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CHAPITRE TROISIÈME

Détails de conetruetion.

SECTION PREMIÈRE

Main-d'cmvre.

Profilement.

59. Après avoir fait connaître la disposition horizontale et les dimensions verticales des ouvrages usités dans la fortification de campagne, nous devons dire un mot des moyens employés pour les mettre h exécution, et décrire leurs accessoires.

Quand un ouvrage est tracé sur le terrain , c'est-à-dire lorsqu'on a planté de forts piquets à tous les angles, et creusé à la pioche d'une manière bien visible les lignes qui les joignent, il faut, sur chaque ligne, élever deux profils qui dessineront dans l'espace la forme du parapet et indiqueront aux ouvriers les endroits où ils doivent jeter leurs terres.

Si la face de l'ouvrage est un peu longue , deux profils ne suffiront pas; il faut alors en élever un troisième sur l'alignement des deux premiers.

Ces profils se font, quand il est possible, avec des lattes de sapin ; on peut alors leur donner toute la perfection désirable , et représenter très-exactement la forme du parapet.

On plante d'abord à la masse deux forts piquets à tête carrée A et B (fig. 23) , marquant la largeur du parapet ; on cloue solidement contre le premier une tringle ÀC, d'une longueur égale à la hauteur que doit avoir le parapet ; on cloue de même, sur le piquet B, une tringle indéfinie BD ; et ensuite, à l'extrémité C de la première, on en cloue une autre transversale , à laquelle on donne , au moyen du quart de cercle , du niveau de maçon , ou du simple coup d'œil, la pente que l'on juge convenable, et on la fixe au point D , dans cette position. On scie la tringle BD de longueur, et Ton place la quatrième DE sous l'angle de 45^ en la clouant à Tangle D et au piquet carré E. On construit de même ce qui est relatif à la banquette , comme l'indique la figure.

60. On peut économiser les profils en les construisant sur les angles, parce qu'alors un même profil sert pour deux faces. Ces profils d'angle , o\i profils obliques , ont de plus l'avantage, sur les profils carrés, de mieux dessiner le parapet de l'ouvrage, ce qui facilite sa construction, et empêche les faux mouvements de terre.

Pour construire ces profils obliques, il faut un peu d'habitude. Après en avoir élevé un premier carrément sur l'une des faces , on détermine sur l'angle le point où les projections des crêtes extérieures doivent se rencontrer ; ce qui se fait en menant à la distance convenable, au moyen de cordeaux, sur les deux faces qui forment Tangle, des parallèles aux crêtes intérieures déjà tracées à la pioche. A ce point de rencontre on plante une tringle indéfinie, de même qu'on doit en avoir planté une de hauteur à l'angle de la ligne de feu ; à l'extrémité de celle-ci on en cloue une troisième transversale, pour former la plongée sur l'angle; on la fait tourner autour du clou unique qui doit

la lier à la tringle verlicale, jusqu'à ce qu'elle se dégauchisse avec celle qui marque la plongée sur le profil carré; ou, en d'autres termes, on met ces deux tringles dans un même plan.

On en fait de même pour le talus extérieur et pour la banquette; on dégauchit leurs tringles avec les tringles correspondantes du profil carré.

Actuellement, au moyen de ce profil sur l'angle, on déterminera le suivant , et ainsi de proche en proche par le procédé du dégauchissement.

Il est cependant convenable d'établir, sur le milieu de chaque face, des profils carrés pour vérifier les profils obliques, parce qu'il est assez facile qu'il se glisse des erreurs dans ceux-ci.

61. Très-souvent on n'aura pas de tringles à sa disposition ; il faut alors se contenter de planter des branches grossièrement façonnées pour marquer les hauteurs; et si Ton a de petites cordes, on pourra marquer les talus et les plongées, en réunissant par ces petites cordes les extrémités des perches. Au reste , quand on est dénué de tout secours, il est rarement nécessaire de bien modeler le parapet ; l'essentiel est de se couvrir, et il suffit, pour cela, d'un bon relief, ce qui peut se faire même sans aucun profil.

Tous les profils étant construits, on connaît l'espace que le parapet doit occuper, et l'on peut tracer à la pioche la ligne d'escarpe à 0™,50 en dehors du pied des profils ; puis h la distance convenable la ligne de contrescarpe.

62. Dans tous les ouvrages dont nous avons indiqué le tracé on fait ordinairement le fossé de même largeur partout, pourvu toutefois que le parapet ait aussi partout la même

largeur et la même hauteur; il convient cependant de diminuer la largeur des fossés vis-à-vis des saillants, et de les faire plus larges vis-à-vis des rentrants , parce qu'aux parties saillantes les fossés ont plus de développement que les parapets , tandis que vers les parties rentrantes c'est le contraire ; d'où résulte que d'une part on a trop de terre pour la construction du parapet , et que d'autre part on en manque , si dans le tracé de la contrescarpe on n'a pas eu l'attention que nous venons d'indiquer.

Ainsi donc la contrescarpe, dans les ouvrages k flanquements, ne sera point parallèle à Tescarpe , mais s'en rapprochera davantage vers les saillants. La quantité de rétrécissement ne saurait s'indiquer ; sa détermination tient au coup d'œil de l'officier. Il vaut mieux dans ce cas pécher en trop que d'avoir un excédant de terre qui embarrasserait, ou qu'on se verrait forcé de porter avec peine à d'assez grandes distances ; ce qui d'ailleurs ne peut se faire qu'à la brouette: et, à la guerre, on ne se sert ordinairement que de la pelle et de la pioche.

Le tableau du n^ 55 n'indiquera donc que la largeur moyenne du fossé, celle qu'il convient de lui donner au milieu des faces.

63. Il est rare que l'officier ait le temps de profiler l'ouvrage avant que les ouvriers soient mis au travail ; ordinairement on les lui donne avant que l'ouvrage soit tracé, et c'est lui-même qui les conduit sur les lieux. Pendant qu'ils se reposent, il détermine lestement son tracé par des piquets d'angle; dès qu'il a fixé approximativement le milieu du fossé, il y place les ouvriers, en leur indiquant à quelle profondeur ils peuvent d'abord creuser sur une largeur moindre que la largeur présumée du fossé. Pendant que les ouvriers remplissent cette tâche , l'officier

revient a son tracé ; il construit ses profils^ fait son petit calcul pour connaître la largeur du fossé, et en trace finalement à la pioche l'escarpe et la contrescarpe. Il doit avoir soin d'arrondir en arc de cercle la contrescarpe sur les saillants, en prenant pour rayon la largeur du fossé, et pour centre l'angle saillant de l'escarpe.

