CHAPITRE CINQUIÈME
De lajortification pliée au terrain et du défilement*
SECTION PREMIÈRE
De la fortification pliée au terrain .
{i 17.) J usqu’a présent nous n’avons supposé aucune hauteur dans les environs de nos ouvrages ; nous les avons au contraire construits sur une plaine horizontale , sans aucune irrégularité dans les limites de la portée des armes. Mais il est rare de rencontrer de pareils terrains; presque toujours l’ouvrage sera construit sur une hauteur , et souvent à une distance assez rapprochée d’autres hauteurs , pour que l’ennemi , maître de ces dernières , puisse voir dans l’ouvrage, par-dessus les parapets, s’ils
n'ont reçu partout, que la hauteur de 2", 5 ô. On ne peut éviter ce défaut , qu’en augmentant le relief d’un côté pour le diminuer de l’autre * et c'est à faire celte opération , de manière à ce que l’intérieur de l’ouvrage soit parfaitement caché, que consiste Y art du dejilement.
Se conformer à l’irrégularité du terrain dan* le tracé d’un ouvrage , pour éviter les remblais trop considérables, et se couvrir des hauteurs environnantes, de manière à n’offrir que peu de prise aux coups de l’ennemi , est ce qu’il y a de plus délicat dans la conduite des travaux de guerre; c’est-là que l’ingénieur fait valoir* son coup-d’œil, et qu’il donne des preuves de sa capacité.
(118.) Puisque deux choses peuvent contribuer à modifier la forme et le relief des ouvrages : savoir, les hauteurs sur lesquelles ils sont construits , et celles qui les environnent; nous parlerons d’abord de l’influence des premières , et ensuite nous indiquerons les moyens de se garantir des dangereux effets des secondes.
Les hauteurs sur lesquelles on veut construire des ouvrages de campagne , peuvent avoir une pente assez raide pour être inacces*-
sible ou du moins ne l'être que très - diffici-' lement ; ou bien cette pente peut être accessible, sans que cependant on puisse lu défendre par le canon ou la mousquéterie ; ou enfin , elle peut être dirigée en forme de glacis, de manière à être balayée très-efficacement par des feux rasans.
(i ig.) Dans le premier cas, lorsque les hauteurs sont à peu près inaccessibles , on se contente de placer quelques postes d'observation , dans des ouvrages de la moindre importance, d’un très-petit relief et du profil le plus léger , sur les parties de la crête de l'escarpement qui forment le plus de saillie ; de manière h se procurer sur la pente, des flanquemens d’autant meilleurs que les saillies seront plus prononcées. Dans le même cas , et lorsque les hauteurs sont tout-à-fait inaccessibles , il n'y a pas d’autre parti à prendre que de faire surveiller les escarpemens par quelques sentinelles.
Le terrain, dans cette circonstance, modifie tellement la forme ordinaire des retrancheraens, qu’on doit les faire sans fossés , pour s approcher davantage de l’escarpement, qui vaudra pour eux le meilleur fossé. Leur relief peut n’être
que d’un mètre, car on ne craint pas d'êtm plongé dans ces ouvrages élevés, lorsqu’ils ne sont pas sous l’influence de hauteurs plus élevées encore.
( i ao.) Dans le second cas , on ne doit pas établir les ouvrages sur le bord du plateau , parce qu’il est bien prouvé que le soldat ne peut pas diriger ses coups au-dessous de l’angle de 40 degrés, et qu’une pièce de canon ordinaire, ne peut pas être pointée à plus du sixième d’inclinaison. Ainsi , d’après ces observations, les ouvrages qui couronneraient les hauteurs , n’auraient aucun effet pour en détendre les approches et seraient exposés à être enlevés d'un coup de main. *
Pour remédier à cet inconvénient , on abandônne la crête, pour se retirer en arrière , à la « distance de i oo ou aoo mètres ; on se donne ainsi du large , pour multiplier les obstacles sur les pas de l’ennemi, et le tenir sous un feu efficace, pendant tout le temps qu’il eraploirà pour arriver aux ouvrages. On laisse sur la crête et aux endroits les moins abordables, quelques postes d’observation poùr avertir de l’approche de l’ennemi , qu ’on pourra attendre de pied ferme dans les ouvrages en arrière, ou
charger à l’arme blanche , quand il gravira avec peine les hauteurs. Le parti de l’attaque sera bien souvent le meilleur , à cause de l’énergie que cette action de vigueur donne aux troupes chargées de la défense; d'autant plus qu’un échec qui ne peut pas être considérable, ne les empêchera pas de se retirer en ordre , et d’aller prendre poste dans les ratranebemens ou dans leurs intervalles. Telle a toujours été la conduite de Wellington ; c’était par des charges faites à mi-côte, qu’il défendait ses' positions choisies et fortifiées avec soin.
