CHAPITRE QUATRIÈME
nioyeiis d'accrottre \m force des oiivrases de campasne.
SECTION PREMIÈRE
Obstacles.
99. Nous avons vu que la plupart des ouvrages de catnpagne ont des fossés de fort peu de valeur, que l'on doit considérer plutôt comme une excavation nécessaire à la construction du parapet, que comme un moyen efficace d'arrêter Vennemi ; car si les fossés n'ont que deux mètres de profondeur, et Ton ne saurait leur en donner davantage dans les ouvrages faits à la hâte, il est bien facile de sauter dedans, même avec la chaire du sac et du ftisil. Les angles morts des fossés, où Tennemi est parfeitement en sûreté^ quand il y est une fois arrivé , lui donnent le loisir de respirer et de se reformer. Il convient donc de hérisser d'obstacles la route qu'il doit parcourir pour arriver jusquelà. Or, comme les parties les plus faibles sont les saillants, c'est sur les saillants que l'attaque se dirige ordinairement; c'est donc là qu'il faut multiplier les obstacles, c'est là qu'il faut employer toutes les ressources de l'art pour retarder les pas de son ennemi, le metlre en désordre, et le tenir longtemps sous la bonne portée des feux du retranchement.
Des Abattes
100. Le meilleur de tous les obstacles naiùrels est un abatts^ formé de bonnes branches entrelacées, dépouillées de leurs feuilles et menus rameaux, aiguisées et présenr tant au-dehors un grand nombre de pointes (fig. 34). Ces branches sont fixées en terre par le gros bout, et on les couvre des vues du dehors par un exhaussement du terrain ou avant'-glacts, dont la pente est dirigée vers la crête du parapet; les terres nécessaires se tirent d'une excavation faite en arrière, suivant le prolongement du glacis, et dans laquelle s'établit l'abatis, qui, de la sorte, ne masque en aucune manière les feux de l'ouvrage, et ne peut que bien difficilement ^tre dérangé.
Rien n'empêche que l'avant-glacis ne soit k même hauteur que le glacis, cependant on le fait presque toujours plus bas. Au reste, il serait inutile de fixer les dimensions de ces remblais, que Tingénieur peut faire varier k son gré, pourvu qu'il se tienne dans les limites que nous avons prescrites, et que son abatis soit bien couvert.
Il faut que k glacis ait une pente fort douce^ pour qœ Tabalis se trouve aussi loin que possible de la contrescarpe. Car r<d»ticlé ainsi placé, pourvu qu'il soit toujours aotts la bonne portée du fiisil, a bien plus de valeur que s'il était contigii k la contrescarpe. Les troupes attaquantes y épuiseroat leur ardeur, el il leur sefa bien difficile de se rauellre en ordre pour toiter d'enlever Fonvra^ par un nouvel effort. Si, au contraire, l'abatis est très-rapproché, l'ouvri^ el l'abatis sont enlevés du même coup.
101« Si Ton n'a pas le temps de former im avant-glacis, on établit l'abatis k découvert; maùs on le Cmne de
plusieurs rangées d'arbres se recouvrant, en partie. Tune l'autre. On met la ligne intérieure de Tabatis à 25 ou 30 mètres en avant de la contrescarpe.
L'abatis est de tous les obstacles le plus militaire et le plas promptement exécutable. Il n'est que bien imparfaitement remplacé par le cheval de frise, qui coûte beaucoup de peine k construire, et que nous rejetons comme obstacle, pour ne lui laisser d'autre foncticm que ceHe de barricade on de fermeture.
Des Trous de Ump.
102. Quand on a le temps, on peut construke autour de la contrescarpe, et principalement sur les saillants, des creux rangés en quinconce. Ces creux, de forme conique,^ plus étroits par le bas que par le ktut, ont reçu le nom de trous de loup ou pmts militaires. On leur donne 2 mètres de largeur en haut, 0°',60 de largeur en bas, et 1°',50 de profondeur, ou seulement 1"',20 si les terres se soutiennent difficilement ; leur espacement est de 3^,b0 de milieu en milieu ; on peut même les rapprocher k 3 mètres, si les terres se tiennent bien, et cela n'en vaut que mieux.
