CHAPITRE SECOND
Principes generaux relatifs au relief .
(5°). U N bon relief, n’est pas moins important pour la valeur d’un retranchement, qu'une disposition horizontale habilement combinée.
Nous avons dit , dans le numéro (3) , qu’on a fixé à 2 m , 5o , la hauteur du parapet. Cplte hauteur est telle , qu’un homme à cheval ne peut pas voir dans le retranchement.
Quoique la hauteur de 2 *, 5o, soit celle qu’il convient de donner au parapet d’un retranchement , on en fait cependant très-souvent qui ont une hauteur moindre. Un parapet de 3 mètres , par exemple , est encore bon , surtout si l’on n’a pas à craindre les feux de la cavalerie. Des retranchemens construits h la hâte pour mettre à couvert un détachement ,
une grand-garde, etc. , n’ont quelquefois que i œ ,5o d’élévation. Ma», dans ce cas, la hauteur du parapet u’étant pas suffisante pour couvrir un homme de taille ordinaire, il faut creuser en arrière une espèce de petit fossé, avec les terres duquel on fait la banquette , et dont la profondeur au-dessous du sol est de o m , 5o. On pourra se tenir de bout dans cette tranchée, sans craindre les coups du dehors.
(5i.) Puisqu’un bon parapet en terrain horizontal, doit avoir 3™, 5o de relief; nous supposerons toujours cette hauteur à nos profils, et nous n’aurons plus qu’à faire varier l’épaisseur , suivant les différentes armes auxquelles les parapets auront à résister. Or , l’expérience a fait connaître qu’une balle de fusil , lancée à bonne portée, s’enfonce dans une terre ordinaire, remuée et bien battue, de ©»>3o; 1 qu’un boulet de 4 s’enfonce de i m , 3a
Id. de 8 ..... de 3 , oo
Id. de i a . ^ . . . de 5 , 5o
Id.‘ de 16 de 4» °°
Id. de 34 de 4> 5o
Il faut donc donner aux parapets qui doivent résister à ces différens projectiles.
Pour la balle de fusil i“, 00
Pour le boulet de 4 • • • 2 » oo
Pour le boulet de 8 . . . 3-, oo
Pour le boulet de i a . . , 4 » 00
Pour le boulet de 16 , . . 5 , oo
Pour le boulet de 34 « • .6» 00
On ne conduit paiut aux armées des pièce»
de 16 et de 34, aussi la grande épaisseur que. l’on soit appelé à donner aux parapets des ouvrages de campagne , est-elle de 4 mètres.
(5s.) Quelle que soit l'épaisseur du parapet, il faut tonjours que le déblai du fosaé soit proportionné au remblai de ce parapet , car c’est toujours avec les terres, qui proviennent de l’excavation du fossé, que l l on construit le mass i des ouvrages. Il suit de là que la largeur et la profondeur des fossés , doivent varier avec la hauteur et l’épaisseur des parapets.
Avant de fixer ces dimensions pour les différens cas , nous devons dire , que les moyens qu’on a à la guerre pour confectionner les retrancheraens , ne permettent pas de donner plus de 4 mètres de profondeur aux fossés , et pour que eçs mêmes fossés ayent quelque valeur, ils ne doivent pas avoir moins de 3 mètres de profondeur. Ainsi , dans tout ouvrage de campagne, construit seulement avec la pelle
et la pioche, la hauteur du fossé sera comprise entre 2 et 4 mètres , ou atteindra ces deux nombres qui lui serviront de limites.
(53.) Pour parvenir à calculer la profondeur et la largeur du fossé d’un ouvrage , relatives aux dimensions du profil arrêté pour le parapet de cet ouvrage , il faut faire attention ' que les terres remuées ont un foisonnement , c’est-à-dire , qu’elles ont un plus grand volume , après leur déplacement quelles n’avaient avant.
Celà posé , soit S la surface du profil , exprimée en quantités toutes connues ; S' , celle du profil du fossé , exprimée au moyen de la la largueur vers le haut , et de la profondeur qui sont des quantités inconnues. Soit C le contour connu que parcourrait le centre de gravité du profil , si l’on faisait mouvoir ce profil le long de la ligne couvrante ; C' le même contour relatif au profil du déblai , et exprimé eu fonction des inconnues, la largeur et la profondeur du fossé; soit enfin le foisonnement des terres, foisonnement qui est ordinairement entre-^* et du volume total.
Nous aurons, en nous rappelant que le solide formé par le mouvement d’une figure le long
d’une ligne , est égal à la surface de la figure mobile, multipliée par l’espace qu’aura parcouru le centre de gravité ; nous aurons , dis-je , entre nos deux inconnues la seule relation suivante :
cs = es' -4-
dans laquelle le premier membre est tout connu , et le second , est une certaine fonction des inconnues , fonction dépendante de la forme de l’ouvrage et du profil du fossé. Il suit delà qu’il faut nécessairement se donner une des d mensions du fossé, pour déterminer l’autre par cette équation. C’est ordinairement la profondeur que l’on regarde comme connue, parce que celte quantité est contenue entre des limites assez étroites.
