‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 11 sur 22 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Des Postes militaires .

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0730 O N donne le nom de postes militaires aux villages , hameaux , châteaux, cassines, etc. occupés par des soldats , et mis en état de défense.

On sait quel parti Ton peut tirer un jour de bataille d’un village retranché, et combien sa prise doit coûter de monde à l’ennemi , s’il est bien défendu. C’est à la faveur du village de Castel - Cériolo , que les Français, dans les plaines de Marengo, purent résister à l’armée Autrichienne , et attendre leur réserve , avec le secours de laquelle ils remportèrent une si éclatante victoire. On a vu souvent une poignée de braves se retirer dans une maison, et s’y défendre pendant longtemps avec avan-

tage contre .des fortes ires-considérables. La général autriciiien Provèra , après la bataille de Montenolte, se réfugie sur le sommet du Cosséria , où il se retranche dans les ruines d’un vieux château. C’est en vain que l’artillerie le foudroie , et que les attaques se succèdent ; une armée victorieuse et pleine d’enthousiasme n’en peut venir à bout; il faut que la faim et l’épuisement des munitions se réunissent aux efforts des ennemis , pour engager le général à capituler. Plus heureux que lui, le général Guieux, à l'attaque de Salo, coupé par les ennemis , parvint à se jeter dans un grand bâtiment, où il se défendit pendant deux jours contre les attaques de l’armée autrichienne, au bout desquels il fut enfin délivré.

Tout officier d’étal- major et tout officier d’infanterie devrait donc être assez instruit en fortification , pour mettre promptement une cassine , un hameau , et même un village, en état de défense.

(174.) Tantôt le poste militaire fera partie d’une ligne étendue et protégée en arrière paf les corps même quelle doit couvrir ; tantôt isolé et sans protection immédiate, il devra se

suffire h lui-même. Dans le premier cas , le poste sera sans défense à la gorge ; dans le second, il devra faire face partout, et présenter l’image d’uue petite place de guerre. Ainsi , la poste aura ses magasins de vivres et de munitions , si toutefois il doit avoir quelque durée ; et dans tous les cas , il sera pourvu de logeroens et fl’un réduit intérieur , l’aine de toute bonne défense.

Les logemens se trouvent sans peine dans tous les villages qu’on veut occuper militairement ; mais il n’en est pas de même pour le bâtiment qui doit servir de réduit, tous les villages ne l’offrent pas : ainsi , tou* les villages ne sont pas également favorables à la défense; et non -seulement ceux qui n’offrent pas de bons réduits, mais encore ceux qui sont commandés par des hauteurs voisines, ceux dont les maisons sont trop écartées et laissent de trop nombreuses et trop grandes issues, ne sont pas avantageux à occuper. Un village dont les cabanes sont de bois , ne peut servir qu’à des tirailleurs ; il serait inutile de vouloir y faire résistance , le feu le rendrait bientôt inhabitable : il n’y a que les villages construits en pierres , dont les maisons se groupent, et dont les jardins sont entouré*

dq liaies vives ou de murailles, qu’on doive choisir pour fortifier et mettre en état de défense.

(175.) Quand un officier est chargé d’aller occuper militairement un village, ses première» opérations doivent être de barricader le»

avenues principales , en ne conservant que de petites issues dérobées, faciles h défendre , et par lesquelles on sortira pour faire les rondes, et pour aller poser les védettes. Il placera ensuite les gardes et les avant-postes , fera dégrader les chemins par où l’ennemi peut arriver, démolir ou brûler les maisons détachées qui pourraient servir de couvert à l’ennemi; et abattre tout les arbres qui gêneraient *la défense. 11 établira son canon , s’il en a , sur les avenues les plus favorables à l’ennemi; enfin il mettra en réquisition tous les outils qu’il pourra trouver, et qui lui sont indispensables pour l’établissement de ses différen»

ouvrages.

Pendant que les soldats et les paysans qu’on a mis en réquisition, s’occupent de ces premiers travaux ; l’officier fait une reconnaissance détaillée de tous les environs , arrête le dispositif général des ouvrages qu’il se propose

de construire, et en fait un croquis pour se guider. Il se bêle de mettre son petit projet à exécution ; il ne doit prendre ni repos , ni nourriture qu’il n’ait vu son affaire bien acheminée ; cinq minutes de délai pourraient être la cause de sa perte, et de celle de la troupe qui lui est confiée.

