‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Principes généraux relatifs aux Tracés,

SECTION PREMIÈRE

Tracé des ouvrages considérés isolé-

ment.

(i) Xj’objet de la fortification est de mettre un certain nombre d’hommes en état de résister à un nombre plus considérable.

(3) La première chose à faire quand on est trop faible pour lutter corps à corps avec son ennemi , c’est de le tenir à distance ; la seconde de se couvrir, pour se mettre à l’abri des traits qu’il peut lancer j et la troisième de se ména-

ger l’avantage de la mobilité et du développement de ses forces.

C’est de ces trois considérations qu’on peut regarder comme autant de principes que découle naturellement la forme des différens ouvrages de fortification.

C’est ainsi que pour tenir son ennemi à distance, on creuse un fossé; que pour se dérober à ses coups, on se sert des4erres qui proviennent de cette excavation pour en faire un masque, et qu’en s’élevant sur cette terrasse , on se donne l’avantage physique de la position.

Plus le fossé sera large et profond , et mieux il atteindra son but; il y a cependant des limites fixées par la nature même de la chose, et par les moyens d’exécution.

Les terres provenant du fossé formeront un massif qui résistera d'autant mieux aux armes de l'attaquant, qu’il sera plus épais ; et d’un autre côté, ce même massif favorisera d'autant mieux les coups des défenseurs qu’il sera plus élevé. Il semble donc d’abord qu’on doit le faire le plus épais et le plus élevé possible , pe qui s’accorderait parfaitement avec ce que nous venons de dire du fossé; mais ce massif ne doit pas dépasser non plus certaine»

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limites , ni dans son épaisseur, ni dans sa hauteur. Ainsi , par exemple, si l’arme dont l’assaillant doit se servir, ne peut pénétrer les terres que de trois mètres, il est inutile de donner au massif plus de quatre mètres d’épaisseur.

En second lieu , il faut que , sans trop se découvrir , on puisse diriger ses coups sur l’ennemi qui aurait atteint le bord du fossé; de là» une limite pour la hauteur du môme massif, limite qui dépend, comme on le voit, de la largeur du fossé.

Profil primitif.

(3) C’est en remplissant toutes ces condition* que l’expérience a fixé dans les différente»

circonstances les dimensions et la forme du massif couvrant auquel on donne le nom de parapet ; elle a fixé de même la largeur et la profondeur du fossé.

Quelle que soit l’arme dont se serve l’assaillant, il faut toujours être également à couvert derrière le parapet; d’où il suit que toutes choses égales d'ailleurs, le parapet doit toujours avoir la même hauteur ; ainsi AB est une quantité constante ordinairement de 2 .“ 5o.

( Fig. 1 ). Il n’en est pas de même de la lar-

géur BC, elle varie suivant la force des pro-^ jectiles auxquels le parapet doit résister.

La hauteur moyenne de l’homme étant une quantité fixe ; la distance de la petite terrassa ou banquette DE, au-dessous du point A, est également une quantité constante invariablement fixée if i. m 5o; c’est la hauteur nécessaire pour qu’on puisse tirer par-dessus le parapet. La rampe EF qui conduit sur cette banquette, a toujours une base GF, double de sa hauteur EG.

On donne ordinairement un mètre de largeur à la banquette.

Le dessus AI du parapet a une pente ou plongée , afin de laisser découvrir de la tête ' aux pieds l’ennemi qui serait arrivé sur le bord du fossé ; cette plongée est un mal nécessaire; je dis qu’elle est un mal: car il est évident que le parapet aurait beaucoup plus de force si l’angle A dont le sommet prend le nom de crête Ultérieure , de ligne couvrante , ou de ligne de jeu, n’était pas aigu. Pour conserver à cette crête une force convenable, on fixe au quart le maximum de la plongée AI, c’est-àdire que IX ne peut pas être plus du quart de AK, et c’est-là ce qui limite dans tous les cas, ainsi que nous l’avons dit au numéro la hauteur du parapet.

Pour assurer au côté AD une solidité suffisante, et permettre en même temps l'approche du parapet , on donne à ce talud intérieur o,3o de base; c’est donc encore là une quantité constante.

Le talud extérieur IH doit toujours se faire à terre coulante; sa pente varie donc suivant la nature du terrain ; cependant dans les cas ordinaires, il ne s’éloigne pas beaucoup de l’angle de 45° > et on le fait toujours tel dans le dessin des profils semblables à celui que représente la 'figure première,

La ligne d’interseption du talud extérieur III, et de la plongée AI , ligne qui se projette en I , se nomme la crête extérieure du parapet.

Le repos IIL nécessaire à la solidité de l’ouvrage est la berme ; on ne doit lui donner que o,5o de largeur, pour qu’elle ne facilite pas, trop l’escalade ; sous ce point de vue mieux serait sans doute de n’en point mettre du tout; mais la berme est trop utile dans la construction du parapet pour se permettre cette suppression , et d’ailleurs elle retient les terres qui peuvent s’ébouler , éloigne la poussée , et contribue ainsi à la solidité de l’ouvrage. Cette berme construite ordinairement sur le terrain naturel doit, dans tous les cas , être au moins

de deux mètres plus basse que la crête inférieure , pour que l’ennemi arrivé dessus no puisse pas plonger dans l’ouvrage.

Le talud LN est l’e-scarpe du fossé , le talud MO en est la contrescarpe. Ces deux talus varient d’inclinaison suivant la nature des terrains , les moyens qu’on a de les soutenir et la durée présumable de l’ouvrage. Si cet ouvrage doit être stable pendant plusieurs saisons , et qu’on n’ait aucun moyen de consolider les terres , les talus d'escarpe et de contrescarpe , seront à terre coulante ; mais quand il ne doit durer qu’une campagne , et être construit en terrain ordinaire , on peut faire ces talus au tiers ou au quart , c’est-àdire que leur base aura le tiers ou le quart de leur hauteur.

Quant à la largeur et à la profondeur du fossé, ce sont des quantités variables suivant l'épaisseur du parapet; nous verrons par la suite la manière de fixer ces dimensions.

On fait quelquefois subir une modification eu profil primitif, en ne lui donnant point de banquette, ni de plongée; c’est lorsque le parapet ne doit servir que de masse couvrante; on lui donne alors le nom d’épanlement. L’artillerie se sert d’épaulemens pour couvrir ses

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batteries; et l’on en élève quelquefois pour garantir les escadrons des ravages du boulet , pendant tout le temps qu’ils restent dans l’inaction.

(4.) Les ouvrages qui doivent durer des années, constituent la fortification permanente ; ceux qui ne sont destinés à rester sur pied que pendant l’espace d’une campagne appartiennent h la fortification passagère. Les uns et les autres sont également du ressort de v l’ingénieur militaire.

Dans la fortification permanente , on a tous les moyens de consolider, de polir et de perfectionner les ouvrages ; k‘ la guerre , au contraire , on manque souvent du nécessaire. C’est là que l’officier donne des preuves de son coup-d’œil, de ses ressources, de sa patience et de son activité. Il faut qu’il fasse flèche de tout bois ; qu’il sache mettre à profit ce qu’il trouve sous sa main , et tirer tout le parti possible des ouvriers qu’il dirige et des soldats qu’il commande. Il doit faire travailler avec vigueur les hommes qui lui sont confiés , sans cependant trop exiger d'eux; il évitera de leur donner des ordres qui se contrarient ; il saura allier la douceur avec la sévérité ; et il mettra dans les affaires une certaine rondeur

ennemie de l’esprit minutieux qui cherche toujours une perfection intempestive, perd de vue l’ensemble pour s’attacher à des riens , consomme du temps et fatigue les agens subalternes. Mais par-dessus tout, l’officier du génie doit savoir se concilier l’attachement do Ses subordonnés , il faut qu’on le craigne et qu'on l’aime , que son approbation fasse doubler de zèle , et que ses réprimandes ne restent pas sans effet. Qu’il soit toujours sur ses travaux ; qu’il sache endurer le froid et les ardeurs du soleil ; qu’il ne craigne pas de se mouiller ou de se salir; qu’il soit toujours le premier arrivé|et le dernier à partir; qu’il s’assure de tout par lui même , car on cherchera souvent à le tromper; enfin, qu'il ne dédaigne pas de manier quelquefois les instrumens pour enseigner aux ouvriers le meilleur usage à en faire.

(5.) Nous avons fait connaître dans le n.°(4) la forme ordinaire du profil d’un parapet , sans rien fixer sur la nature de l’ouvrage auquel ce parapet doit appartenir, c’est-îs-dira que quel que soit cet ouvrage , le profil sera toujours le même dans des circonstances semblables.

Nous avons <lît en commençant que le défenseur devait chercher à se procurer l’avantage de la mobilité. Cela nous fait de suite voir qu’une disposition quelconque d’ouvrages de fortification, ou simple, ou composée doit être convexe au-dehors , c’est-à-dire du côté^. de l’ennemi; afin que le défenseur n’ait que les cordes à parcourir pendant que l'attaquant se mouvra sur des arcs d’autant plus grands, que larme avec laquelle on lui résistera aura une plus grande portée. Et d’ailleurs il faut qu un ouvrage défensif enveloppe ceux qu’il doit protéger.

Les différentes manières de résoudre ce problème , donnent naissance aux différons ouvrages ou refmncheniens connus en fortification ; nous ne parlerons que de ceux qui sont généralement employés à la guerre, et pour les représenter, nous ne donnerons que la projection horizontale de la crête intérieure. r

Du Redan.

