COUT ET ENTRETIEN D'UNE LIGNE DE CHEMINS DE FER ET DE TÉLÉGRAVHE
Après avoir démontré la nature des meyens de communication les plus avantageux, il est bon d'examiner les proportions de l'entreprise, le coût de construction et les frais annuels d'entretien par la suite.
La ligne projetée doit partir de l'embouchure de la Rivière Fraser, traverser un des défilés les plus avantageux qu’on ait jusqu'ici découvert dans les Montaunes Rocheuses, suivre généralement la direction de la “région fertile” (Fertile Belt,) se diriger-vers le sud du bras nord de la Saskatchewan, traverser la Rivière Ronge près de l'Etablissement de ce nom, franchir, au moyen d’un pont, la Rivière Winnipeg à l'extrémité nord du Lac des Bois, traverser le pays dans la direction la plus septentrionale jusqu’au bord du Lac Supérieur, aboutir en druite ligne à la Rivière des Français à l’ouest du Lac Nipissing, et de là correspondre avec le système actuel Ge chemins de fer du Canada, à Barrie, à Petcrborough ou à Outaouais ; en mesurant sur la carte la longeur de ce parcours on trouve une distance d'environ 2000 mi:les. La communication entre les deux océans par le territoire anglais ne pourra être considérée comme complète tant que la route entre Halifax et l'extrémité Est du Grand Tronc, dans le Bas-Canada ne sera pas achevée, mais comme il est probable que cette section se terminera indépeudamment du projet en question, il n’ést pas nécessaire de faire entrer cette distance dans les calculs actuels.
Pourse former un juste idée des proporticns de l’entreprise en question ct des moyens de la réaliser convenablement, il est bon d’examiner ici quelques détails importants,
La construction de 2000 milles de chemins de fer,-en calculant d’après la moyenne de travaux de ce genre qui existent déjà dans le pays, comprend les détails suivants : emploi de 10,000 ouvriers pendant cinq ou six ans ;—Livraison de 5,000,000 de traverses, et de plus de
* Sur toute autre ligne qu'un chemin de fer la construction d'une ligne télégraphique serait exceskivement coûteuse et presque impossible. Si la ligne télégrephique était établie autour des lacs et au travers de centaines de milles de forêts sauvages, les fils scraient constamment brisés par la chute des arbres, ct les potenux fréquemment détruits par les feux qui se déclarent dans les bois. On serait donc exposé à des interruptions au moment où on # irait le plus besoin de la ligne. Surun chemin de ter, les cantonniers sont chargés d'enlever les arbres tombés, et s’il arrive un accident aux fils il est promptement réparé, Du reste, lorsq la route est suffisamment large, les accidents sont très-rares. 2e
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200,000 tonneaux de fer à lisses pour la ‘ voie permanente ;”’—érections de 60,000 poteaux de télégraphe supportant 1000 tr:neaux do fil de fer;—-organisation d’une force motrice équivalente à plus de 50,000 chevaux et divisée entre 400 locomotives ; —construction de 5000 à 6000 chars accouplés avec les locomotives ct qui, réunis en un seul train, formeraient une longucur de plus de 30 milles ;—ct enfin, dépense de pas moins 1,000,000 de piastres pour construction et matériel.(*)
Pour éviter des conclusions trop précipitées, il est bon aussi d'examiner quels seront les frais d'exploitation d’une ligne aussi gigantesque lorsqu'elle sera complètemeut achevée ; quelques chiffres sufliront pour faire voir que si vaste que soit l’entreprise d’un chemin de fer traversant l'Amérique du Nord, l'exploitation de la ligne offre, dans l’état actuel du pays, des difficultés non moins considérables, Il faudra d’abord chaque année une quantité de combustible représentée au moins par 200,000 cordes de bois ;—pour l'entretien de la route un régiment de 2000 cantonniers disséminés en petites bandes sur toute la ligne ;— chaque annéc il faudra, en moyenne 600,000 nouvelles traverses, et près de 80,000 tonneaux de fer à lisses, les réparations du matériel roulant se monteront au moins à un million de piastres par année ; —on aura constamment à gages 5000 ouvriers de toutes sortes qui, avec leurs familles, représenteront 20,000 personnes vivant aux frais de la compagnie. Les salaires do ces employés se monteront à près de 82,000,000 par année, ct les frais d’exploitation ct d’entretien dépasscront chaque année 88,000,000.
Si à cette dernière somme on ajoute encore l'intérêt du coût de construction il devient évident que jusqu’à ce que les recettes brutes du chemin de fer ne s'élèvent annuellement à la somme éuorme de 814,000,090, la ligne ne produira pas l'intérêt du capital engagé dans l'entreprise.