‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 5 sur 22 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Moyens d'accroître la force des Ouvrages de campagne.

SECTION PREMIÈRE

Obstacles,.

(9°) ous avons vu que la plupart des ouvrages de campagne ont des fossés de fort peu de valeur, que l’on doit considérer plutôt comme une excavation nécessaire à la construction du parapet, que comme un moyen efficace d’arrêter l’ennemi ; car si les fossés n’ont que deux mètres de profondeur, et l’on ne saurait leur en donner davantage dans les ouvrages faits à la hâte, il est bien facile de sauter dedans, même avec la charge du sac et du fusil. Les angles morts de ces fossés , où l’ennemi est parfaitement en sûreté , quand il y est une fois arrivé*

lui donnent le loisir de respirer et de se reformer. Il convient donc de hérisser d’obstacles la route qu’il doit parcourir pour arriver jusquelà. Or, comme les parties les plus faibles sont les saillans , c’est sur les saillans que l’attaque se dirige ordinairement ; c’est donc là qu ’il faut multiplier les obstacles , c’est-là qu’il faut employer toutes les ressources de l’art , pour retarder les pas de son ennemi , le mettre en désordre , et le tenir long-temps sous la bonne portée des feux, du retranchement^

Des A bâtis.

( 91 .) Le meilleur de tous les obstacles naturels , est un abolis, formé de bonnes branches entrelacées, dépouillées de leurs feuilles et menus rameaux, aiguisées et présentant audehors un grand nombre de pointes. (Fig. 34). Ces branches sont fixées eu terre par le gros bout, et on les couvre des vues du dehors par un exhaussement du terrain ou avant-glacis t dont la pente est dirigée vers la crête du parapet j les terres nécessaires, se tirent d’une excavation faite en arrière, suivant le prolongement du glacis, et dans laquelle s’établit l’abatis, qui de la sorte ne masque e» aucune

manière les feux de l’ouvrage , et ne peut que bien difficilement ôtre dérangé.

Rien n’empêche que l’avant-glacis ne soit à même hauteur que le glacis , cependant on le fait presque toujours plus bas. Au reste , il serait inutile de fixer les dimensions de ces remblais , que l’ingénieur peut faire varier à son gré , pourvu qu’il se tienne dans les limites que nous avons prescrites , et que son abatis soit bien couvert.

L’abatis est de tous les obstacles le plus militaire et le plus promptement exécutable. Il n’est que bien imparfaitement remplacé par le cheval de frise , qui coûte beaucoup de peine h construire , et que nous rejetons comme obstacle , pour ne lui laisser d’autre fonction que celle de barricade ou de fermeture.

Des Trous de loup.

(92.) Quand on a le temps , on peut construire autour de la contrescarpe, et principalement sur les saillans, des creux rangés en quinconce. Ces creux de forme conique , plus étroits par le basque par le haut, et armés au milieu d’un pal acéré , ont reçu le nom de irons de loup ou de puits militaires. On leur donne 2“ de largeur en haut, et autant d&

( laa )

profondeur; leur espacement est aussi de a mètres.

Les trous de loup sont un excellent moyen, et fréquemment employé à la guerre , pour arrêter les colonnes d’attaque , et rompre les rangs des assaillans. Les terres relevées dans les intervalles des puits, rendent le terrain extrêmement irrégulier, et empêchent la formation de toute espèce d’ordre d’attaque.

Des Inondations.

(g5.) Si l’ouvrage est construit près d’un ruisseau, on cherchera à en retenir les eaux pour les accumuler sur un ou plusieurs côtés du retranchement , on tendra ainsi une inondation.

Si l’on peut remplir d’eau les fossés , c’est un moyen excellent de défense qu’il ne faut pas négliger , puisqu’il remédie complètement au défaut des angles morts. Ce remède a cependant aussi ses inconvéniens : en hiver , les eaux peuvent se geler , et alors le passage du fossé est très - facile , et l’ouvrage en grand danger d 'être pris de vive force.

