CHAPITRE TROISIÈME
Détails de Construction,
SECTION PREMIÈRE
Main - d'œuvre.
Pro/îlement.
(56.) Après avoir fait connaître la disposition horizontale , et les dimensions verticales des ouvrages usités dans la fortification de campagne ; nous devons dire un mot des moyens employés pour les mettre à exécution et décrire leurs accessoires.
Quand un ouvrage est tracé sur le terrain , c’est-à-dire, lorsqu’on a planté de forts piquets à tous les angles , et creusé à la pioche d’une manière bien visible les lignes qui les joignent; il faut , sur chaque ligne , élever deux profils qui dessineront, dans l’espace, la forme du
parapet, et indiqueront aux ouvriers les endroits où ils doivent jetter leurs terres.
Si la face de l’ouvrage est un peu longup , deux profils ne suffiront pas , il faut alors en élever un troisième sur l’alignement des deux premiers.
Ces profils se font , quand il est possible avec des lates de sapin ; on peut alors leur donner toute la perfection désirable , et représenter très - exactement la forme du parapet.
On plante d’abord à la masse deux forts piquets à tête carrée A et B ( Fig, a3 ), marquant la largeur du parapet ; on cloue solidement contre le premier une tringle AC , d’une longueur égale, h la hauteur que doit avoir le parapet; on cloue.de même, sur le piquet B , une tringle indéfinie BD; et ensuite à l’extrémité C de la première , on en cloue une autre transversale , h laquelle on donne, au moyen du quart de cercle , du niveau de maçon , ou du simple conp-d’ceil , la pente que l’on juge convenable , et on la fixe au point D dans cette position. Qt scie la tringle BD de longueur , et l’on place la quatrième DE sous l’angle de 45° , en la clouant à l’angle D, et au piquet carré E. On construit de même ce qui est relatif à la banquette , comme l’indique la figure. 6
(57-) On peut économiser les profils , eil les construisant sur les angles , parce qu’alors un même profil sert pour deux faces. Ces profils d’angle , ou -profils obliques , ont de plus l'avantage , sur les profils carrés , de mieux dessiner le parapet de l’ouvrage, ce qui facilite sa construction , et empêche les faux mouvemens de terre.
Pour construire ces profils obliques, il faut un peu d’habitude. Après en avoir élevé un premier , carrément sur l’une des faces , on détermine sur l’angle, le point ou les projections des crêtes extérieures doivent se rencontrer; ce qui se fait en menant à la distance convenable , au moyen de cordeaux , sur les deux faces qui forment l’angle, des parallèles aux crêtes intérieures , déjà tracées à Ja pioche. A ce point de rencontre , on plante une tringle indéfinie, de même qu’on doit en avoir planté une de hauteur à l’angle de la ligne de feu ; h l’extrémité de celle-ci, on en cloue une troisième transversale, pour former la plongée sur l’angle ; on la fait tourner autour du clou unique qui doit la lier à la tringle verticale , jusqu'à ce qu’elle se dégauchisse avec la tringle qui marque la plongée sur le profil carré ; ou en d’autres termes , on met ces deux tringle9 dans un même plan.
On en fait de même pour le talud extérieur et pour la banquette ; on dégauchit lourd tringles , avec les tringles correspondantes du profil carré.
Actuellement , au moyen de ce profil sur l’angle , on déterminera le suivant, et ainsi de proche en proche par le procédé du dégauehissement.
Il est cependant convenable d’établir de place en place des profils carrés , pour vérifier les profils obliques, parce qu’il est assez facile qu’il se glisse des erreurs dans ceux-ci.
Très-souvent on n’aura pas de tringles à sa disposition, il faut alors se contenter de planter des branches grossièrement façonnées , pour marquer les hauteurs ; et si l’on a de petites cordes, on pourra marquer les taluds et les plongées, en réunissant par ces petites cordes , les extrémités des perches. Au reste , quand on est dénué de tout secours , il est rarement nécessaire de bien modeler le parapet , l’es - 1 sentiel est de se couvrir, et il suffit, pour cela, d’un bon relief, ce qui peut se faire mémo sans aucun profil.
Tous les profils étant construits, on connaît l’espace que le parapet doit occuper , et l’on peut tracer, à la pioche, la ligne d’escarpe à
o», 5o en-dehors du pied des profils; puis à la distance convenable la ligne de contrescarpe.
(58.) Dans tous les ouvrages , dont nous avons indiqué le tracé, on fait ordinairement le fossé de même largeur partout , pourvu toutefois , que le parapet ait aussi partout la même largeur et la même hauteur; il convient cependant de diminuer la largeur des fossés , vis-à-vis des saillans, et de les faire plus larges vis-h-vis des rentraus , parce qu’aux parties saillantes, les fossés ont plus de développement que les parapets, tandis que vers les parties rentrantes c’est le contraire; d’où résulte que d’une part on a trop de terre pour la construction du parapet, et que d’autre part on en manque , si dans le tracé de la contrescarpe, on n’a pas eu l’attention que nous venons d’indiquer.
Ainsi donc , la constrescarpe dans les ouvrages à flanquemens , ne sera point parallèle à l’escarpe , mais s’en rapprochera davantage vers les saillans. La quantité de rétrécissement ne saurait s’indiquer , sa détermination tient au coup-d’oril de l’officier. Il vaut mieux dans ce cas , pécher en trop que d’avoir un excé-
dent de terre qui embarrasserait , ou qu’on se verrait forcé de porter avec peine à d’assez grandes distances; ce qui d’ailleurs ne peut se faire qu’à la brouette, et à la guerre, on ne se sert ordinairement que de la pelle et de la pioche.