(iai t ) Dans le4)roisième cas qui est le plus fréquent, les ouvrages doivent être d’un bon profil , et disposés de manière à bien battre la pente douce qui conduit sur le plateau où ils sont établis; et dans ce cas comme dans le premier, il faut contourner les ouvrages, de manière à couronner le mieux possible la hauteur en en suivant la crête , sans cependant jamais pécher contre les règles générales que nous avons déjà posées.
Supposons , par exemple , qu’il s’agisse d’occuper deux hauteurs , et de barrer le vallon qui les sépare. Nous établirons sur chacune de ces hauteurs une redoute; et pour faire le
barrage , nous construirons une ligne h crémaillïère , que nous porterons en arrière à mesure qu’elle descendra eL s’approchera du fond du. vallon. Le rentrant, que forme cette crémaillière, est alors inabordable , ce qui permet de donner à son parapet une très-petite épaisseur , d’autant plus que ce parapet ne peut être battu qu’obliquement. Les faces de 1-a crémaillière seront facilement couvertes de l’enfilade par les deux redoutes, ainsi que par leur pente en arrière. Les flancs, qui seuls par leur direction , pourraient donner quelque prise , sont assez courts pour parer à l’inconvénient. La crémaillière ainsi construite est un Irès-bon ouvrage , c’est ce que l’on peut faire de mieux dans l’exemple que nous avons choisi, et dans tous ceux du même genre. La crémaillère est la ligne par excellence dans les vallons étroits, dans les crases et dans les ravins; sa forme est celle que réclame la nature du terrain. Si au lieu de nous laisser conduire par Virrégularité du site , nous eussions voulu barrer le vallon par un parapet en ligne droite, allant d’une redoute h l’autre ; il aurait fallu choisir entre ces deux inconvéniens :ou de faire à grands frais un parapet très -élevé ; ou de consentir à être vu derrière cette espèce de
courtine , en ne lui donnant qu’une hauteur Ordinaire.
(i 33.) Les ouvrages peuvent encore être construits sur le milieu d’une pente, montant ou descendant vers l'ennemi. Dans ces deux cas , il faut chercher avec soin les espèces de plate-fi rmes plus ou moins apparentes , que les différentes ondulations de la pente peuvent former; alin d’établir les parapets sur leur pli , quelque légèrement prononcé qu’il paraisse d’abord ; on en sentira bientôt l’influence , quand on mettra la main à l’œuvre.
En supposant l’ennemi placé au bas de la pente, le terre-plein de l’ouvrage occupera la plate - forme ? et s’il est au contraire sur les hauteurs , cette plate - forme doit servir de glacis. Ces deux dispositions , indiquées par la figure 37.*, sont les plus avantageuses, pour qu’avec un petit relief, le parapet couvre bien l’intérieur du retranchement. Dans la première, on peut faire la plongée encore plus raide qu’au quart, la faire au tiers par exemple; parce que les coups arrivant de bas en haur , tendent peu à abattre la crête du parapet.
Dans la supposition contraire, la plongée loin de rester au quart, peut prendre, suivant la
pente, line inclinaison inverse, une inclinaison au-dessus de l’horizon, et cela est nécessaire pour résister aux coups plongeans , qui écréteraient bientôt le parapet , si , par la nature même du terrain , la plongée ne devait pas être relevée pour se diriger au pied du glacis ou au bord de la contrescarpe. Voici donc encore la forme du profil primitif, notablement modifiée par les accidens du terrain.