64. Le tracé de la contrescarpe dans le front bastionné exige quelques détails particuliers. On le fait de deux manières : ou bien on lui fait suivre (fig. 24) les sinuosités de Tescarpe, toujours en se conformant à ce qui vient d'être dit, c'est-à-dire en faisant le fossé plus large dans les parties rentrantes ; ou bien les contrescarpes des deux faces sont tirées en ligne droite (fig. 25) pour aller se rencontrer vis-k-vis le milieu de la courtine, auquel cas tout l'espace qui se trouve entre les flancs de la courtine est déblayé; ce qui exige une main-d'œuvre considérable, et ne convient par conséquent qu'aux ouvrages de fortification mixte, faits avec tous les secours qu'on peut tirer de quelque ville voisine.

Dans le premier cas, qui seul convient aux ouvrages construits rapidement , il existe des angles morts dans les fossés des faces, près des angles d'épaule. Pour remédier à cet inconvénient, on peut prolonger en rampe le fossé de chaque face vers le flanc du bastion voisin , comme l'indique la fig. 24 , et donner à cette rampe une pente telle que le flanc puisse découvrir le fond du fossé: cette disposition est d'autant mieux entendue que le déblai des rampes supplée à ce qui manque presque toujours vers l'angle de courtine, où le développement du parapet surpasse de beaucoup celui du fossé.

On pourrait craindre que ces rampes n'affaiblissent l'ouvrage, en donnant. k l'ennemi la facilité de descendre

dans le fossé ; mais dans les ouvrages de campagne pro- |)remeiit dits, comme Test celui que nous supposons, le fossé n'est pas un obstacle assez grand pour qu'on n'y puisse pas sauter de prime abord ; ainsi , que les rampes existent ou qu'elles n'existent pas , il n'en sera ni plus ni moins à cet égard ; elles ne compromettent donc en rien la sâreté de l'ouvrage, d'autant plus que, pour les aller chercher, il faut présenter le dos aux feux des flancs.

Disposition des ateliers,

65. Bien disposer les ouvriers pour qu'ils ne s'embarrassent pas les uns les autres, et pour que le travail chemine avec ordre, est une chose très-essentielle.

Oo partage l'ouvrage en ateliers de trois mètres de longueur, mesurés sur la ligne du milieu du fossé. Dans chaque atelier on place cinq ouvriers , dont un est armé d'une pioche, et les quatre autres de pelles. Deux pelle* teurs sont à cota du piocheur, et les deux autres forment un relai sur l'emplacement de la berme , pour jeter les terres plus loin. Outre ces cinq ouvriers , il en faut un sixième pour distribuer les terres dans le massif du parapet, les damer et faire les talus extérieurs : cet ouvrier a le nom de régaleur; il manie indistinctement la pelle et la dame.

D'a{»rès cela, il feut six hommes par atelier, ou deux hommes par mètre courant de la ligne milieu du fossé. Outre ces ouvriers, des sapeurs^ des canonniers ou d'autres soldats intelligents, sont chargés des revêtements et des ouvrages délicats. Un caporal piqueur a la surveillance de cinq ateliers, et un sergent piqueur celle de la redoute entière.

66. On s'enfonce dans le fossé par couches d'un demimètre de hauteur, et en ménageant des gradins le long des talus. Ces gradins sont nécessaires pour la conduite du travail, pour descendre dans le fossé et en ressortir, pour empêcher les ouvriers de trop enlever, et pour fixer approximativement la pente des talus par le rapport donné entre la largeur et la hauteur de ces gradins.

Quand le massif est déblayé, on recoupe les gradins à la pioche d'abord, et ensuite au louchet ou pelle droite, quand l'ouvrage doit être fait proprement.

On doit soigneusement conserver les bonnes terres pour en former les talus des parapets ; souvent même eston obligé de les aller chercher au delà du fossé, car toute espèce de terre n'est pas l;)Onne pour se serrer et devenii^ compacte sous les coups de la dame. Les terres qu'on emploie aux constructions en pisé sont essentiellement propres aux talus; il faut qu'elles soient en même temps grasses et mêlées de gros sable.

Pour les ouvrages construits très-rapidement, il est impossible de s'astreindre à mettre les bonnes terres en dépôt ; on se dépêche, au contraire, de former le massif du parapet avec tout ce qu'on trouve dans le fossé, et de cette manière la couche de terre végétale, qui est ordinairement la meilleure, se trouve recouverte par les couches inférieures : si ces dernières sont trop graveleuses et font craindre les éclats, il faut enlever dans le terre-plein la couche de terre végétale, pour en faire une chemise au parapet. Au reste, quand on choisit l'emplacement des ouvrages, on évite autant qu'on le peut les terrains rocailleux qui ne sont recouverts que d une l^ère couche de bonne terre.

67. Dès le commencement du travail, il faut pourvoir au moyen d'écoulement des eaux, qui, sans cette précau-

tion, croupiraient dans les terre^pleins et les rendraient inhabitables.

Quand l'ouvrage que l'on construit est ouvert à la gorge, on dirige une rigole vers celte gorge, et l'on donne au terre-plein à droite et à gauche une pente légère vers la rigole. Mais quand l'ouvrage est fermé, il faut pratiquer un petit acqueduc en pierres plates, ou en planches, sous le parapet, à l'endroit le plus bas du terre-plein, en ayant soin de prolonger cette espèce de tuyau au delà de l'escarpe, pour que les eaux ne la sillonnent pas. On peut encore, dans ce cas, et si les terres sont légères, creuser au milieu de l'ouvrage un puits de deux à trois mètres de profondeur, où les eaux viendront se réunir, et d'où elles s'infiltreront dans les terres et graviers.