Le tableau du numéro (53.) n’indiquera donc que la largeur moyenne du fossé , celle qu’il convient de lui donner au milieu des faces.
( 59 .) Il est rare que l’officier ait le temps de profiler l’ouvrage avant que les ouvriers soient mis au travail; ordinairement on les lui donne avant que l’ouvrage soit tracé , et. c’est luimême qui les conduit sur les lieux. Pendant qu’ils se reposent, il détermine lestement son tracé par des piquets d’angle ; dès qu’il a fixé approximativement le milieu du fossé, il y place les ouvriers , en leur indiquant à quelle profondeur ils peuvent d’abord creuser, sur une largeur moindre que la largeur présumée du fossé. Pendant que les ouvriers remplissent cette tAche , l’officier revient à son tracé , il construit ses profils , fait son petit calcul pour connaître la largeur du fossé , et en trace finalement à la pioche l’escarpe et la contres-
carpe. Il doit avoir soin d’arrondir en arc d» cercle la contrescarpe sur les saillans, en prenant pour rayon la largenr du fossé, et pour centre l’angle saillant de l’escarpe.
(60.) Le tracé de la contrescarpe dans le front bastionné , exige quelques détails particuliers. On le fait de deux manières, ou bien on lui fait suivre (Fig. 24) les sinuosités de l’escarpe, toujours en se conformant à ce qui vient d’être dit, c’est-à-dire, en faisant le fossé plus large dans les parties rentrantes; ou bien les contrescarpes des deux faces sont tirées ea ligne droite (Fig. s 5 ) , pour aller se rencontrer vis-à-vis le milieu de la courtine , auquel cas tout 1 espace qui se trouve entre les flancs et la courtine est déblayée ; ce qui exige une maind’œuvre considérable, et ne convient par conquent , qu’aux ouvrages de fortification mixte , faits avec tous les secours qu’on jteut tirer de quelque ville voisine.
(60 bis) Dans le premier cas , qui seul convient aux ouvrages construits rapidement , il existe des angles morts dans les fossés des faces , près des angles d’épaule. Pour remédier il cet inconvénient, on peut prolonger en rampa
le fossé de chaque face vers le flanc du bastion voisin, comme l’indique la fig. 24, et donner à cette rampe une pente telle que le flanc puisse découvrir le fond du fossé ; celte dispoposition est d’autant mieux entendue , que le déblai des rampes , supplée îi ce qui manque presque toujours vers l’angle de courtine , où le développement du parapet surpasse de beaucoup celui du fossé.
On pourrait craindre que ces rampes n’affaiblissent l’ouvrage, en donnant n l’ennemi la facilité de descendre dans le fossé; mais dans les ouvrages de campagne proprement dits , comme l’est celui que nous supposons , le fossé u’est pas un obstacle assez grand pour qu’on n’y puisse pas sauter de prime abord; ainsi que les rampes existent ou qu’elles n'existent pas, il n’en sera ni plus ni moins à cet égard , elles ne compromettent donc en rien la sûreté de l’ouvrage, d’autant plus que pour les aller chercher , il faut présenter le dos aux feux des flancs.
Disposition des Atlelicrs.
(61.) Bien disposer les ouvriers pour qu’ils Hé s’embarrassent pas les uns les autres , et
pour que le travail chemine avec ordre , est une chose très-essentielle.
•On partage l’ouvrage en atteliers de trois mètres de longueur, mesurés sur la ligne * du milieu du fossé. Dans chaque attelier , on place cinq ouvriers , dont un est armé d’une pioche, et les quatre autres de pelles. Deux pelleteurs sont à côté du piocheur , et les deux autres forment un relai sur l’emplacement de la berme , pour jeter les terres plus loin.
Outre ces cinq ouvriers, il en faut un sixième pour distribuer les terres dans le massif du parapet , les damer et faire les taluds extérieurs ; cet ouvrier a le nom de régaleur , il manie indistinctement la pelle et la dame.
D’après cela , il faut six hommes par attelier, ou deux hommes par mètre courant de la ligne milieu du fossé. Outre ces ouvriers , des sapeurs, des canonniers ou d’autres soldats inlelligens, sont chargés des revêtemens et des ouvrages délicats. Un caporal piqueur a la surveillance de cinq atteliers , et un sergent piqueur celle de la redoute entière-
(6a.) On s’enfonce dans le fossé par couches d’un mètre de hauteur, et en ménagent des gradins le long des taluds. Ces gradins sont
nécessaires pour la conduite du travail , pour descendre dans le fossé et en ressortir , pour empêcher les ouvriers de trop enlever , et pour fixer approximativement la pente des taluds , par le rapport donné entre la largeur et la hauteur de ces gradins.
Quand le massif est déblayé , on recoupe les gradins à la pioche d’Sbord, et ensuite au louchet ou pelle droite , quand l'ouvrage doit être fait proprement.
On doit soigneusement conserver les bonnes terres pour en former les taluds des parapets , souvent même est-on obligé de les aller chercher au - delà du fossé , car toute espèce de terre n’est pas bonne pour se serrer , et devenir compacte sous les coups de la dame.