. (176.) Pendant que les ouvrages sont eu construction, l’officier cherche dans le village l’emplacement du réduit défensif qui doit arrêter l’ennemi , quand celui-ci aura forcé les retranchemens; il ne faut pas que pour un premier succès il soit maître de tout le poste, et qu’on ne puisse plus le combattre avec quelqu 'avantage. Ce réduit sera presque toujours l’église avec son cimetière , ou la plus lorte maison du village quand elle se prouvera isolée, et placée de manière à découvrir toutes les rues. Autant que possible , on fera ensorte que le réduit présente lui-même une première enceinte extérieure et un point de sûreté ; c’est la seule manière de rendre ce petit poste capable de quelque- résistance. H faut établir des communications aisées entre le réduit et les ouvrages extérieurs. De même si aux environs du village , il y a quelque site avantageux pour

l'établissement d’une redoute, il faudra, après l’y avoir eonslruite, assurer sa communication avec le village , soit par une tranchée ou ca~ ponnière, soit par une double file de palissades; loujours est-il, que cet ouvrage ne doit pas être tropéloign é, pour que la protection qu’il reçoit du village ne soit pas sans efficacité.

Quelquefois le village n’offre aucun bâtiment qui puisse servir de réduit ; on est alors obligé de construire ce réduit de toutes pièces, h l'extérieur , dans la position la plus avantageuse, en le liant au village conmme nous venons de dire, et en lui donnant une solidité suffisante pour qu’on puisse raisonnablement espérer , qu’il tienne encore quand le village sera tombé au pouvoir de l’ennemi.

(177.) Dans le dispositif autour du village , on doit profiter des haies et des murailles dont la direction est avantageuse à la défense , et faire pays net de toutes les autres. Au dehors de l’enceinte conservée, ou comble les fossés parallèles aux défenses , on renverse toutes les murailles et les haies derrière lesquelles l’ennemi peut se cacher ; et on laisse sur pied toutes celles qui gênent ses mouvemens latéraux, et qui arrivant au village sont vues dans

toute leur longueur. Dans l'intérieur au contraire , il faut abattre toutes celles qui ont cette direction, afin de se ménager uue libre circulation tout h l’entour ; et dans la même intention, on jettera de petits ponts sur les fossés et les ruisseaux , on percera les maisons , etc.

Les baies et les murailles conservées serviront de courtines entre les retranchemens principaux ; quelquefois aussi , elles formeront à elles seules toute la défense, et alors on aura grand soin de conserver autant que possible celles qui se flanquent mutuellement.

Si un ruisseau coule au travers du village , on en profite pour tendre une inondation , en le barrant à l’entrée; et si ce môme ruisseau coule parallèlement et à peu de distance , on fait encore un barrage que l’on protège par un petit retranchement. On se procure ainsi à peu de frais l’avantage d’avoir une partie de l’enceinte hors d’insulte, et de pouvoir en conséquence porter ailleurs plus de force et de moyens.

On défend une partie de l’enceinte avec les arbres qu’on a coupés, en en faisant un abatis retranchement , lequel diffère de l’abatis obstacle d'écrit au numéro (31), en ce qu’il

n’est pas enterré, et qu’on s’en sert pour la défense comme d’une forte haie. On peut le consolider intérieurement par un petit bourrelet de terre, ou par des troncs d’arbres superposés et couchés horizontalement pour faire parapet. L’abatis retranchement est ce qu’il y a de plus simple et de plus expéditif à faire, pour se mettre en état de défense dans les pays boisés.

Pour dernière disposition , on pratique des crénaux h tous les étages des maisons qui ont vue sur les points d’attaque, et qui par les saillans et les rentrans qu’elles forment presque toujours, fournissent d’exellences moyens de défense.

(178.) Si les maisons sont couvertes de chaume , on abattra les toits , parcequ’en y mettant le feu l’ennemi chasserait aisément les défenseurs; et quoique ce moyen ne réussisse pas toujours , il est certain que lorsque tout est en feu , l’assiégé est bien prêt à perdre la tète et à abandonner le poste. Ces maisons découvertes donnent la facilité d’établir sur le dernier plancher, une espèce de parapet, avec des planches, des portes, des bancs, des futailles , etc. Les bons tireurs se placeront der-

( aSi )

rière ces parapets, sur ces plateformes élevées, et delà, porteront aux attaquans des coups trèsdangereux.