(ia3.) Si le plateau sur lequel on veut s’établir, a une pente assez raide pour qu’on ne puisse pas la défendre, mais qui soit cependant facile à gravir ; et si de plus l’espace manque sur ce plateau pour se porter en arrière , il faudra bien alors construire contre la règle, les retranchemens sur la crête. 11 est nécessaire dans ce cas , que les ouvrages croisent obliquement leurs feux sur la pente , et qu’ils sc flanquent mutuellement si la forme du mamelon le permet ; si non on établira au bas, une ceinture d’autres ouvrages qui en défendront les approches. Le canon, placé sur le haut, pourra alors n’êlre caché que par un simple éj>aulement , et même se contenterat-on souvent d’applanir le terrain , et de mettre tout simplement le canon en batterie , comme
on ferait en rasé campagne , la hauteur 1© cachant assez (les vues de l’ennemi, surtout lorsqu’après l'explosion, le recul le chasse en arrière. Ce canon ne défendra pas immédiatement le pied du mamelon , mais à quelque distance , il produira , par ses feux plongeans ou fichans , un grand effet sur la queue des colonnes d’attaque , ou sur la seconde ligne de l’ennemi. On a souvent éprouvé dans les batailles , le grand avantage des batteries placées sur des hauteurs ; il est presque impossible que l’ennemi réponde à ce canon couvert par le terrain, ne se montrant qu’outant qu’il est nécessaire pour faire feu, et se tenant toujours caché dans les momens d’inaction. Ces hauteurs, pourvu qu’elles soient bien prononcées, permettent de doubler les lignes de feu sans s’exposer doublement au feu de l'ennemi; il n’eu serait plus de même , si le mamelon était assez bas pour que les boulets , qui manqueraient la ligne de bataille déployée h son pied , pussent atteindre les pièces placées sur le sommet; ce doublement de feux, sur un même terrain, serait alors une faute, ce serait offrir deux buts à un même coup.
f i a3 bis.') Quelquefois dans les pays de mon-
tagne , on a à construire des parapets sur des pentes assez raides pour qu’il soit impossible de leur donner un fossé ( Fig. 58 ) ; on prend alors les terres en arriére , et l’on forme en déblai une espèce de terre - plein. Pour proportionner, dans ce cas , le déblai au remblai , il faut avoir une grande habitude de ces sortes de choses; un novice serait assez embarrassé, quand il verrait dans un mamelon escarpé, le bloc dans lequel il doit , pour ainsi dire , Sculpter son ouvrage. La fig. 58.' représente un parapet ainsi coupé sur une pente rapide ; les terres en arrière sont taillées sous le talud du tiers , toujours dans la supposition que l’ouvrage ne doive pas subsister long-temps , car, dans le cas contraire, ce talud devrait être comme tous les autres à 45".
Ces parapets sans fossé , ne vaudraient rien isolés , parce qu’ils ne peuvent pas se défendre eux-mêmes; il faut de toute nécessité les flanquer par des dispositions latérales.
En voilà assez pour montrer quelles modifications notables, les inégalités du terrain sur lequel ies ouvrages sont assis , peuvent apporter à la forme ordinaire des ouvrages.
SECTION SECONDE. '
Du Défilement.
(ia4-) ^es hauteurs environnantes ne coritribuent pas moins à modifier le tracé et le relief des ouvrages , que les irrégularités dù terrain sur lequel ils sont construits.
L'opération du défilement, par laquelle on préserve un retranchement dos vues et des coups des hauteurs voisines , u’est jamais , quelque parfaite qu’on la suppose, qu'un palliatif contre un défaut ttii’il faut éviter autant qu’il est possible , celui de se placer sous le commandement de l’ennemi. Un ouvrage de ^circonstance péniblement défilé , indique toujours qu’il est construit dans une mauvaise position. Il faut donc donner une grande attention au choix de son emplacement , et quand, on ne peut faire autrement que de l’établir sous des hauteurs dont il faut le défiler ; le choix du tracé et le gissement de l’ouvrage, sont les choses auxquelles on doit principalement s'attacher. Ainsi , entre tous les tracés que l’on peut employer , il en est qui se prêtent davantage au défilement ; et lorsqu’on a
fait son choix , il faut encore , parmi toutes les directions qu’on peut donner h ce même tracé,, savoir trouver la plus avantageuse.
(ia5.) Quand un ouvrage se trouve en face d'une hauteur , on a d’autant plus de peine à le défiler qu’il a plus de profondeur ; ilcon vient donc de lui donner une forme épâtée , et do présenter h la hauteur la face la plus considérable de l’ouvrage. S’il s’agissait par exemple d’une redoute rectangulaire , nous tracerions le plus long côté parallèlement à la hauteur , et l’autre serait / par conséquent, dirigé sur elle.