Les terres qu’on emploie aux constructions en pisé , sont essentiellement propres aux taluds ; il faut qu’elles soient en même temps grasses et mêlées de gros sable.
Pour les ouvrages construits très-rapidement, il est impossible de s’astreindre à mettre les bonnes terres en dépôt; on se dépêche au contraire , de former le massif du parapet aveo tout ce qu’on trouve dans le fossé , et de cette manière, la couche de terre végétale, qui est ordinairement la meilleure , se trouve recou-
verte par les couches inférieures ; si ces déni nières sont trop graveleuses et font craindre les éclats, il faut enlever dans le terre - plein la couche de terre végétale pour en faire une chemise au parapet. Au reste, quand on choisit l’emplacement des ouvrages , on évite autant qu’on le peut les terrains rocailleux qui ne sont recouverts que d’une légère couche de bonne terre.
(65.) Dès le commencement du travail , it faut pourvoir au moyen d’écoulement des eaux, qui sans cette précaution , croupiraient dans les terre - pleins , et les rendraient inhabitables.
Quand l’ouvrage que l’on construit est ouvert à la gorge , on dirige une rigole vers cettô gorge , et l’on donne au terre - plein à droite et à gauche une pente légère vers la rigole.
Mais quand l’ouvrage est fermé, il faut pratiquer un petit aqueduc en pierres plates ou en planches , sous le parapet , à l’endroit le plus bas du terre - plein , en ayant soin de prolonger cette espèce de tuyau au-delà de l’escarpe , pour que les eaux ne fa sillon-' nent pas.
(64.) H faut, autant qu’on le peut, donner l’ouvrage à l’entreprise ; surtout quand il est question de grands travaux , comme ceux de fortification mixte. Des ouvriers à la journée mettent trois fois autant de temps à faire le même ouvrage. Ainsi , il faut toujours préférer de payer une somme même exagérée à des ouvriers qui prendraient l’ouvragq à leur tache, que de les laisser travailler au jour le jour , à un prix très-bas. Une fois que le marché est conclu on est tranquille , on sait à quoi s’en tenir, on est sur que le travail sera bientôt terminé , et l’on n’a plus d’autres soins à avoir que de surveiller l’exécution. On doit prendre garde qu’un ouvrage à la tâche risque toujours d’être mal fait , par celà seul que les entrepreneurs ont tout l’intérêt possible h le terminer promptement.
La fixfttion des prix de la main - d’œuvre exige quelques essais préliminaires , car ils doivent varier suivant le prix des journées , suivant la qualité du terrain et la nature de l’ouvrage. Pour arriver à une juste estimation, on fait travailler séparément quelques bons ouvriers qu’on paye bien, et l’on note soigneusement ce qu’ils ont fait dans un temps donné; çn fait alors des propositions avec connaissance
de cause. On compte qu’en terrain facile à manier, chaque ouvrier doit faire huit mètres cubes par jour de huit heures de travail ; mais celé n’est vrai qu’aulant que le déblai se fait près de la surface, et que lep terres se placent d’un seul jet dans le massif du parapet ; quand, il faut creuser un peu profond , et que le terrain est rocailleux , on ne peut compter que six mètres par homme , travaillant dans le fossé , et par conséquent , trois ou quatro mètres seulement par homme, quand il faut établir un rclai sur !a benne.
SECTION SECONDE
Construction des Revêtemens.
Revêtement du Parapet.
(63.) Nous avons dit, dans le numéro (3) y que le talud intérieur du parapet doit être aussi raide que possible, pour faciliter l’approche du parapet, et que pour i m ,3o de hauteur , nous ne lui donnerions que o“ , 3o de base ; des terres remuées ne resteraient pas sous un pareil tulud; pour les y maintenir, on
les fortifie par un revêtement , qui se fait ordinairement eu fascines ou en gazons.
Du revêtement en fascines.
(66.) Le revêtement en fascines est le plus solide et le plus militaire; il est assez vite exécuté, et il a une apparence de force qui rassure.
Les fascines du revêtement doivent être fortes et bien liées , faites de menus branchages. On leur donne ordinairement deux mètres de long, et o m , ao de diamètre; on les lie fortement de cinq harts , une au milieu , une à chaque extrémité , et les deux autres dans les intervalles. Il faut pour faire les fascines , que les ouvriers établissent trois chevalets avec des piquets croisés, et fortement enfoncés en terre; ils placent sur ces chevalets les branches effeuillées avec soin , en mettant alternativement le gros bout à l’une et a l’autre des extrémités. Pour placer les harts , ils doivent avoir une corde un peu plus longue que la circonférence de la fascine et liée par ses deux extrémités à doux leviers, qui servent à serrer fortement les branchages én les embrassant de la corde, cl en appuyant sur les doux leviers qui se trouvent ainsi croisés , et agissent dans des sens opposés.
Chaque fois qu’on place une hart, il faut sériât** comme nous venons de le dire , la fascine à côté de la ligature.
On doit avoir l’attention de placer tous les nœuds des harts du même côté , pour qu’on les puisse tous cacher dans le parapet, quand on mettra les fascines en œuvre.
Enfin , la fascine sera sciée carrément par ses deux extrémités, et à la longueur requise.