On se sert, pour les tracer, d'un cordeau plié en triangle équilatéral, dont les côtés ont 7 mètnes de lon^enr, marqués d'un nœud dans le milieu. On promène ce triangle sur une parallèle k la contneacarpe. Les sommets et les milieux marquent la place des centres des trous de loup.
On plante quelquefois un pal acéré dans chaque trou, pour le rendre plus dangereux à l'ennemi; maison fait aussi des trous de loup sans cela.
Les trous de loup sont un excellent moyen, et fréquemment employé à la guerre pour arrêter les colonnes d'attaque et rompre les rangs des assaillants. Les terres relevées
dans les intervalles, rendent le terrain extrêmement irrégulier, et empêchent la formation de toute espèce d'ordre d'^ttaqiie^
Des Inondations,
103. Si l'ouvrage est construit près d'un ruisseau, on cherchera k'en retenir les eaux, pour les accumuler sur un ou plusieurs côtés dii retranchement : ou tendra ainsi une inondation*
Quand on peut remplir d'eau les fossés, on a un moyen excellent de défense qu'il ne faut pas négliger, puisqu'il remédie complètement au défaut des angles morts. Ce remède a cependant aussi ses inconvénients : en hiver les eaux peuvent se geler; alors le passage du fossé est très-facile, et louvrage en grand danger d'être pris de vive force.
Le seul moyen d'obvier k cet inconvénient est de casser la glace soir et matin, et de répandre de l'eau sur les para^ pets, pour que, gelée, elle rende les talus glissants et l'escalade plus diificile.
104. Lorsque Tinondalion n'est pas profonde, il faut creuser et disposer en échiquier des fossés de 4 mètres de longueur, 2 de largeur et 1 de profondeur. Ces fossés ou criques seront, dans la flaque d'eau, un excellent moyen de rendre mal assurés et dangereux les pas de l'assaillant. Les terres fournies par le déblai des criques doivent être éparpillées aux environs, pour ne pas former de petits ilôts qui faciliteraient le passage.
Il va sans dire qu'avant de faire les digues nécessaires pour tendre une inondation, on doit s'assurer que la nature des terres permet ce moyen de défense, qui devient impraticable dans les terrains trop légers, sujets aux infiltrations.
Il l'est également dans les pays fortement accidentés, où les ruisseaux ont ordinairement beaucoup de pente. C'est un moyen de défense qui ne s'emploiera que rarement en Suisse.
105. Quand un ruisseau traverse une ligne, Tinondalion, que l'on est maître de tendre, en employant le parapet même du retranchement ou son glacis pour soutenir les eaux, est un des meilleurs moyens de défense que l'on puisse employer, parce que la saillie que fait l'inondation dans la campagne force l'ennemi Ik faire de grands détours quand il veut passer de la partie droite k la partie gauche de la ligne. Cette inondation permet de donner k l'ensemble des ouvrages la forme droite ou même concave, la plus favorable quand on en vient aux prises, sans perdre l'avantage de la forme convexe au dehors, qui assure la supériorité des mouvements. Mais pour que ces avantages se fassent sentir, il faut que l'inondation soit d'un grand développement.
106. Il s'en faut bien qu'iine inondation tendue parallèlement à une ligne jouisse des mêmes avantages. Si elle arrête l'eimemi, elle vous tient vous-mêmes cernés dans vos propres ouvrages, et vous force k développer des moyens de conservation autour des digues qui soutiennent les eaux, afin ^ne l'ennemi ne puisse pas les rompre. Et cette inondation parallèle ne vous permet pas, comme la précédente, que Ton pourrait, par opposition, appeler perpendiculaire; ne vous permet pas, dis-je, de vous écarter dans le tracé de la ligne, de la forme convexe, pour suivre la forme rectiligne ou concave.