(G.) La manière la plus simple de disposer un ouvrage dont la convexité soit tournée du côté de 1 ennemi , est de le faire de deux

branches ou faces qui se réunissent pour former un angle. Cet ouvrage le plus minime de tous ceux qu’un ingénieur puisse être appelé à construire a reçu le nom de Redan.

L’angle BAC (lig. a.) formé par les deux droites AB , AC qui se renqontrent au point A , est ainsi la projection horizontale de la crête intérieure d’un redan. La partie ouverte de ce redan en est la gorge. On voit donc que pour donner quelque valeur à cet ouvrage , il faut en défendre la gorge, soit par d’autres ouvrages en arrière, soit par des obstacles naturels. Aussi n’emploie-t-on le redan que pour faire partie d’une ligne destinée h couvrir un camp ou un front de bataille , pour défendre une avenue de village, une digue, un pont, etc.

Le principal défaut de cet ouvrage considéré isolément est d’avoir un fossé sans défense, et ce défaut, il le partage avec la plupart des ouvrages que l’on fait communément en campagne. De plus, il est un fait d’expérience, c’est que le soldat placé derrière un parapet fait toujours feu devant lui, perpendiculairement k la direction de ce parapet; ainsi , on verra qu’en élevant au point A , les perpendiculaires AP , AQ sur les faces AC . AB , le Recteur QAP sera privé de feux , et favorisera en conséquence l’attaque

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fle l’ennemi. On remédie en partie h ce dernier défaut, en construisant au saillant, ce qu'on appelle un pan coupé ; c’est un répaississemcnt intérieur , qui ne change rien à la forme extérieure du parapet.

(7.) Plus l’angle BAC sera ouvert , moins le secteur privé de feux sera considérable; mais plus aussi la partie BAC s’approchera de la ligne droite, et plus on sera loin de donner h l’ouvrage la forme convexe au-dehors. Il y a donc une limite à l’ouverture de l’angle, et nous la fixerons à 120 degrés, division sexagésimale.

Ce môme angle est susceptible d’une limite inférieure que nous allons faire connaître.

Plus il se rétrécit , mieux on satisfait à la condition de présenter au - dehors une convexité bien prononcée ; mais plus aussi l’espace intérieur diminue; le secteur QAP augmente alors, et l’angle saillant A devenant trop aigu, n’est plus capable de résister aux grandes pluies, et bien moins encore aux coups de l’ennemi ; il forme une arrête extérieure facile à gravir; et le grand rétrécissement rend impossible l’emplacement du canon vers le saillant. Toutes ces raisons réunies font voir que

l’ongle A ne peut pas se resserrer au - delà d'une limite, qui a été fixée par l’expérience à 60 degrés , c’est-à-dire à la moitié de la limite supérieure.

La limite de 6o° est applicable aux angles saillans de toute espèce d’ouvrages , en sorte que nous pouvons poser pour première règle générale.

Première Règle.

Les angles saillans des ouvrages ne doivent pas être moindr que 6o.°

Les faces du redan peuvent avoir une longueur quelconque ; cependant, quand le terrain le permet, on leur assigne ordinairement une cinquantaine de mètres.

L’espace intérieur dans cet ouvrage comme dans tous les autres, s’appelle le terre-plein.

J^a ligne fictive qui partage un angle saillant en deux parties égales , en est la capitale.

Cette ligne ne sert que pour le tracé des ouvrages. Ainsi, par exemple, on dira que pour construire un redan qui satisfasse aux différentes conditions énoncées ci-dessus ; il faut porter 5 o mètres sur la ligne de gorge à droite et à gauche de la capitale, prendre cette capitale

de 4 ° niètres de longueur , h partir de la ligne de gorge, et joindre l’extrémité delà capitale> avec les deux extrémités de la ligne de gorge par deux droites. On aura alors le tracé d’un redan qui aura 5o mètres de côté ou de face, et environ 72 ° d’ouverture.

Le redan jeté en avant d’autres ouvrages , et basant système avec eux, reçoit le nom de flèche.

De la Lunette.

( 8 .) La lunette est un ouvrage un peu plus considérable que le redan, composé de deux faces AB , AC et de deux flancs BD , CE.

( Fig. 3 ). Ces flancs sont destinés à mieux envelopper l’espace intérieur et à battre quelque pli de terrain , qu’un simple redan n’aurait pas pu découvrir ou n’aurait vu que d’une manière très-oblique.

La lunette est comme le redan , ouverte à la gorge, ainsi on ne doit la construire que dans les mêmes circonstances. Cet ouvrage est trèsfréquemment employé h la guerre , h cause de sa simplicité et de la facilité avec laquelle il se plie a u terrain. Ses dimensions et sa forme n’ont riende fixe, ce sont toujours les localités quilcs

déterminent ; cependant , pour arrêter nos idées , nous lui donnerons en terrain horizontale, 60 mètres de face et 20 mètres de flanc.

La longueur de la gorge et celle de la capitale , dépendent de l’ouverture de l’angle saillant, qui peut être quelconque au-dessus de 60 0 , différent de celui du redan qui ne doit pas dépasser Ja limite supérieure de 120".

Et ceci lient à ce que, lors même que AB , AC seraient sur le prolongement l’une de l’autre , et ne feraient par d’angle , l’ouvrage au moyen des deux flancs BD , CE , n’en tournerait pas moins sa convexité du côté de l’ennemi.

Quoique le tracé de la lunette puisse être quelconque, on pourra, cependant , lorsqu’il s’agira d’en établir une sur un terrain horizontal, et lorsque rien d’ailleurs, 11e déterminera sa forme , prendre la ligne BC qui joint les deux angles B et C de la lunette , angles auxquels' on donne le nom d 'angleset épaule, prendre, dis-je, cette ligne égale à 1 80. “ élever sur le milieu une perpendiculaire de 44- œ longeur; ces deux lignes détermineront les faces AB et AC qui auront 60 mètres de longueur , et comprendront un angle de 84 0 environ.

Pour les flancs , ils doivent aboutir aux

deux extrémités d’une droite de 72 mètres de longueur , parallèle à BC , à 20 mètres de distance , et partagée comme elle en deux parties égales par la capitale.

Les défauts de la lunette sont du même genre que ceux du redan; elle a des fossés dépourvus de défense , un grand secteur privé de feux à l’angle saillant , ainsi que deux secteurs plus petits aux angles d’épaule. On corrige le second de ces défauts par le pan coupé , et le premier par des moyens que nous ferons connaître par la suite.

Du bonnet de prêtre.

(9.) Si l’on accole deux redans, de manière que l’un puisse défendre l’autre, on aura l’ouvrage auquel les ingénieurs ont donné le nom, assez impropre, de Bonnet de prêtre. Il est composé de deux faces AB, CD et de deux flancs AE , EC ordinairement plus courts que les faces.

Cet ouvrage , .ouvert à la gorge , doit s’appuyer b queique'obstacle comme la lunette el le redan ; on l’emploie ordinairement pour couvrir un petit pont , et alors ses faces sont défendues par des batteries placées en arrière

de l’autre côté de la rivière. Le flanc ËC défend l'angle saillant A, et le flanc AE joue le même rôle relativement à l’an "le saillant

C ; et sous ce point de vue , le bonnet de prêtre vaut mieux que la lunette ; il n’offre point de secteurs privés de feux ; mais ses fossés ne sont guère mieux défendus que ne le sont ceux des ouvrages précédons : cependant les flancs peuvent apercevoir le fond du fossé vers les saiilans A et C.

Voici le tracé convenable pour la plaine :

on fera la ligne de gorge BD de 100 et la capitale IK de 5 o mètres de longueur; on élèvera la perpendiculaire AC , sur laquelle on portera de part et d’autre h partir du point I une longueur de 20 mètres , qu’on portera nussi sur la capitale ; on joindra les points A et C avec le point E par des droites qui seront les flancs ; ces mêmes points réunis avec les extrémités B et D de la gorge donneront les faces. Les angles saiilans A et C seront de 75° 5 , et par conséquent dans la limite prescrite. L’angle AEC est uiyangle droit, et ce n’est pas sans raison; c’est afin que les deux saiilans soient défendus avec efficacité par les flancs opposés.

(io.) Cette défense latérale ou de flanc que chaque saillant reçoit ainsi d’une partie \oisine, se nomme flanquement-, et quand on dit qu’une ligne cnllunquc uue autre, cela signifie que les feux de lu première sont emplojés à la défense de la seconde. Or, la meilleurs disposition à douner à deux ligues qui se flanquent mutuellement , est de les construire perpendiculaires l’une à l’ autre, de faire leur angle de cüjense droit ou légèrement obtus ; parce qu’ainsi que nous l’avons déjà dit, le soldat tire toujours droit devant lui, d’où résulte qua si cet angle était aigu, une partie des feux d’un flanc serait dirigée sur le flanc opposé, ce qui pourrait occasionner des accidens l&cheux , et serait dans tous les cas une dépense de mousquéterieen pure perte; si, au contraire, l’anglo est trop obtus, les saillans sont mal défendus, parce que les feux croisent trop loin la capitale.

Ï^Iqus poserons donc pour seconde règle générale. ,t

Seconde Hègle.

Les lignes qui se flanquent doivent être per~ pendiculaiivs mtr elles.