(67.) Si l’on a de grandes branches, on doit faire les fascines plus longues que nous ne l’avons dit; il faut alors les confectionner aussi longues qu’on le peut , c’est-à-dire de quatre, de cinq et même de six mètres; car il y a beaucoup d’avantages pour la solidité du revêtement à diminuer le nombre des joints. Ces grandes fascines , qui reçoivent le nom de saucissons , doivent avoir plus d’épaisseur que les fascines ordinaires. On leur donne o m ,aa à o “,25 de diamètre, et leurs liens sont fixés à o m ,35 d’intervalle ; et si le temps le permet , on coupe en sifflet l’extrémité des branches , pour que deux saucissons , placés bout à bout, puissent au moyen de quelques coups de 1 masse appliqués à leur extrémité, mordre l’un sur l’autre, et consolider le joint.
Les chevalets nécessaires à la construction de ces grands saucissons doivent être placés de mètre en mètre, exactement à la même hauteur et bien alignés ; sans cette dernière précaution , le saucisson ne serait pas droit , et serait très-difficile à mettre en œuvre , du moins pour faire un revêtement un peu propre.
Trois ouvriers réunis pour ce genre de travail , peuvent faire un grand saucisson dans deux heures , ou quatre fascines dans le même temps, les bois étant coupés et à leur portée.
(68.) Le revêtement se fait à mesure que le parapet s’élève. On enterre à moitié la première fascine dans la banquette, et on la fixe par trois piquets enfoncés à la masse; ces pi-« cpiets ont un mètre de longeur.
On pose ensuite la seconde fascine (ou pour mieux dire, la seconde rangée de fascines), un peu en retraite pour se conformer au talud, en ayant soin de larder chaque fascine de trois piquets, dont les deux extrêmes sont plantés dans les fascines inférieures, et dans le sens du talud ; et le troisième perpendiculairement à ce talud , pour faire liaison avec les terres. Les Autrichiens remplacent ce dernier piquet par
une ancre ou hart , qui embrasse la fascine > et va s’attacher par son autre extrémité , à un
piquet planté dans le massif des terres, et qui en est ensuite recouvert ; ils donnent par ce moyen , une grande solidité au revêtement.
Les joints des fascines d’un rang, se placent sur les pleins des fascines inférieures , comme les pierres dans les bAtimens; et dans les angles , les fascines s’enchevêtrent de manière à éviter la solution de continuité.
Quand on a placé sept rangs de fascines ou six rangs de saucissons , on est à peu près à la hauteur de la crête; alors pour achever, on recouvre le dernier rang avec des gazons , posés de plat, l’herbe en haut et faisant liaison avec les terres du parapet.
Du revêtement en clayonnage.
(6g.) Le revêtement en clayonnage se fait en plantant de forts piquets dans la direction du talud , et en entrelaçant ensuite des branches flexibles autour de ces piquets. Ces mêmes branches, à la partie supérieure du revêtement, sont liées aux têtes des piquets, pour que le clayonnage ne se défasse pas.
Du revêtement en galons.
(70.) La troisième espèce de revêtement se fait avec des gazons , auxquels on donne la forme d’un rectangle, ayant o m , 5 o à o®,4o de longueur, sur o“, 20 de largeur.
Les gazons doivent se tailler dans des prairies bien fournies d’herbe, et fauchées à ras. On les place par boutisses et paneresses , plein sur vide, et l’herbe en-dessous. Celte dernière circonstance est nécessaire pour poser les gazons bien à plat , et poür pouvoir les recouper, les équarrir au louchet ou avec la hache à main. Chaque gazon doit être piqué de deux ou trois chevilles , aGn d’être lié aux gazons qui sont dessous. Pour faire bonne liaison , il faut avoir soin de n’élever le revêtement qu’au fur et à mesure que le parapet s’élève , et da bien damer les terres contre lesquelles "il s’appuie.
Quand le revêtement est achevé , on la recoupe à l’extérieur pour dresser le talud ; à cet effet, on se sert de louchets bien tranrhans» et dont le manche est long et droit. Le tranchant du louchet doit être biais pour couper plus facilement les racines des gazons.
Le revêtement en gazons est susceptible de
la plus graudc perfection , aussi l’emploie-t-on de préférence dans les ouvrages où Ion veut déployer un certain luxe d’exécution.
Un homme peut poser 16 mètres carrés do gazons par jour de huit heures de travail , lors* qu’il a les gazons sous la main.
(71.) Pour lever les gazons dans la prairie, on commence par tracer des lignes en long ,et en large , de manière à former des compartimens de la grandeur voulue pour les gazons. On se sert, pour cela, d’un louchet à manche court , bien tranchant par le bout et sur le côté, ou d'une pelle carrée, appropriée à cet usage. Un homme vigoureux appuie sur la manche , comme le laboureur sur la charrue, tandis que quatre ou six hommes , attelés en galère à une corde, dont l’extrémité forméo en boucle, est fixée à la douille de l’instrument, tirent le louchet et coupent le gazon.
Quand les compartimens sont tracés, les ouvriers s’arment chacun d’une pioche très-large, et s’en servent pour enlever , de deux ou trois coups, chaque gazon, en ayant soin de ne leur laisser que l’épaisseur qui comprend toutes les racines.
Du revêtement en planches et en pisé.
(72.) Souvent on n’a ni bois, ni prairies, dans le voisinage des ouvrages, alors, on ne peut faire ni fascines, ni gazons. Il faut, dans ce cas , chercher des planches dans les maisons les plus prochaines , dut-on en détruire les planchers ; et se servir de ces bois , pour en construire grosso modo une manière de revêtement.