(179.) Voici ce qu’il y a à faire pour tirer parti des haies et des murailles sous le point de vue de la défense. Si la haie a plus de 3. m de hauteur , on commence par casser les branches à cette élévation, pour les replier et accroître l’épaisseur du feuillage, fig. 94*. On creuse un fossé en avant, sans trop s’astreindre à donner à ce fossé une forme régulière ; les terres qui en proviennent sont plaquées derrière la haie qui les soutient, de manière à former uue espèce de parapet de o m , à o m , 5o d’épaisseur en haut. Avec ces mêmes terres on fait une banquette pour pouvoir tirer par-dessus le parapet.

Quelquefois le temps ne permettra pas de faire ce transport de terres , alors on creusera en arrière une espèce de tranchée, et avec les terres qui en proviendront on fera le parapet.

D’autrefois encore la haie sera plantée sur un terrain d’une pente rapide, alors comro^ dans le cas précédent on prendra les terres en arrière.

Enfin, la haie peut n’avoir pas 3 mètre* de haut. Dans ce cas, on fait un fossé en avant dont les terres servent à construire le parapet; et en arrière on creuse une tranchée afin d’êire à couvert derrière le parapet. Les terres de cette tranchée dont la profondeur dépend de la hauteur de la haie, sbnt employées à donner une surépaisseur au parapet, et a former la banquette.

Nous avons quelquefois fait avec avantage une simple tranchée de o ra , 66 de profondeur et i m , oode largeur en haut, dont les terres plaquées contre la haye, donnaient un parapet de O-, 66 de hauteur, derrière lequel on pouvait trouver un abri en se baissant, et pardessus lequel on pouvait faire feu. Cette tranchée qui se construisait très-rapidement était destinée à favoriser le feu des tirailleurs. En cas pareil , il faut laisser aux branches toute leur longueur , afin de pouvoir se cacher derrière et arrêter l’ennemi qui voudrait franchir la tranchée.

La figure 49*> représente ces cinq dispositions.

Une forte haie ainsi préparée est un excellent moyen de défense. Une haie peu fournie est un bien faible obstacle , on ne doit pas compter dessus.

c aS3 )

(180.) Un mur de i m , 3o de hauteur, sans aucune préparation, pourra servir de parapet; mais quand il aura a mètres et davantage .

il faudra le percer de créneaux. Ces créneaux quand ils peuvent être faits d’une manière régulière , comme dans les murs de pisé , sont des ouvertures plus longues que larges, de forme trapézoïdale, c’est-à-dire, ayant au dehors beaucoup moins d’ouverture qu’au dedans, pour procurer l’avantage au défenseur de voir sans être vu. On leur donne à l’extérieur o",o6 à o m , io d’ouverture, et intérieurement de o“, 4° à o“, 5o et on les perce de mètre en mètre.

Le plus souvent ces créneaux ne sont que des trous sans forme, pratiqués dans le mur avec des pics et des pinces , le temps ne permet presque jamais d’y faire plus de façon.

On les fait le plus petits qu’on peut.

Pour que l’ennemi ne puisse pas emboucher les créneaux, on pratique au dehors un petit fossé de o“, 80 à i mètre de profondeur.

Fig. 5o.* La terre qui en provient est relevée contre le mur. Les talus de ce petit fossé peuvent être tenus très-raides à cause de leur peu de hauteur.

Si le mur est trop bas pour y pratiquer des

eréneaux et que cependant il ait plus de i", 3o de hauteur, on construira à son pied une banquette dont le niveau sera à i m , 5o au dessous de la crête de la muraille. Les terres de cette banquette seront prises en arrière, ce qui formera une espèce de terre plein plus bas que le reste du terrain , et où l’on sera mieux couvert. Ce mur sera, comme dans l’autre cas, précédé d’un petit fossé, dont les terres seront dispersées dans la campagne.