C’est avec un petit nombre de règles sem-!

blables aux précédentes, que l’ingénieur se guide dans ses tracés ; nous en établirons cinq dans le courant de cet ouvrage.

De la Redoute.

( 1 1 .) La redoute est un ouvrage fermé , pouvant se défendre par lui-même en quelque lieu qu’il soit placé , et dont les faces ne reçoivent aucun flanquement ; sa forme est ordinairement celle d’on quadrilatère.

En terrain horizontal , il est naturel de faire la redoute carrée , parce qu’il n’y a pas de raison pour donner h une de ses faces plus de longueur qu’aux autres, et de ne pas faire tous ses angles égaux. Il n’en est pas de même sur un site accidenté, où l’on est le plus souvent forcé d’altérer plus ou moins la forme régulière . pour suivre les ondulations du terrain, f

Sur le milieu d’un des côtés DC, (Fig. 5):

ou laisse une ouverture EF, pour communiquer de l’extérieur à l’intérieur de la redoute! et pour que cette ouverture ne permette pas à l’ennemi de battre dans l’intérieur de l’ouvrage, on élève un massif de terre GII , façonné en parapet dirigé du côté du dehors. On donne 4 ce massif ou masque le nom de traverse.

Le principal défaut des redoutes carrées oU quadrangulaires, est d’offrir à l’assaillant quatre secteurs privés de feux, et de favoriser ainsi son attaque sur quatre points différons; or, c’est un très -grand défaut en fortification, qu’une disposition qui met dans le cas d’avoir à répondre it plusieurs attaques simultanées, d’un ennemi supérieur en force.

On a voulu remédier h ce défaut, en donnant aux redoutes une forme circulaire; mais on n’a fait que remplacer un défaut par un autre défaut. Une redoute circulaire qui, d’ailleurs, renfermerait un plus grand espace intérieur sous le même contour, et offrirait un avantage sous ce point de vue , ne peut se plier au terrain qu'avec peine ; sa grande symétrie fait qu’elle offre partout le même degré de résistance, et quelle disperse ses feux d’une manière égale et inefficace, sur le plateau ou l’avenue qu’il faudrait battre de préférence, et sur les parties où l’ennemi ne peut se présenter que difficilement, et où par conséquent il n’est pas nécessaire de diriger beaucoup de feux. La redoute angulaire , au contraire , peut avoir ses faces principales dirigées contre les points les plus importans à défendre; elle est plus facileà tracer et s’accomode sans peine aux accidens du ter- 7

Tain; la redoute circulaire offre, d’ailleurs, une assez grande difficulté d’exécution, ce qui empêchera toujours de l’employer à la guerre. On pourra tout au plus la mettre en usage dans la fortification permanente , où tous les moyens de construction sont h la disposition de l’ingénieur. On obviera en grande partie au défaut des secteurs privés de feux , en employant , comme nous l’avons déjà fait pour le redan et la lunette, le pan coupé, auquel on donnera 6 mètres de longueur.

(ia.) Nous venons de dire que la redoute circulaire, aurait sur la redoute carrée l’avantage de renfermer un plus grand espace sous un même contour ; c’en serait un sans doute , si sa construction rapide et avec les seuls moyens qu’on peut avoir à l’armée , était une chose possible.

Il n’en est pas des ouvrages fermés , comme des lunettes ou des redans; dans les premiers qui doivent quelquefois renfermer une garnison pendant plusieurs jours, il faüt nécessairement proportionner le nombre des défenseurs à l’espace intérieur. Il est, en effet, bien évident qu’un homme occupant à peu près un mètre sur le bord du parapet , une redoute qui

n’aurait que io mètres de côté* n’aurait pas: assez d’espace intérieur pour que les quarante» hommes qu’il serait possible de placer sur le pourtour de cette redoute pour la défendre, pussent s’y loger. Le côté de la redoute est donc susceptible d’un minimum, qu’ils’agit dg trouver.

Pour faire ce petit calcul, nous donnerons à la redoute la forme carrée , et nous prendrons comme fait d’expérience, qu’un défenseur occupe un mètre courant de parapet , et qu’d faut au moins trois mètres carrés pour loger deux hommes..

Si donc le nombre des défenseurs d’une redoute, est n, sa surface intérieure devra être au moins mètres carrés , et si nous nommons x son côté , 4 oc sera son contour , et x-j le côté du carré intérieur, c’est-à-dire du carré compris entre les pieds des taluds des banquettes. Le nombre 7 qu’on retranche de oc , est l’espace occupé par les deux banquettes opposés et leurs taluds. Enfin, l’espace plan, intérieur qui est le seul logeable, sera 0-7 ) 2 - On aura donc pour déterminer x et n les deux équations suivantes :

d’où Ton, tire : x = ij n = 68

Ainsi la plus petite redoute qui puisse être défendue par un seul rang de fusiliers, aura 17 mètres de côté, et pourra contenir une garnison de 68 hommes.

Si l’on veut que la redoute soit défendue par deux rangs de soldats, il faut rélargir la banquette de o“, 5o, et l’on a à résoudre les équations suivantes :

8i = n ( x-S y = ?a d’où x = d 5 n = aoo

Des calculs semblables aux précédens, assignent 23 mètres et 3a mètres pour la longueur des côtés des redoutes, qui doivent contenir en outre, une réserve égale au tiers de la garnison, dans les deux cas examinés ci-dessus. Les nombres d’hommes relatifs à ces deux cas , sont i5a et 38/j.

(r3.) Les calculs précédons ne sont pas nécessaires à faire toutes les fois qu’il est question d’établir une redoute ; le plus souvent on n’en a pas le temps , et ce n’est pas an moment d’agir qu’on doit prendre le crayon pour calculer. Il faut seulement se rappeler les résultats précédons pour ne pas rester audessous des limites.

S'il s’agit , par exemple , de construire une

redoute pour 100 hommes, on voit qu’on ne Jes pourra placer que sur un seul rang, puisque la plus petite redoute dont les parapets puissent être garnis convenablement par deux rangs de défenseurs , doit renfermer 200 hommes au moins ; il suffira donc de prendre le quart dç 100, pour avoir la longueur du côté de la redoute qu'il est question de construire, ce sera 25 . En élevant au carré le nombre 18 qui est a 5 moins 7 , on aura pour l’espace logeable 3 24 mètres carrés; or, à la rigueur il n’en faudrait que 1 5 o , on peut donc faire la redoute plus petite. On essaiera de former une réserve de 20 hommes , et de ne placer que 80 hommes le long du parapet , l’espace logeable sera alors 1 3 au carré , c’est-à-dire 169, ou 19 mètres de plus qu’il n’est indispensablement nécessaire , ce résultat est donc satisfaisant.

' Qu’il soit question pour second exemple , de construire une redoute pour 55 o hommes. Je vois de suite que je puis disposer les défenseurs sur deux rangs , puisque la plus petite redoute défendue de cette manière , ne contient que 200 hommes; je vois de plus que je puis former une réserve, mais moindre que le tiers, car la plus petite redoute qui soit dé-

fendue par deux rangs et une réserve da tiers, renferme 584 hommes. Je forme donc à première vue une réserve de 90 hommes, et par une espèce de calcul de fausse position , je vais vérifier si cet arrangement est bon. Il reste 260 hommes à placer autour du parapet sur deux rangs; ainsi , en divisant ce nombre par 8, on a 3 a mètres pour le côté de la redoute.

L’espace logeable est 24 élevé au carré, ou 676 mètres. Or h un mètre et demi par homme il n’en faudrait que 5 a 5 , donc la disposition proposée est acceptable.

(14.) On n'a point égard, dans ces calculs, à l’espace qu’occupe la traverse, c’est qu’on suppose , comme cela doit être , que tous les soldats ne dorment pas à la fois. Néanmoins, il vaut mieux donner un mètre ou deux de plus aux côtés de la redoute , que de courir le risque de se trouver trop à l’étroit. C’est pour cette raison , et parce que les éclats d’obus sont excessivement dangereux , dans les petits ouvrages qu il faut porter h 20 mètres le minimum des redoutes carrées , quoique le calcul donne 1 7 mètres pour le côté de la plus petite.

(i 5 .) S’il doit y avoir du canon dans la redoute ; son contour doit s’augmenter de 5 mètres par pièce , et sa surface intérieure de 60 mètres carrés pour chaque pièce de 1 1

5 o de 8

4o de 4

4o ... . pour chaque obusier.

Ces données et celles qui précèdent, suffisent pour trouver , dans tous les cas , qu'elle est la plus petite redoute qui puisse être dé» fendue par un ou deux rangs de soldats, avec ou sans réserve du tiers , et qui puisse contenir en môme temps un certain nombre de bouches à feu.

(16.) Nous avons vu dans le numéro ( i 3 ) le parti qu’on peut tirer au moment du besoin des résultats du calcul ; c’est ce qui nous a engagé à présenter le tableau suivant, offrant les plus petites dimensions qu’une redoute puisse avoir dans les différens cas qui peuvent ;ee présenter , en ne supposant toutefois que des pièces de 8 dans l’armement.