Si 1 ’on manque encore de ce moyen , ort cherchera à faire une espèce de pisé avec la terre la plus liante qu’on puisse trouver, on y mêlera de la paille hachée ou de la bourre, on l’arrosera et l’on parviendra ainsi , en damant bien , à donner au talud à peu près la raideur exigée.
On ne fera , dans aucun cas , le revêtement en maçonnerie ou en pierres sèches. Les éclats que les boulets font sauter de ces revêtemens , sont plus à craindre que les boulets mêmes , parce que , prenant toute espèce de direction , on ne saurait s’en garantir.
Revêtemens descarpe.
{7?.) Le talud intérieur du parapet n’est pas le seul que l’on soit appelé à revêtir; le talud
C »oo )
<fl’escarpe a aussi quelquefois besoin de l'être î par exemple, dans le cas où les terres trop légères ne peuvent pas se soutenir sous le talud du tiers , et que 1 ouvrage est important.
Le revêtement d’escarpe peut se faire en fascines ou en troncs d’arbres , posés horizontalement; mais ces deux espèces derevêtemena fournissent des moyens d'escalade , ils offrent à l’assiégeant une espèce d’escalier , qu’il peut monter avec assez de facilité. On doit leur préférer le revêtement en troncs d’arbres , planté* jointifs et debout, avec un léger talud. Mais le meilleur de tous, est le revêtement en charpente, composé de madriers, soutenus par des châssis, formant queue dans l’intérieur des terres ( Fig. aG). Ces châssis ont la forme d’un triangle ; la semelle en fait la base, le montant la hauteur , et la lierne l’hypothénuse. Ces différentes pièces sont assemblées à tenons et mortaises.
On ne saurait employer un revêtement préférable , quand on a du bois et du temps.
On peut rendye cette construction un peu plus simple, en mettant en haut, la queue du châssis, et en le disposant comme l’indique la figure ? 7 >*
11 faut dire, au désavantage du premier
îe vêtement en charpente , que les tranchées qu’on est obligé de faire dans l’escarpe pour placer les châssis , sont un assez grand inconvénient , à cause des doubles mou vcmens de terre que cela nécessite. On ne peut, en effet * achever le parapet, qu’après le revêtement , parce que les tranchées l’endommageraient; U. faut donc que les terres soient d’abord mise&, en tas à quelque distance de la benne, pour en former ensuite le parapet. Cela montre assez que le revêtement d’escarpe ne peut s’employer que dans la fortification mixte , et non dans la fortification de campagne proprement dite.
(74.) Il est encore un autre moyen d’empêcher l’escalade , moyen dont on peut tirer un très-grand parti pour la défense du fossé. C’est de faire le talud d’escarpe à, terres coulantes, ce qui lui donne le plus de solidité possible; et de planter au-pied de ce talud un rang de troncs d’arbres jointifs, ou de longues et grosses palissades , qui offriront à l’ennemi un obstacle qu’il ne détruira qu’avec^ beaucoup de peine ; surtout si après avoir ménagé un petit intervalle entre le pied du talud et la Cio de troncs d’arbres , ce qui donne le moyen d$
circuler par derrière , si dis-je, on perce entra, les troncs d’arbres, des trous ou créneaux , de mètre en mètre , au moyen desquels on puisse voir de près tout ce qui se passe dans le fossé, et qui permettent d’y passer le fusil pour faire feu.
Ces arbres jointifs, ainsi percés Je créneaux, forment ce qu’on appelle une palanque. Les Turcs sont dans l’usage de fortifier leurs camps avec de simples palanqucs (Fig. 35), construites en gros rondins , de o“, 53 de diamètre , et de 5 à 4 mètres de longueur. Ces palanques sont d’une bonne défense , le canon y fait peu de mal ; on les a éprouvées à Dresde , et nous sommes convaincus que dans le^ pays boisés , une forte palanque peut quelquefois remplacer avec succès une enceinte terrassée.
SECTION TROISIÈME
Accessoires des Retranchemens.
§. ir
Barbettes , Bonnettes et Traverses.
Des Barbettes.
( 7 5.) Quand on place du canon dans les puvrages de campagne, il faut éviter, autant
que possible, d’ouvrir le parapet, pour mettre ce canon en batterie , parce que ces ouvertures qu’on nomme embrasures , sont des parties faibles; ce sont des espèces d'entonnoirs qui reçoivent tous les projectiles de l’ennemi, et qui facilitent l’assaut. De plus, les embrasures, b cause de leur peu de largeur , ne permettent pas de tirer dans toutes les directions. Il faut donc les employer le moins qu’on peut , et placer le canon de manière à pouvoir faire feu par-dessus le parapet. Le masssif de terre destiné à procurer à la pièce, l’exhaussement nécessaire , s’appelle barbette. Son sol doit être b i™,2o au-dessous de la crête du parapet, et sa grandeur dépend du nombre de piècesf qu’on y veut placer. Une pièce de campagne exige, avec son attirail, un espace d’au moins 5 mètres de large, et 6 de long. Ainsi, la surface supérieure de la barbette qui ne doit recevoir qu’une pièce, est un rectangle de 5 mètres de petit côté, parallèle au parapet, et de 6 à y mètres de grand côté , perpendiculaire b ce même parapet.
