CHAPITRE DOUZIÈME
Travaux des Sièges.
SECTION PREMIÈRE
Préliminaires , approvisionnemens.
(3a3.) (Quoique la guerre «les .sièges soit celle qu’il importe le moins aux Suisses de connaître , puisque cette guerre est celle des conquêtes , cependant nos officiers d’Etatmajor ne doivent poiut rester étrangers aux travaux qu’elle exige, d'autant plus que ces travaux peuvent se retrouver, en tout ou en partie, dans l’attaque de certains retranche mens si bien conditionnés, qu’on n’en peut venir à bout par les attaques de vive force.
Je donnerai donc de la manière la plus brève qu’il me sera possible, les détails indispensables pour ce genre de travaux ; en renvoyant
aux traités spéciaux , ceux qui voudront quelque chose de plus circonstancié.
( 224.) Dès que le siège d’une place est décidé , on en fait l’investissement et la reconnaissance; on établit les camps tout autour, et hors de la portée du canon; on couvre ces camps par deux lignes : l’une , dont les ouvrages sont tournés du côté de la place , et h laquelle on donne le nom de Contrevallation , est destinée à repousser les sorties de la garnison; l’autre, la ligne de Circonvallation, fait face à la campagne, et a pour objet d’arrêter les secours.
Ces deux lignes, dont Césàrnous a donné un si bel exemple au siège d’Alexie , où il avait à combattre deux armées plus forte que la sienne, l’une , dans la place, et l’autre, à l'extérieur; lignes qui furent imitées par les restaurateurs de la tactique moderne, sont bien rarement indispensables. Maintenant que l’armée qui attaque est si disproportionnée avec celle qui se défend , il n’est plus nécessaire de Contrevallation ; et les sièges ne se faisant plus que par les réserves , et se trouvant couverts par les armées actives , la Circonvallation devient également inutile ; Vauban la condamne.
Cette suppression des lignes, simplifie considérablement les sièges; mais il ne faut pas pour cela , qu’elles soient et restent toujours proscrites ; il est des cas où elles deviennent nécessaires. Au siège de Mantoue , la division Miollis, fut renfermée dans des ouvrages tournés contre le dehors et contre la place; la faiblesse de l’armée française comportait ces précautions, et le résultat les justifia.
L’Archiduc Charles assiégeant dans Kehl, une armée toute entière, commandée par Moreau, couvrit ses camps par une contrevallation continue, dont les deux extrémités étaient appuyées au Rhin.
Mais ce sont là des cas assez rares, qui commandent impérativement des mesures de prudence , et qui sont une preuve nouvelle qu’il n’y a rien d’exclusif à la guerre. Ils n empêchent pas de poser en thèse générale, que les ligues de siège, doivent être supprimées dans le» cas ordinaires ; ou du moins remplacées par quelques redoutes ou fortins , occupant la points les plus avantageux pour commander la campagne, pour barrer les avenues, et pour foudroyer l’ennemi qui tenterait une sortie ; t’est ainsi que le Maréchal Lefebvre eu usa contre Dantzick , qu’il assiégeait avec une armée , tout au plus égale à la garnison.
Quand on voit le grand Coudé-, surpris par Turenne, dans les lignes d’Arras ; celui-ci recevoir le même «diront dans celles de Valenciennes; et qu’à ces exemples fameux on en peut joindre tant d’autres; on conviendra que la ligne de Circonvallation, du moins comme on la faisait autrefois, ne signifie pas grand chose. Vaut-il la peine de construire un prodigieux développement d’ouvrages continus, pour arrêter quelques partisans ou quelques charriots? Fermez les avenues et tenez la campagne, et vous ne craindrez point ces petits revers.
( aa5.) Avant de commencer les attaques, on s’approvisionne dans les forêts voisines de tous les objets nécessaires à la construction des tranchées, tels que fascines, gabions, piquets, fagots de sape, claies et blindes.
Les fascines sont de deux espèces , celles qui doivent servir aux revêtemens sont en tout semblables «à celles qui ont été décrites dans le numéro fGG) ; et les fascines à tracer, qui ont deux mètres de long , nont que trois liens , et sont moins grosses et moins serrées que les fascines ordinaires. On se sert de ces fascines pour tracer les tranchées, en les couchant bout à bout sur le terrain.