Une inondation perpendiculaire devant un grand retranchement joue le même rôle qu'un lac devant une ar-
mée qui en occupe l'extrémilé ; elle est surtout avantageuse k une troupe assez forte pour entreprendre sur Tennemi par des sorties et des retours offensifs. L'inondation parallèle, au contraire, conviendra mieux à une troupe qui est contrainte par sa faiblesse à se tenir sur une défensive absolue.
Ce serait peut-être ici la place de la description des digues au moyen desquelles on parvient k tendre des inondations; mais pour ne pas perdre de vue l'objet de cette section, nous renverrons ailleurs cette description. ( Voy. le chap. YII, section 2).
Des petits Piquets.
107. Quand on a des bois h sa portée, le meilleur usage à en faire est, comme nous l'avons dit, d'établir promptement une ligne d'abatis derrière un avant-glacis ; cependant on peut encore tirer un bon parti des menues branches qui ne doivent pas entrer dans l'abatis, en plantant sur tout le glacis de petits piquets faits avec ces branches, aiguisés et débordant le terrain de 0<'^,22 k 0"^,33. Ces petits piquets sont encore assez bons pour mettre le désordre dans les rangs des attaquants. Si le terrain sur lequel le retranchement est assis se trouve couvert de vignes ou de broussailles, les vignes laissées intactes, et les broussailles coupées k la hauteur des petits piquets, les remplaceront très-avantageusement. On peut encore, pour suppléer ces piquets, employer des herses de laboureurs, qu'on enterre en ne laissant sortir que les pointes. Gela est bon dans les endroits restreints, les lieux resserrés dont on veut interdire le passage.
Des Chausse-trapes.
108. Les chausse-trapes, en usage autrefois, ces espèces de clous à quatre pointes, qui , de quelque manière qu'on les retourne , en présentent toujours une, n'étaient bonnes que pour empêcher la cavalerie de s'avancer par une avenue déterminée, tel qu'un pont, une rue, une chaussée ; on peut encore s'en servir pour le même usage, si Ton en trouve sous sa main, ou les remplacer par des fonds de bouteilles cassées, qui feront à peu près le même effel.
Des Palissades et des Fraises.
109. Outre les moyens peu coûteux dont nous venons de parler, on emploie encore les palissades et les fraises , pour procurer aux ouvrages un surcroit de force.
La meilleure position des palissades, celle qu'on leur assigne le plus communément, est au pied de la contrescarpe, parce que c'est là qu'elles sont le mieux dérobées aux coups de l'ennemi, et qu'elles l'embarrassent le plus quand il veut sauter dans le fossé. Si les palissades devaient être plantées jointives pour former une palanque destinée k défendre le fossé, il faudrait, au contraire, les placer au pied de l'escarpe ; mais quand la palissade n'est employée que comme obstacle, ce qui est le cas le plus fréquent, il faut la placer, comme nous venons de le dire, au pied de la contrescarpe.
Les palis^ ou palissades, se font avec de grosses branches refendues ou débitées à la scie , en deux ou quatre pièces, de manière à ce qu'elles aient au moins 0*^,20 d'épaisseur sur chaque face. Leur longueur est de 3 mè-
très. On les aiguise par le bout. Les rondins remplacent parfaitement les palissades débitées.
Pour placer les palissades on creuse une tranchée de 1 mètre de profondeur, aussi étroite qu'on le peut, et l'on y range les bois verticalement, en ne les espaçant que de 0™,10. On dame bien la terre autour des palissades, pour les consolider par le pied, et on les relie à leur partie supérieure avec un liteau de 0°',06 sur O"»,!©. Chaque palissade est chevillée sur ce liteau. Il serait mieux encore de fixer les palissades par le bas sur un second liteau, qui serait enterré, et qui, liant ensemble tous les palis, empêcherait qu'on en pût arracher un seul sans renverser tous les autres.