(181.) Il est une autre disposition applicable aux murs élevés et qu’il est bon de connaître: elle consiste à établir à i m , 5o audessous de la crête du mur une banquette en planches, soutenue par des chevalets , des tonneaux, etc. On monte sur cette banquette parde petites échelles, ou par des échafaudages construits avec des bancs, des tables, etc. Dessous la banquette on perce à ras terre des créneaux (lig. 5 o), très-dangereux pour l’ennemi, et qu’il ne peut pas emboucher sans se coucher a plat ventre , position trop gênante pour qu’il songe à la prendre. Pour donner aux défenseurs la facilité de faire feu par ces créneaux, dont l’ouverture extérieure doit être très-petite, on construit en arrière une tranchée d’un mètre

de profondeur, et à o m , Go de la muraille. Dans ce cas il faut bien se garder de mettre un fossé en avant de la muraille, parce que ce fossé servirait de couvert à l’ennemi, et lui donnerait la facilité d’emboucher les créneaux avec autant de facilité oue vous le faites vous-

mêmes.

La figure 5 o® représente ces trois dispositions.

(183.) Quand une muraille crénelée a une très-grande étendue , et qu’elle est dirigée en ligne droite, il convient de la flanquer; on construit pour cela des tambours en charpente , qui ont le grand avantage d’occuper peu de place , et par conséquent de pouvoir se construire partout. On perce la muraille pour donner entrée dans le tambour.

Ces tambours peuvent avoir en plan la forme de petits bastions , ou simplement celle de redans accolés à la muraille; cette dernière disposition donne même plus de facilité pour flanquer le tambour par la muraille, de la même manière que la muraille se trouve flanquée par le tambour. Dans ce cas l’angle saillant A doit être de 6o° (fig. 5 i.*), pour que les faces AB, AC donnent le flanquement le plus di-

rect qu’il soit possible. Vers les parties B et C, on oblique les créneaux de la muraille, pour avoir des feux rasans sur les faces AB , AG du tambour. On perce aussi de créneaux , la partie de la muraille couverte par le tambour, pour que l’intérieur de ce tambour puisse encore être battu quand l’ennemi s’en sera emparé. La porte D faite en forts madriers sera également percée d’un ou deux créneaux.

On construit les tambours en charpente avec des solives de 3“, 20 de longueur et environ o m , i5 d’équarrissage, qu’on place jointives et d’un mètre en terre. Si le tambour ne doit donner qu’un rang de feux , on perce les créneaux à la hauteur ordinaire , c’est-à-dire , à 1 ", 5o au-dessus du sol , et l’on creuse un petit fossé en avant du tambour. Si l’on veut deux rangs de feux , on construit d’abord une banquette en charpente , soutenue par des potences à i”, 3o au-dessous de la crête du tambour; puis, sous cette banquette, on perce des créneaax à ras terre : dans ce cas , et pour les raisons que nous avons expliquées dans le numéro précédent , la tranchée se creuse intérieurement et non à l’extérieur.

Les tambours en charpente servent encore dans certaines circonstances , à couvrir des

portes qui établissent la communication avec le dehors; on laisse alors des passages entre le tambour et la muraille , et ces passages sont fermés de barrières , de chevaux de frise ou de portes crénelées.

(i 83 .) Pour faire les barricades, on emploie tout ce qu’on trouve sous sa main. On peut les faire avec des chariots enterrés jusqu’aux essieux, et chargés de pierres et de terres ; avec des troncs d’arbres bien liés entre eux ; avec des abatis , des tas de pierres , du fumier, ect. Les meilleures barricades sont construites en poutres recroisées formant des espèces de caissons, que l’on remplit de pierres et de terre.

(184.) H faut, avons-nous dit, un réduit au poste retranché , pour en augmenter la résistance, en assurant aux défenseurs une retraite. Ce réduit , pour être bon , doit être composé d’une enceinte extérieure et d’un point de sûreté intérieur bien préparé , où la garnison puisse se retirer en dernier résultat , et y obtenir une capitulation honorable , telle qu’ont droit de l’attendre de braves gens qui ont fait leur devoir jusqu’au bout , et qui ont su se faire estimer de leurs ennemis mêmes.

Le réduit que l’on choisit est presque toujours l’église ; on met les murs de son cimetière en état de défense, comme nous l’avons dit précédemment, et l’on fait dans l’église les dispositions suivantes. On bouche les portes et les fenêtres basses, en ne laissant qu’une seule porte de libre; on emploie pour cela des madriers de o m , 10 d’épaisseur, ou mieux encore les dalles dont l’église est pavée , et avec lesquelles on fait très-lestement une maçonnerie. On ménage des créneaux dans ces maçonneries , qui devront suffire à la défense, lorsque le plan de l’église aura, comme cela arrive souvent , la forme d’une croix , et qu’il y aura sur chaque face de cette croix quelques ouvertures ; parce qu’alors ce petit nombre de créneaux, se flanquant mutuellement, auront beaucoup de valenr.

