‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 12 sur 22 · MC · texte numérisé non relu

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fatigué d’attaques inutiles , hésite ou se repose. Tombons sur lui à l’iraproviste, que notre audace 1 étonné et l’effraie ; courons , sans balancer , sur tout ce qui s’oppose à notre passage, soyons téméraires, la fortune fera le reste.

Dans la guerre de la Vendée , quatre cents républicains se défendirent , dans une église de St. Cyr , contre près de dix mille paysans ; ils empêchèrent ceux-ci de mettre le feu h l’église , et leur tuèrent un grand nombre d'hommes.

Les Vendéens , après deux heures d’inutiles efforts , se décidèrent à se retirer. Voyant ce ce mouvement rétrograde , les audacieux républicains ouvrent les portes de l’église , attaquent l’arrière-garde ennemie , et en font tin grand carnage. Pourquoi faut-il que ce soit une guerre civile qui nous offre un si bel exemple !

Des Blockhaus.

(190.) J’ai cru devoir rejeter ici la description du blockhaus ou redoute couverte, parce que cette espèce d’ouvrage a beaucoup de rapport avec une maison préparée pour la défense.

Le blockhaus est le retranchement par ex-

cellence dans les pays de montagnes , par la triple raison qu’on trouve sur les lieux tous les bois nécessaires , que l’ennemi ne peut amener du canon qu’avec beaucoup de difficulté , et qu’il est bien difficile de choisir en de pareils sites une position qui ne soit pas dominée d’une manière trop prononcée , pour qu’il soit possible d’y construire un ouvrage découvert.

Le blockhaus se fait ordinairement sur un plan rectangulaire de 6 à 8 mètres de largenr dans œuvre ( Fig. 54-*); mais quand on peut lui donner des dimensions suffisantes , sa projection horizontale a la forme d’une croix , en sorte que ses feux se flanquent mutuellement.

(Fig, 55*).

Le blockhaus peut n’avoir à craindre que la mousqueterie ; il peut aussi être attaqué par le canon; "son profil doit donc différer dans ces deux circonstances.

( 191 .) Dans le premier cas, le blockhaus retranchement, sera semblable au blockhaus réduit, (Fig. 56.' ) dont nous avons parlé au numéro (in); ses côtés seront tout simplement construits avec des Mes de poutres jointives, entre lesquelles , et de mètre en mètre , on aura ménagé des créneaux.

Les lits de camp servent de banquettes pour tirer aux créneaux. Ces lits de camp, de a mètres de largeur , ont o m , 70 de hauteur au chevet, eto m ,4° au pied.

Le blockhaus aura 6 mètres de largeur, en sorte que les deux lits de camp opposés laisseront pour la circulation un 'espace libre de 3 mètres. Le plancher supérieur sera établi à 3“, 70 au-dessus du sol.

Les poutres qu’on employera pour faire les parois extérieures du blockhaus auront de o m , 25 à o”, 3o d’équarrissage ; elles seront enfoncées en terre d’un mètre au moins, et couronnées horizontalement d’un chapeau. Des tirans de même équarrissage s’assembleront à queue d’hironde dans les chapeaux , et empêcheront l’écartement des faces opposées.

Ces tirans, espacés enlr’eux de 4 meures d’axe en axe , supporteront des poutrelles de o“, 20 d’équarrissage, posées tant plein que vide; et c’est sur ces poutrelles que seront placés jointivement les plateaux, que l’on recouvrira d’une couche de terre de o m , 5 o d’épaisseur.

Pour que l’ennemi ne puisse pas incendier le blockhaus, il faut l’en tenir éloigné ; et pour cela , creuser un fossé à grands talus de 4 mètres de largeur , 2 mètres de profondeur ,

dont les terres seront en partie relevées contre le blockhaus jusqu’à ta hauteur des créneaux; et en partie employées à couvrir le blockaus et à former tout autour un petit glacis. Ce fossé se creusera à a”, 5o de distance , afin de se ménager l’espace suffisant pour le relèvement des terres. On multipliera les obstacles sur le glacis , tels que trous de loup, abatis, etc.