68. Il faut, autant qu'on le peut, donner l'ouvrage à l'entreprise, surtout quand il est question de grands travaux, comme ceux de fortification mixte. Des ouvriers à la journée mettent trois fois autant de temps à faire le même ouvrage. Ainsi, il faut toujours préférer de payer une somme, même exagérée, à des ouvriers qui prendraient Touvrage à la tâche, que de les laisser travailler au jour le jour, \k un prix très-bas. Une fois que le marché est con-« du, on est tranquille, on sait à quoi s'en tenir, on est sûr que le travail sera bientôt terminé, et l'on n'a plus d'autres soins à avoir que de surveiller l'exécution^ On doit prendre garde qu'un ouvrage à la tâche risque toujours d'être mal fait, par cela seul que les entrepreneurs ont tout Tin-^ térét possible à le terminer proraptement.

. La fixation des prix de la main-d'œuvre exige quelques essais préliminaires, car ils doivent varier suivant le prix des journées, suivant la qualité et la nature de Touvrage. Pour arriver à une juste estimation, on fait travailler sé-

parement quelques bons ouvriers qu'on paie bien, et Ton note soigneusement ce qu'ils ont enlevé de terre dans un temps donné ; on fait alors dès propositions avec connaissance de cause.

69. Mais quand on veut faire une estimation préalable, on compte que, dans un terrain ordinaire, chaque ouvrier travaillant k la pelle peut jeter, à la distance de deux à quatre mètres, 10 mètres cubes environ dans une journée de dix heures, ou un mètre cube par heure. L^expérience a d'ailleurs appris que, dans le même terrain, un piocheur peut abattre une quantité double, et fournir ainsi k deux pelleteurs ; en sorte que les trois ensembte déplacent 20 mètres cubes dans la journée.

Quand il y a un relai de deux pelleteurs sur la berme, comme cela doit se faire pour la plus prompte exécution de l'ouvrage, le travail indiqué se répartit entre cinq hommes et peut s'évaluer, en définitive, à quatre mètres cubes par homme. Il ne convient pas de compter sur plus que cela dans l'exécution des ouvrages de campagne : si, par exemple, il y a dans un ouvrage à construire 200 ouvriers, disposés comme il vient d'être dit, ils jetteront environ 800 mètres cubes de terre dans le massif du parapet.

On est quelquefois obligé, par la grandeur de l'ouvrage, d'ajouter encore un relai de deux pelleteurs à chaque ate* lier. Cela réduit le travail effectué dans la journée à environ Wois mètres par homme.

Ces notions suffiront pour fixer te prix du mètre cube de déblai. Ainsi, le prix de la journée d'ouvrier étant de 1 fr. 50, le mètre se payerait 50 c. dans le second cas, et 38 c. dans le premier. Les régaleurs et piqueurs seraient payés en sus.

SECTION SECONDE

Construction des revêtements.

Revêtements du Parapet.

70. Nous avons dit, dans le n^ 3, que le talus intérieur du parapet doit être aussi roide que possible, pour faciliter l'approche du parapet, et que, pour 1?^,30 de hauteur, nous ne lui donnerions que 0^,30 de base ; des terres remuées ne resteraient pas sous un pareil talus ; pour les y mainte-* nir, on les fortifie par un revêtement, qui se fait ordinaire^ ment en fascines ou eu gazons.

Du Revêtement en fascines.

71. Le revêtement en fascines est le plus solide et le plus militaire ; il est assez vite exécuté, et il a une apparence de force qui rassure.

Les fascines du revêtement doivent être fortes et bien liées, faites de menus branchages. On leur donne ordinairement deux mètres de longueur et 0"",22 de diamètre ; on les lie fortement de cinq harts, une au milieu, une a chaque extrémité, et les deux autres dans les intervalles. n faut, pour faire les fascines, que les ouvriers établissent trois chevalets avec des piquets croisés et fortement enfoncés en terre ; ils placent sur ces chevalets les branches eifeuiiiées avec soin, en mettant alternativement le gros bout k .l'une et a l'autre des extrémités. Pour placer les harts, ils doivent avoir une corde un peu plus longue que

la circonférence de ta fascine, et liée par ses deux extrémités à deux leviers, qui servent à serrer fortement les branchages en les embrassant de la corde, et en appuyant sur les deux leviers, qui se trouvent ainsi croisés, et agissent dans des sens opposés. Chaque fois qu'on place une hart, il faut serrer, comme nous venons de le dire, la fascine à côté de la ligature.

On doit avoir Fattention de placer tous les nœuds des harts du même côté, pour qu'on les puisse tous cacher dans le parapet quand on mettra les fascines en œuvre.

Enfin, la fascine sera sciée carrément par ses deux extrémités et a la longueur requise.

Les piquets nécessaires pour rétablissement des chevalels ont l'^jTO de longueur et 0'",08 à 0",10 de grosseur. On les enfonce de 0™,60 sous Tangle de quaranle-cinq degrés, les trous étant faits a 1^,30 de distance de centre à centre. On lie les deux piquets, à Fendroit où ils se croisent, avec des cordes ou de bonnes harts. Si Pon manque de piquets droits et assez 4ongs pour faire des chevalets, on peut les suppléer en plantant dans le sol, et à 0^,30 de 'distance, deux files de petits piquets, entre lesquels on pourra, faute de mieux, placer les branches pour hive les fascines.

72. Si l'on a de grandes branches, on doit faire les fas-* cines plus longues que nous ne l'avons dit ; il faut alors les confectionner aussi longues qu'on le peut, c'est-à-dire de quatre, de cinq et même de six mètres; car il y a beaucoup d'avantages, pour la solidité du revêtement, h dtmi-* nuer le nombre des joints. Ces grandes fascines, qui reçoivent le nom de scmcissons, doivent avoir plus d'épaisseur que les fascines ordinaires. On leur donne de 0^^,25 à 0"*,30 de diamètre, suivant leur longueur ; c'est-à-dire que

les saucissons de trois à quatre mètres auront 0,°'25 de grosseur, et ceux de cinq a six auront O'^^SO : leurs liens sont fixés à 0"',35 de distance; et, si le temps le permet, on coupe en sifflet l'extrémité des branches, pour que deux saucissons, placés bout à bout, puissent, au moyen de quelques coups de masse appliqués ^ leur extrémité, mordre l'un sur Tautre, et consolider le joint.

Les chevalets nécessaires à la construction de ces grands saucissons doivent être placés de mètre en mètre, exactement à la même hauteur et bien alignés ; sans cette dernière précaution, le saucisson ne serait pas droit, et serait très-difficile à mettre en œuvœ, du moins pour faire un revêtement un peu propre.