On est encore impérieusement conduit à cette disposition, par la nécessité de faire éviter les hauteurs aux prolongemens des faces principales , afin que l’ennemi maître de ces hauteurs, n'en puisse pas profiter, pour employer le redoutable ricochet ou le tir d’enfilade non moins à craindre.
Ainsi donc , la première chose à observer dans l’établissement d’un ouvrage quelconque, est qu’aucune de ses faces ne soit enfilée par les hauteurs voisines. Nous en ferons môme l’objet d’une cinquième règle non moins importante à observer que les quatre premières.
et qui , conjointement avec elles , empêchera de tomber dans de graves erreurs , quand on cherchera à appliquer la fortification au terrain. Ces cinq règles réunies, si faciles à se rappeler , suffiront toujours pour conduire l’officier dans le tracé de tous les ouvrages de guerre.
Pour ce qui tient h l’exécution, il faut avoir un peu d’habitude, et avoir suivi quelques travaux de ce genre. Quelque habile qu’on puisse être en théorie, on se trouve toujours embarrassé quand on la met en application pour la première fois; mais cette hésitation cesse , et un homme intelligent s’est bientôt mis au fait de tous les détails de construction * et de la manière de conduire les ouvriers.
"Voici la cinquième et dernière règle,
Cinquième Règle.
Les faces principales des ouvrages doivent éviter les hauteurs , se diriger sur les vallons , et de préférence sur les parties inabordables au canon.
Il ne sera pas toujours possible que toutes les faces évitent également bien les hauteurs dominantes, quelques-unes seront peut-être
'éncore écharpées , c’est-à-dire , battues par des coups dont la direction ferait avec elles tin angle de a5 à 3o°. Ces coups d’écharpé Sont extrêmement inquiétans ; et quôiqu’ilâ jfie soient pas aussi dangereux que les coups d’enfilade , il faut , pour les éviter , ne pas craindre de changer plusieurs fois les directions de ses principales lignes , de recommencer son tracé à plusieurs reprises ; pourvu toutefois que les ouvriers ne soient pas présens; car il vaut quelquefois mieux laisser une imp erfection, que de montrer trop d’incertitude et d’hésitation. II n’y a rien qui prive davan-* tage un officier de la confiance des soldats ; que de montrer peu d’assurance et d’avoir l’air de marcher à tâtons.
( 12 G.) Les ouvrages ouverts à la gbrge ; tels que les lunettes, sont les plus faciles à défiler; dans les autres, il faut presque toujours , pour parvenir à couvrir leiir intérieur des vues dit dehôrs, construire dés traverses. Cependant les ouvrages ouverts par la gorge, devant être soutenus en arrière par des troupes , ou devant couvrir des ponts de communication , des digues , des écluses , etc. ; il faudrait qu’ils défilassent ces ponts, ces di-
gués , etc. ; quelquefois un défilement aussi étendu devient totalement impossible. Il suit delà , que les ouvrages fermés , quoique plus difficiles à défiler individuellement , peuvent néanmoins être plus rapprochés des hauteurs que les autres , dans le cas où ceux-ci , ont « préserver autre chose que leur terre-plein.
Si les hauteurs environnantes ne sont qu’à 5oo mètres de distance , il faut se défiler des coups de mousqueterie, car la grande portée du fusil de munition est de 5oo mètres. Au»
delà , on ne se défile plus que du canon > et cela jusqu’à la distance de i aoo à 1 5oo mètres ; de plus loin , les coups de cette arme sont trop incertains pour être à craindre. Il y a donc deux cas à considérer: celui où l’on doit se défiler de la mousqueterie , et celui où les hauteurs sont assez éloignées pour n’avoir à craindre que le feu du canon.
(137.) Soit donc d’abord, une hauteur éloignée de plus de 3oo mètres. Il ne faudra se défiler que du canon.
Le plan de défilement AC (Fig. 3 9), c’est-àdire le plan dans lequel doit se trouver la crête du parapet, devra passer à 1 œ , 30 au - dessus de la hauteur , parce que c’est-là à peu près
l’élévation d’une pièce de campagne au-dessus de sa plate-forme ; et le même plan de défilement doit s’élever de a”, 5o au-dessus du point B , projection du point le plus en arrière de l’ouvrage qu’il s’agit de défiler.