Les gabions de tranchée sont plus pelits que ceux dont nous avons parlé dans le numéro (79.); il n’ont que o m ,65 de diamètre cxlérieur, et o w ,75 de hauteur; ils ne pèsent que de 5 o à 55 livres. Trois hommes réunis, font aisément un gabion par heure.
Les pif/ucts ont un mètre de longueur et environ o**, i 5 de tour; ils sont appoint!»
par un bout : on compte trois piquets par fascine.
Les fagots de sape sont composés de rondins bien dressés , serrés les uns contre les autres, liés de deux liarts et sciés à la longueur de 75 centimètres. Le fagot a o m , 20 ou 0“, a 5 de diamètre.. Un piquet d’un mètre de longueur, aiguisé par son extrémité, est placé dans le milieu du fagot et sert à le planter partout où on le juge convenable. C’est avec ces fagots, aussi bien qu’avec des sacs à terre , qu’on garnit les intervalles que laissent entr’eux deux gabions successifs.
Les claies ont a mètres de long et 1 mètre de large ; huit piquets en forment la carcasse. Les brins du clayonnage sont arrêtés aux quatre coins, par quatre fortes harts. Les claies servent h se mettre au sec , dans les endroits fangeux.
Les blindes , sont des pièces de charpente composées de deux montans zVet de deux traverses B. (Fig. 6 j .*) Les montans ont 3 mètres de longueur totale , et les traverses i”, 3 o entre les montans. Ces deux traverses laissent entre elles un intervalle de 2 mètres. Les bois des blindes , peuvent être ronds ou équarris à la grosseur de 10 centimètres. O11 se sert des blindes pour faire des tranchées couvertes.
On doit ajouter à ces approvisionnemens les sacs à terie , qu'on apporte tout confectionnés dans les fourgons du Génie. Ce sont des petits sacs de o m ,Go de long, eto m , 5 o de large, quand ils sont vides. On les remplit de terre quand on veut s’eu servir pour couronner les parapets et y faire des créneaux, ou pour remplir rapidement quelques gabions.
Tous ces objets sont déposés dans des endroits couverts ou hors de la portée du canon. On ne sort les matériaux des dépôts de tranchées qu’à mesure du besoin; il faut beaucoup d’ordre dans leur administration.
SECTION SECONDE
Cheminemens contre la place.
( 326.) Avant Louis XIV , les attaques se faisaient sans méthode, elles étaient très-meurtrières. Vauban nous a enseigné la marche la plus sûre et en même temps la plus expéditive : elle consiste à prendre les prolongemens des faces des ouvrages attaqués , pour établir des batteries à ricochets sur ces directions; et à réunir toutes ces batteries entre elles par des tranchées parallèles à la place, dans lesquelles se tiennent les gardes destinées è protéger le travail contre les entreprises de la garnison , et sur lesquelles s’appuient les cheminemens en zig-zags, dirigés vers les saillans.
La première de ces parallèles ou places d'armes s’établit à la dérobée, en profitant de l’obscurité de la nuit; sa distance aux premiers ouvrages de la place , a d'abord été fixée par Vauban à 600 mètres; les Ingénieurs qui l’ont suivi l’ont réduite à 5 oo; et les exemples les plus récens m’ont convaincu , que 5 oo mètres suffisent. Marescot, au siège deLandrecies, rétablit à peu près à celte distance; Chasseloup,
( 3 oS )
à Mantoue , ouvrit la tranchée à 300 mètres de la place; Rogniat, sous les murs de Tortose, fit ses premiers travaux h une distance encore moindre. Mais on ne sera pas toujours assez favorisé par les circonstances locales et du moment, pour se rapprocher à ce point; ensorte que la distance que je viens de fixer est celle qui me parait tenir un juste milieu, entre ce que faisaient nos dévanciers , et ce qu’on fait de nos jours , les plus illustres Ingénieurs.