Trois ouvriers réunis pour ce genre de travail peuvent faire un grand saucisson dans deux heures, ou quatre fascines dans le même temps, les bois étant coupés à leur portée ; et comme il faut deux hommes pour préparer les bois, on compte que chaque atelier est de cinq hommes. Deux hommes effeuillent les branches et coupent ou tressent les petits bois ; deux les placent sur les chevalets et les serrent, le cinquième prépare les liens. Ces cinq hommes réunis font le saucisson en deux heures. Us consomment pour cela trois à quatre cents i^meaux.

73. Le revêlement se fait à mesure que le parapet s'é* lève. On enterre à moitié la première fascine dans la banquette, et on la fixe par trois piquets enfoncés à la masse ; ces piquets ont un mètre de longueur.

On pose ensuite la seconde fascine ( ou pour mieux dire, la seconde rangée de fascines), un peu en retraite pour se conformer au talus , en ayant soin de larder chaque fas-cine de trois piquets, dont les deux extrêmes sont plantés dans les fascines inférieures et dans le sens du talus ; et te

troisiètne perpendiculairement à ce talus, pour faire liaison avec les terres. Les Autrichiens remplacent ce dernier piquet par une ancre ou hart, qui embrasse la fascine et va s'attacher par son autre extrémité à un piquet planté dans le massif des terres, et qui en est ensuite recouvert ; ils donnent, par ce moyen, une grande solidité au revêtement.

Les joints des fascines d'un rang se placent sur tes pleins des fascines inférieures, comme les pierres dans les bâtiments ; et dans les angles , les fascines s'enchevêtrent de manière à évrter la solution de continuité.

Quand on a placé sept rangs de fascines ou six rangs de saucissons, on est k peu près à la hauteur de la crête ; alors, pour achever, on recouvre le dernier rang avec des gazons posés de plat, Therbe en haut, et faisant liaison avec les terres du parapet. Un atelier de trois sapeurs fait 25 mètres carrés de revêtement de fascines en un jour de travail, ou S'^.S par heure, la journée étant de dix heures.

Du Revêtement en clayonnage.

74. Le revêtement en clayonnage se fait en plantant de forts piquets dans la direction du talus, et en entrelaçant ensuite des branches flexibles autour de ces piquets. Ces mêmes branches, à la partie supérieure du revêtement, sont liées aux têtes des piquets, pour que le clayonnage ne se défasse pas.

Les piquets sont espacés de 0°*,35 à 0"',40, suivant leur grosseur. Ils doivent avoir en longueur 0",65 de plus que la hauteur du revêtement, pour qu'on puisse les enfoncer en terre de cette quantité. Il faut au moins cela pour que le revêtement soit solide. De plus, on retient le clayonnage, de distance en distance, par de fortes harts

attachées à des piquets plantés dans Tintérieur du parapet.

Un sapeur fait 20 à 25 mètres carrés de ce revêtement en un jour, tous les bois étant apportés à pié-d'œuvre. Gela revient à 2 mètres par heure.

Du Revêtement en gazons,

75. La troisième espèce de revêtement se fait avec des gazons auxquels on donne la forme d'un rectangle, ayant 0",30 à 0",40 de longueur, sur 0",20 de largeur, et 0",10 d'épaisseur.

Les gazons doivent se tailler dans des prairies bien fournies d'herbe et fauchées à ras. On les place par boutisses et panneresses, plein sur vide, et Therbe en dessous. Cette dernière attention est nécessaire pour poser les gazons bien à plat, et pour pouvoir les recouper, les équar* rirau louchet ou avec la hache à main. Chaque gazon doit être piqué de deux ou trois chevilles, afin d'être lié aux gazons qui sont dessous. Pour faire bonne liaison, il faut avoir soin de n'élever le revêtement qu'au fur et k mesure que le parapet s'élève , et de bien damer les terres contre lesquelles il s'appuie.

Quand le revêtement est achevé, on le recoupe à l'extérieur pour dresser le talus ; k cet effet on se sert de louchets bien tranchants, et dont le manche est long et droit. Le tranchant du louchet doit être biais, pour couper plus facilement les racines des gazons.

Le revêtement en gazons est susceptible de la plus grande perfection ; aussi l'emploie-l-on de préférence dans les ouvrages où l'on veut déployer un certain luxe d'exécution.

Un homme peut poser 1 2 mèlres carrés de gazons par

jour de dix heures de travail» lorsqu'il a les gazons sous la main. Un servant lui amène et lui remet les gazons. Il faut ensuite le temps nécessaire pour recouper et dresser le talus. En sorte qu'en définitive on ne peut pas évaluer à plus de 1 mètres le travail journalier de la pose, ou un mètre par heure.

Il faut 50 gazons par mètre carré de revêtement.- On compte en outre un dixième pour le déchet.

76. Pour lever les gazons dans la prairie, on commence par tracer des lignes en long et en large, de manière à former des compartiments de la grandeur voulue pour les gazons. On se sert, pour cela, d'un louchet à manche court, bien tranchant par le bout et sur le côté, ou d'une pelle carrée appropriée à cet usage. Un homme vigoureux appuie sur le manche, comme le laboureur sur la charrue, tandis que quatre ou six hommes, attelés en galère à une corde dont l'extrémité, formée en boucle, est fixée à la douille de l'instrument, tirent le louchet et coupent le gazon.

Quand les compartiments sont tracés, les ouvriers s'arment chacun d'une pioche très^large, et s'en servent pour enlever, de deux ou trois coups, chaque gazon, en ayant soin de ne leur laisser que l'épaisseur qui comprend toutes les racines. On peut encore employer pour cela une pelle large, plate et tranchante, à manche recourbé ; deux hommes la tirent au moyen d'une corde, pendant qu'un troisième en dirige le manche.

Un sapeur, aidé de deux hommes, doit lever 1200 à 1400 gazons par jour.

Ainsi deux ateliers fourniront les gazons nécessaires au travail de cinq sapeurs (au moins), employés au revêtement.

On doit lever un millier de gazons dans un are de bon

pré ou dans cent mèlres carrés; c'est dix gazons par mètre y compris les déchets.

Du Revêtement en pUmches et en pisé.