Le plan DH , tangent au, terrain , et parallèle au plan de défilement , se nomme le plan de site. On voit que ce plan doit couper la verticale AB, à la hauteur de i”, 3o au-dessus du terrain. Cette hauteur déterminée , il suffira , pour trouver le plan de site, de faire passer un plan par la ligne de gorge ainsi élevée , et assujettir ce plan à toucher le terrain dominant ; ce que l’on fera de la manière suivante qui est générale, quoique nous ne l’appliquions qu’à la lunette comme exemple.
( 1 28 .) Après avoir planté des perches à tous les angles de la lunette ( Fig. 4° ) « et tendu le cordeau mn à i“,3o au-dessus de la projection de la gorge , on placera entre deux piquets, à quelques pas en arrière, une règle ah , de manière qu’en la dégauchissant avec mn (ce qui se fait aisément, en faisant monter ou descendre la règle ah ); le plan de ces deux droites aille toucher les hauteurs ; ce sera le plan de site. Alors le rayon visuel 011, mené dans ce
( iG5 )
plan , par la perche du saillant et par l’oeil de l’observateur, placé en un point quelconque de ab, coupe cette perche en C, et en détermine la longueur. On fixe de même , par le moyen du rayon visuel OD , situé aussi dans le plan de site, le point D marquant le relief de l’angle d’épaule; et ainsi de suite pour tous les angles de l’ouvrage. Il ne reste plus maintenant qu’à porter au-dessus de tous ces points ainsi déterminés, la hauteur constante i“, 20, pour avoir la longueur des perches jusqu’au plan de défilement; car il doit y avoir i m , 20 de distance entre le plan de site et le plan de défilement. On scie les perches à la hauteur trouvée, et le relief de l’ouvrage est fixé; relief qui ne peut être admis, qu’autant qu’il ne dépasse pas la limite de quatre mètres, fixée pour le relief des retranchemens.
On a un premier moyen de diminuer le relief quand il dépasse la limite, c’est de baisser de o m ,5o la ligne mn ; car si nous avons supposé 2 m ,5o de relief à notre ouvrage vers la gorge, c’est pour faire le mieux possible, et cela n’empêche pas qu’on ne soit encore bien défilé, avec un relief de 2™, 00 vers cette même gorge. Si ce premier moyen de réduction ne suffit pas, il faut avoir recours aux traverses,
qui, diminuant la profondeur de l’espace quê le parapet doit couvrir , permettent de faire celui-ci plus bas, et d’autant plus bas que les traverses s’en approchent d’avantage. Nous verrons bientôt comment se construisent ces traverses de défilement.
(139.) Quand les hauteurs, dont il faut se défiler, sont assez rapprochées pour qu’il soit nécessaire de se couvrir des feux de mousqueterie, le plan de site doit passer par le pied B (Fig. 41 ) , des jalons plantés à la gorge de l’ouvrage, puisque la hauteur CH à laquelle un cavalier peut s’élever, est de a®, 5 o, aussi bien que la hauteur AB du parapet à la gorge.
Le plan de site allant ainsi de B en H , serait très-difficile à déterminer par les procédés que nous avons indiqués dans le uuméro précédent. On remédie à cet inconvénient , en faisant passer le plan de site à o” 1 , 5 o , au-dessus du terrain vers la gorge ; cela procure la facilité de placer l’œil pour opérer. Alors, au lieu d’augmenter le relief de a”, 00 sur chaque perche , pour avoir les cotes relatives au plan de défilement , on mettra o”, 3 o ou o“, 30 au saillant, de phis que ne donne le plan de site^ et l’on sera bieu défilé.
(i3o.) Si l’on pouvait avoir une planchette , les opérations du défilement seraient beaucoup plus simples , parce qu’avec cette planchette , on établirait le plan de site avec la plus grande facilité. Sa surface supérieure, dirigée tangentiellement aux hauteurs, représenterait le plan de site, et les intersections de cette surface prolongée , avec les différentes perches, en feraient connaître les longueurs.
A la guerre , on fait presque toujours le défilement d’une manière plus expéditive , mais beaucoup moins sûre. On se place dans l’intérieur du retranchement, et l’on fixe la longueur des perches plantées aux angles , de manière à cé quelles dépassent à l’œil la hauteur dominante. Il est évident qu’alors on pourrait bien, quoique défilé de la hauteur , ne pas l’être des fantassins ou des cavaliers qui monteraient dessus. Au restej l’habitude dirige le coupd'œil, et l’on supplée au défaut de relief par une augmentation donnée à vue.