Quand une palissade doit rester longtemps en place, il faut avoir soin de charbonner son extrémité inférieure, pour la rendre moins altérable par l'humidité de la terre.
Les palissades de chêne sont les meilleures.
Il vaut autant ne rien faire que de planter des palissades dont les dimensions ne seraient pas assez fortes; la résistance qu'elles offriraient ne serait point en rapport avec la dépense qu'elles auraient occasionnée et le temps qu'on aurait mis k les ajuster.
110. Les fraises ne sont autre chose que des palissades horizontales, ou légèrement inclinées à l'horizon, la pointe en bas.
Les fraises se placent ordinairement au sommet de l'escarpe ; c'est alors une raison d'élever un glacis autour de l'ouvrage pour couvrir la fraise, et malgré cette précaution l'ennemi l'a bientôt ruinée par son canon, en la prenant d'enfilade. C'est cependant un avantage très-considérable que de le forcer à cette opération, parce que, pendant
qu'il s'occupe à cela, on peut lui répondre avec supériorité par des coups de plein fouet.
Les palis de la fraise doivent être serrés autant que possible, pour ne pas donner prise h l'action de la hache ou de la scie ; il faut les incliner vers le bas, pour que les grenades qu'on peut jeter de l'ouvrage ne s'arrêtent pas sur la fraise, et roulent dans le fossé.
Les palis des fraises doivent avoir au moins 3°*,50 de longueur, afin que, débordant l'escarpe de 1"',50, reposant de 0"*,50 sur la berme, elles soient encore engagées de 1™,50 dans les terres du parapet. On les cheville k un coussinet ou liteau horizontal placé sur la berme ; et pour • les bien lier entre elles, on recouvre leurs extrémités supérieures par un second liteau, qui offre une très-grande résistance contre tout effort qui tendrait k faire basculer la palissade, vu que, pour le soulever, il faut ébranler en même temps les terres du parapet dans lesquelles il est en-^ gagé.
111. Vers les saillants, la fraise doit faire l'éventail. A cet effet, on serre les palis vers l'intérieur et on les écarte extérieurement, en commençant k une certaine distance du saillant. On gagne encore de la place pour le biais, en délardant les palis de manière k les rapprocher autant que possible, sans trop les affaiblir. C'est une affaire de coup d'œil dont s'acquittent fort bien les sapeurs charpentiers.
112. Peut-être la fraise serait-elle mieux placée k un mètre au-dessous de la berme; cela la mettrait 'd'autant mieux k l'abri du ricochet ; mais alors le fossé devrait avoir au moins 3 mètres de profondeur, parce qu'il faut que la fraise soit au moins k 2 mètres au-dessus du fond du fossé,
pour qu'on ne puisse pas aisément l'atteindre. Cette disposition n'est point usitée.
Quand on place une fraise, le parapet est ordinairement achevé ou presque achevé ; il faut alors l'entamer vers le bas ; et, quand les talus sont faits avec soin, il est pénible de les gâter. C'est un très-grand inconvénient qu'on ne pourrait prévenir qu'en préparant les palissades avant de commencer l'ouvrage, et en les plaçant à mesure qu'on travaillerait au talus extérieur du parapet, ce qui est à peu près inexécutable. Le meilleur est d'achever l'ouvrage sans polir le talus extérieur, parce qu'alors il n'y aura pas beaucoup de peine perdue quand on l'entamera pour placer les palis de la fraise.
113. Les Anglais ont quelquefois établi une fraise de contrescarpe, notamment dans les principaux ouvrages de leurs fameuses lignes de Torres-Vedras, construites par lord Wellington pour couvrir Lisbonne, dans la campagne de 1810. Leurs ingénieurs estiment cette méthode excellente, quand les fossés sont larges et profonds. La fraise se pose un peu inclinée vers le bas et sur le terrain naturel ; on la recouvre d'un glacis de 0",60 au moins de hauteur, qu'on revêt intérieurement pour le soutenir à la même incUnaison que la contrescarpe.