77. Souvent on n'a ni bois, ni prairies dans le voisinage des ouvrages, alors on ne peut faire ni fascines, ni gazons. Il faut, dans ce cas, chercher des planches dans les maisons les plus prochaines, dût-on en détruire les planchers, et se servir de ces bois pour en construire, grosso modo^ une manière de revêtement.

Si l'on manque encore de ce moyen, on cherchera a faire une espèce de pisé avec la terre la plus liante qu'on puisse trouver; on y mêlera de la paille hachée ou de la bourre ; on l'arrosera et l'on parviendra ainsi, en damant bien, h donner au talus à peu près la roideur exigée.

On ne fera , dans aucun cas , le revêtement en maçonnerie ou en pierres sèches. Les éclats que les boulets font sauter de ces revêtements , sont plus à craindre que les boulets mêmes, parce que, prenant toute espèce de direction, on ne saurait s'en garantir.

Revêtement d'escarpe.

78. Le talus intérieur du parapet n'est pas le seul que l'on soit appelé à revêtir; le talus d'escarpe a aussi quelquefois besoin de l'être ; par exemple, dans le cas où les terres trop légères ne peuvent pas se soutenir sous le talus du tiers, et que l'ouvrage est important.

Le revêtement d'escarpe peut se faire en fascines ou en troncs d'arbres posés horizontalement ; mais ces deux espèces de revêtements fournissent des moyens d'escalade ;

ils offrenl à i*assiégeant une espèce d'escalier qu il peut monter avec assez de facilité. On doit leur préférer le revêtement en troncs d'arbres, plantés jointifs et debout, avec un léger talus. Mais le meilleur de tous est le revêlement en charpente, composé de madriers soutenus par des châssis formant queue dans l'intérieur des terres (fig. 26). Ces châssis ont la forme d'un triangle; la semelle en fait la base, le montant la hauteur, et la lierne rhypothénuse. Ces différentes pièces sont assemblées à tenons et mortaises.

On ne saurait employer un revêtement préférable quand on a du bois et du temps.

79. On peut rendre celte construction un peu plus simple, en mettant en haut la queue du châssis, et en le disposant comme l'indique la figure 27. Mais on doit avoir soin de planter le piquet de retenue assez avant sous le parapet, pour qu'il ne soit pas entraîné lui-même par la chute des terres. Il faudrait, à la rigueur, qu'il fût en dehors du prisme d'éboulement déterminé par la ligne à iS"" qui passe par le pied de l'escarpe.

Il faut dire, an désavantage du premier revêtement en charpente, que les tranchées qu'on est obligé de faire dans l'escarpe pour placer les châssis, sont un assez grand inconvénient, à cause des doubles mouvements de terre que cela nécessite. On ne peut, en effet, achever le parapet qu'après le revêtement, parce que les tranchées l'endommageraient ; il faut donc que les terres soient d'abord mises en tas k quelque distance de la berme, pour en former ensuite le parapet. Gela montre assez que le revêtement d'escarpe ne peut s'employer que dans la fortification mixte, et non dans la fortification de campagne proprement dite.

Dans ce cas, il sera souvent convenable de commencer par construire une escarpe en terre et en talus , pour se mettre promptement en mesure de défense ; puis on établira la charpente en entaillant le pied de F escarpe, et on remplira de terre le vide qui reste entre le talus primitif et le coffrage du revêtement. II ne restera plus qu'à épaissir le parapet extérieurement, pour diminuer la largeur de la banquette artificielle "qu'on a créée : les terres nécessaires se prendront sur la contrescarpe, en réiargissement du fossé.

80. Il est encore un autre moyen d'empêcher Tescalade, moyen dont on peut tirer un très-grand parti pour la défense du fossé : c'est de faire le talus d'escarpe à terres coulantes^ ce qui lui donne le plus de solidité possible, et de planter au pied de ce talus un rang de troncs d'arbres jointifs, ou de longues et grosses palissades, qui offriront à l'ennemi un obstacle qu'il ne détruira qu'avec beaucoup de peine y surtout si , après avoir ménagé un petit intervalle entre le pied du talus et la file de troncs d'arbres, ce qui donne le moyen de circuler par derrière ; si, dis-je, on perce entre les troncs d'arbres des trous ou créneaux, de mètre en mètre, au moyen desquels on puisse voir de près le fond du fossé, et qui permettent d'y passer le fusil pour faire feu.

Ces arbres jointifs, ainsi percés de créneaux, forment ce qu'on appelle une palanque. Les Turcs sont dans l'usage de fortifier leurs camps avec de simples palanques (fig. 35) construites en gros rondins de 0°',30 de diamètre, et de 3°',50 k 4 mètres de longueur, enterrés d'un mètre. Ces palanques sont d'une bonne défense; le canon y fait peu de mal : on les a éprouvées à Dresde, et nous sommes convaincus que dans les pays boisés, une forte^ palanque

peut quelquefois remplacer avec succès une enceinte terrassée.

Les Anglais ont construit de semblables revêtements d'escarpe dans les redoutes qu'ils élevèrent en 1813 sur la montagne de la Couronna, aux Pyrénées. Leurs ingénieurs estiment que ce revêtement en troncs d'arbres jointifs, lorsqu'il est bien couvert des feux directs, vaut presque un revêlement en maçonnerie.

SECTION TROISIÈME

Accessoires des Retranchements.

gK

Barbettes, Bonnettes et Traverses.

Des Barbettet.

81. Quand on place du canon dans les ouvrages de campagne, il faut éviter, autant que possible, d'ouvrir le parapet pour mettre ce canon en batterie , parce que ces ouvertures, qu'on nomme embrasures , sont des parties faibles; ce sont des espèces d'entonnoirs qui reçoivent tons les projectiles de l'ennemi, et qui facilitent l'assaut De plus, les embrasures, à cause de leur peu de largeur, ne permettent pas de tirer dans toutes, les directions. Il faut donc les employer le moins qu'on peut, et placer le canon de manière à pouvoir faire feu par-dessus le parapet. Le massif de terre destiné à procurer ^ la pièce l'exhaussement nécessaire, s'appelle barbette. Son sol doit être à 1°',20 au-dessous de la crête du parapet, et sa grandeur dépend du nombre de pièces qu'on y veut placer.