Le seul moyen d’obvier à cet inconvénient , est de casser la glace soir et matin, et de ré-< pandre de l’eau sur les parapets, pour que geléet

elle rende les taluds glissans et l’escalade plus

difficile. « , ••

Quand l’inondation n’est pas profonde , ü

faut creuser et disposer en échiquier, des fossés de 4 mètres de longueur, = de largeur et . de profondeur. Ces fossés ou criquo seront dan la flaque d’eau , un excellent moyen de rendre mal assurés et dangereux, les pas de 1 assa, liant. Les terres fournies par le déblai de ces oss s, doivent être éparpillées aux environs , pour n pas former de petits dots qui faciliteraient le

passage.

roA.) Quand un ruisseau traverse une ligne, l’inondation que l’on est maître de tendre, en employant le parapet même du retranchement ou son glacis, pour soutenir les eaux, est un des meilleurs moyens de défense que 1 on puisse employer, parce que la saillie que fait 1 inondation dans la campagne, force 1 ennemi à faire de grands détours quand il veut passer de la partie droite h la partie gauche de la ligne. Cette inondation permet de donner à la ligne» la forme droite ou même concave , la plus favorable quand on en vient aux prises; sans perdre l'avantage de la forme convexe audehors, qui assure la supériorité des mouve-

mens. Mais pour que ces avantages se fassenf Sentir , il faut que l'inondation soit d’un grand développement.

(ç)5.) Il s’en faut bien qu’une inondation tendue parallèlement à une ligne , jouisse des mômes avantages. Si elle arrête l’ennemi, elle vous tient vous mômes cernés dans vos propres ouvrages , et vous force à développer des moyens de conservation autour des digues qui soutiennent les eaux , afin que l’ennemi ne puisse pas les rompre. Et cette inondation parallèle ne vous permet pas , comme la précédente , que l’on pourrait, par opposition, appeler perpendiculaire-, ne vous permet pas, dis-je, de vous écarter dans le tracé de la ligne , de la forme convexe , pour suivre la forme rectiligne ou concave.

Une inondation perpendiculaire devant un grand retranchement, joue le môme rôle, qu’un lac devant une armée qui en occupe l’extrémité.

Ce serait peut-être ici la place de la description des digues , au moyen desquelles on parvient à tendre les inondations ; mais pour ne pas perdre de vue l’objet de cette section , nous renverrons ailleurs cette descriptiôn, ( Yoy. lo cliap. VII, sect. 3. d * ).

Des petits Piquets.

(96.) Quand on a des bois h sa portée , la meilleur usage à en faire , est , comme nous l’avons dit , d’établir promptement une ligne d’ahatis derrière un avant - glacis ; cependant on peut encore tirer un bon parti des petites branches qui ne doivent pas entrer dans l’abatis, en plantant sur tout le glacis, de petits piquets, faits avec ces petites branches, aiguisés et débordant le terrain de o m , 22 «h o m , 33 . Ces petits piquets sont encore assez bons pour mettre le désordre dans les rangs des attaquans. Si le terrain sur lequel le retranchement est assis, se trouve couvert de vignes ou de broussailles ; les vignes laissées intactes , et les broussailles coupées à la hauteur des petits piquets, les remplaceront très - avantageusement. On peut encore pour suppléer ces piquets, employer des herses de laboureurs, qu on enterre , en ne laissant sortir que les pointes.

Des Chausse-tnrpes.

(97.) Les chausse-trapes, en usage autrefois, <ces espèces de doux à quatre pointes , qui de quelque manière qu’on les retourne, en présentent toujours une, n'étaient bonnes que pour empêcher la cavalerie de passer sur une avenue déterminée.

Des Palissades et des Fraises.

(98.) Outre les moyens peu coûteux, dont nous venons de parler, on emploie encore les palissades et les fraises, pour procurer aux ouvrages un surcroît de force.