Si l’église n’avait pas cette disposition favorable au flanquement , les créneaux des fenêtres ne suffiraient pas à la défense , parce que l’ennemi trouverait un abri entre les fenêtres .11 faudra donc, dans ce cas, percer les créneaux dans la muraille sur tout son pourtour, pourvu toutefois que cette muraille ne soit pas trop épaisse, qu’elle n’ait pas plus de o m , 80. On construira de plus , si l’on en a le

temps et les moyens, un tambour sur chacune des faces de l’église, afin d’obtenir deux ou trois coups de fusil par le côté.

(i85.) Uue dernière disposition consiste à construire au-dessus des portes mal flanquées, une galerie à mâchicoulis , sur laquelle on arrive par une fenêtre ou par une ouverture percée exprès dans la muraille. Au moyen de ces mâchicoulis ou trous ménagés dans le plancher de la galerie , on peut défendre , à coups de pierres et de grenades, les approches des portes et le pied du mur. Les mâchicoulis faisaient la principale défense des murailles dans les anciennes forteresses.

On donne à cette galerie o m , 60 de saillie dans œuvre , et à son garde-foux construit en madriers jointifs à l’épreuve du mousquet , i m , oo de hauteur, pour qu’il puisse servir de parapet. ( Fig. 52.® )

Les corbeaux destinés à supporter les galeries sont faits en quatre de chiffre, dont la queue traverse la muraille , et est retenue en dedans par une pièce transversale , avec laquelle elle est fortement chevillée. Une des branches du corbeau s’applique contre la muraille , et l'empêche de faire bascule. Les cor-

beaux sont espacés de 4 mètres; ils supportent deux longrines , sur lesquelles sont cloués les plateaux tant plein que vide.

La galerie machicoulisée s’établit ordinairement h la hauteur d’un plancher ou de l'extrados d’une voûte, afin de pouvoir y arriver aisément.

Quoique la disposition que nous venons d’indiquer soit assez simple par elle-même, il faut cependant du temps et des moyens pour la mettre à exécution , et l’on n’a pas toujours tout cela à sa disposition.

(186.) Voici un moyen de remplacer à peu de frais la galerie à mâchicoulis , quand on manquera des moyens nécessaires à sa construction. (Fig. 53 .*)

On commencera par raser la muraille à hauteur d’appui, au-dessus d’un plancher, et dans toute l 'étendue que lesrnachicoulis doivent occuper. Après cela , on fixera avec des crampons plantés dans le mur , une pièce horizontale a, sur laquelle on chevillera des plateaux b, tant plein que vide. Ces plateaux supporteront une seconde pièce horizontale c, qui y sera clouée ; et celle-ci , par le moyen de petits bras verticaux assemblés sur elle à mi-bois «

-supportera trois plateaux d de o“,o6 d'épaisseur. Ces plateaux rais en travers , deux au-dessus et un au-dessous du plancher de la galerie, fortement cloués ou chevillés sur les petits bras , serviront de parapet à ceux qui s’avanceront au-dessus du mur pour jeter des cailloux sur les assaillans, par les mâchicoulis réservés entre les plateaux b.

(187.) Si l’on craint que l’ennemi puisse enfoncer de loin la porte de l’église , en se servant du canon , on la masque par un blindage composé de poutres inclinées , qui s’appuient contre la terre par une de leurs extrémités, et par l’autre contre la muraille; on plpquè contre ces poutres jointives , un ou deux mètres de terre bien damée, oudu fumier, à l’épaisseur suffisante.

Ces blindages servent encore à se procurer des abris contre l’obus dans les postes découverts ; les soldats y trouvent le repos , si nécessaire après les actions chaudes et opiniâtres.

Les blindages peuvent être doubles , et se faire en plein champ , une moitié appuyant l’autre.

Dans les retranchemens destinés h durer quelque temps , on fait les logemens des

troupes en manière de blindages légers , si l’on n’a pas de planches pour faire des barraques ; et ces logemens ont même l’avantage qu’étant facilement mis à l’épreuve du fusil , on peut s’en servir comme d’un réduit ou d’une caserne défensive. Pour les construire, on creuse de o n ,6o tout le terrain sur lequel ils doivent reposer , et l’on dresse des branches ou des chevrons contre un faite , tenu par des poteaux à la hauteur suffisante ; on recouvre ces branches ou chevrons de menus branchages en travers, et on plaque par-dessus le tout une couche de terre de o m , 3o d’épaisseur , qu’oa recouvre enfin d’un bon rang de gazons.