(76.) On établit des rampes pour monter sur les barbettes , et pour la hauteur ordinaire b laquelle ces rampes doivent atteindre , on a
( io4 )
coutume de leur donner un sixième de pente, c’est-à-dire, que pour un mètre de hauteur, elles ont six mètres de base, et proportionnellement pour des hauteurs plus petites ou plus grandes; pourvu que ces hauteurs ne dépassent pas trois mètres , ce qui , en effet , ne doit jamais arriver dans les ouvrages de campagne.
Les rampes ont 2“, 5 o ou 3 mètres de largeur , pour que les roues des canons puissent facilement s'y reposer. Ces mêmes rampes doivent conduire le plus directement possible ; il faut, en conséquence , les diriger perpendiculairement à un des côtés de la barbette , et ^es placer sur celui qui fait face à la porte de l’ouvrage.
1 (77.) Quelquefois on construit deux rampes pour une même barbette, et c’est un avantage pour la circulation ; on les fait alors parallèles aux faces de l’ouvrage. Telles sont celles que représente la fig. 28 , qui donne tous les détails et toutes les dimensions d’une barbette pour trois pièces , située au saillant d’un ouvrage; emplacement ordinaire des pièces à barbettes , quoiqu’elles se trouvent là expofées à tous les feux convergeas de l’ennemi ,
t io5)
et qu’il ne faille les y placer qu’autant qu’on y est forcé.
Entre les trois rectangles nécessaires h l’emplacement des trois pièces , il y a des espaces libres, dont la grandeur varie avec l’ouverture de l’angle saillant; ces espaces sont utiles pour empiler les boulets.
Nous avons supposé qu’une pièce occupe 6 mètres en largeur , quoique 5 mètres lui suffisent; et cela, aiin de nous procurer l’aisance des mouvemens, et la faculté de nous mettre à couvert par les moyens dont nous allons parler.
Des Bonnettes et des Traverses »
( 78 .) Pour détruire en partie l’effet des feux couvergens , dirigés contre les pièces en barbette, on élève sur le parapet, h côté de ces pièces , uu bourrelet de o“, 5o de hauteur , et aussi large qu’on peut le faire. Quelquefois le bourrelet a plus de o“, 5o de hauteur , nous en en avons fait de i Œ , pour couvrir plusieurs pièces à la fois. On donne à cet exhaussement du parapet, le nom de bonnette. Mais si la bonnette préserve de l’enfilade , elle empêche aussi le tir sur la face où elle est construite , ce qui fait qu’on ne peut pas toujours l’em-
( io6 )
Ce qu’il y a de mieux à faire pour bien couvrir le canon, quand on est obligé de leplacer dans les ouvrages ; c’est d’élever à côté et joignant le parapet , une traverse de 2 " de hauteur au moins.
• Pour que cette traverse occupe le moins d’espace possible , on la fait en gabions remplis de terre , placés sur deux ou trois files , et sur deux de hauteur ; on couronne ces gabions d’un rang de fascines.
( 79 .) Les gabions sont de grands paniers de forme cylindrique , ouverts aux deux bouts , et dont les dimensions varient suivant l'emploi-, auquel on les destine. Les gabions des traverses, et en général ceux employés dans les retranchemens , doivent avoir un mètre de hauteur et un mètre de diamètre extérieur.
Pour construire un de ces gabions, on trace sur le terrain un cercle de o“,45 de rayon , on plante sur la circonférence de ce cercle , et h des distances égales , treize piquets verticaux de i“, 3o de longueur. On clayonne ensuite autour de ces piquets , sur une hauteur d’un mètre ; on serre à coups de maillet les branches les unes contre les autres ; on coupe Jes brins qui débordent, et on arrête les tours
supérieurs et inférieurs par des harts. Il faut avoir grand soin de tenir le haut des piquets toujours à même distance , pour procurer au gabion la forme cylindrique ; un ouvrier doit avoir constamment l’œil à cela.
Quaûd on place les gabions, on met leurs pointes en haut, pour qu’elles fassent liaison avec les fascines dont on les recouvre presque toujours. Si l’on met deux rangs de gabions les uns sur les autres , ils faut pour pouvoir placer les seconds , scier les pointes des premiers ; ou bien placer ceux-ci à la renverse , et enfoncer avec la masse leurs pointes dans le terrain.
(80.) Il est une autre espèce de traverses »
dont nous avons déjà dit un mot, ce sont celles qu’on établit devant les ouvertures des ouvrages. Destinées qu’elles sont à résister comme le parapet, aux projectiles de l’ennemi , elles doivent avoir le môme profil. Et pour que ces traverses , toujours incommodes dans l’intérieur des ouvrages, occupent le moins de place possible, on revet leurs faces latérales , et on leur donne un rapide talud.
Outre les traverses dont nous venons de parler , il y en a encore d’une autre espèce ,
plus importantes que les premières, introduite* par la nécessité où l’on se trouve souvent , de se préserver des vues d’une hauteur voisine , de se défiler en terme de l’art. Nous parlerons de ces traverses au chapitre du défilement, pour fixer leur relief, leur forme et leur position. Pour le moment, il nous suffit de prévenir que 1 on sera souvent obligé , en terrain irrégulier, d'élever, dans les ouvrages, des massifs considérables, qui quelquefois les barreront en entier ; il faudra donc pratiquer, dans ces traverses, des passages, pour communiquer d’une partie du retranchement à l’autre , et des magasins de munitions , pour utiliser autant que possible, ces masses inertes et embarrassantes^
§. ff-
Passages , Ponts de communication et Ma-, gasins.