La meilleure position des palissades , celle qu’on leur assigne le plus communément , est au pied de la contrescarpe , parce que c’est-là qu elles sont le mieux dérobées aux coups de l’ennemi , et qu’elles l’embarrassent le plus quand il veut sauter dans le fossé. Si les palissades devaient être plantées jointives , pour former une palanque , destinée à défendre le fossé; il faudrait, au contraire , les placer au pied de l’escarpe; mais quand la palissade n’est employée que comme obstacle , ce qui est le cas le plus fréquent, il faut la placer, tomme nous venons de le dire, au pied de la contrescarpe.

Les palis ou palissades, se font avec de grosses branches refendues ou débitées à la scie , en deux ou quatre pièces, de manière à ce qu’elles aycnt au moins o m , 20 d’épaisseur sur chaque face. Leur longueur est de 5 mètres. On les aiguise par le bout. Les rondins remplacent parfaitement les palissades débitées.

C ia 7 )

Pour placer les palissades , on creuse une tranchée de i œ de profondeur , aussi étroite qu’on le peut, et l’on y range les bois en ne les espaçant que de o m , 10. On dame bien la terre autour des palissades , pour les consolider par le pied, et on les relie à leur partie supérieure avec un liteau de o“,o6 sur o ra , io. Chaque pabssade est chevillée sur ce liteau. Il serait mieux encore de fixer les palissades par le bas sur un second liteau , qui serait enterré , et qui, liant ensemble tous les palis, empêcherait qu’on n’en pût arracher un seul sans renverser les autres.

Quand une palissade doit rester long-temps en place , il faut avoir soin de charbonner son' extrémité inférieure , pour la rendre moins altérable par l'humidité de la terre.

Les palissades de chêne sont les meilleures.

Il vaut autant ne rien faire , que de planter des palissades, dont les dimensions ne seraient pas assez fortes; la résistance qu’elles offriraient ne serait point en rapport avec la dépense qu’elles auraient occasionnée , et le temps qu’on aurait nus à les ajuster.

(99.) "Les fraises ne sont autre chose que des palissades horizontales, ou légèrement inclinées à l’horizon, la pointe en bas.

Les fraises se placent ordinairement au sommet de l’escarpe. C’est alors une raison d’élever un glacis autour de l’ouvrage, pour couvrir la fraise , et malgré cette précaution , l’ennemi l’a bientôt ruinée par son canon, en la prenant d’enfilade. C’est cependant un avan" tage très-considérable que de le forcer à cette opération, parce que pendant qu’il s’occupe à cela , on peut lui répondre avec supériorité par des coups de plein fouet.

Les palis de la fraise doivent être serrés autant que possible , pour ne pas donner pris© à l’action de la hache ou de la scie. Il faut les incliner vers le bas , pour que les grenades qu’on peut jeter de l’ouvrage , ne s’arrêtent pas sur la fraise , et roulent dans le fossé.

Les palis des fraises doivent avoir au moins 5 m , 5o de longueur , afin que débordant l’escarpe de i“, 5o, reposant de o Œ ,5o sur la berme, elles soient encore engagées de i Œ , 5o dans les terres du parapet. On les cheville à un liteau horizontal, placé sur la berme ; et pour les bien lier entr elles, on recouvre leurs extrémités supérieures par un second liteau, qui offre une très-grande résistance contre tout effort qui tendrait à faire basculer la palissade; vu que pour le soulever , il faut ébranler en même temps

les terres du parapet , dans lesquelles il est engagé.

(100.) Peut-être la fraise serait-elle mieux placée à un mètre au - dessous de la hernie , cela la mettrait d’autant mieux à l’abri du ricochet. Mais alors, le fossé devrait avoir au moins 5 mètres de profondeur, parce qu’il faut que la fraise soit au moins à a mètres audessus du fond du fossé, pour qu’on ne puisse pas aisément l’attendre. Cette disposition n’est point usitée.

Quand on place une fraise , le parapet est ordinairement achevé ou presque achevé ; il faut alors l’entamer vers le bas ; et quand les taluds sont faits avec soin , il est pénible de les gAter. C’est un très-grand inconvénient, qu’on ne peut prévenir, qu’en préparant les palissades avant de commencer l’ouvrage , et en les plaçant à mesure qu’on travaille au talud extérieur du parapet, ce qui est à peu près inéxécutable. Le meilleur, est d’achever l’ouvrage sans polir le talud extérieur, parce qu’alors il n’y aura pas beaucoup de peine perdue, quand on l’entamera pour placer les palis de la fraise.