Ce tableau fait voir, qu’une redoute de guerre ne doit pas avoir plus de 4° niètres de côté , parce qu’au-delà de cette limite , on aurait un espace intérieur superflu; de même qu’il ne faut pas lui donner moins de ao nièces, si on ne veut pas y être trop à l'étroit. Ainsi, quand on aura un ouvrage à construire sur un espace plus grand que celui dont nous venons de parler , il faudra que cet ouvrage ait une autre forme que le carré , et nous profiterons de cette latitude pour donner au tracé une forme, qui fasse disparaître , ou du moins qui atténue le défaut que nous avons remarqué dans les ouvrages précédens , celui d’avoir des fossés sans défense ; lequel tracé fournira en même temps , le moyen de porter des feux sur les saillans, et fera disparaîfre le défaut des secteurs privés de feux.

Les ouvrages qui remplissent ces conditions , plus vastes et plus imporlans que les redoutes, fermés comme elles et se défendant par eux-mêmes, s’appellent forts ou fortins.

(17.) On trouve dans les Traités de fortification, les tracés de plusieurs fortins dont ou ne peut faire nul usage , vu leur peu de simplicité ; nous nous contenterons donc de parler

du fort à étoile et du fort bastionnè qui sont K peu près les seuls qu’on employé à la guerre.

Quoique les forts étoilés et même les forts bastionnés ayent presque toujours dans l’application une forme irrégulière, occasionnée par l’irrégularité même du terrain sur lequel on les construit ; cependant nous indiquerons ici leur tracé en plaine, comme un type dont il faudra s’éloigner le moins qu’on pourra , quand on sera forcé de l’altérer pour se plier aux ondulations du sol.

L’on fait quelquefois des redoutes- d'une très-grande capacité et de forme plus ou moins irrégulière , dans l’intention de couronner un plateau ou une position qu’on veut défendre avec* une troupe assez considérable. Mais ces grandes redoutes peuvent se comparer aux fortins dont nous allons parler , elles n’eri différent, qu’en ce quelles n’ont point de flanquement.

Des Forts étoilés.

(18.) Le fort étoilé se construit sur le triangle et sur le carré ; dans le premier cas, il a six pointes, et dans le second, il en a huit.

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Le premier, le fort à six pointes (Fig. 6) se construit sur un triangle équilatéral ABC de go mètres de côté , en partageant chacun des côtés en trois parties égales, et en construisant sur la partie du milieu, un triangle équilatéral tel que DEF.

Par cette disposition, le saillaDt E est défendu par les feux des lignes AD et BF ; et les saillans A et B , reçoivent à leur tour une défense des faces DE et EF ; en sorte que le défaut des secteurs privés de feux, est bien affaibli, sinon anéanti.

Le fort étoilé dont nous venons d’indiquer le tracé, pèche un peu par le flanquement; l’angle EFB étant obtus , les feux qui partent de F n’arrivent pas précisément sur le point E, en sorte que ce point 11e peut être défendu que par des feux obliques, difficiles à obtenir des soldats. Cependant ce léger défaut est inévitable, parce que si l’on voulait faire les lignes EF et ED perpendiculaires aux lignes BF et AD, 1 'angle E qui est actuellement de 60®, et par conséquent h la limite fixée par la première règle générale , établie au numéro (7) , passerait au - dessous de cette limite , et par cela seul deviendrait inadmissible.

U va sans dire que le fort étoilé doit avoir;

une entrée mn. On place cette entrée dans un rentrant , parce que les rentrans sont les parties les moins attaquables, comme étant protégées de très- près par des feux croisés, et se trouvant les plus éloignées de l’ennemi.

Derrière la porte mn, on élève une traverse pq pour en masquer l’ouverture et la défendre par des feux directs.

Du Fort à huit pointes.

(ig.) L o fort à huit pointes se construit sur Un carré ABCD de 90“ de côté. ( l' ig. 7 )• Chacun des côtés dç ce carré est divisé en trois parties égales, e^sur la division du milieu, on construit un triangle équilatéral EFG , de même que pour le fort à six pointes.

La longueur de 90 mètres est un maximum', .

op peut la réduire jusqu’à Ifî, nombre approchant de la limite supérieure des redoutes carrées et moitié du précédent. Ainsi, les deux nombres 90 et 45 , sont les limites entre lesquelles on peut tracer le fort à huit pointes par les procédés dont nous venons de parler; de même que 4° e l 30 > sonl I'* 8 deux limites entre lesquelles ou peut construire une redoute

- Digitizerrbft^ogle

carrée , comme le tableau du numéro 1 6 le fait voir. Les limites 90 et 45 servent également pour les forts à six pointes.

De même que dans le fort à six pointes, les angles saillans sont flanqués un peu obliquement ; mais ce défaut n’est pas tellement capital, que pour le corriger il faille entre* dans des constructions qui s’éloignent de la simplicité si nécessaire dans les ouvrages de campagne, qu’on est appelé presque toujours à tracer rapidement , et souvent sans d’autre secours que celui du simple coup-d’œil. Nous ne dirons donc rien de ces perfectionnemens dans le tracé , perfectionnemens qui ne deviennent sensibles que sur le papier, et qui ne sauraient prolonger la défense d’une seule painute.

. Il faut s’éloigner, répétons-le, de l’esprit de minutie si contraire aux belles conceptions militaires, qui n’a jamais que des vues étroites et perd de vue l’ensemble pour courir après des détails de peu d’importance.

L’entrée mn se fera dans un rentrant, comme pour le fort à six pointes, en ayant soin toujours de la masquer par une traverse pq.

Remarquons un léger avantage du fort à

huit pointes sur celui à six ; c’est que le* quatre angles A, B, C, D offrent plus de solidité que les quatre autres , parce qu’ils sont plus ouverts ; tandis que dans le fort h six pointes tous les angles sont au minimum s Mais un avantage plus véritable , et qui doit faire préférer le fort à huit pointes , c’est que sa capacité intérieure est plus considérable même à développement égal-

(20). Il se peut qu’au lieu de construire le fort à huit pointes sur le carré inscrit, on se propose de le tracer au moyen du carré extérieur. Alors , on employera le tracé suivant , moins simple que celui que nous venons de détailler; mais cependant très-exécutable sur le terrain , et surtout nécessaire aux officiers dont le coup-d’œil est peu exercé , et qui veulent être surs , que leur tracé ne sortira pas du terrain dont ils peuvent disposer.

Le carré circonscrit ABCD (Fig. 8 ) doit avoir 120 mètres de côté nour que le fort ait à peu près les mêmes dimensions que celui dont nous avons indiqué le tracé dans le numéro précédent.

On mène les deux diagonales AD et BC’, et l’on joint par des droites EF les milieux F,

et E des côtés du carré. On partage ensuite AO en trois parties égales, et le premier point de division M, indique l’angle saillant d’une des pointes de l’étoile et* les deux points F et E les mêmes angles des deux pointes voisines ; il ne reste plus qu’à avoir la direction des faces de ces pointes. Pour cela , on prendra la moitié de MO que l'on portera de O en P , puis on joindra PF et PE. Enfin , on prendra MO que l’on portera sur PF et PE à partir du point P ; puis on joindra MX et MY, et en répétant cette opération sur les quatre angles du carré primitif, le fort sera tracé .

La longueur de 1 20 mètres que nous avons assignée au côté AB , est la plus grande qu’il convienne de lui donner , parce qu’au-delà on obtiendrait pour les faces du fort étoilé des lignes plus grandes que celles que nous avons indiquées pour maximum dans le numéro précédent, et de même que dans ce numéro, nous prendrons 60 moitié de 120, pour ta limite inférieure. Ainsi , on pourra construire le fort à huit pointes, par le moyen du carré extérieur, en donnant aux côtés de ce carré une longueur comprise entre les deux limites 1 20 et 60 mètres.

- Il est à remarquer que le tracé que nou»

■Tenons de décrire, laisse dans le carré ABCD un grand espace perdu , tel que le fort n’en occupe guère que la moitié. Cet inconvénient a fait chercher un autre tracé pour employer plus utilement un espace donné ABCD, lequel eût en même temps l’avantage de porter les saillans de l’ouvrage aux angles du polygone. On y a surtout été conduit par la nécessité de mieux défendre les fossés , qu’ils ne le sont dans les forts à étoile. Il est , en effet , facile de voir que dans chacun des angles rentrans de ces forts , l’ennemi peut trouver au fond du fossé un ahri sûr contre les coups des défenseurs. Ces angles ainsi privés de défense , se nomment angles morts. Le tracé du fort bastionné les fait éviter , aussi ce tracé est-il h juste titre, regardé connue le plus parfait.

Du Fort bastionné.

(aï.) Le fort bastionné considéré comme ouvrage de campagne , ne doit être construit que sur le carré et le pentagone.

Soit donc AB ( Fig. 9 ) un de ces côtés : voici les opérations à faire sur ce côté ainsi que sur tous les autres, opérations qui seront indé-

pendantes de ln valeur numérique de AB, c’est-à-dire qu’elles seront les mêmes quelle que soit AB. Cette indépendance qu’on a dii remarquer dans le tracé du fort à étoile , offre un grand avantage pour plier l’ouvrage eu terrain , et faire varier la longueur de ses côtés suivant le besoin.

Sur le milieu C du côté AB, on élève une perpendiculaire CD égale au J* du côté AB, si le fort doit être carré; ou au s’il doit être pentagonal. On mène les lignes AD et BD sur lesquelles on porte, à partir des points A et B, deux fois la longueur de CD ; et des points E et F ainsi obtenus, on abaisse des perpendiculaires EG , FH, sur les lignes AD et BD prolongées. Enfin on réunit par une droite les deux points G et II , et le tracé est achevé.