* Des Passages %
C8i .) Les passages se font en perçant la traverse , et en soutenant les terres par des châssis et des bois de coffrage; ou simplement par des fascines formant le ciel du passage , posées en travers sur des revêtemens également en fascines, formant les pié-droits.
( io 9 )
Cette charpente ou ce fascinage , suffisamment indiqués par les fig. 29 et 3 o , s’élèvent en meme temps que la traverse.
Les fascines du ciel doivent être plus forte# et plus longues que les fascines ordinaires.
Celle - ci auront 3 “, 60 de long , et o“, 3o de diamètre.
Le passage doit avoir 2 mètres de largeur par le bas, pour que le canon puisse y rouler; nous disons par le bas, parce que dans le cas où les terres sont soutenues par des fascines , il faut donner aux pié-droits, au moins o m , 3o de talud.
La hauteur du passage doit être de deux mètres.
Les châssis employés dans la construction du passage, quand on le fait en bois, sont composés de deux montans, d’un chapeau et d’une semelle , assemblés à mi - bois , et de o”, i5 dVquarrissage. On les espace d’un mètre d’axe en axe.
(82.) Les passages qui donnent entrée dan9 les ouvrages, se font ordinairement à ciel ouvert au travers du parapet , dans les endroits les moins exposés ; et pour que ces ouvertures si nuisibles à la défense , offrent le moins de
( nô )
jour possible aux vues et aux coups de l’en*’ nemi, on tient aussi raides qu’on le peut leurs côtés , par le moyen d’un bon revêtement et en ne donnant à la voie, qüe la largeur strictement nécessaire pour le passage du canon.
Ces passages se ferment ordinairement par une barrière ou par un cheval de frise , dont nous ferons connaître la construction quand nous parlerons des fermetures.
Des Ponts de communication.
(85) Laisser au travers du fossé un massif de terre, pour communiquer du dehors au dedans de l’ouvrage, serait très-dangereux; il faut que cette communication se fasse au moyen d’un pont amovible.
Ce pont, si le fossé n’a pas plus de 4 mètres de largeur, se fera tout simplement avec 5 poutrelles, mises en travers du fossé et recouvertes de madriers. Au moment du besoin on enlève les madriers et les poutrelles ; et l’on peut se servir de ces bois pour barricader l’entrée , si elle ne se trouvait pas déjà fermée par une barrière ou un cheval de frise.
Quand le fossé a plus de 4 mètres de largeur, on place un chevalet au milieu, pour supporter les poutrelles du pont.
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La hauteur du chevalet dépend de la profondeur du fossé ( Fig. 3 1 ) ; la largeur de la traversière ou pièce supérieure , est de 3 m , oo ; les jambes doivent s’écarter par le bas , pour donner au chevalet plus d’assiette ; on les lie entr 'elles par des traverses disposées en croix de Saint-Adré.
Cinq poutrelles de o m ,i5 sur o m , 20 d’équarrissage , reposent sur le chevalet et supportent des madriers de o œ ,o8 d’épaisseur. Ces madriers sont cloués sur les poutrelles , et unis entr’eux par deux longrines latérales ou gardes- grève-, poutrelles qui sont de plus destinées à prévenir les accidens , en empêchant les roues des voitures de se porter trop au bord.
Quelquefois le pont qu’on devra construira aura plus de 8 mètres de long ; alors il faudra plusieurs chevalets, qu’on aura soin de ne pas espacer les uns des autres, de plus de 4 mètres.
Des Magasins de munitions.
(84.) Outre les passages voûtés , construit* sous les traverses pour les communications , on y pratique encore des magasins, dans lesquels on puisse mettre quelques munitions de guerre, à l’abri de la pluie et des projectiles
incendiaires.' Quelquefois aussi , et c’est ce qu’on peut faire de mieux : pour mettre à profit le massif des grandes traverses, on y construit des logemens , des espèces de casemates en charpente , où le soldat peut goûter le repos qui doit lui rendre des forces épuisées par un travail pénible et continuel, ou par des combais fréquens.
Ces magasins et ces logemens , usités en fortification mixte, se font comme les passages en charpente , avec des châssis et des bois de coffrage pour soutenir les terres*
(85.) Si l’on manque des bois nécessaires pour faire de petits magasins à poudre, on peut y suppléer par des caisses enterrées, dont un des cdtés découvert à l’extérieur , peut s’ouvrir et se fermer en guise de porte que l’on tient fermée par une serrure, quand on peut s’en procurer une; ou par de simples liens, si la serrure manque. Une sentinelle doit être continuellement là , pour empêcher de s’en approcher et prévenir les accidens.
Ce moyen nous a parfaitement réussi ; nous avons fait de petits magasins à poudre, en enterrant dans des traverses, des caisses de fusil , dont le couvert servait de porte, moyennant
des charnières en cuir que nous y avions adap-' tées. Ces caisses avaient été fortifiées de quelques traverses bien clouées, pour les rendre capables de supporter le poids des terres. Quand il n’y a pas de traverses dans le retranchement, . on peut établir les petits magasins sous les barbettes ou dans les parapets.
§• ni.
• Des Embrasures.
(86.) Quoique nous ayons dit, dans le nU* tnéro (56), qu’il faut éviter, autant que possible , de faire des embrasures dans les ouvrages de campagne , et que les détails de leur construction soient du ressort de l’officier d artillerie; il convient cependant que l’ingénieur connaisse leur tracé.