Sans faire un usage complet de ce genre de fraise, on pourrait, en certaines occasions, l'employer partiellement dans les arrondissements de contrescarpe. Ce serait, par exemple, le cas, lorsqu'on n'aurait ni le bois, ni le temps nécessaires, pour établir une fraise tout le long de la berme, puisque ainsi on renforcerait toujours un peu la partie faible.
Des Fougasses.
114. Un excellent moyen, peut-être de tous le plus efti* cace, d'arrêter Timpétuosité de l'assaillant, mais que l'on ne peut pas toujours mettre en usage, ce sont les fougas* seSj ou petits fourneaux de mine, construits sous le glacis.
Quand l'assiégeant est instruit que l'ouvrage est pourvu de fougasses ( et il faut faire en sorte qu'il le sache ), il devient extrêmement circonspect et timide. Des soldats qui ont vu jouer une de ces mines se croient partout sur des volcans; et des dangers cachés qu'ils ne peuvent prévenir font sur eux une impression beaucoup plus forte que des périls bien autrement à craindre, qu'ils affrontent gaiment en plein jour et h découvert. Les effets que la défense par les mines produit sur le moral , sont peut-être ce que l'assiégé peut trouver de plus favorable pour lui, et très-certainement c'est ce que la défense souterraine présente de plus avantageux.
Ceci montre assez que pour atteindre le but qu'on se propose, il n'est point nécessaire d'une disposition de fougasses très-compliquée ; on se contentera donc de placer sur chaque saillant deux ou trois fougasses que Ton puisse faire jouer isolément.
115. Pour établir une fougasse, ^n enterre de 2 mètres environ sous le glacis, une caisse dans laquelle sont enfermés quatre obus ou une vingtaine de livres de poudre. A cette caisse communique un auget ou tuyau fait en planches de sapin, également enterré et destiné à porter le feu dans la caisse. Pour le placer, on creuse une tranchée étroite, a la profondeur nécessaire ; on le met dans le fond,
et après qu'on l'a chargé, on le recouvre de terre qu'on pilonne avec beaucoup de soin.
L'auget descend le long de la contrescarpe, passe au fond du fossé, et remonte à travers les terres du parapet dans l'intérieur du fort. Nous disons du fort, parce que ce n'est qu*à des ouvrages un peu considérables que sont applicables ces moyens de défense ; Tappareil qu'ils exigent empêche de les mettre à profit pour les simples redoutes et les lunettes, du moins dans les circonstances ordinaires.
On place quelquefois Tauget le long de la contrescarpe, et on le fait arriver à la gorge de ^ouvrage. D'autres fois il traverse le fossé, supporté par un ou deux chevalets ; mais cette disposition Texpose k être dérangé par le moindre choc. Le plus souvent, on se contente de le faire arriver dans le fossé par le plus court chemin.
On renferme dans Pauget un sac de toile, loog, trèsétroit, goudronné et rempli de poudre. Ce sac ou saucisson a une de ses extrémités dans la caisse aux poudres, et l'autre à l'issue de l'auget.
Pour faire jouer la mine, on met le feu au saucisson, qui le communique aux poudres de la caisse.
Si la caisse aux poudres doit rester longtemps sous terre, il faut avoir la précaution delà goudronner pour la rendre imperméable à l'humidité ; on en fait autant à l'auget qui contient le saucisson.