Répétant la même opération sur les autres côtés du polygone , on aura autant de parties saillantes semblables à GEAIK , qu’il y a d’angles dans le polygone. Ces parties saillantes qui affectent la forme des lunettes, sont ce que les ingénieurs nomment des bastions.

L’ensemble des lignes que nous venons d’indiquer, forme ce qu’on appelle particulièrement un front de fortification , quoique ce nom convienne également aux tracés que

nous avons déjà indiqués , et qui , comme celui-ci , ne font que se répéter sur les différens côtés du fortin.

(32.) Si l’on plaçait en avant du front bastionné une lunette mnopq, flanquée parce front, et dont les fossés débouchassent dans ceux du fort; cette lunette destinée à couvrir une communication, prendrait le nom de demi-lune. On fait rarement des demi-lunes dans les forts de campagne , on en fait presque toujours , au contraire , dans les fronts bastionnés des places de guerre; elles jouissent, dans ce cas, de propriétés éminemment défensives.

(a 3 .) Il résulte évidemment de la disposition précédente , qu’il n’est aucun point en avant du front AB , qui ne soit vu et battu eflicacement, et si les dimensions de ce front ne sont pas trop petites, le relief des parapets n’empêchera pas la ligne GE de découvrir le fond du fossé de D en H, et la ligne FH, de battre la partie GD du même fossé , et ces lignes découvriront encore mieux les fossés en AE et BF. En sorte que , dans le fossé tout aussi bien qu’au-dehors , il n’est aucun point qu’011 ne puisse battre.

(a4-) Nous avons dit que pour le carré, la perpendiculaire CD devait être égale au 4 * du côté extérieur AB , et que dans le pentagone elle en est le 4*- La raison de cette différence consiste dans l’ouverture qu’il convient de donner aux angles A et B , ouverture qui , comme nous le savons , ne doit pas être moin* dre que Go°. Or , on resterait en-dessous de cette limite, si dans le fort baslionné de forma carrée, on donnait à la perpendiculaire CD, le septième du côté AB , comme on le lait quand le fort est pentagonal.

Les ligne» EG et FH sont perpendiculaires aux lignes BG et AH , pour se conformer à la seconde règle générale que nous avons donnée dans le numéro (io), règle qui prescrit de faire perpendiculaires entr’elles, les lignes qui se flanquent.

(a5.) Les différentes lignes du tracé que nous venons d’indiquer , ont reçu des premiers ingénieurs des noms que l’usage a consacrés, et qu’il est nécessaire de connaître.

La ligne AB se nomme le côté extérieur du polygone , ou simplement hgne,ex lérieure , CD est la perpendiculaire.

AH et BG les lignes de défense.

AE et BE les faces.

EGvct FH les flancs.

GII . . .la courtine.

Les ongles ont aussi leurs noms particulier*. A et B sont les angles saillans ou angles flanqués.

E et F les angles d'épaule

G et II les angles de courtine.

(26.) Il nous reste à dire quelle est la lon-r gueur que l’on doit donner au côté exté-?

fieur AB.

Cette longueur ne doit pas être moindre que 100 mètres, ni dépasser 300; c’est-à-dire qu’on peut donner au côté extérieur , toutes les longueurs entre 100 et 200, ce qui offre une trèsgrande latitude , et rend le tracé du fort bastionné applicable à presque tous les terrains.

(37.) Il semblerait que, puisque le tracé du front kastionné est le meilleur de tous , on dût l’employer à la place de celui des forts à étoile; tuais dans les limites étroites où ces forts peuvent être construits, le front bastionné ne laisserait pas une capacité intérieure suffisante, et quand on voudrait rester au-dessous de la limite inférieure que nous venons d’assigner ,

Digilized by

le fossé vers le milieu de la courtine , cesseraitd’être vu à cause du relief du parapet, et le fort bastionné ne vaudrait guère mieux alors que celui à étoile ; d’autant plus que dans ce cas les flancs auraient si peu de longueur que la plus grande partie en serait obstruée par le parapet de la courtine. Voilà donc la limite inférieure motivée ; quant à la limite supérieure , elle est fixée par la portée des; armes dont l’infanterie se sert habituellement, c’està-dire par la bonne portée du fusil de munition. Il est visible, en effet, que le flanc HF devant défendre le saillant A , doit en être à une petite portée de mousquet , ou à une distance moindre que 200 mètres, portée à laquelle on peut encore ajuster. Or, à la limite supérieure, la ligne de défense Ail a environ 160 mètres; donc il n’est pas convenable de la dépasser. Et nous suivons ici dans l’établissement de cette limite , une troisième règle générale qui doit diriger l’ingénieur dans ses dispositions; règle qui trouve naturellement sa place en cet endroit ; la voici :

Troisième Règle.

Les lignes qui ont à défendre un saillant, ne doivent pas en être tellement éloignées que

les eottps qui partent de ces lignes ne dépassent largement les saillans pour atteindre l'ennemi avant qu’il y arrive.

(38.) Les forts à étoile et les forts bastionnés, principalement ces derniers , ne peuvent être employés que pour les postes importans , pour les positions centrales, servant de pivots ou d’appuis aux grandes manœuvres des armées.

La construction de ces forts doit être solide et approcher de celle des Jorii/ications mixtes ou de celles qui , sans être construites en maçonnerie comme les fortifications permanentes, «ont cependant destinées à rester sur pied plusieurs campagnes.

Non-seulement les fortins assureront, comme nous venons gle le dire, des positions iropor-r tantes, mais ils serviront aussi h conserver des dépôts de tout genre ; leur grande capafcité intérieure les rend capables d’un emploi aussi important. Il faut donc qu’ils soient bien conditionnés pour être h l’abri d’une attaque de vive force, et contraindre l’ennemi à une mapçhe régulière pour s’en emparer ; marche lente , pénible, à laquelle on ne se décide que quand on ne peut pas faire autrement et qui est le plus beau témoignage en faveur d’un ouvrage

de campagne. Une redoute qui reçoit les honneurs d’une attaque régulière, ou qui contraint l’ennemi à de grands développemens de forces, devient célèbre dans les annales militaires.

La belle défense de la redoute de Montenotte en 1796, a commencé la réputation militaire du général Rampoo.

SECTION' SECONDE

Tracé des ouvrages considérés collectivement.

(29.) Nous avons considéré isolément, dans la section précédente, les différens ouvrages usités h la guerre ; nous allons les prendre dans celle-ci collectivement , en faisant toujours abstraction de leur hauteur ou relipf, pour ne parler que de leur projection horizontale ou de leur tracé , ce qui est la même chose.

Plusieurs ouvrages réunis et concourrant à un même but, forment ce qu’on nomme généralement des lignes.

Les lignes se distinguent quant à leur disposition , en lignes continues et lignes à intervalles ; et quant à leur emploi, en lignes de

frontières , lignes de camps , lignes de sièges , et lignes de batailles.

(5o.) Les militaires ont été long-temps partagés d’opinion sur la préférence à donner à nn des deux systèmes de lignes. Les uns se montraient grands partisans des lignes continues , d'autres , au contraire , jugeaient les lignes à intervalles bien supérieures aux premières. On s’accorde actuellement à employer les lignes continues toutes les fois qu’il s’agit de fermer un passage, plutôt que de s’opposer à une attaque vigoureuse , et dans le cas con-traire , on préfère les lignes à intervalles , parce que les ouvrages détachés dont elles sont composées , pouvant être plus perfectionnés et mieux défendus, offrent des points solides autour desquels les troupes peuvent manœuvrer, et conserver ainsi dans un état de défensive, tous les avantages moraux que procure l’offensive, avantages qui résultent de l’opinion qu’ont les troupes de leur supériorité quand elles marchent à l’ennemi , ou qu’elles manœuvrent hardiment en sa présence.

(3t.) On voit d’après cela, que les lignes continues conviennent aux frontières , et celles

8 intervalles aux camps et aux champs de bataille. Quant aux lignes de sièges , elles peuvent être continues ou h intervalles , suivent qu’elles ont plus spécialement pour objet d’arrêter des convois ou de résister à une armée de secours. Au reste , dans ce cas même , la préférence doit être donnée à celle des deux lignes, qui peut être achevée le plus promptement , et défendue avec le moins de monde. Sous ce double point de vue, la ligne h intervalles l’emportera presque toujours.

Enfin, une ligne d’un grand développement pourra être formée ,en partie à la manière dp* lignes continues, et en partie à la manière des lignes à intervalles; c’en est assez pour sentir la nécessité de faire connaître les différent tracés adoptés pour ces lignes.

Des Lignes continues

(5a.) Nous avons dit que les lignes continues conviennent particulièrement aux frontières découvertes , où il est question d’arrêter les fourrageurs et les partis ennemis qui viendraient mettre le pays «à contribution, enlever le bétail, faire des prisonniers, incendier

les villages, les forêts et les moissons. Les lignes ne sont là que comme les murs autour des jardins, pour arrêter les voleurs ; il faut donc les faire avec le moins de développement possible, c’est-à-dire, s’approcher autant qu® le terrain peut le permettre de la ligne droite.