(327.) En rapprochant, comme je crois qu’on doit le faire dans les cas ordinaires, la première parallèle (Fig. 6a.*), on acquiert plusieurs avantages ; d’abord on a moins d’ouvrage à faire; ensuite les batteries qu’on établit dans cette parallèle peuvent y rester jusqu’à la fin du siège, tandis que , suivant l’ancienne méthode, il fallait les transporter de la première à la seconde parallèle, et ce transport était toujours pénible et dangereux. Ces batteries , au lieu de se faire sur le terrain naturel en avant de la parallèle, suivant la coutume des Français, se construiront dans la paralèlle même , par un rélargissement suffisant; on en viendra à bout sans danger et sans que l’ennemi s’en aperçoive, car du dehors on ne verra rien de
plus qu’une tranchée ordinaire. Il n’y a d’autre •nconvénienl à ces batteries que la nécessité où l’on se trouve de faire les embrasures biaises, ce qui n’est qu’un bien petit mal quand l’obliquité n’est pas très-grande; si elle l’est trop, on construit la batterie à redans comme l’indique la figure 62* bis, c’est-à-dire, que pour chaque pièce , on fait une crémaillière dans l’épaulement, perpendiculaire à la directrice de l’embrasure. En s’exposant un peu , et portant la batterie en dehors pour lui donner la direction convenable, on évite sans doute la complication de cette construction , mais 011 achète bien cher cet avantage par la perte de quelques braves. On ne doit point dans les sièges regarder à la peine , car si l’on en usait ainsi on ne ferait rien. Je devais d’autant plus, indiquer la construction des batteries à redans , que les artilleurs n’en peuvent pas faire d’autres lorsqu’ils veulent établir des pièces d’enüladc sur une chaussée ou une digue étroite , et dont la direction est oblique relativement à l’objet qu’ils ont dessein de battre.
( 228. ) On s’approche de la place , en cheminant en zig-zags, le long des capitales, pour
éviter lo feu des ouvrages. A moitié chemin, Yauban construisait une seconde parallèle pour rapprocher ses batteries et ses défenses; puis il continuait les zig-zags jusqu’à la queue des glacis , où il établissait une troisième et dernière parallèle. Entre celle-ci et la seconde étaient, ce qu’il appela, des demi places* d'armes, ou portions de parallèles , toujours construites dans l’intention de protéger de près les travailleurs.
Voilà ce qu’on doit faire encore dans les cas extraordinaires, quand ou a beaucoup h craindre d’une forte garnison, ou qu’on attaque une forteresse du premier ordre. Mais dans les circonstances communes , notre marche sera un peu différente : nous ne ferons que deux parallèles (Fig. 6a'.) ; la première à 5oo mètres comme nous l’avons dit ; la seconde à la queue des glacis; et dans l’intervalle, des demi-placos-d’armes protégeront nos travailleurs , jusqu’à ce que la seconde parallèle soit construite.
La première parallèle est terminée par deux redoutes qui la défendent par leurs feux ; ses communications avec les dépôts de tranchée se font en zig-zags , à moins que des chemins creux, des vallons ou des ravins, ne permets
tent l’approche de la place et ne dispensent de ce travail.
( 229. ) Les profils de la première et de la seconde parallèle, indiqués par les figures 65 .* et 64*, ne sont pas tout -h- fait semblables. Le second n’a point de revêtement; le premier présente un parapet soutenu par des gabions; l’un ne donne que 3 . m de terre-plein à la tranchée, l’autre lui en donne 4 - Ces différences tiennent h la manière dont ces deux tranchées sont construites et aux usages un- peu diflerens auxquels elles sont destinées. L’un et l’autre, devant couvrir également bien ont la même profondeur , i“,oo vers le parapet et i m , 20 au revers de la tranchée ; cet approfondissement en arrière , est afin de procurer un écoulement aux eaux.
La première parallèle assez éloignée de la place et construite d’une nuit dans tout son développement, n’a pas besoin d’une solidité pareille à celle de la seconde qui se construit pied à pied sous le feu de l’ennemi , et en se servant de gabions pour se couvrir plus promptement et plus sûrement. Une circulation plus active se fait dans la seconde parallèle, ce qui exige une plus grande largeur.
Il faut qu’on puisse sortir aisément des places d'armes, soit en passant par-dessus le parapet pour attaquer l’ennemi , soit en montant sur le revers pour l’éviter. C’est pour cette raison que de distance en distance on construit des gradins, du côté du parapet, comme l’indique le profil; et que le talud du revers, se fait en rampe douce ou en gradins sur tout le développement.