Des Fougasses. *

(ioi.)Urt excellent moyen, peut-être <le tous le plus efficace, d’arrêter l’impéloosilé de l’assaillant j mais que l’on ne peut pas toujours mettre en usage , ce sont les fougasses ou petits fourneaux de mine, construits sous le "lacis.

Quand l'assiégeant est instruit que l’ouvrage est pourvu de fougasses , et il faut faire en sorte qu’il le sache , il devient extrêmement circonspect et timide. Des soldats ^ui ont vu jouer une de ces mines, se croient partout sur des volcans, et des dangers cachés qu’ils ne peuvent prévenir, font sur eux, une impression beaucoup plus forte, que des périls bien autrement à craindre, qu’ils affrontent gaiment en plein jour et h découvert. Les effets que la défense par les mines produit sur le moral, sont peutêtre ce que l’assiégé peut trouver de plus favorable pour lui, et très - certainement c’est ce que la défense souterraine présente de plus avantageux.

Ceci montre assez, que pour atteindre le but qu’ou se propose , il n’est point nécessaire d’une disposition de fougasses très - compliquée. On se contentera donc , de placer sur chaque saillant deux ou trois fougasses , que l’on puisse faire jouer isolément.

(162.) Pour établir une fougasse , on enterre de quelques pieds , sous le glacis , une caisse dans laquellesontenferméslroisou quatreobus, ou urte vingtaine de livres de poudre. A cette caisse communique un auget ou tuyau fait en planches de sapin, également enterré et destiné à porter le feu dans la caisse. Pour le placer , on creuse une tranchée étroite, à la profondeur nécessaire , on le met dans le fond, et après qu’on l’a chargé, on le recouvre de terre qu’on pilonne avec beaucoup de soin.

L’auget descend le long de la contrescarpe , passe aü fond du fossé, et remohtc à travers les terres du parapet dans l’intérieur du fort. Nous disons du fort, parce que ce n’est qü’àdefc ouvrages un peu considérables , que sont applicables ces moyens de défense; l’appareil qu’ils exigent , empêche de les mettre à profit pour les simples redoutes et les lunettes.

On place quelquefois l’auget le long de la contrescarpe , et on le fait arriver à la gorge de l’ouvrage. D’autrefois il traverse le fossé, supporté par un ou deux chevalets ; mais cette disposition l’expose à être dérangé par le moindre choc.

On renferme dans l’auget un sac de toile , long, très-étroit, goudronné ou suivéet rempli

( ’Sa )

de poudre. Ce sac ou saucisson, a une de se»

extrémités dans la caisse aux poudres, et l’autre dans l’intérieur de la redoute.

Pour faire jouer la mine , on met le feu au saucisson qui le communique aux poudres de la caisse.

Si la caisse aux poudres doit rester longtemps sous terre, il faut avoir In précaution de la gaudronner pour la rendre imperméable à l’humidité ; on en fait autant à l’aüget qui contient le saucisson.

(io3.) On a proposé de faire mettre le feu & la fougasse par l’ennemi lui-même , en plaçant sous ses pas un tuyau fragile rempli de phosphore, lequel rompu par le choc, mettrait le feu à l’amorce qui se trouverait dessous. Ce moyen extrêmement commode , ne serait pas sans danger pour celui même qui en userait; je ne sache pas qu’on l'ait jamais employé.

SECTION SECONDE

Défense du Fossé.

(io4-) L’ennemi qui est parvenu à franchir tous les obstacles qu’on lui a opposés , trouva

dans le fossé de la plupart des Ouvrages employés en campagne , un abri où il peut reprendre haleine, se préparer à l’assaut , et où il n’a à craindre que les grenades qu’on peut lui jclter du haut du parapet.