Cette seule considération contraire au troisième principe posé dans le numéro (2; , fait voir qu’on ne doit attendre de ces lignes de frontières qu’une défense très - médiocre ; et cela se sent parfaitement , puisque l’ennemi pouvant menacer à la fois plusieurs points, et se porter sur l'un ou sur l’autre avec la même vélocité que vous , il ne vous reste d’autre moyen de lui résister, que de lui opposer des forces égales , et alors le but de la fortification est manqué. Et quand vous auriez des forces disponibles suffisantes , l’ennemi conservera toujours sur vous l’avantage de l’initiative ; il faut que vous suiviez tous ses mouvemens, que vous vous prépariez à soutenir toutes ses attaques vraies ou simulées ; il faut que vous cherchiez à le deviner, ce qui n’est pas toujours facile, et souvent pendant que vous vous concentrez sur un point qu’il feint d’attaquer, il enlève le retranchement sur un autre point que vous avez dégarni , et une ligne continue une fois percé© est presque toujours une ligue perdue.

D’après ce que nous venons dire , un simple fossé en ligne droite , avec un parapet en arriére, pourrait suffire. Cependant on fianqiie cette ligne par des redans , qui sont autant de petits postes où se placent les gardes , et desquels on découvre le fond du grand fossé. Ces redans font que l’on peut tirer quelque parti de la ligne , ponr la défendre moyennant des forces suffisantes. On opère alors derrière celte ligne , comme on ferait derrière un ravin ou un ruisseau pour en empêcher le passage. Le tracé que nous allons donner pour ces lignes de frontières , est celui qu’a constamment employé le célèbre Vauban.

Les lignes artificielles fussent - elles aussi gigantesques que les murailles de la Chine , ne valent jamais les lignes naturelles et géographiques, telles que les rivières, les épaisses forêts , les chaînes de montagnes ; ce sont - là les limites naturelles des Etats , et si les peuples, ou plutôt les souverains étaient, dans la sincère intention de vivre continuellement en paix , ils feraient de bonne grâce des concessions de territoire * afin de se donner pour limites réciproques les fleuves et les- chaînes de montagnes. Mais il est bien rare que dans des traités on agisse de bonne foj; on cherche

toujours à se conserver les avantages de l'offensive , et l’on croirait que c'est en traitant de la paix que l’on médite ses projets d'invasion.

Des lignes à Redans.

(33.) Yâuban, comme nous venons de le dire , fortifiait la ligne continue par des redans placés de distance en distance. Nous adopterons ce tracé pour les lignes de frontières , comme étant le plus simple de tous ceux qu’on peut donner.

Les redans sont espacés de 24 ° mètres; ils ont 5o mètres de demi -gorge, et 44 mètres de capitale.

Si l’on cherchait la force dans cette espèce de ligne, le tracé de Vauban ne vaudrait rien, puisque les angles B et C (Fig. io) ne seraient défendus que par des feux obliques , partant de la courtine AD, ou bien par des feux de très-peu de valeur, partant des redans voisins, placés contre notre troisième règle générale, au-delà de la bonne portée du mousquet.

Mais encore une fois, les lignes de frontières sont bien moins destinées à procurer les avantages d’une vigoureuse résistance , qu’à empêcher les partis ennemis d’entrer dans le pays i

ce qui fait que dans leur construction on doit encore plus viser à l’économie qu’à la force.

De distance en distance, on pratique de* passages étroits pour la communication habituelle avec l’extérieur.

(34-) Si une ligne continue n’était jamais destinée qu’à fermer une frontière , nous n’indiquerions pas d’autre tracé que le précédent. Mais il arrive quelquefois , qu’une même ligne doit remplir le double but, de fermer tout passage à des convois et de résister à une allaque de vive force; alors la ligne continue qu’il convient d’employer , doit présenter un meilleur tracé que le précédent, et celui de tous qu’on doit préférer, est le tracé bastionné ; mais comme il exige un grand développement, on ne peut pas toujours l’employer ; il est rarement en proportion avec les moyens dont on peut disposer, quand on est appelé par les circonstances, à faire quelque portion de ligne continue. Il convient donc de connaître les tracés qui peuvent le suppléer quoiqu’imparfaitement.

(35.) La première modification qui se présente, pour rendre le tracé de Vaubancapa-

ble d'une meilleure résistance , c’est de rapprocher les redans jusqu’à la distance, de 180 mètres, parce qu’alors les saillans seront à bonne portée des lignes qui doivent les défendre ; numéro (27.)

Ainsi , la ligue à redans , quand elle sera destinée à soutenir une attaque , ne différera de la ligne de Vauban , essentiellement propre aux frontières, que par le moindre espacement des redans.

De la ligne à queue d’hironde

( 36 .) Une seconde manière de corriger la ligne de Vauban , est de briser la courtine BD (Fig. 1 1 ), en forme de redan BCD trèsouvert au sommet , tout en conservant entre les deux sommets A et E , la distance de a4<> mètres. La ligne à redaus, ainsi modifiée, prend le nom de ligne à queue d'hironde.

Cette ligne , quoique meilleure que celle de Vauban , relativement à la force de résistance, est loin d'èlre parfaite. Les trois angles A, C, E se trouvant avoir au-dehors une saillie égale, sont également insulta blés, et c’est-là , à ce qui nous semble , un assez grand désavantage ; une ligne trop symétrique est faible partout , puisqu’il faut partout la sur-

Veiller également , et sous ce point de Vue t la ligne de Vauban serait préférable, la courtine AD étant moins attaquable que les saillans. La ligne à queue d’hironde sur une étendue de 340 mètres , présente trois points d’attaque, et celle de Vauban n’en présente que deux sur le même développement.

Les saillans sont les points d’attaque , parce qu'ils se trouvent plus rapprochés de l’ennemi, qu’ilsne sont pointdéfendus par des feux directs, qu’ils ontdevant eux des secteurs privésdefeux, Ct que la défense qu’ds reçoivent des parties latérales , est souvent insuffisante à cause de l’obliquité du tir. De plus , les parties saillantes sont facilement enveloppées et écrasées par les feux convergens de l’ennemi.

Un moyen de détruire le vice qui résulte d’une trop grande uniformité , serait de porter plus en avant le saillant dit grand redan, en donnant à ses faces des directions BO et DO ( Fig. ta), perpendiculaires sur les lignes AB et DE, qui auraient pris une position plus oblique que dans le tracé précédent , quand leur capitale n’aurait eu que 5 o mètres au lieu de 44. Alors on n’aura plus que deux points d’attaque O, sur une étendue dé 340 mètres, et ces saillans seront défendus efficacement

par des Feux de flanc. Le tracé à queue dTnronile , ainsi modifié , donne 84 mètres de capitale au grand redan.

De la ligne tenaillée.

(37.) La ligne tenaillée ne diffère de la ligne h queue d’hironde, qu’en ce que les redans ont plus de saillie , plus de gorge , et qu’ils sont égaux. La capitale de ces redans est de 70 mètres, leur demi-gorge de 100 mètres.

Il résulte de ce tracé les mêmes défauts que nous avons remarqués dans le précédent ; les trois angles A , B , C ( Fig. 1 3 ) , ayant une égale saillie, sont également attaquables. Cependant , dans la ligne tenaillée , les trois «aillons sont sur une étendue de 400 mètres , tandis que dans la ligne h queue d’hironde ordinaire, ils n’occupent qu’un espace de 240 mètres.

Un autre défaut majeur qui est commun à ce tracé et aux précédens , c’est d’offrir de longues branches à l’enfilade du canon , et l’usage introduit par Vauban, de tirer à petites charges pour faire bondir plusieurs fois le projectile sur la longueur des faces des ouvrages , rend ce défaut capital ; et nous ver-

ronspar la suite qu’il faut toujours, en traçant un ouvrage , faire en sorte que le prolongement des faces soit dirigé sur quelque partie de la campagne , où l’établissement des batteries h ricbchet soit impossible , ou du moins très - difficile. Sans cette attention , l’ennemi qui veut attaquer vos ouvrages , place son canon sur le prolongement de leurs longues branches , pour détruire l’artillerie qui peut s’y trouver, renverser les palissades, s’il y en a, chasser les défenseurs, et s’avancer ensuite en colonne à la faveur du désordre qu’il a produit , marcher rapidement sur les capitales , sauter dans les fossés s’ils ne sont pas trèsprofonds, ou y descendre à la faveur d’une rampe qu’il pratique sur le moment, en jet— tant force fascines au pied de la contrescarpe. Une fois qu’il a pénétré dans le fossé ; il est à l’abri des feux de l’ouvrage même, il n’a plus à craindre que les feux latéraux. Il donne l’assaut à l’escarpe que son canon a labourée et rendu gravissable; en s’aidant des pieds et des mains, il arrive sur le parapet, saute dans l’ôuvrage et s’en rend maître.

C’est parce que toutes les faces sont ricochables , que la ligne tenaillée me semble la plus mauvaise en terrain libre.

De 1 a ligne à crémaillère.

< 58 .) La crémaillère est composée de face* et de flancs perpendiculaires entr’eux. Les faces AB (Fig. 14) ont 100 mètres de longueur, et les flancs iS, en supposant toujours comme nous l’avons fait jusqu’à présent, que la ligne est tracée sur un terrain horizontal ; en terrain irrégulier, toutes ces longueurs peuvent varier considérablement , parce que sur un pareil terrain, la première loi à suivre est de se conformer à ses inégalités.

Pour tracer la ligne à crémaillère dune manière commode, on prend sur la ligne AC, longue de 100 mètres , la partie DC égale à 4 mètres , et l’on élève sur AC la perpenditailaire DB de 3 5 mètres de longueur ; après cela , on mène les lignes BC et AB , dont la première aura un peu plus de a 5 métrés, et la seconde un peu moins de ioo.