Quant auxzig-zags, leur profil indiqué par la figure 65* , ne donne que a m , 5o de largeur à leur terreplein, avec des talus assez rapides de côté et d’autre. Ils ne sont destinés qu’à la circulation ; ils ne renferment point de défenseurs, d’où résulte une largeur moindre que celle des parallèles; on ne débouche point de ces communications pour attaquer l ’ennemi, les gradins sont donc inutiles.
De la Sape.
( n5o. ) Du moment où on se trouve sous l influence des feux de mousqueterie , les tranchées se font avec le gabion , et ce travail reçoit le nom de sape.
On chemine ù la sape volante , si l’on pose ù la fois plusieurs gabions pour les remplir
tous ensemble; et à la sape pleine, si l’ott ne pose un gabion qu’après avoir rempli le précédent. Cette dernière méthode est plus lente et plus sitre , la seconde est plus prompte et s’emploie toutes les fois que les ténèbres favorisent, ou que le feu de l’ennemi se ralentit.
A la sape volante, chaque travailleur armé d’une pelle et d’une pioche , doit remplir deux gabions et faire sa tranchée d’un mètre de profondeur et d’un mètre de largeur en haut.
Pour opérer à la sape pleine , il faut des hommes instruits à ce métier. Us se mettent quatre : le premier place un gabion vide, en se cachant du mieux qu’il peut derrière le gabion déjà rempli ; il se dépêche de remplir le gabion vide en creusant le terrain de o m ,5o en tout sens; il ménage avec soin une petite berme de o“, 35. Un immense gabion rempli de laine ou de fascines , auquel on donne le nom de gabion farci et que le premier sapeur roule devant lui, le garantit des coups directs; toutefois son poste est périlleux, et il se dépêche de remplir son gabion ; quand cela est fait, il cède sa place au second sapeur et va travailler à la suite du quatrième devenu troisième.
La tâche du second sapeur est un peu moins périlleuse , il doit rélargir et approfondir la tranchée de o", 1 7.
Le troisième et le quatrième en font autant et couronnent de fascines les gabions; ils donnent ainsi à la tranchée un métré de profondeur et un mètre de largeur erç haut avec o”, 75 de largeur par le has. Ce sont les travailleurs ordinaires qui rélargissent la tranchée et lui donnent les dimensions qu’indiquent les profils.
Par cette rotation, chaque sapeur occupe successivement toutes les places, elle péril est partagé.
Quatre autres sapeurs de la même escouade, se tiennent en repos derrière ceux qui travaillent et leur donnent les gabions, et les fascines dont ils ont besoin. Ces quatre sapeurs remplaceront les quatre premiers , lorsque ceux-ci auront rempli chacun deux gabions.
1.) Quand la première parallèle est construite, on marque par des piquets plantés sur le parapet, le prolongement des faces pour rétablissement des batteries et celui des capitales pour les cheminemens. Ce dernier s’ob-
tient approximativement , en partageant en deux parties égales l’espace compris sur la tranchée entre les prolongeniens des deux laces de l’ouvrage, et cette approximation est plus que suffisante. Quelquefois l'alignement de deux saillans placés l’un devant l’autre servira à indiquer la capitale. D’autres fois, quand on voudra faire usage de la boussole , la formule suivante fera connaître l'angle x, que l’aiguille aimantée doit faire avec la capitale , lorsqu’on connaîtra les ongles « et g , que les prolongemens des faces font avec cette même aiguille.
x— et x= »
La première valeur est relative au cas où les deux angles * et g sont mesurés du même côté du méridien magnétique ; la seconde correspond au cas où l’un de ces deux angles se mesure d’un cùté, tandis que l’autre se mesure du côté opposé.
(23a.) Quant aux cheminemens en zig-zag, il faut avoir grand soin d'éviter l'enfilade , en dirigeant chaque crochet en dehors des ouvrages , et en couvrant les retours par des prolongeniens de 8 à io mètres.
On se dirige , en remarquant le jour quelque point à l’horizon qui puisse encore être découvert pendant la nuit , ou en se servant de la boussole , après avoir mesuré sur le plan directeur des attaques, déposé chez le chef du Génie , les angles que les cheminemens qu’on projette doivent faire avec l’aiguille.
Les crochets ne doivent s’écarter que de 3o îi 40 mètres de la capitale vers la première parallèle, et seulement de i5 à 20 vers la seconde.