Les grenades, que d’ailleurs on n’a pas toujours à sa disposition, ne suffisent pas pour défendre lejossé d’une manière bien efficace, on y supplée autant qu’on le peut, par les moyens que nous allons indiquer.

Des Palanqucs.

S’il s’agit d’une lunette , on peut planter une palanque ou de fortes palissades au travers du fossé sur les angles d’épaule. Ces fortes palissades laissant enlr elles de petites ouvertures ou créneaux, permettront de défendre à coups de fusil , les fossés des faces , et leurs feux se croiseront au saillant.

La figure 35.* représente une de ces palanques. Dans le c^s que nous venons de considérer, il faut pouvoir descendre dans le fossé des flancs, et pour cela, pratiquer à leurs extrémités, des rampes ou des escaliers en tert*e. Celte disposition suppose que la lunette n’est point attaquable par la gorge , ni même par' le flanc ; mais nous l’avons déjà dit , une Iih

nette doit toujours être soutenue en Arrière , pour qu'elle soit de quelque valeur; ainsi L’attaque se dirige sur le saillant, et la défense du fossé par le moyen des palanques sur les flancs, est quelquefois admissible.

(ux 5 .) Remarquons une chose au désavantage de cette disposition: c’est que la défense du Cessé étant en quelque sorte indépendante de celle de la lunette , il en résulte une méfiance réciproque, extrêmement nuisible à la défense. Et c’est-là un vice général de nos meilleures fortifications ; les pièces qui les composent se défendent mutuellement, il faut qu’au moment du danger chacun s’oublie soi-même, pour ainsi dire, et ne pense qu’à son voisin; cet effort est contre nature, don il suit que les flanquemens ont souvent bien moins d’effet qu’on n’aurait lieu d’en attendre , et qu’il ne faut pas trop compter dessus dans le cas d’une surprise. »

Des Caponnières.

(106.) Pour les redoutes carrées, les palanques simples, dont nous venons de parler, 11a peuvent plus être m,ises en usage , parce que cçs palanques ne couvrent que d’un côté. Ont

emploie alors la palanque double, qu’on établit égalemerft au fond du fossé et à deux angles saillans opposés, de manière à pouvoir balayer ce fossé.

Pour ne pas être plongé entre les palanques et se garantir des coups d’en haut , on les recouvre de madriers ou de fascines , que l’on a soin de charger de terre ou de fumier, afin de prévenir l'incendie. Celte espèce de galerie couverte, de 2 m de hauteur, 2“ de largeur , crénelée sur les deux côtés , prend le nom de Caponnière.

Pour arriver de la redoute dans la caponnière , il faut pratiquer sous le parapet un passage souterrain, une poterne , construite comme nous l’avons indiqué au numéro (81), de 1 mètre de largeur, et dont le débouché extérieur soit couvert pa^.la caponnière.

Celte caponnière ne peut pas aller joindre la contrescarpe , parce qu’alors elle fournirait à l’assiégeant, un véritable pont dont il pourrait se servir pour traverser le fossé. En conséquence , 011 entaille la contrescarpe pour isoler la tète de la caponnière, et l’on pratique dans le fossé et parallèlement aux faces de la caponnière , deux autres petits fossés, pour en empêcher l’approche. On peut armer ces petits

fossés d’une palissade, pour qu’il soit plus difficile de les franchir; et pour dernière ressource, on cherchera à se procurer vers l’escarpe de la redoute, quelque flanquement pour la caponnière, au moyeu d’une palanqueou d’une palissade jointive.

(107.) Le peu de largeur des fossés ordinaires et la grande quantité de bois nécessaire à la construction des caponnières , rendent leur usage extrêmement rare ; c’est un moyen do défense qu’on ne peut employer que dans le cas où l’on a beaucoup de temps devant soi, et où les forêts ne sont pas éloignées. Aussi ne faisons-nous qu’indiquer leur construction.

Des galeries à Jeux de revers.