Un petit pont supporté dans son milieu par un chevalet, donne entrée dans le blockhaus.

Les provisions de bouche se placent sur des planches à pain suspendues au plancher , audessus du pied du lit de camp , emplacement

où elles gênent le moins.

(19a.) Le blockhaus qui doit résister à du canon ne diffère du précédent , qu’en ce que son enceinte est formée de deux rangées de pieux jointifs au lieu d’une seule. ( Fig. 5-j.” ) Ces pieux forment ainsi une espèce de caisse , qu’on remplit de terre bien damée , jusqu’à la hauteur des créneaux , et le tout fait une muraille d’un mètre d’épaisseur.

Ces blockhaus plus imporlans que les premiers, auront 8 mètres de largeur dans œuvre, et les tirans, quelquefois formés de deux pièces assemblées à traits de Jupiter, seront soutenus

dans leurs milieux par des poteaux montans, qui reposeront eux-mêmes sur une semelle gitée en terre. On pourra plancliéier le bas.

Le blockhaus sera dans ce cas recouvert de o”, 80 de terre , et sa largeur permettra encore de construire au-dessus un petit parapet de i m ,5o de hauteur, et d’un mètre d’épaisseur; c’est un parapet à l’épreuve du mousquet, et même capable d’arrêter les petits boulets. Une échelle conduira sur cette espèce de plateforme, d’où les bons tireurs pourront ajuster les canonniers ennemis qui auront dû s’approcher pour battre en brèche la partie de la charpente , qui n’est pas couverte de terre, et qui est assez étroite pour être manquée quand on tirerait de loin.

L’évacuation de la fumée se fait par l’ouverture qui conduit sur la plate-forme.

Cette terrasse élevée n’est pas seulement utile au moment de l'attaque, elle sert encore de belvédère , où les soldats vont respirer un air frais , lorsque bloqués par l’ennemi , il y aurait pour eux trop de danger à sortir du retranchement ; c’est-là dessus que peuvent se préparer les alimens , et c’est de là qu’une vigilante sentinelle vous fuit connaître tous les mouvemcns de l’ennemi .

( 193 .) On peut faire le blockhaus à moins de (rais, en construisant une simple redoute de forme rectangulaire , et plantant de distancé en distance , contre le talud intérieur du parapet, des poteaux montans qui, couronnés d’iin chapeau, supporteront les sommiers ; pardessus les sommiers seront placés les poutrelles, comme 01% l’a indiqué dans les numéros précédens. ( Fig. 58/ )

Le feu se fera entre les chapeaux et le parapet , au moyen du créheau longitudinal qui existe entre l'un et l’autre. La fumée s’évacue par les espaces que laissent entr’eux les sommiers au-dessus des chapeaux. Voy. la Fig. 58’, qui supplééra à ce que cette description peut avoir d’obscur ; elle représente le blockhaus vu de l’extérieur.

L’intéi ieur de ce blockhaus est le même que celui des autres , seulement les terres du parapet sont retenues par un* revêtement en fascines, au lieu del’être par des poutresjointives.

Il résulte de cette nouvelle disposition une grande économie de bois ; mais aussi il y a moins de solidité , et l’on est moins bien couvert.

094-) J’ai pensé qu'il serait convenable, en terminant cet article , de dire un mot des prin-

cipaux assemblages de charpente, que l’on peut être appelé à mettre en usage dans la construction des blockhaus ; je les ai réunis dans la Figure 5g.* Le premier , marqué A , est l’assemblage à redans , ou en trait de Jupiter ; Il sert k ajouter bout à bout deux pièces , qui doivent servir de sommier ou de tirant , et qui , en même temps qu’elles ont ^ supporter un poids , doivent résister à uu écartement qutdconque. Le sommier du grand blockhaus ( Fig. 5y* ) offre un pareil assemblage.

Le second , B , est l’assemblage h queue d’hironde ; il n’a d’autre objet que d’empêcher, un écartemeut. Les sommiers sont assemblés dans les chapeaux à queue d’hironde. *

Le troisième, C, est l’assemblage à tenon et embrèvement ; c’est celui qu'on emploie pour les jambes de force et les supports obliques. L’embrévement est l’extrémité de la poutre taillée en onglet , qui , aussi bien que le tenon, entre dans la pièce sur laquell^se fait l’assemblage ; il donne plus de force au point d'appui.