(233.) Ce que nous venons de dire ne suppose autre chose, sinon que la fortification de la place est composée de parties saillantesetrentrantes ; la méthode est donc toujours la même, quel que soit le système adopté pour cette fortification ; ce que nous allons dire ne préjuge rien de plus: nous pouvons donc continuer à décrire la marche des attaques , sans entrer dans aucun détail sur la fortification permanente , ce qui nous permettra d’achever notre tâche , sans rien changer au plan de cet Ouvrage.
Cheminemens sur les Glacis.
(aS/j.) Quand la dernière parallèle est ache-
vée , on fait simultanément sur chaque saillant du chemin-couvert, les travaux que je vais indiquer , et qui se trouvent amplement détaillés dans tous les traités sur l’attaque des places.
On débouche à droite et à gauche de la capitale, pour diriger circulairement une tranchée, à laquelle on donne le nom de portion cireu~ luire ( Fig. 66” ). Puis , du milieu de celte courbe, on s’avance par une sape double, et de bout, jusqu’au milieu du glacis, c’est-àdire, jusqu’à une trentaine de mètres du saillant. Là , on s’arrête pour faire un bout de parallèle ou place d’armes , qui fait avec la sape de bout une espèce de T, lettre dont elle porte le nom. Celte place d’armes est terminée à droite et à gauche par les Cavaliers de tranchée , qui sont des parapets à grand relief, faits de deux ou trois gabions de hauteur , comme l’indiquent les figures 67' et 68*; C’est de ces parapets élevés que les meilleurs tireurs plongent dans le chemin-couvert, et en chassent les défenseurs. On place aussi derrière les cavaliers, des pierriers destinés à couvrir de projectiles les ouvrages qu’on attaque.
Dès que les cavaliers sont achevés et armés.
on débouche tic droite et de gauche par deux sapes doubles et debout , qui vont se réunir à une huitaine de mètres du sadlant qu’on attaque. De là , on tourne à droite et à gauche, parallèlement aux branches du chemin-couvert, pour faire ce qu’on appelle le couronnement du chemin-couvert; c’est tout simplement une sape ordinaire, à4ou 5 mètresde la crête du chemin-couvert
On ne prolonge pas le couronnement trop loin , afin que les batteries à ricochets , qui continuent leurs feux sur les ouvrages en arrière , ne se trouvent pas masquées.
Quand le couronnement du chemin-couvert est achevé , ou est maître de tout le saillant.
('’ôfi.) Telle est la marche méthodique , lente à la vérité , mais sûre et peu périlleuse. On s’en écarte quelquefois pour attaquer le chemin-couvert de vive force ; et cela ne doit arriver que dans les cas où la garnison ne se défend que faiblement. Alors, des grenadiers , en débouchant de la dernière parallèle, se portent hardiment sur le chemin-couvert, pour en chasser les défenseurs ; des travailleurs les suivent, portant chacun un gabion et une pelle ou une pioche ; les officiers du génie placent
ces gobions , et les font remplir pendant que les grenadiers combattent et cherchent à se maintenir. On fait alors tout à la fois à la sape volante, le couronnement et la communication avec la dernière parallèle. Cette dernière doit être traversée, ou faire plusieurs crochets, pour éviter l’enfilade ; ou encore , et dans la même intention, se détourner de droite et de gauche, pour former un tambour, comme on en voit un à la figure GG" , entre le T et la portion circulaire.
Des Batteries de brèche.
(a56.) De quelque manière qu’on se soit emparé du chemin- couvert, il faut songer à établir les batteries de brèche. Cela se fait en rélargissant en arrière la tranchée du couronnementet portant leslcrresen avant,pourrépaissir le parapet. Celui qui existe déjà sert de masque devant les embrasures , de manière qu’on les peut exécuter avec toute la sécurité que comporte un travail fait si près de l’ennemi. On ne donne à ce parapet que 4 mètres d’épaisseur , si les feux de la place sont éteints ; on lui en donne G , si l’on a encore à craindre les feux d’artillerie.
Pour donner à l'embrasure une plongée suf-
lisante, on écrèle l’angle du glacis, ou bien, on relève de o“, 5o les plate-lormes des pièces au-dessus du fond de la tranchée. Ce travail des batteries de brèche , quelque considérable qu’il paraisse , se fait aisément dans trente-six heures. On le commence avec la nuit, et à la deuxième aurore la batterie doit être armée.