(108.) On fait encore quelquefois au pied do la contrescarpe et dans le massif des terres , des galeries en charpente, crénelées, et voyant de revers les fossés de l’ouvrage. On communique du retranchement h ces galeries h feux de revers , par des galeries souterraines , s’enfonçant au-dessous 8u niveau du fond du fossé: Si la difficulté d’exécution et le manque de moyens empêchent souvent de faire des ca-

ponniéres, c’est bien autre chose pour les galeries à feux île revers, qui exigent un approvisionnement considérable de bois ; ce sont des appareils qui ne peuvent entrer que dans les forlilications mixtes.

(iog.) Ce que nous venons d’indiquer pour la défense du fossé , n’exclut pas les obstacles de tout genre que l’on y pourrait accumuler.

A notre avis, ce qu’il y aurait de mieux, serait de préparer de gros quartiers de roche que l’on porterait sur le parapet au moment où l’ennemi , arrivant en force sur la contrescarpe , cesse son feu et ne pense plus qu’aux moyens d’escalade. On ferait rouler ces quartiers avec peu d’effort, et certainement ils feraient beaucoup de mal en tombant sur une foule d’hommes , pressés les uns - contre les autres. Il est vrai qu’il faudrait monter sur le parapet , et l’on n’a pas trop cet usage ; c’est cependant le véritable moyen de tirer tout le parti possible de la position , et de mettre de son côté , tous les avantages physiques. Quelle immense supériorité n’a pas celui qui attend de pied ferme , et avec la plus grande liberté de mouvement , son ennemi qui gravit avec peine une pente raide, *et qui no peut pas faire usage de ses armes.

Cette'supériorilé est telle qu’on ne conçoit pas comment une redoute défendue de celte manière, pourrait être enlevée , tant qu’il y resterait une cinquantaine de braves. Si au lieu de cela, on veut rester derrière son parapet, les rôles changent; on abandonne à son ennemi l’avantage de la position, et il est alors aussi inutile que dangereux, de chercher à lui résister.

SECTION TROISIÈME

Réduits intérieurs.

(i io.) Le plus sûr moyen de soutenir le courage des défenseurs , et par conséquent , d accroître la force d’un ouvrage, est de leur faciliter la retraite dans le cas où ils viendraient à être forcés; de leur procurer un dernier refuge, où ils puissent obtenir une capitulation d’autant plus honorable , qu’ils auront prolongé plus long-temps la délense de l’ouvrage principal. G*s réduits intérieurs , qui d’ailleurs ne peuvent être construits que dans les ouvrages d’uns certaine étendue , doivent être disposés de manière , qu’il n’y ait aucun point dans l’intérieur de l’ouvrage principal , qu’ils ne décou-.

yrent bien , et sur lequel ils ne puissent porter des feux. Si comme dans les grandes redoutes ou fortins, ils doivent, en dernier résultat, servir d’asile à tous les défenseurs , il faut que leur capacité soit proportionnée au nombre d’hommes qui auront h s’y loger, sans cependant gêner la défense capitale, problème quelquefois bien difQcjle à résoudre,

(i 1 1 .) La meilleure manière de faire les réduits de sûreté , est de les construire couverts et assez bas, pour que le parapet de l’ouvrage principal , les préserve entièrement des coups du dehors, et que sous leur abri, les soldats puissent reposer tranquillement saus craindre les feux courbes de l’ennemi , plus inquiétans et plus dangereux que les feux directs. Ces réduits ou casernes défensives, faits ordinairement en poutres jointives , percées de créneaux, doivent être recouverts par de bonnes poutrelles, placées laut plein que vid(i, sur lesquelles on met un ou deux rangs de fascines, et par-dessus le tout environ un mètre de terre. Pour donner le moins de prise possible aux projectiles incendiaires, on entoure le réduit d’un petit fossé de deux mètres en lout sens, et les terres qui en proviennent sont

placées côntre les faces jusqu’à la hauteur des créneaux. Ce petit fossé empêche aussi que

l’ennemi ne puisse emboucher les créneaux.

(lia.) Les casernes défensives ou bïoci-haus, n’auront que deux mètres de hauteur dans œuvre, et leur largeur sera de six mètres, de manière à pouvoir placer deux lits de camp le long des côtés, et conserver encore pour la circulation, deux mètres de vide dans le milieu.