Une pièce de campagne exige, avec 8on attirail, un espace d'au moins 5 mètres de large et 6 de long. Ainsi, la surface supérieure de la barbette qui ne doit recevoir qu'une pièce^ est un rectangle de 5 mètres de petit côté, parallèle au parapet, et de 6 à 7 mètres de grand côté, perpendiculaire à ce même parapet. La portion du talus intérieur qui correspond k la barbette et dont la hauteur ordinaire est, comme il vient d'être dit^ de 1™,20, s'appelle genouillère.

. S2é Oh établit des rampes pour monter sur les barbettes; et pour la hauteur ordinaire à laquelle ces rampes doivent atteindre, on a coutume de leur donner un sixième de pente, c'est-à-dire que pour un mètre de hauteur elles ont six mètres de base, et proportionnellement pour des hauteurs plus petites ou plus grandes ; pourvu que ces hauteurs ne dépassent pas trois mètres , ce qui , en effet, ne doit jamais arriver dans les ouvrages de campagne.

lies rampes ont 2"',50 à 3 mètres de largeur, pour que les roues des canons puissent facilement s'y reposer. Ces mêmes rampes doivent conduire le plus directement possible ; il faut, en conséquence, les diriger perpendiculairement à un des côtés de la barbette, et les placer sur celui qui fait face à la porte de l'ouvrage.

83. Quelquefois on construit deux rampes pour une même barbette, et c'est un avantage pour la circulation ; on les fait alors parallèles aux faces de l'ouvrage. Telles sont celles que représente la fig. 28, qui donne tous les détails et toutes les dimensions d'une barbette pour trois pièces, située au saillant d'un ouvrage, emplacement ordinaire des pièces à barbettes, parce que de là elles peuvent battre la campagne dans tontes les directions. Cepen-

dant elles s'y trouvent exposées aux feux convergents de Tennemi, en sorte qu'il faut les retirer quand ses feux deviennent trop vifs.

Entre les trois rectangles nécessaires à l'emplacement des trois pièces, il y a des espaces libres dont la grandeur varie avec l'ouverture de Tangle saillant : ces espaces sont utiles pour empiler les boulets.

Nous avons supposé, dans cette figure, qu'une pièce occupe 6 mètres en largeur, quoique 5 mètres lui suflBsent; et cela afin de nous procurer l'aisance des mouvements et la faculté de nous mettre, autant que possible, à couvert, par les moyens dont nous allons parler.

Des Btmnettes et de9 Traverses,

84. Pour détruire en partie l'effet des feux convei^nts, dirigés contre les pièces en barbette, on élève sur le parapet, k côté de ces pièces, un bourrelet de O^^^SO de hauteur, et aussi large qu'on peut le faire. Quelquefois le bourrelet a plus de O'^.SO de hauteur; nous en avons fait de 1 mètre, pour couvrir plusieurs pièces à la fois. On donne k cet exhaussement du parapet le nom de bonnette. Mais si la bonnette préserve de l'enfilade, elle empêche aussi le tir sur la face où elle est construite, en sorte qu'on ne peut pas toujours l'employer.

Ce qu'il y a de mieux à faire pour bien couvrir le canon quand on est obligé de le placer dans les ouvrages, c'est d'élever à côté et joignant le parapet, une tracerse de 2 mètres de hauteur au moins.

Pour que cette traverse occupe le moins d'espace possible, on la fait en gabions remplis de terre, placés sur trois ou quatre files, et sur deux de hauteur; on couronne ces gabions d'un rang de fascines.

85. Les gabions sont de grands paniers de forme cylindriqne, ouverts aux deux bouts, et dont les dimensions varient suivant l'emploi auquel on les destine. Les gabions des traverses, et, en général» ceux employés dans les re^ tranchements^ doivent avoir 1^,15 de hauteur, et 1 mètre de diamètre extérieur.

Pour construire un de ces gabio&s, on trace sur le ter^ rain un cercle de 0°>,45 de rayon ; on plante sur la circonférence de ce cercle, et k des distances égales, treize piquets verticaux de {"".SO de longueur. On clayonne ensuite autour de ces piquets, sur une hauteur de 1"^,15; on serre k coups de maillets les branches les unes contre les autres ; on coupe les brins qui débordent, et Fon arrête les tours supérieurs et inférieurs par des barts. Il faut avoir grand soin de tenir le haut des piquets toujours k même distance, pour procurer au gabion la forme cylindrique : un ouvrier doit avoir constamment l'œil à cela.

Quand on place les gabions, on met leurs pointes en haut, pour qu'elles fassent liaison avec les fascines dont on les recouvre presque toujours. Si Ton met deux rangs de gabions les uns sur les autres, il faut, pour pouvoir placer les seconds, scier les pointes des premiers, ou bien placer ceux-ci k la renverse, et enfoncer avec la notasse leurs pointes dans le terrain.

86. On construit ordinairémenl des traverses devant les portes des ouvrages. Destinées qu'elles sont à résister, comme le parapet, aux projectiles de Tennemi, elles doivent avoir le même profil, avec banquette pour tirer par l'ouverture. Et pour que ces traverses, toujours incommodes dans l'intérieur des ouvrages, occupent le moins de place possible, on revêt leurs &ces latérales, et on leur donne un rapide talus.

Oatre les traverses dont noas venons de parler, il y en a encore d'une autre espèce, plus importantes que les premières, introduites par la nécessité où Ton se trouve souvent de se préserver des vues d'une hauteur voisine, de se défiler, en terme de Tart. Nous parlerons de ces traverses au chapitre du défilement, pour fixer leur relief, leur forme et leur position. Pour le moment, il nous suffit de prévenir que l'on sera souvent obligé, en terrain irrégulier, d'élever, dans les ouvrages, des massifs considérables, qui quelquefois les barreront en entier ; il faudra donc pratiquer, dans ces traverses, des passages pour communiquer d'une partie du retranchement à l'autre, et des magasins de munitions, pour utiliser , autant que possible, ces masses inertes et embarrassantes.

Passages, Ponts de communication et Magasins. Des Pctssages,

87. Les passages se font en perçant la traverse et en soutenant les terres par des châssis et des bois de cofirage, ou simplement par des fascines formant le ciel du passage, posées en travers sur des revêtements également en fascines, qui en soutiennent les côtés.

Cette charpente ou ce fascinage, suffisamment indiqués par les fig. 29 et 30, s'élèvent en même temps que la traverse.

