pacifique.

On peut diviser en deux catégories tous les plans proposés, savoir: Route mixte tantôt par cau tantôt par terre, et route continue par terre. Le premier projet a l'avantage d’une construction moins coûteuse, mais il est inférieur au second dans ses résultats. En tirant parti des lacs et rivières rendus aussi navigables que faire se peut, et les reliant par des sections de routes ou de chemin de fer, on obtiendra certainement une communication continue d’un océan à l’autre à bien moins de frais qu’en construisant une route par terre. Mais voici les inconvénients que présentera toujours ce système mixte: La colonisation sera limitée aux bords des lacs ct rivières où le terrain n’est pas toujours propre à la culture. Il faudra opérer des transbordements nombreux et subir de fréquentes interruptions. Cette route mixte sera nécessairement plus longue qu’une voie directe par terre, les moyens de transport d’un océan à l’autre seront lents et pénibles—et, inconvénient insurmontable, la ligne ne pourrait être ouverte que durant six mois à peine chaque année.* Ilcst notoire que des retards sérieux ct fréquents arrivent dans la navigation des canaux vers l'époque de la clôture de la navigation, alors que le trafic est le plus considérable. Plus la route sera longue plus ces difficultés seront considérables ; les marchands, aux deux extrémités de la ligne, qui ne voudraient pas s’exposer à voir leurs marchandises arrêtées à l’intérieur pendant six mois, ne pourraient consigner des marchandises à l’intétieur que longtemps avant l’époque de la clôture de la navigation, c’est ce qu fait croire qu’une route mixte ne pourrait servir au trafic d'un océan à l’autre que pendant cinq mois à peine. Le commerce local à l’intérieur serait également suspendu pendant de longues périodes, et les colons se trouveraicnt alors tout aussi isolés qu'ils le sont maintenant. Au point de vue stratégique, c’est là une objection sans réponse à un système de communication mixte. C’est sans doute pour cela, et parce que la ligne de communication par eau longe la frontière sur une grande étendue, que les deux officiers dont on vient de voir l’opinion se prononçaient si fortement en faveur d’une ligue de communication par terre à l'intérieur.

D'un autre côté, une ligne de chemin de fer serait pratiquement la voie de communication la plus courte et la mieux adoptée à la nature du pays, —aves cette ligne on éviterait les transbordements à l’intérieur. Le chemin de fer passant au cœur du pays à une certaine distance des lacs ct rivières, de grandes étendues de terres très-propres à la culture et inaccessibles par eau pourraient bientôt être colonisées; lorsque la voie ferrée toucherait ou traverserait les cours d’eau, ces derniers deviendraient aussi des embranchements naturels de la ligne, et offriraient autant de facilités pour la colonisation de leurs rives. Un accessoire indispensable de la ligne serait un télégraphe électrique. Le télégraphe, comme sur les autres lignes ne serait pas avantageux au service du chemin de fer, mais procurerait tous les bénéfices qui résultent de la possibilité de communications

# La navigation des lacs ct rivières sur la/ligne projetée est’fermée de la mi-novembre au ler de juin.—BLACKISTON.

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icstantanées.* Le chemin serait ouvert toute l’année au transport d’un océan à l’autre, ainsi qu’au commerce local, et aux voyageurs ; combiné avec le télégraphe, il cffrirait en outre les ressources les plus efficaces et les plus permanentes pour la défense du pays.

Il ne faudrait pas croire toutefois que l'exploitation d'un chemin de fer dans un pays si vaste sera exempte de difficultés ; une des premières sera l’approvisionnement de combustibles, puis les grands froids et les tempêtes de neige pendant un long hiver. La neige surtout, dans l’exploitation des chemins de fer canadiens de toutes les lignes qui traversent des latitudés septentrionales est une cause de fréquentes interruptions et la sourco de dépeises considérables. Toutefvis, comme tous les phénomènes physiques l'accumulation des neiges est soumise à certaines lois qu’il suffit d'étudier soigneusement pour prendre daus la construction des chemins les précautions nécessaires pour diminuer sinon, neutraliser complètement les effets qui en résultent. Nous reviendrons sur ces questions en temps convenable. ,

Tout bien considéré, et malgré les difficultés qui viennent d'être signalées, il semble évident qu’une ligne continue de chemins de fer combinée avec un télégraphe électrique et traversant le continent, est une voie de communication bien préférable à un système mixte de navigation et de chemins de fer; dans les observations suivantes nous supposerons donc qu’on a toujours en vue la construction d’un chemin de fer. Il est vrai qu’en préparant le pays pour l'établissement d’un chemin de fer, on pourra tirer un parti avantageux des communications naturelles par eau, mais il serait inconsidéré de faire des dépenses trop fortes sur une route qui n'est pas celle qui doit répondre par la suite aux besoins du pays et secondcr avantageusement les plus grands intérêts des colonies.

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