Remarquons en passant, que les batteries de brèche se font absolument comme je voudrais qu’on fit toujours celles à ricochets dans les parallèles ; ces dernières seulement seront un peu plus faciles , à construire en ce qu’elles sont plus éloignées du feu et mieux dérobées.
Quand les batteries de brèche sont armées , on démasque leurs embrasures , et leur feu commence contre le saillant de l’ouvrage que couvre le chemin - couvert , et dont on voit maintenant l’escarpe; la brèche ne tarde pas à être faite ; il ne reste plus qu’à donner l’assaut.
Descente du fossé.
( 2 ? 7 .). Pendant que les artilleurs construisaient leurs batteries, les mineurs s’enfoncaient à l’extrémité du couronnement ; ils pratiquaient, par un travail lent et souterrain, une
descente qui , conduisant derrière la contre» •carpe, se détourne pour descendre encore jusqu’au niveau du fond du fossé , où elle débouche à travers la muraille. Une tranchée conduit de cette descente au pied de la brèche. Voilà le chemin tortueux que doivent suivre les grenadiers chargés de l'assaut.
La descente se construit en galerie au moyen d’étais , et par les procédés que nous indiquerons en parlant des mines ; ou bien à ciel ouvert , lorsque le fossé est peu profond : dans ce cas , il faut se garantir par un blindage, des coups qui partent d’en haut ; on se sert , pour cela , des blindes décrites dans le numéro (aa5) , et l’on en forme une galerie entre deux parapets , comme l’indique la ligure 69 .* Par-dessus on met des fascines recouvertes de peaux fraîches , qui les garantissent de l’incendie.
Passage du fossé.
(a58.) Le passage du fossé sec se fait, comme nous l’avons dit, par une tranchée qui joint le débouché de la descente avec le pied de la brèche, et garantit des coups latéraux; mais lorsqua la fossé est rempli d’eau , le travail
ai
devient long et pénible. H faut alors, en jetant un grand nombre de fascines chargées de pierres , commencer par faire au débouché de la descente , l'amorce d’une digue, sur laquelle on commence à placer quelques gabions remplis de sacs à terre , pour garantir les travailleurs des coups latéraux ; on pousse ensuite la digue plus avant , en posant , avec ordre , les fascines dans le sens longitudinal et dans le sens transversal , et en se couvrant à mesure du côté de la place.
Si l’eau est courante, le travail devient trèsdifficile , il faut donner h la digue un degré «le solidité suffisant pour qu’elle puisse résister nu choc de l’eau ; et la faire assez haute , po’ ” que cette eau accumulée ne passe pas pardessus. On se verra , peut-être , obligé de retommencer plusieurs fois le travail, de le consolider par des pieux plantés h la masse ; peutêtre enfin , tout cela sera-t-il insuffisant , et faudra-t-il essayer un pont flottant en fascines liées entre elles, et soutenues par des tonnes vi (es ; ou enfin , se servir d’un pont , chose presque impossible , si tous les feux de la place ne sont pas complètement éteints.
Assaut.
(aâg.) Lorsque le passade rlu fossé est achevé , que la brèche est praticable , on donne l’assaut. Les grenadiers s’élancent en colonne, et s'efforcent d’atteindre le sommet. Quand une fois ils y sont , ils cherchent h s’y maintenir tout le temps nécessaire à la construction d’un couronnement de brèche ou nid-de-pie , que font les officiers du génie, avec les gabions qu’ont apportés les travailleurs, et que ceux-ci se dépêchent de remplir.
(240.) Quelquefois, avant d’arriver aux premiers ouvrages d’une place , il y a un avantfossé rempli d’eau > qu’il faut traverser ; on le fait avec un pont de chevalets , sur lequel on met un épaulement en gabions remplis de sacs h terre , et fortifiés intérieurement par' d’autres sacs empilés et serrés les uns contre les autres (Fig. 70'). Les gabions supérieurs peuvent être remplis de fascines dressées debout , afin de mieux couvrir sur toute la largeur du pont.