Le quatrième, D, est l'assemblage à tenon simple ; on l’emploie pour placer une colonne verticale sur une semelle , ou toute autre pièce horizontale.

Le cinquième, E, est l’assemblage h tenon

renforcé; mis en usage toutes les fois qu’une pièce assemblée horizontalement dans une autre pièce , doit supporter un poids considéruble; le renfort du tenon le rend capable de résister h la rupture.

Enfin le sixième, F, est l’assemblage à mibois , employé toutes les fois que deux pièces doivent être simplement superposées sans que l’une s’élève plus que l’autre.

Attaque d’un Village retranché.

(194.) J’en ai dit assez dans ce Chapitre, pour faire connaître quelle est la conduite qu’on doit tenir dans la défense des postes militaires; Je terminerai par une description rapide de l’attaque d’un village retranché.

Dans toute opération de guerre , il faut connaître à fond le terrain sur lequel on doit opérer, sous peine de marcher à tâtons , et de laisser au hasard tout le mérite du succès.

Ainsi donc, vous qui êtes chargés de l’attaque d’un village retranché , allez , sous l’escorta d’un petit nombre de vos medleurs soldats , la lunette à la main , et souvent vêtu comme eux, armé du fusil et le sac sur le dos ; allez explorer vous-même tous les enviions , faites un

grossier dessin de tout ce qui mérite votre attention. Voyez celte hauteur de laquelle on découvre , dans toute sa longueur , la principale rue du village ; c’est-là que vous devez placer une de vos principales batteries. Ce petit bois qu’occupe maintenant l’ennemi , conduira vos tirailleurs quand ils s’en seront emparés,, jusqu’aux portes du village. Cette chaussée coupée en plusieurs endroits e£t facile à réparer. Une légère ondulation de terrain , qui ne peut être découverte que par un œil exercé , vous indique déjà qu’une partie de vos troupes attendra sous son abri le signal de l’attaque.

Vous pouvez compter les ouvrages construits par l’ennemi , apprécier sa force par le nombre de ses drapeaux ; vous voyez briller son artillerie ; vous découvrez son réduit. Là , de grands mouvemens de terre vous indiquent qu’il est en mesure sur ce point : ici , quelques murailles crénelées vous paroissent le seul obstacle que vous aurez à franchir , mais probablement que flanquées par les redoutes, leur approche est difficile. Une batterie néanmoins sera disposée pour y faire brèche.

Cette ferme isolée dans laquelle l’ennemi

semble avoir des forces imposantes, vous en-

gage à diriger sur elle vos premiers efforts ; sa prise doit précéder celle du village ; sa conquête sera le prélude de vos succès.

Vous vous êtes approchés autant que vous l’avez pu , autant que vous l’ont permis les' avant-postes de l’ennemi; néanmoins hien des choses restent pour vous douteuses , quelques défenses vous ont échappé ; la nuit , qui s’approche , ne vous permet pas de prolonger davantage votre examen ; mais vos adroits voltigeurs découvriront demain, ce que vous n’avez pu voir aujourd’hui : comptez sur eux pour trouver la véritable roule qui doit vous conduire dans les retranchemens de l’ennemi.

Après être rentré, vous ferez vos dispositions pour l’attaque , vous donnerez vos ordres ; vous vous montrerez ensuite aux bivouacs , et, vous approchant des feux , vous vous adreserez amicalement à vos soldats , pour leur parler de la belle journée du lendemain; votre air de contentement, vos saillies assaisonnées du propos militaire, persuaderont aux plus timides , que la conquête est facile, et fortifieront le courage de tous.

(194.) Avant que le jour paraisse, les troupes ont pris leur repas ; déjà l'avant-garde s’est

mise en roule pour arriver au point du jour sur les avaut-postes ennemis ; les colonnes se forment , et prennent les directions que le chef leur a indiquées ; l’artillerie les suit.