(i5i.) Il peut arriver qu’on qit à se défiler h la fois de deux hauteurs. Alors le plan de site devant être tangent à la fois aux deux hauteurs, ne pourra plus passer par uue droite vers la gorge, mais seulement par un point de
cette gorge ; par exemple , le point milieu ; point qui sera élevé au-dessus du terrain do i m ,3o, quand il s’agira de se défiler de l’artillerie; et de o m , 5o , quand ce sera de fa mousqueterie.
Soient doncM et N (Fig. 4 3 ) deux hauteurs dont il faut se défiler pour l’artillerie.
Au milieu de la gorge de l’ouvrage, ou au point le plus éloigné des hauteurs, on plantera un piquet auquel on donnera, hors de terre > une longueur de i w , 5o. A quelque distance delà, on fera glisser une règle AB, lp long de deux tringles verticales AD et BE ; et l’on inclinera la règle transversale, jusqu’à ce que vue du poiut O, extrémité du piquet, elle paraisse toucher à la fois les hauteurs M et N ; on la fixera dans cette position , et le plan qu’elle déterminera conjointement avec le point O , sera le plan de site. Ce plan, ainsi arrêté , fera connaître, par ses intersections avec les perches plantées aux angles, le relief de l'ouvrage à ces angles. Bien entendu que ce relief, ainsi donné par le plan de site, sera augmenté de 1 “, 20 , pour avoir celui qui convient au plan de défilement.
A défaut de la tringle AB , on pourra employer un corbeau, que l’on fera tenir bien
Digilize >H-é-StTogle
tendu par les deux hommes qui doivent le faire glisser le long des perches AD , BE.
(i3q.) Il arrive souvent que dans le cas que nous venons d’examiner, un seul plan de défilement donne k l’ouvrage un relief trop considérable. Il faut alors briser ce plan* et ne défiler de la hauteur M, que la partie gauche de l’ouvrage, et de la hauteur N que la partie droite. Mais avec ce procédé, la partie droite est vue k dos , d’enfilade ou d’écharpe , par la hauteur M ; et la partie gauche est vue de même par la hauteur N ; en sorte qu’il faut élever une traverse dans le retranchement , pour masquer ces vues , et préserver les défenseurs de ces coups k dos , les plus terribles de tous.
On donne k la traverse , qui est ordinairement en capitale , une hauteur suffisante pour que les hommes debout sur la banquette soient garantis de toute espèce d’atteinte, des coups qui pourraient partir des hauteurs latérales; et sous ce point de vue , un ouvrage défilé a de l’avantage sur celui qui ne l’est pas ; car dans ce dernier, dès qu’on monte sur les banquettes, on peut être pris d’écharpe ou k dos , dans quelques parties du retranchement , a moiui
qu'on ne donne au parapet une hauteur assez grande, pour que les coups partant de la plaine soient tellement relevés, qu’ils passent pardessus la tête des défenseurs de la face opposée. La hauteur nécessaire pour atteindre ce but , serait d’autant plus grande que l’ouvrage serait plus étroit.
L’épaisseur de la traverse au sommet sera au moins de deux mètres , si elle doit résiste» h du canon. Ses taluds seront à 45°, à moins qu’on ne les revêtisse.
Lorsque l’ouvrage a plu» de deux faces , et qu’il est entouré de hauteurs, il faut quelquefois autant de plans de défilement que de faces; et alors les traverses Se multiplient, ce qui est ui| grand inconvénient , et le signe certain d’une mauvaise position,
(i33.)Un ouvrage fermé, construit dans un* plaine, au pied d’une hauteur, exige toujours une traverse pour être garanti des coups de revers ou à dos , qui viendraient de la plaine. En sorte que la plaine est pour un retranchement construit sur la pente d’une colline, aussi dangereux que serait à craindre la colline pour le même retranchement , s’il était construit dans la plaine*
Choisissons cet exemple pour la détermination du relief d’une traverse.
La manière la plus simple de déterminer une traverse , est de se donner sa position à priori, et de fixer son relief de telle sorte que les hommes placés sur les banquettes à droite et à gauche , soient défilés des coups à dos. On donne en môme temps aux parapets, une hauteur suffisante, pour que leurs plans de défilement passent à a", 5o, ou au moins à a“,oo au-dessus du terrain vers le milieu du profil de la traverse.