Les fascines du ciel doivent être plus fortes et plus longues que les fascines ordinaires : elles auront 3"',60 de longueur totale, et 0™,35 de diamètre. On met dessus une couche de terre bien damée, de 0°*,30 k 0",50 d'é-

paisseur. 11 n'en faut pas davantage, parce que les fascines n'en supporteraient pas le poids.

Le passage doit avoir 2 mètres de largeur par le bas, pour que le canon puisse y rouler ; nous disons par le bas, parce que, dans le cas où les terres sont soutenues par des fascines, il faut donner aux pieds-droits au moins O^'^SO de talus.

La hauteur du passage doit être de 2 mètres.

Les châssis employés dans la construction du passage« quand on le £ait en bois, sont composés de deux montants, d'un chapeau et d'une semelle, assemblé^'à mi-bois et de 0"',15 d'équarrissage. On les espace d'un mètre, d'axe en axe,

88. Les passages qui donnent entrée dans les ouvrar ges se font ordinairement à ciel ouvert, au travers du parapet, dans les endroits les moins exposés; et pour que ces ouvertures, si nuisibles à la défense, offrent le moins de jour possible aux vues et aux coups de Tennemi, on tient aussi raides qu'on le peut leurs côtés, par le moyen d'un bon revêtement, et en ne donnant à la voie que h largeur strictement nécessaire pour le passage du canoa.

Ces portes, se ferment ordinairement par une barrière ou par un cheval de frise, dont nous ferons connaître h construction quand nous parlerons des fermetures.

Des Ponts de communication,

89. Laisser au travers du fossé un massif de terre pour communiquer du dehors au dedans de iQuvrage, serait très*dangereux ; il faut que cette communication se fasse au moyen d'un pont amovible.

Ce pont, si le fossé n'a pas plus de 4 mètres de lar-

geur, se fera tout simplement avec cinq poutrelles mises en travers du fossé, et recouvertes de madriers. Au mor ment du besoin, on enlève les madriers et les poutrelles, et Ton peut se servir de ces bois pour barricader l'entrée» si elle ne se trouvait pas déjà fenQée par une barrière ou un cheval de frise.

Quand le fossé a plus de 4 mètres de largeur, on place un chevalet au milieu, pour supporter les poutrelles du pont.

La hauteur dp chevalet dépend de la profondeur da fossé (fig. 31); la longueur de la traversière ou pièce su* périeure, est de 3 mètres; les jambes doivent s'écarter par jie bas, pour donner au chevalet plus d'assiette ; on les lie entre elles par des traverses disposées en croix de Saint- André.

Cinq poutrelles de 0",I5 sur 0",20 d'équarrissage, re-? posent sur le chevalet, et supportent des madriers de 0"*,08 d'épaisseur. Ces madriers sont cloués sur les poutrelles, et unis entre eux par deux longrines latérales ou garde-grèves, poutrelles qui sont, de plus, destinées à prévenir les accidents, en empêchant les roues des voitures de se porter trop au bord.

Quelquefois le pont qu'on devra construire aura plus de 8 mètres de long; alors il faudra plusieurs chevalets, qu'on aura soin de ne pas espacer les uns des autres de plus de 4 mètres.

Des Mcigasins de munitions,

90. Outre les passages voûtés, construits sous les traverses pour les communications, on y pratique encore des magasins dans lesquels on puisse mettre quelques munitions de guerre à Tabri de la pluie et des projectiles ineen-

diaires. Quelquefois aussi , et c'est ce qu'on peut faire de mieux, pour mettre à profit le massif des grandes traverses, on y construit des logements, des espèces de casemates en charpente, où le soldat peut goûter le repos qui doit lui rendre des forces épuisées par un travail pénible et continuel, ou par des combats fréquents.

Ces magasins et ces logements, usités en fortification mixte, se font, comme les passages en charpente, avec des châssis et des bois de cofirage pour soutenir les terres.

91. Si Ton manque des bois nécessaires pour faire de petits magasins k poudre, on peut y suppléer par des caisses enterrées, dont un des côtés, découvert à Textérieur, peut s'ouvrir et se fermer en guise de porte que Ton tient fermée par une serrure, quand on peut s'en procurer une, ou par de simples liens, si la serrure manque. Une sentinelle doit être continuellement h pour empêcher de s'en approcher et prévenir les accidents.

Ce moyen nous a parfaitement réussi ; nous avons fait de petits magasins à poudre, en enterrant dans des traverses de grandes caisses dont le couvert servait de porte, moyennant des charnières en cuir que nous y avons adap* tées. Ces caisses avaient été fortifiées de quelques traverses bien clouées, pour les rendre capables de supporter le poids des terres. Quand il n'y a pas de traverses dans le retranchement, on peut établir les petits magasins sous les barbettes ou dans les parapets.

Des Embrasures.

92. Quoique nous ayons dit qu'il faille éviter, autant que possible, de faire des embrasures dans les ouvrages

de campagne; et que les détails de leur construction soient du ressort de l'officier d'artillerie, il convient cependant que Tingénieur connaisse leur tracé*

On les emploie pour le tir assujetti k une direction dé^ terminée, par exemple, quand il est question de battre une route, un pont, une avenue quelconque.

La plongée de l'embrasure s'établit k la hauteur de la volée de la pièce qu'on vent y mettre en batterie ; c'est ordinairement h l'',20 au-dessus du terre-plein, et l'on donne, comme dans les batteries k barbette, le nom de genouillère à la portion du talus intérieur qui forme cette hauteur. Pour couvrir le mieux possible la pièce et les canonniers, on fait les côtés de l'ouverture intérieure de l'embrasure verticaux, et Ton ne donne à cette ouverture que 0"',50 de largeur ; l'embrasure va ensuite en s'éva-sant, de manière que, sous la crête extérieure du parapet, elle ait une largeur AB ( fig. 32), égale à la moitié de l'épaisseur du parapet; et à cet endroit les joues de l'embrasure, ou les faces latérales, ont un talus de 45^; en sorte que les saucissons^ avec lesquels on les revêt, après avoir été placés les uns sur les autres, ne se recouvrent plus que de moitié sous la crête extérieure, et forment ainsi une surface gauche très-solide.