L’aurore commence à éclairer les objets ; bientôt les détachemens les plus avancés reconnaissent les postes qu’il faut enlever; ils s’approchent toujours, jusqu’à ce que découverts, une décharge de mousqueterie proclame leur arrivée. Alors le jeu des tirailleurs commence , et quand le soleil paraît , tous les postes extérieurs sont en leur pouvoir.

Cependant l’artillerie arrive au trop pour ^ prendre ses positions ; le canon se fait entendre , il a d’abbrd à lutter contre celui de l’ennemi ; mais bientôt , supérieur par le nombre , il le fait taire ; ses coups se dirigent alors sur les murailles ; de nombreuses brèche^ se manifestent , les boulets bondissans le long des rues forcent les défenseurs à se blottir derrière les maisons ou dans l’intérieur des redoutes; les obus, qui éclatent de toutes parts, ne leur laissent aucun repos ; le feu est à plusieurs maisons ; une horrible détonation qui , pour long-temps couvre le village d’une épaisse fumée, annonce les désastres de l’ennemi.

Alors les voltigeurs s’élancent, enveloppent le

village de toute part ; le canon se tait , et les troupes de ligne se préparent à marcher. Cette grande quantité de tirailleurs harcelle rennemi , répond à son feu , s’approche insensiblement ; les plus hardis sont déjà vers la brèche; les sapeurs , qui les accompagnent, abattent les haies , enfoncent les portes ; quelques-uns pénètrent, les autres les suivent, et la chaîne non interrompue qu’ils forment comme par instinct, vous trace la route que vous aurez à suivre. Alors le signal de l’attaque est donné , les colonnes sortent des fonds où elles se tenaient cachées, franchissent l’espace qui les séparait de l’ennemi , et arrivent au secours de leurs voltigeurs , qui déjà , pressés par l’ennemi, évacuent les brèches et cherchent des abris.

Les tètes de colonnes se présentent devant les principaux défdés , elles renversent les barricades, elles escaladent les parapets, et se Iraient des routes nouvelles ; pendant que les tirailleurs entrent par les ouvertures, sautent par-dessus les haies et les murailles; c’est un essaim qui harcèle l’ennemi , et le poursuit jusque dans ses derniers retranchemens. Cependant les troupes de ligne, maîtresses des défenses extérieures, se rallient, prennent un

ordre de bataille, dicté par les localités , et se mettent en mesure d'envelopper et d’écraser l’ennemi.

L’artillerie ne tarde point à arriver ; elle n’a quitté ses positions qu’a près s’être assurée des succès de l’attaque ; elle braque ses pièces contre l’église qui sert de refuge aux défenseurs ; quelques-uns se sont échappés par des issues dérobées , et font tous leurs efforts pour résister aux détachemens de cavalerie qui les poursuivent dans la plaine.

Pendant qu’une partie des troupes assiègent le réduit, d’autres s’attachent à une redoute dont les feux n’ont point encore cessé , et qui, pendant tout le temps de l’attaque, a fait le plus grand mal aux colonnes quelle prenait par le flanc. Le réduit et la redoute enveloppés de toute part , et serrés toujours davantage , ne tardent pas à capituler ; leurs défenseurs sortent avec les honneurs de la guerre , et viennent déposer leurs armes aux pieds du vainqueur.

(196.) Ainsi doit marcher l’attaque d’un village isolé, et abandonné à ses propres ressources; mais quand les secours peuvent lui arriver, quand il est à proximité de quelque

corps qui le protège ; il faut une prodigieuse supériorité de forces pour être sûr de s’en emparer. Rien de plus dangereux , en effet , que de se présenter aux brèches quand l’ennemi peut manœuvrer lui - même , et prendre les colonnes d’attaque par le flanc ; on se voit souvent repoussé deux et trois fois , pour ne pénétrer qu’à la quatrième, et souvent encore ce triomphe n’est-il que passager ; l’ennemi , après avoir reçu des troupes fraîches, fait une charge , et vous chasse de ce village , dont la prise vous a coûté tant de sang , et dont les défenses rasées ne vous permettent plus de faire la moindre résistance.

On a vu des villages pris et repris jusqu’à dix fois sur un champ de bataille.

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