Si les lignes précédentes étaient vicieuses , parce quelles étaient également attaquables partout, celle-ci l'est bien autant , et toutes ses faces sont ricochables, du moins quand elles ne sont pas dirigées sur quelque partie inaccessible àl’enuemi. La ligne à crémaillère est cependant

raer

très-bonne quand il s’agit de réunir entr’eux deux ouvrages principaux A et B ( Fig. 1 5 ) , placés à une trop grande distance l’un de i’autre , pour qu’ils puissent se prêter un secours mutuel. Alors, sur le milieu C de cette longue courtine , la crémaillère doit changer de direo tion , c’est-à-dire , que ses flancs , qui d’abord faisaient feu de gauche à droite, tireront ensuite de droite à gauche , d’où résultera un feu croisé très - eflicace sur le milieu de la courtine, qui suffirait pour le défendre lorsmême que les ouvrages A et B auraient puinn à atteindre jusque-là.

La courtine AB , ainsi construite en erémailhère , forme donc un rentrant redoutable , dont les crochets protègent très - bien les ouvrages latéraux ; et ceux - ci à leur tour doublent la force de cette courtine, en empêchant l’ennemi de prendre le prolongement des faces.

De la ligne à redans b as donnée.

(3g.) Voici le meilleur traoé, connu jusqu’à présent, c’est celui de la ligne à redans basdonnée, lorsqu’il n’est question, répétons-le, de ne construire qu’une portion de ligue can—

tinue ; car pour une ligne d’un grand déve<* Joppement |t» plus simple est le meilleur.

Aux deux extrémités d’un côté de 4°° métrés de longueur , on élève à ce côté des perpendiculaires AP et BQ ( Fig. 16 ). On prend sur ces perpendiculaires des parties AD, BE égales à 5o mètres , et sur leurs prolongemens, des parties DP et EQ de 3o mètres.

Par les points D et E , on mène des parallèles DG et EU h la ligne AB , et de 60 mètres de longueur. Après cela , on mène les lignes AG , BII ; ce sont, les faces des redans. On élève ensuite au milieu de AB une perpendiculaire IG de 5o mètres de longueur , et l’on joint le point C avec les points P et Q ; on prend sur ces lignes les parties CM et CîSf égales à AG. Puis afin d’obtenir des flancs assez rapprochés des saillans , pour que ces saillans en reçoivent une bonne défense j on abaisse des points G, M, N, II des perpendiculaires sur les lignes de défense, et l’on joint les flancs par de petites courtines. Tel est après le tracé è bastions ordinaires, celui qui réunit le plus d'avan’ages , tracé enseigné à l’Ecole du Génie établie h Metz ; mais qui a contre lui un peu trop de complication, et de ne pouvoir pas être employé sur toute espèce de terrain.

Le tracé à redans bastionné a , sous un et** tain point de vue , de l’avantage sur le tracé bastionné ordinaire. Supposons deux fronts sur Les lignes AC et BC de la ligure précédente, tracés par les principes du N.° ai. Il arrivera que les redans du tracé qui nous occupe, auront plus de capacité que les bastions de l’autre tracé, et que le flanc Mm aura plus de longueur dans le premier que dans le second, ce qui est très - convenable, puisque c’est ce flanc qui défend le point d’attaque ; et au contraire , le flanc sera plus petit dam le tracé à redans , que dans le tracé bastionné , ce qui est encore convenable, puisque ce flauo dirige ses feux sur un point qui n’est pas très» exposé.

Le tracé à redans bastionné sera donc en pays plat , le meilleur à employer : je dis en pays plat, parce que malheureusement ce tracé est donné en nombres , et par cela seul , est peu propre à être employé sur un sol accidenté.

(4o.) Le tracé précédent , celui de la ligne à crémaillière , établie entre deux ouvrages principaux , et celui de la ligne à queue cllii— ronde avec les modifications que nous y avons

apportées , jouissent fie l’avantage notable do ne pouvoir être attaqués que par fies sailtans assez espacés, pour être en petit nombre , et par conséquent , faciles à garder. Dans la construction de l’ouvrage , on peut porter tous ses soins* sur ces parties importantes, et aug-* inenter leur force par tous les moyens connus à la guerre , et dont nous parlerons par la suite.

(4*0 L’avantage que nous venons de remarquer, est si important que nous poserons pour quatrième règle générale.

Quatrième Règle.

Que les ouvrages d’un certain développement , doivent toujours offrir des saillans et des rentrons bien prononce's , en moindre nombre possible , tout en conservant dans leur disposition générale, la forme convexe au dehors.

Remarquons que cette forme convexe qu’il convient de donner aux lignes, comme aux ouvrages de moindre développement , parait détruire en partie l’effet des rentrans , parce que lu courtine se porte en - dehors par la

courbure; en sorte qu’il semble y avoir une espèce de contradiction dans l’énoncé de notre quatrième règle. Mais si nous faisons attention * qu’entre deux saillans ; la courtine se trace comme s’ils étaient liés par une ligne droite , nous verrons que l’efTet de la courbure ne s’y fait pas sentir.

La meilleure objection à faire contre ja forme convexe au - dehors , que nous prescrivons pour les lignes aussi bien que pour toute espèce d’ouvrages ; c’est qu’elle rend moins efficace au moment d’une attaque , la protection des ouvrages latéraux , qu’elle ne le serait 6t la forme générale du tracé était une ligne droite , ou même une courbe concave audehors. Nous répondrons à l’objection , en disant, que quand nous parlons d’une forme convexe au -dehors , nous n’entendons point seulement une forme courbe, mais aussi une forme polygonale ; en sorte que sur chacun des côtés du polygone , nos retranchemens jouiront des avantages attachés à la disposition en ligne droite. Et cette disposition bien loin d’élre contraire à nos principes , n’est qu’une application en grand de la quatrième règle que nous venons de poser. Les angles du polygone général forment les saillans du grand

ouvrage, et ses côtés en forment les rentrans; ce qui n 'empêche pas que sur chacun de ses côtés , on ne suive la môme règle pour la tracé des différons ouvrages qui le composent. Et cette règle si générale, qu’elle s’applique également aux fronts en particulier, et à l’ensemble de plusieurs fronts, s’étend aux frontières défendues par des forteresses , et même aux ordres de bataille; il faut toujours des saillans et des rentrans , des parties faibles et des parties fortes pour porter sur les premières toute son attention, et se reposer pour les autres sur leur force naturelle. C’est de Vauban que nous tenons ce graud principe qu’il a mis en application d’une manière si heureuse , en perfectionnant les fortifications de Strasbourg. Il en a fait un vaste triangle qui n’offre ainsi que trois points d’attaque, tandis que ses longs côtés jouissent de tous les avantages de la fortification en ligne droite ; aux trois angles et principalement sur le plus aigu , son génie a su multiplier les obstacles , et faire ainsi avec «ne grande économie de moyens, une forteresse capable de la plus longue résistance.

Il parait que l'ingénieur Fabre eôt la même idée avant Vauban, et qu’il proposa de fortifier, au lieu des polygones d’un grand nombre

de côtés , des carrés de même développement pour se procurer de longues lignes droites , et n’avoir que quatre points à bien consolider.

( 4 s-/ Il est un cas où le retranchement en entier peut être tracé en ligne droite, et même en forme concave au-deliors ; c’est celui où il n’a pas plus de 200 mètres d’étendue, et où «es «leux ailes sont appuyées à des obstacles infranchissables , comme mers , lacs , marais , hautes montagnes, etc, J'ai dit qu’il ne devaient pas être d’une trop grande étendue , parce que dans ce cas , la forme droite ou concave , ne nous procurerait aucun avantage sous le rapport de la mobilité , ou même nous serait désavantageuse , en sorte que nous pécherions contre un de nos premiers principes} mais si l’étendue est médiocre , et dans les limites assignées , on a l’oeil partout , et les surprises de l'ennemi ne sont plus à craindre.

Les obstacles naturels qui assurent les ailes et empêchent que l’ennemi ne tourne le retranchement, le font jouir à la fois de tous les avantages des ouvrages fermés , sous le point de vue de la mobilité qu’ils assurent aux défenseurs ; et de ceux des ouvrages disposés en ligne droite qui sont capables de la plus forte résistance.

Des changement de direction dans les lignée continues.

( 43 .) Quand les lignes sont de forme polygonale , les angles saillans que forment leurs différens côtés, sont, comme nous l’avons dit, des parties faibles, sur lesquelles il faut porter son attention.

Le plus souvent l’angle sera obtus , et il n’y aura d’autre chose à faire que de le flanquer par des ouvrages latéraux A et B ( Fig. 17 tels que redaus ou demi-bastions. Mais si cet angle est aigu, comme dans la fi g. 18.*, on le tenaillera pour lui donner la forme ABC , et cette tenaille sera flanquée par les ouvrages latéraux E et F.

Au lieu de tenailler l’angle saillant , on peut quand la position est importante , couper l’ongle aigu par un front bastionné , comme l’indique la fig. 19.* Et si l’angle O de la ligne est essentiel à occuper, on y placera une lunette qui devra tirer sa défense des ouvrages en arrière ; il faudra en conséquence que les saillans A et B, du front bastionné, débordent les piolongemens OM et ON des faces de I4

lunette, de quantités suffisantes, pour que cette lunette puisse en être efficacement soutenue On ne peut rien fixer sur les dimensions à donner à ces ouvrages , parce qu’elles doivent varier avec l’ouverture de l’angle O. C’est à l’officier d’arrêter ces dimensions dans les différens cas qui peuvent se présenter.