(341) Il arrive souvent que les ouvrages qu’on attaque ne sont pas revêtus ; il ne faut
pas moins les battre par le canon pour les labourer , rompre leurs fraises , et rendre leurs talus praticables. C’est avec des obus ou des bombes tirées horizontalement, qu’ou réussit le mieux à remuer les terres ; on peut même , par ce moyen , faire sauter partiellement les parapets, et mettre à découvert les défenseurs.
SECTION TROISIEME
Attaques irrégulières .
(24 a) Il se présente souvent à la guerre de petites villes ceintes de murailles, d'anciens châteaux forts, dont il faut s’emparer. Si l’on amène du canon , l'on aura bientôt raison de ces bicoques. On vient pendant la nuit se placer devant les murailles aux endroits reconnus pendant le jour ; on se dépêche d’élever une façon d’épaulement, et au jour, on commence la canonnade. La muraille ne tarde pas à être renversée : on s’avance alors ; s’il y a un fossé , on fait une rampe avec des fascines , et l’on donne l’assaut; s’il n’y en a pas, on se présente immédiatement à la brèche , et l’on force le passage.
( 245 ) Mais quand on n’a pas du canon , il
faut avoir recours à l’escalade , et pour cela * feindre une attaque d’un côté pour y attirer l’ennemi , pendant qu’on plante ses échelles du côté opposé , et qu’on pénètre dans la ville. Dès que quelques hommes y sont entrés, ils eourent aux portes pour les rompre avec la hache ou le pétard , et donner accès aux troupes qui sont encore au dehors. Quand on peut surprendre son ennemi une heure avant le jour , le succès est mieux assuré.
(344) Lorsque l’escalade est impossible, il faut tenter les surprises, chercher à s’introduire dans la ville à l’insçu de l’ennemi , soit en déguisant plusieurs soldats en paysans , soit en profitant des portes dérobées que l'ennemi néglige de garder, ou des égouts et des aqueducs sur lesquels il n’a aucun soupçon.
Quand on n’a pas pu réussir à se ménager des intelligences dans la place , ou à y introduire des soldats déguisés , on essaie de s’en approcher sans bruit pendant la nuit , et d’y introduire , au moyen des échelles , le plus de soldats qu’on peut, avant que l’cunemi ne prenne l’éveil.
L’hiver est la saison la plus favorable aux surprises; la longueur des nuits rend possible
une longue marche qu’il faut nécessairement dérober; les vents qui régnent alors, font qu’on n'est pas entendu, et l’épaisse obscurité permet de s’approcher sans être vu.
Pour éviter les méprises et se reconnaître dans les ténèbres, il faut que chaque soldat porte une marque bien visible , telle qu’un mouchoir au schakot, ou la chemise par-dessua l’habit,
On se munit de tous les instrumens nécessaires pour enfoncer les portes et renverser les petits murs ; tels que tenailles, marteaux , pics, ciseaux , pinces , etc. ; on prépare même quelques pièces de bois pour fajre l’office do bélier au besoin. Trois poutres qui s’areboutent , et sont dressées en chevalet , font la façon du support; etle bélier n’est autre chose qu'une quatrième poutre suspendue par une corde, et que deux ou trois hommes balancent et dirigent contre l’objet qu’on veut abattre.
Les surprises ne réussissent qu’avec un ennemi qui se garde mal.
(345) Ne pouvant tenter une surprise , et ne voyant aucune probabilité au succès d’une escalade , il faut s’emparer de vive force , des portes et des ponts-levis. Pendant que des
soldats déterminés cherchent à les enfoncer les autres protègent leur dangereuse opération par un feu de mousqueterie , dirigé contre les créneaux , les fenêtres , les embrasures ou les parapets qui ont des vues sur ces portes et ces ponts.
(a/,6.) Enfin il est des places qui, sans être aussi méprisables que les bicoques dont je viens de parler , ne sont cependant protégées que par une mauvaise fortification. U faut alors dresser quelques batteries , ouvrir quelques tranchées, en simplifiant les procédés et accélérant les approclies par tous les moyens qui peuvent être bazardés devant une faible garnison renfermée dans une mauvaise place. U n’y a rien de fixe à cet égard ; on ne peut établir d'autre précepte que celui-ci : sachez modifier vos méthodes et abréger votre travail, en profitant de toutes les circonstances qui vous sont favorables.