La grandeur de ces klock-haus dans le sens longitudinal , dépend de la grandeur de l’ouvrage principal. Il faut se ménager dans leur intérieur, l’espace nécessaire pour contenir un ou deux jours de vivres et quelques munitions de guerre. Les vivres pourront se placer sur des planches , suspendues au ciel du blockhaus ; et les munitions de guerre dans un ou deux tonneaux, placés en terre à l’un des angles du réduit. Au reste, toutes ces dispositions intérieures sp modifient suivant le besoin ; et les localités dictent souvent d’une manière impérieuse , tel arrangement qui n’aurait rien valu dans une autre circonstance; c’est ce qui fait , qu’il est impossible d’assigner d’une manière invariable, la forme et les dimensions des ouvrages de toute nature , qu’on est appelé h

construire à l’armée ; on ne peut que donner des types , qu’on doit chercher à imiter autant que les circonstances le permettent , et qu’il est rarement permis de copier servilement.

(u5.) Dans les ouvrages d’une très-grande étendue , le réduit peut se faire en terre, à la manière des retranchemens ordinaires , c’està-dire avec parapet et fossé en avant. Mais alors il faut de toute nécessité, donner à ce réduit quelque relief ou commandement sur le parapet de l’ouvrage principal; non pas comme on pourrait le croire, pour se procurer l’avantage d’un double rang de feux , avantage complètement illusoire à cause des dangers qu’il entraîne; mais afin que l’ennemi, placé sur ce parapet, ne puisse pas plonger dans le réduit. Il faudrait donc à la rigueur, que celui-ci eût sur l’ouvrage extérieur, un commandement de a m , oo. Mais non-seulement avec ce commandement, le réduit aurait au-dessus du sol une hauteur de 4”> 5o , et dépasserait la limite de quatre mètres fixée dans le numéro (55); mais encore ce réduit, ne découvrirait qu’avec peine le bord de sa contrescarpe, et satisferait mal à la condition de bien voir tout l’intérieur de l’ouvrage principal. Pour prendre un milieu

entre ces deux convenances également nécessaires à remplir; nous fixerons h un mètre, le commandement du réduit sur l’ouvrage extérieur , et celte espèce de capitulation avec les principes , fait voir assez clairement qu’un réduit découvert ne vaut pas un block-haus. Dans ces réduits élevés, on peut remplacer le talud de la banquette par des gradins , afin que l’eôpace intérieur soit moins diminué.

Des Chemins couverts.

(i i4-) On a proposé , et quelques militaires croyent encore cette disposition avantageuse , d’envelopper les ouvrages importans , d'un autre ouvrage plus bas que le premier et sans fossé , dont le parapet serait tout simplement un glacis plus élevé que ceux dont nous avons déjà parlé. Celte espèce de ceinture du retranchement, à laquelle on donne le nom de chemin couvert , et qu’indique la fig. 3G*, prolongerait considérablement ladéfense, à ce que prétendent ses partisans , à cause de la grande protection qu'il tirerait de l’ouvrage en arrière, ouvrage qui serait alors un véritable réduit, et un réduit auquel ils donnent une part active au moment de l’attaque. Mais ces prétendus avantages n’existent pas. D’abord, il est impossible, sans

un danger imminent pour ceux qui se trouvent dans le chemin couvert, de faire feu de l’ouvrage en arrière; et si les feux ne peuvent pas être simultanés, autant vaut - il défendre la contrescarpe depuis l’ouvrage en arrière, que de s’exposer, en se portant au-delà pour le même objet, à être pris ou massacré par l’ennemi Bien plus , les attaques des ouvrages de campagne se faisant toujours avec beaucoup de vigueur et avec des forces supérieures , les assaillans pénétreraient aisémenldanslechemin couvert , puisqu’aucun fossé ne les arrêterait ; ils pourraient ensuite entrer dans l’ouvrage, pêle-mêle avec les défenseurs qui y chercheraient un refuge ; si toutefois ceux-ci n’avaient pas d’abord prudemment abandonné le poste, auquel cas encore, le chemin couvert serait au moins inutile ; et quelque hypothèse qu’on fasse , les défenseurs du chemin couvert , produiront toujours, en se retirant, une impression désavantageuse, sur ceux de l’ouvrage en arrière, et amèneront certainement le désordre.