Soient donc AB ( Fig. 45 ) , l’axe d 'une traverse ; CD et EF , les deux parapets opposés d’une redoute , qu’il faut défiler de la mousqueterie.
Du côté de la plaine , le parapet EF aura naturellement la hauteur de a m , 5o ; mais de l’autre côté, le relief du parapet CD, se déterminera par le procédé du numéro ( 128 ) ; de manière qu’on soit défilé vers l’axe AB, de la traverse, h une hauteur de a m , 5o.
Après cela , on déterminera les deux lignes de tir PC' et ME', de manière à ce quelles soient dirigées à o“, 5o au-dessus des parapets DC et FE, hauteur nécessaire pour que la ligne de tir passe au-dessus de la tête du défen-
seur. Celle de ces deux lignes qui coupera plus haut l'axe AB , déterminera la hauteur de la traverse.
Pour construire la première des deux lignes PC' et ME', on plantera au point L, dans la plainé , à la distance de 3oo mètres , un jalon de a ra ,5o de longueur ; et l’on prolongera la tringle DC du profil du parapet, d’une quantité CC f , égale h o m , 5o. Le rayon visuel passant par les extrémités P et C' de ce jalon et de cette tringle, sera la ligne de tir cherchée, et l’on verra par un simple alignement à quelle hauteur elle coupe la ligne AB.
Pour l’autre , il faudra par un point F', élevé au-dessus de F de o“,4°> mener une tangente F'K à la hauteur K , en son point le plus élevé ; et le point B', où cette droite (ou pour mieux dire le rayon visuel F'K), coupera l’axe AB, étant relevé de 2 ”, 5o , fera connaître la hauteur de la traverse, relative à cette seconde ligne.
Le relief de la traverse étant ainsi trouvé en un point , vers la partie la plus large de l’ouvrage , dans le sens DBF , et son commandement sur les parapets étant connu pour ce point, on le lui conserve dans toute son étendue ; ce qui , à la rigueur , ne serait pas uéces-
saire, parce que vers les parties plus étroites, la traverse peut s’abaisser un peu ; mais il n’y a jamais de mal à être défilé , même avec excès.
Ces constructions , quoique très - simples , exigent cependant assez de temps pour être bien faites; et très-souvent on a à peine celui de faire un défilement ordinaire d’une manière un peu exacte; il faut alors que le coup-d’œil supplée les opérations rigoureuses , et l’on pourra presque toujours se contenter de donner à la traverse, un mètre de plus en relief qu’aux parapets , et regarder l’ouvrage comme défilé par cet exhaussement.
Il faut avoir soin de prolonger la traverse jusque sur le parapet, pour quelle remplisse bien son objet, celui de préserver des vues et des coups du dehors.
On pratique dans la traverse des passages couverts , pour communiquer d’une partie de l’ouvrage h l’autre , et quelquefois on utilise sa masse pour en faire des logemens et des
réduits de sûreté.
(i34.) On pourrait éviter la traverse, dans le cas où la hauteur n'étant pas très-considérable , permettrait de comprendre sous uq
même plan de défilement, tout l’espace KL. H est évident qu alors, ce plan passant à a™, 5o au-dessus du point L, on ne pourra pas, de ce point, voir dans l’ouvrage; mais il sera bien rare qu’un pareil plan donne des relieis admissibles , aussi faut-il presque toujours , se décider à construire une traverse , et poser en thèse générale , qu’un ouvrage construit en face de deux hauteurs bien prononcées, ou dans la plaine au pied d’une colline, doit être pourvu d’une traverse intérieure.
( ï 35.) La traverse dans une redoute quadrauguiaire, doit être mise en diagonale, afin qu’ayant le plus de longueur possible , elle couvre un plus grand espace ; de plus , elle doit être dirigée parallèlement à la hauteur, et la redoute présenter en conséquence un de ses angles à cette hauteur , afin que les faces convenablement ouvertes évitent l’enfilade, et que l’ennemi ne puisse pas , en s’avançant vers la droite ou vers la gauche , prendre en écharpe et de revers les deux faces opposées. On n’atteindrait pas ce but si l’on faisait la traverse parallèle à un des côtés, parce que l’ennemi en gagnant sur la droite ou sur la gaucho la longueur du côté de la redoute , commencerait à éluder la traverse , et h découvrir les défenseurs des faces opposées.