(i88.) Quand on a une cassine à mettre gn état de défense , il faut commencer par boucher portes et fenêtres , ou pour mieux dire , par boucher les fenêtres et barricader les portes. Ces barricades, que vous pouvez renverser quand vous le jugez bon , vous laissent la faculté de sortir de la maison pour forcer l’ennemi quand vous êtes aux abois , et pour vous échapper pendant la nuit.

Les murs , à tous les étages , seront percés d.e créneaux , auxquels on donnera une forte plongée , pour pouvoir atteindre l’ennemi au

plus près do la muraille. Los créneaux du rez de chaussée seront élevés de 2.“ au - dessus du sol , jtour ôter h l’ennemi la possibilité de les emboucher.

La banquette nécessaire pour faire usage de ces derniers créneaux sera faite avec des planches échafaudées sur des chevalets , des tonneaux , etc. Dessous cette banquette , on pourra encore percer à ras- terre , itn second ranjr de créneaux.

On fera son possible pour percer un créneau sur chaque angle de la cassine , car c’estlà la partie faible ; mais les pierres de taille qu’on rencontre presque toujours en ces endroits, rendent souvent la chose impossible.

On ne peut pas songer ici à faire des mâchicoulis au dehors ; on n’a pas assez de moyens pour cela ; maison peut , en montant jusqu’au dernier plancher , pratiquer dans le toit des ouvertures , par lesquelles on jettera sur l’assaillant tout ce qui tombera sous la main.

N’oublions pas d’abattre en entier la couverture , si elle est de chaume ; l’ennemi y mettrait trop facilement le feu , et dans la défense d’une maison rien n’est si à craindre que le feu : dans l’intention de s’en garantir , il faut couvrir de fumier les différens planchers,

et mettre des cuves remplies d’eau à tous les étages.

On étançonnera les poutres qui portent sur les murailles , pour que si l’ennemi a du canon avec lequel il puisse battre en brèche la cassine , la chute des murailles n’cntralne pas celle des planchers et des combles.

On aura des objets tout ^prêts , tels que meubles A poutres ou branches d’arbres , approvisionnés exprès, pour boucher les brèches dans les parties basses de la muraille, et par lesquelles l’ennemi pourrait entrer.

Il faudra savoir profiter des flanquemen9 que la disposition du bâtiment peut offrir , et il en est peu qui ne présentent , soit d’un côté , soit de l'autre, un pareil avantage.

(189.) Derrière les portes barricadées on prépare une façon de retranchement , fait avec les solives de la toiture ou les meubles de la maison, pour recevoir à bout-portant et à l'abri de son premier choc, l’ennemi, qui serait parvenu à enfoncer la porte. De plus , on coupe le plancher au-dessus de la porte , pour pouvoir percer de la bavonnetle , ou avec les broches de la cuisine , les fourches de l’écurie , etc. , ceux des ennemis qui se trouvent au-

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dessous. De nuit, ces moyens de défense sont excellens; les assaillans voient tomber les leurs, sans s'apercevoir quelquefois de quel côté les coups partent ; ils restent à batailler ,• ils font beaucoup de bruit à leur grand désavantage , et ne pensent pas à mettre le feu h la cassine , vrai moyen de s’en rendre maître , quand une fois les portes sont enfoncées , et que les défenseurs tiennent toujours.

Si la maison est entourée d'un mur de clôture , il va sans dire qu’on le disputera d’abord, et qu’on ne se retirera dans la maison qu’après y avoir été contraint. Le mur de clôture sera donc aussi disposé pour la défense , suivant les principes établis dans les numéros précédens.

Enfin , quand il y a des chambres qu’on ne peut pas défendre , il faut en enlever le plancher , pour ôter le passage à l’ennemi , et lui rendre ces chambres inutiles. C’est dans les derniers galetas que doit se faire la capitulation. Tant qu’il reste encore quelque pièce où l’on puisse se retirer, il faut tenir bon à l’endroit où l’on se trouve , et disputer les planchers pied à pied. Mais quand on est fort, ce n’est pas à la capitulation qu’il faut songer , c’est plutôt k faire «ute trouée, quand l’ennemi.

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