La plongée de l’embrasure, s’établit h la hauteur de la volée de la pièce qu’on y veut mettre en batterie, c’est ordinairement à i“, 20 audessus du terre - plein. Pour couvrir le mieux possible la pièce et les canonniers, on fait les côtés de l’ouverture intérieure de l’embrasure verticaux , et l’on ne donne à cette ouverture tjue o®, 5o de largeur; l’embrasure va ensuite en s’évasant, de manière que sous la crête ex-
térieure du parapet, elle ait une largeur AB ( Fig. 3a), égale à la moitié de l’épaisseur du parapet, et à cet endroit, les joues de l’embrasure ou les faces latérales, ont un talud de 54*; en sorte que les saucissons , avec lesquels on les revet , après avoir été placés les uns sur les autres vers l’intérieur du parapet , ne se recouvrent plus que de moitié sous la crête extérieure, et forment ainsi une surface gauche très-solide.
Pour tracer l’embrasure biaise, on porte sur sa directrice Cil , à partir de la crête ultérieure du parapet, une longueur CD, égale à la largeur du parapet , et là on élève une perpendiculaire à la directrice , sur laquelle on porte à droite et à gauche en DE et DF , le quart de CD , ce qui fixe la largeur de l’embrasure en cet endroit. Le reste s’achève comme dans l’embrasure droite.
La figure 5a fait voir ces deux embrasures avec les projections de toutes leurs lignes.
Les embrasures sont usitées pour le tir assujetti à une direction déterminée, par exemple, quand il est question de battre une route, un pont , une avenue quelconque.
§. iv.
Des Fermetures.
(87.) Quand un ouvrage fermé est fait, que ses communications avec l'exterieur sont établies; il faut prévenir les surprises par de bonnes fermetures.
Ces fermetures consistent ordinairement eiÿ barrières et en chevaux de frise.
Des Barrières.
La barrière pour fermer une redoute, no peut avoir qu’un battant , parce que le passage n’a ordinairement que .deux mètres de large.
Il faut que cette barrière ait au moins deux mètres de hauteur. Elle est composée de deux montans , de deux entretoises et d’une guette ou pièce transversale biaise » servant à lier entr’elles six bonnes palissades équarries de o", ix et o", 11. Les montans, les entretoises et la guette onto“,i 5 suro™,ii d’équarrissage. Les entretoises et la guette, s’assemblent à mibois avec les palissades , et chaque assemblage est chevillé.
De bonnes pentures en fer de i m , 5 o de Ion-
gueur o», 08 de largeur, sont clouées sur les entretoises , et servent à placer la porte sur ses gonds, et h consolider les assemblages des entretoises avec les palissades.
La porte roule entre deux poteaux, enfoncés d’un mètre en terre , et liés entr’eux par une semelle placée à fleur de terre. On creuse dans les poteaux une feuillure pour la battue de la porte. Sur l’un des poteaux sont plantés les gonds, et l’autre porte le verrou qui doit fermer la porte.
Les poteaux ont o m , 3o d’équarrissage, ainsi que la semelle ou seuil.
Il va sans dire que la porte doit s’ouvrir est dedans.
(88.) Puisque nou9 parlons des barrières , jnous ferons connaître la construction de celles que l’on peut être appelé h faire à l’endroit d’un passage fréquenté , par exemple sur une grande route , quand un retranchement la, traverse , et qu’on veut s’en ménager la libre circulation , ce qui arrive presque toujours lorsque l’on fortifie les environs d’une ville où plusieurs routes viennent aboutir.
Ces barrières, plus larges que les premières, ont au moins 3 mètres d’ouverture ; elles sont
formées de deux bal tans, réunis par un fléau > et s’appuyant contre le seuil.
Pour donner plus de solidité aux poteaux qui supportent la barrière, on les soutient par le bas avec des jambes de force , qui s’assemblent sur le seuil , et sur des patins ou pièces, horizontales, qui elles-mêmes s’assemblent sur. les poteaux et leur donnent du pied.
Tous les charpentiers connaissent parfaitement bien ces détails, et sont en état de faire; ces barrières sans autre explication.
Du Cheval de frise.
(89.) Le cheval de frise est tout simplement une pièce de bois, d’une longueur égale à l’ouverture de la porte, de o ra , 33 de diamètre , et traversée de plusieurs perches aiguisées , longues de 2 mètres. ( Fig. 33 ). On les place ordinairement en croix, de manière qu’il y en ait toujours deux rangs dirigés du côté de l’ennemi.
Une des extrémités du cheval de frise tourne autour d’un pivot , l’autre est supportée par une roulette qui facilite son mouvement. Cette extrémité vient s’appliquer contre un montant oüi elle est fixée par une chaîne.
( ïl8 )
Il vaudrait peut être mieux que les lances du cheval de frise présentassent toujours trois rangs de pointes h l’ennemi, comme nous l’avons fait dans la fig. 33*. Alors, la lance horizontale empêche l’approche du corps du cheval de frise, et rend plus difficile la tentative de le rompre.
Nous venons de faire connaître tous les détails dans lesquels il faut entrer lorsqu’on est chargé de la construction d’un retranchement. Nous allons actuellement nous occuper des moyens d’en augmenter la force, et de les rendre capables d’une plus longue résistance.