Les chemins couverts forcent à des reliefs considérables pour l’ouvrage principal, et jK»r cela seul, ils ne peuvent pas être généralement employés, quand bien même ils jouiraient de grands avantages défensifs.

Nous croyons donc que les chemins couverts doivent être proscrits des ouvrages de campagne, et que s’il est des cas où l’on puisse les tolérer, ce n’est que lorsqu’il s’agit de couvrir une porte pratiquée sur la courtine d’un Iront bastionné ; le chemin couvert cesse dans ce cas d’être général et parallèle à la contrescarpe; on ne le fait que devant la porte, et on lui donne- une forme arrondie; il remplace alors la demi-lune , et prend le nom de pluce-d' armes. Cette place-d’armes est peu sujette aux inconvéniens que .nous venons de signaler, parce qu’elle a peu d’étendue , qu’elle est dans un rentrant, et que les bastions voisins la défendent efficacement par des feux latéraux.

(i i5.) Dans les forteresses, le chemin couvert est indispensable , parce qu’il donne la facilité de circuler tout autour de la place sans être vu du dehors, chose nécessaire pour éviter les surprises , qui deviennent faciles quand les ouvrages extérieurs sont très-multipliés. C’est dans le chemin couvert que les troupes destinées h opérer une sortie se rassemblent et s’organisent. C’est dans le chemin couvert que les secours se jettent lorsqu’ils arrivent, car les ponts qui servent aux communications ha-

i)!tuetles sont rompues , et ce n’est que par led défilés des chemins couverts et des fossés , que tes troupes de secours entrent ordinairement dans la place.

Aucune des conditions énoncées ci-dessus , n’est nécessaire pour les ouvrages de campagne; car ils sont ordinairement d’une forme si simple et d’un développement si borné, que la surveillance ne se fait que du dedans ; iis ne renferment pas des forces suffisantes pour opérer des sorties contre uù ennemi, presque toujours infiniment supérieur; et quand des secours leur arrivent, ce ne sont paà de petits ^létachemens qui ayent besoin de se jeter furtivertiert dans l’ouvrage; ce sont toujours des corps stiffisans pour dlasStr l’ennemi, quelquefois c’eSt l’armée toute entière.

Si donc nous avons proscrit les chemins couverts des Ouvrages de campagne, parce qu’ils dont dangereux et compromettent la sûreté' du retranchement, nous devons te faire encore pour cause d’inutilité.

Des Tambours.

(n6.) Il arrivera souvent qüe les réduits intérieurs se réduiront à une simple paianque ou même à une simple palissade ; alors les terres

(l’un petit fossé, serviront à faire une banquette qui permettra de tirer de plus haut que l’ennemi. Ces petits réduits ou tambours, quoique bien faibles par eux -mêmes, sont cependant bons à employer quand on ne peut pas faire mieux; ils ont, comme des réduits mieux conditionnés , l’avantage de fortifier le moral du soldat , et de l’engager à une résistance plu* opiniâtre.

On peut en quelque sorte et au moment du besoin, suppléer le réduit lorsque celui-ci manque complcttement , par un carré fait au milieu de l’ouvrage, avec les troupes de la réserve.

Enfin , on peut quelquefois tirer parti des traverses de défilement , pour les faire servir de réduits intérieurs. C’est avec le secours des traverses intérieures que les Anglais , au siège de Toulon, défendirent avec tant d’acharne- v ment, le fortin auquel les Français donnèrent le nom de petit Gibraltar. Ce ne fût qu’a près quatre assauts successifs, que ceux - ci parvinrent à se maintenir dans le fort et qu’ils triomphèrent du sang-froid et de l’opiniâtreté de leurs adversaires.

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