116. On a proposé de faire mettre le feu à la fougasse par l'ennemi lui-même, en plaçant sous ses pas un tuyau fragile rempli de phosphore, lequel, rompu par le choc, mettrait le feu à l'amorce qui se trouverait dessous. Ce moyen, extrêmement commode, ne serait pas sans daur ger pour celui même qui en userait; je ne sache pas qu'on
Tait jamais employé. Il vaut mieux se servir d'une batterie à percussion, qu'on fait jouer depuis l'intérieur de l'ouvrage ou depuis le fossé , au moyen d'un fil de fer.
Mais ce qui est meilleur encore, c'est de mettre le feu au moyen d'une petite fusée qui parcourra l'auget aussitôt qu'on l'aura allumée. Dans ce cas on supprime le saucisson et l'on arrondit les coudes de l'auget pour que la fusée puisse passer : il suffit qu'ils aient O^'.SO de rayon ou deux fois la longueur de la fusée. Le mieux est de faire ces coudes en fer-blanc.
Au moyen de deux fusées pareilles on peut mettre le feu à la fougasse depuis l'intérieur du retranchement : la première , traverse le fossé le long d'un fil de fer tendu et auquel elle est suspendue par deux anneaux ; elle va allumer un petit tas de poudre placé à l'entrée de l'auget avec la seconde fusée, et celle-ci porte le feu dans la boite aux poudres.
La fusée porte-feu n'a que 0",16 de longueur et 2 centimètres de grosseur; sa tête est terminée par un petit chapiteau en bois arrondi, et percé pour que la composition jette le feu en avant.
117. On emploie aussi une autre espèce de fougasses, dont l'effet est tout entier en avant, en sorte qu'on peut y mettre le feu de très-près, à cinq ou six mètres du foyer. On leur donne le nom de fougasses-pierriers^ parce qu'elles lancent une grande quantité de pierres.
Elles offrent le grand avantage de pouvoir être construites à couvert dans l'intérieur des retranchements, lorsque Ja capacité de ceux-ci le permet. Tirant sous l'angle d'environ 45® leurs projectiles passent par-dessus le parapet et le fossé , et n'atteignent pas moins les assaillants sur le terrain en avant du glacis. Ce ne sera donc que
lorsqu'on ne pourra pas faire autrement, qu'on les établira au delà du fossé. Tout comme aussi on en pourra construire en dehors et en dedans pour les faire jouer successivement*.
118. Pour faire ces fougasses, on creuse dans le terrain une ouverture qui s'évase vers l'extérieur à la manière des embrasures. Elle a 1™,00 de largeur du côté de l'ouvrage, et i^'yTO vers la campagne. Sa plus grande profondeur est de 1^,80, et c'est vers le point où elle est le plus étroite. De là le fond va en s'élargissant et en se relevant avec une pente de trois de base pour un de hauteur, ce qui lui donne une longueur de 5(",50. L'emplacement des poudres est plat et rectangulaire , de 1"',00 sur 0",70. Les côtés s'élèvent en talus léger de 0",30 pour toute la hauteur, et la face postérieure est en surplomb de la même quantité pour mieux déterminer en avant l'effet de la mine. Il faut soutenir cette face par de bons gazons ou des planches.
Les terres de l'excavation sont arrangées en bourrelet sur le derrière et sur les côtés de l'ouverture.
On met dans le fond une trentaine de livres de poudre; on place au-dessus et sous l'angle de 45*" un fort plateau de 1™,00 en carré et composé de planches recroisées. On arrange sur ce plateau environ 2 mètres cubes de cailloux qui seront lancés, par Texplosion de la poudre, à une distance moyenne de 80 mètres , et couvriront un espace de plus de mille mètres carrés.
119. On peut arranger les choses de telle sorte que la charge ne soit introduite que peu d'instants avant de faire
* Déjà en 1659, les Polonais avaient imagine de lancer, par ce moyen, d'énormes pierres dont le poids allait jusqu'à 800 livres.
jouer la mine, ce qui est un avantage dans les terrains humides. Il faut pour cela creuser à 3™,00 en arrière de la fougasse un petit puits deO'^ySO de profondeur et établir entre ce puits et la chambre aux poudres , un canal de communication, lequel aura la pente de 1 sur 3.