‘ §. Ht. #

Des lignes à intervalles.

(44 .j Les lignes à intervalles jouissent, comme nous l’avons déjà dit, de l’immense avantage de soutenir le moral du soldat, en facilitant les manœuvres et les retours offensifs.

Ces lignes, composées d’ouvrages détachés, placés à une distance telle les uns des autres , qu’ils puissent se prêter un mutuel secours, et construits d’autant plus solidement qu’il y en aura moins à faire; ces lignes, disons-nous , offrent des points de sûreté , en arrière desquels on peut attendre dans une attitude menaçante, le moment favorable pour tomber en masse sur l’ennemi qui présente une partie faible. On est maître de refuser le combat sur le terrain qu’a choisi l’ennemi , ou de l’accepter au moment où celà peut être avantageux^

(fi* )

On se tient sur une défensive toujours mena-* çaute, et l’on est assuré d’une protection puissaute, ainsi que d’un refuge dans le cas d’une chance malheureuse.

Tous ces avantages, une ligne continue ne les procure pas. Si elle empêche l’ennemi de pouvoir jamais nous atteindre, elle lui procure le même avantage contre nos entreprises; car ce n’est point en débouchant par des portes étroites , qu’il observe , et sur lesquelles il a constamment des batteries dirigées, que nous irons le surprendre et le culbuter.

Un rempart continu, engage le soldat à se blottir contre le talud intérieur, et cet état de crainte que lui inspirent de trop grandes précautions et des retranchemens trop étendus , signes de la faiblesse, anéantit son courage, il ne pense plus à se battre quand il peut se cacher, et le même homme qui en rase campagne, affronterait tous les périls, est épouvanté du boulet qui vient se perdre dans le parapet qui le couvre, ou de celui qui sillle dans l’air et passe à une grande distance. Tel est le cœur h umain .

(45.) On ne fait point assez de compte de ce que peut dans une défense, le moral des

troupes , toujours soutenu par des actions de vigueur faites à propos, sous la protection des ouvrages qui les protègent et les rassurent contre une défaite. C’est ainsi qu’en 1794*

Jourdan gagna la célèbre bataille de Fleurus , et que les Russes, en 1807, firent une si belle résistance dans la forte position d'IIeilsberg.

Ce furent de semblables ouvrages qui sauvèrent le Roi de Prusse , lorsque , coupé de ses communications et entouré des armées Qusse et Autrichienne , il prit le parti de fortifier son camp prés de Schweidnitz ; il y employa les lignes à intervalles , ce fut un modèle en ce genre ; les ennemis n’osèrent point l’attaquer.

Les manœuvres sont le principal moyen de vaincre l’ennemi, et ce n’est point derrière une ligne continue qu’ou peut opérer des mou> vemens hardis. Dans une ligne à intervalles , au contraire , les courtines, mobiles que forment les troupes entre les ouvrages , peuvent à chaque instant changer de forme , s’avancer , se retirer en arrière , se serrer en colonne, chercher l’ennemi , le poursuivre ou l’éviter V

suivant le besoin. Il est vrai que ces courtines mobiles étant à découvert , sont exposées au canon ; mais on sait que l’artillerie répond ordinairement à l'artillerie , et la nôtre est

placée dans les ouvrages ou derrière des épaulemens construits exprès ; el d’ailleurs, on manœuvre pour éviter les coups de l’ennemi , et les moindres plis du terrain peuvent couvrir les soldats.

(46.) Quoiqu’il en soit , voici le tracé ordinaire des lignes à intervalles : sur une première ligne , formant en général un polygone ou une courbe convexe au-dehors , on établit à 3oo mètres les uns des autres, les saillans A, B, Cetc. ( Fig. 20 ), de lunettes semblables h celle décrite au numéro (8) , ou du moins ay ant h peu près les mêmes dimensions. Leurs faces seront dirigées sur les points D et E, d’une droite menée, parallèlement à la première, à i5o mètres de distance. Ces mêmes points D, E etc. situés vers le milieu des espaces AB , BC , etc. , indiquent l’emplacement de petites redoutes destinées à flanquer les lunettes avancées, et à protéger leurs gorges; sans cette précaution , celles-ci ne vaudraient rien, puisqu’étant ouvertes , l’ennemi pourrait les tourner et s’en emparer; mais protégées comme elles le sont , il ne tentera pas aussi facilement une opération tellement hasardeuse.

Un voit, d’après ce que nous venons do

dire , que c’est dans les redoutes D et E , que le canon doit être placé, plutôt que dans les lunettes A , B , C ; d’autant plus que l’ennemi peut trop facilement prendre les prolongemens des faces de ces lunettes, et réduire leur artillerie au silence. Il convient d’ailleurs que ces points de sûreté soient intacts au moment du besoin, et le meilleur moyen pour qu’ils puissent rester habitables , est de n’y point mettre d’artillerie, parce que l’ennemi dirigera de préférence son canon , sur les redoutes D et E qui la renfermeront ; en conséquence , nous donnerons aux parapets de ces redoutes, plus d’épaisseur, et nous dirigerons leurs faces sur les saillans A, Jî, C des lunettes avancées, pour que leurs prolongemens ne puissent pas être saisis, ti

(47.) Quoique les lunettes ne doivent pas contenir habituellement du canon , il faut cependant disposer à leurs saillans des platesformes, qui permettent d’y en placer au besoin; cela peut être très - utile au moment d’une affaire ; nous verrons , par la suite, comment on prépare le terrain pour cela.

Cette disposition rentre dans les idées du général du génie , baron Rogniat. Il veut ,

dans ses Considérations sur l’art de la guerre» qu’on place l’artillerie hors des lunettes, derrière des épaulemens, élevés en guise de courtines, aux points d'intersection des lignes de défense , position où elle sera parfaitement protégée et défendue par le feu de la mousqueterie des lunettes latérales. Nous reviendrons sur les idées du général , quand nous parlerons des campemens.

On met en première ligne, des ouvrages ouverts, et non des redoutes, afin que si l’ennemi s’en empare, il ne puisse pas s’en servir contre les premiers possesseurs , et qu’il ne trouve aucun abri dans leur intérieur.

(48.) On peut , en supposant , comme nous l’avons fait jusqu’il présent, un terrain horizontal , donner à la ligne composée d’ouvrages détachés , une forme avantageuse et économique ; en supprimant toute la seconde ligne de redoutes , pour la remplacer par un ouvrage central, balayant les intervalles de toutes les lunettes ( Fig. 21 ) , et battant en plein leur intérieur. Nous avons suivi h la lettre cette disposition dans le tracé de la ligne de Montessuy, en avant de Lyon , toutefois après l’avoir appropriée aux localités.

Sur un arc dont le rayon serait d’environ 900 mètres , et qu’on estimera à vue sur le terrain , mais que sur le papier on tracera réellement ; on établira les saillans A des luiî< lies espacés de 3oo mètres; et au milieu O du rayon AC, sera un ouvrage capital, tel qu’un fort à si.\ ou à huit pointes, devant renfermer de la grosse artillerie. Ce fortin , muni d’une bonne garnison , doublera la valeur du système de lunettes, en prévenant les surprises par la gorge; bien entendu que les ailes A et Bde la ligne, seront fortement appuyées, pour que i’anuemi ne puisse pas tourner la position; Ces ailes pourront être soutenues par de forts ouvrages, ou joindre des obstacles naturels.

Les redoutes D, destinées à fortifier les ailes, n’auront du côté de l’intérieur de la ligne, que des parapets très - minces , pour que le canon de l’ouvrage central O puisse les culbuter , si l’ennemi vient h s’en emparer.

Aux points de rencontre des lignes de défense, on élèvera des épaulemens P, destinés à couvrir l’artillerie de campagne, que l’on pourra placer à ces endroits au moment du besoin , pour flanquer les lunettes A. Ces épaulemens n'auront qu’un mètre de hauteur, pour que le canon puisse tirer par - dessus ,

r es )

«n sorte que leur construction n’exigera qu’un très-petit travail ; et cependant ils seront d’un très-grand secours.

Remarquons que dans la disposition actuelle mieux que dans celle du numéro précédent, les lunettes de première ligne ont leurs intérieurs , vus et battus par les ouvrages en arrière.

(49.) Si le terrain que la ligne doit couvrir a plus de 1 800 mètres de longueur , il faudra , suivant l’étendue de l’espace h occuper , employer un ou plusieurs arcs semblables au précédent , soutenus en arrière par un fort bastionné; mais alors on doit profiter de cette circonstance pour ne faire dans les rentrans formés par la rencontre des différens arcs, que des ouvrages de fort de peu d'importance , tels que de simples redans , parce que ces parties sont fortes de leur nature.

On sent bien que la disposition que nous venons d’indiquer , ne peut être appliquée qu’à un champ de bataille préparé de longue main; et que les localités la feront varier de mille manières différentes; mais c’est l’esprit de la chose , plutôt que la chose elle - même qu’il faut saisir, afin de ne pas pécher contre

les principes, quand on est forcé, par les circonstances locales, à s’éloigner des formes régulières.

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