Le tableau suivant qui fait connaître les largeurs et les profondeurs des fossés , relativement aux différens profils des parapets , a été calculé d’après ces principes.
Dans les fossés de ces profils, on suppose que l’escarpe et la contrescarpe out leurs talus au tiers.
La plongée est au quart dans les quatre premiers , et au cinquième dans les quatre derniers.
Tableau des Profils des Ouvrages de Campagne.
(54.) On voit par le tableau précédent, que les profils 5 et 6 ont un fossé extrêmement étroit. Il faudra, pour lerélargir, donner aux taluds d’escarpe et de contrescarpe , une
pente plus douce qu’on ne l’a supposée , les construire, par exemple, à 45 degrés ; mais quoiqu'on fasse , ces profils seront toujours mauvais , et ne conviendront nullement à des ouvrages de quelqu 'importance.
Les calculs des profils , tels que nous venons de les indiquer , 11e pourraient point être faits sur le terrain au moment du besoin ; il faudra donc que l’oflicior ait sous les yeux le tableau précédent, qu’il aura inscrit sur son carnet; ou qu’il se contente de l’approximation suivante, qui est plus que suffisante dans ces sortes de choses. Il divisera la surface S de son profil de parapet, par la profondeur qu’il veut donner au fossé. Si, par exemple, ce fossé doit avoir a mètres de profondeur, et si la surface du profil est 1 a mètres carrés , la largeur cherchée sera 6 .® , largeur en haut du fossé.
Ce procédé très-expéditif, suppose que le fossé est creusé carrément sans talus ; qu’il 11’y a pas de foisonnement , et que le fossé n’a pas plus de développement que le parapet , ce qui est contraire à la vérité. Mais le fossé doit être creusé eu iatud, ce qui diminue la surface de son profil, et celte diminution de surface compense en partie le foisonnement et
Fexc&s Je développement , ce qui fait que le résultat est assez exact pour la pratique.
(55.) Quoique nous n’ayons donné à nos profils que 2 mètres , et 2 œ , 5o de relif , cela n'empêche pas que dans différentes circonstances on ne leur donne encore moins que cela ; mais alors les ouvrages ainsi construits n’ont que fort peu de valeur, et dans aucun cas , les parapets ne doivent avoir moins de i m ,5o de relief au -dessus de la campagne, parce qu’avec moins de hauteur , ils ne couvriraient plus; et encore faut-il, dans ce cas, comme nous l’avons déjà dit, creuser le terreplein de o Œ , 5o, pour qu’on puisse sans crainte, se tenir debout dans le retranchement , et abaisser aussi la berme au - dessous du sol pour que l’ennemi monté dessus , ne plonge pas dans l’ouvrage.
La limite inférieure pour le relief des ouvrages de campagnes est donc 1 m , 5o , du moins pour les ouvrages dont nous avons parlé jusqu’à présent ; car on fait quelquefois à la guerre , et en particulier dans les travaux des sièges , des retranchemens longs et étoits , auxquels on donne le nom de tranchées , dont le parapet n’a que i m de hauteur, et dont le terre-plein est creusé de 1 “ dans le
terrain. Cos ouvrages n'ont point de fossé, et ce sont les terres provenant de l’excavation du terre - plein , qui fournissent le massif du parapet. Le peu de largeur de ces ouvrages fait qu’on y est assez bien couvert. Les tranchées devant satisfaire à d’autres conditions que les retranchemeus ordinaires , conditions que nous ferons connaître par la suite , il n’est pas étonnant de leur voir affecter des formes différentes.
Il semble, au premier coup -d’œil , que le relief ne doit pas avoir de limite supérieure, quand on proportionne la largeur du fossé h ce relief. Cependant , comme nos moyens sont bornés , et que ce n’est qu’à force de bras qu’on élève les retranchemens , cette limite se déduit naturellement , de la distance à laquelle un homme peut lancer de bas en haut, une pelletée de terre; cette distance est de 4 mètres , tel est aussi le maximum de relief des ouvrages de campagne proprement dit
La limite que nous avons assignée à la profondeur des fossés , est basée sur le même fait d’expérience.
Lorsque les parapets ont ainsi une hauteur plus grande que la hauteur ordinaire ; il est quelquefois impossible que leur plongée soit
dirigée sur le bord de la contrescarpe. Il faut alors relever cette contrescarpe par des terres dirigées en pente douce vers la campagne, et suivant le prolongement de la plongée du parapet , ce relèvement s’appelle un glacis ( Fig. aa ). Il faut qu ? il soit assez haut pour que l’ennemi ne puisse pas se dérober aux coups qui partent de l’ouvrage; mais toujours dôit-il rester au moins de i m , 70 au-dessous du parapet , afin qu’il ne procure pas h l’ennemi la faculté de plonger dans le retranchement.