Pour tracer l'embrasure biaise , on porte sur sa directrice GH, à partir de la crête intérieure du parapet, une longueur CD, égale à la largeur du parapet, et là on élève une perpendiculaire à la directrice, sur laquelle on porte à droite et à gauche, en DE et DF, le quart de CD, ce qui fixe la largeur de l'embrasure en cet endroit. Le reste s'achève comme dans l'embrasure droite.

La figure 32 fait voir ces deux embrasures avec les pro* jections de toutes leurs lignes, pour un parapet de 4 mètres d'épaisseur.

Quand il y a plusieurs embrasures consécutives, on donne le nom de marions aux portions de parapet com^ prises entre les embrasures.

§iv.

Des Créneaux.

93. Il est un accessoire dont on ne fait usage qu'au moment où l'on se prépare k la défense. Je veux parler des créneaux dont on couvre les parapets pour faire feu sans se découvrir. Ces créneaux se font ordinairen^ent avec des sacs remplis de terre et disposés trois par trois, deux pour former les joues du créneau, et un troisième en travers et par-dessus, en ne laissant que ce qu'il faut d'ouverture pour passer le fusil. Les créneaux s'établissent de mètre en mètre ; leurs intervalles peuvent être garnis de sacs à terre, si Ton en a en sufiBsance.

Les sacs à terre, mesurés vides, ont 0'°,70 de long et 0°',50 de large. On les fait de bonne toile et on les mu* nit d'une cordelette pour les fermer. Un approvisionnement de sacs à terre est toujours utile aux armées. Les Anglais en font un grand usage,

94. On fait quelquefois les créneaux de couronnement avec des gazons ; on leur donne alors une forme régulière, c'est-à-dire celle d'une embrasure légèrement évasée au dehors, et l'on fait les merlons de 0°',50 de hauteur, et autant d'épaisseur. Le bourrelet général qui en résulte prend le nom de surtout.

Le surtout pourrait être remplacé par des troncs de sapins, qu'on roulerait sur Fennemi au moment où il voudrait donner l'assaut. Ces sapins seraient disposés de

manière k laisser assez de jour pour qu'on pût tirer pardessous, et qu avec des leviers on pût aisément les déplacer et les lancer dans le fossé.

Des Fermetures, des Barrières et du Cheval de frise.

Des Fermetures,

95. Quand un ouvrage fermé est fait, que ses communications avec l'extérieur sont établies, il faut prévenir les surprises par de bonnes fermetures.

Ces fermetures consistent ordinairement en barrières et en chevaux de frises.

Des Barrières.

96. La barrière pour fermer une redoute ne peut avoir qu*un battant, parce que le passage n'a ordinairement que deux mètres de large. Il faut que cette barrière ait au moins deux mètres de hauteur. Elle est composée de deux montants, de deux entretoises et d'une guette ou pièce transversale biaise, servant k lier entre elles six bonnes palissades équarries de 0"^,11 et O"*,! 1. Les montants, les entretoises et la guette ont O'^ylS sur 0%11 d'équarrissage. Les entretoises et la guette s'assemblent k mi-bois avec les palissades, et chaque assemblage est chevillé.

De bonnes pentures en fer de l'°,30 de longueur, O'^^OS de largeur, sont clouées sur les entretoises, et servent k placer la porte sur ses gonds, et k consolider les assemblages des entretoises avec les palissades.

La porte roule entre deux poteaux enfoncés d'un mètre en terre, et liés entre eux par une semelle placée k fleur

de terre. On creuse dans les poteaox une feuillure pour la battue de la porte. Sur Tuo des poteaux sont plantés les gonds, et l'autre porte le verrou qui doit fermer la porte.

Les poteaux ont 0^,30 d'équarrissage, ainsi que la se* mette ou seuil.

Il va sans dire que la porte doit s'ouvrir en dedans.

97. Puisque nous parlons des barrières, nous ferons connaître la construction de celles que Ton peut être appelé k faire k l'endroit d'un passage fréquenté, par exemple, sur une grande route, quand un retranchement la traverse et qu'on veut s'en ménager la libre circulation, ce qui arrive presque toujours lorsque l'on fortifie les environs d'une ville où plusieurs routes viennent aboutir.

Ces barrières, plus larges que les premières, ont au moins 3 mètres d'ouverture ; elles sont formées de deux battants réunis par un fléau, et s'appuyant contre le seuil.

Pour donner plus de solidité aux poteaux qui supportent la barrière, on les soutient par le bas avec des jambes de force, qui s'assemblent sur le seuil et sur des patins ou pièces horizontales, qui croisent le seuil sous les poteaux montants, et leur donnent du pied.

Tous les charpentiers connaissent parfaitement bien ces détails, et sont en état de faire ces barrières sans autre ex« plication.

Du Cheval de frise,

98. Le cheval de frise est tout simplement une pièce de bois d'une longueur égale à l'ouverture de la porte, de 0°',30 de diamètre, et traversée de plusieurs perches aiguisées, ou lances ^ longues de 2 mètres, et 0"',05 de grosseur. On les place en croix, de manière qu'il y en ait

toujours deux rangs dirigés du côté de l'eDDemi , et un vertical.

Une des extrémités du cheval de frise lourne autour d'un pivot; Tantre est supportée par une roulette qui facilite son mouvement. Cette extrémité vient s'appliquei^ contre un montant où elle est fixée par une chaîne.

Il vaudrait peut-être mieux que les lances du cheval de frise présentassent toujours trois rangs de pointes à l'ennemi, comme nous Pavons fait dans la fig. 33. Alors la lance horizontale empêche l'approche du corps du cheval de frise, et rend plus difficile la tentative de le rompre. Mais la pièce principale se trouvant fort affaiblie par le grand nombre de trous dont elle serait percée, il faudrait alors substituer aux lances de bois des baguettes de fer de 15 k 16 millimètres de grosseur, et de 1™,70, seulement» de longueur.

Les lances doivent, en tout cas, être assez serrées pour qu'on ne puisse pas s'introduire entre elles. Il ne faut pas que l'intervalle soit de plus de 0"*,15.

Nous venons de faire connaître tous les détails dans les-^ quels il faut entrer, lorsqu'on est chargé de la construction d'un retranchement. Nous allons actuellement nous occu^ per des moyens d'en augmenter la force et de les rendre capables d'une plus longue résistance.

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