Le canal est formé de quatre planches laissant entre elles un vide de 0,25 en carré.
On introduit la poudre par ce canal, après avoir adapté k la caisse ou au sac qui la renferme un saucisson de 4'°,00 de longueur. Après cela on remplit le canal avec des gazons ou des sac à terre en mettant le saucisson dans un des angles; on comble le puits en ayant soin de relever le bout du saucisson et de Tamener à l'endroit où le feu doit être mis.
SECTION SECONDE
Défense du fossé.
120. L'ennemi qui est parvenu à franchir tous les obstacles qu'on lui a opposés, trouve dans le fossé de la plupart des ouvrages employés en campagne un abri où il peut reprendre haleine, se préparer a l'assaut, et où il n'a à craindre que les grenades qu'on lui jetterait du haut du parapet.
Les grenades, que d'ailleurs on n'a pas toujours à sa disposition, ne suflBsent pas pour défendre le fossé d'une manière bien efficace ; on y supplée autant qu'on le peut par les moyens que nous allons indiquer.
Des Palanqties.
121. S'il s'agit d'une lunette» on peut planter une palanque ou de fortes palissades au travers du fossé, sur les angles d'épaule. Ces fortes palissades laissant entre elles de petites ouvertures ou créneaux, permettront de défendre a coup de fusil les fossés des faces, et leurs feux se croiseront au saillant. La fig. 35 représente une de ces palanques , conforme à ce qui est dit au n^ 80.
Dans le cas que nous venons de considérer, il faut pouvoir descendre dans le fossé des flancs , et pour cela pratiquer à leurs extrémités des rampes ou des escaliers en terre. Cette disposition suppose que la lunette n'est point attaquable par la gorge, ni même par le flanc; mais, nous l'avons déjà- dit, une lunette doit toujours être soutenue en arrière pour qu'elle soit de quelque valeur : ainsi, l'attaque se dirige sur le saillant , et la défense du fossé par le moyen des palanques sur les flancs est quelquefois admissible.
122. Remarquons une chose au désavantage de cette disposition : c'est que la défense du fossé étant en quelque sorte indépendante de celle de la lunette, il en résulte une méfiance réciproque, extrêmement nuisible à une bonne résistance. Et c'est là un vice général de nos meilleures fortifications ; les pièces qui les composent se défendent mutuellement; il faut qu'au moment du danger chacun s'oublie soi-même , pour ainsi dire , et ne pense qu'à son voisin; cet efibrt est contre nature, d'où il suit que ies flanquements ont souvent bien moins d'efiet qu'on aurait lieu d'en attendre, et qu'il ne faut pas trop compter dessus dans le cas d'une surprise.
123. La défense du fossé au moyen des palanques peut encore être directe, c'est-à-dire qu'on établit la palanque au pied de Tescarpe dans toute la longueur du fossé, en ménageant entre le talus des terres et la palanque une petite banquette élevée d'environ 1"",00 au-dessus du fond du fossé.
Les palanques ) dans les parties rentrantes, seront toujours un bon moyen de défense, en supposant même qu'elles n'existent pas sur les faces des ouvrages.
Des Caponnières.
124. Dans les redoutes carrées les palanques simples, dont nous venons de parler, ne peuvent pas être mises en usage, parce que ces palanques ne couvrent que d'un côté. On emploie alors la palanque double, qu'on établit également au fond du fossé à deux angles saillants opposés, de manière à pouvoir balayer ce fossé-.
Pour ne pas être plongé entre les palanques et se garantir des coups d'en baut , on les recouvre de madriers ou de fascines, que Ton a soin de cbarger de terre ou de fumier, afin de prévenir Tincendie. Cette espèce de galerie couverte, de'2 mètres de hauteur, 2 mètres de largeur, crénelée sur les deux côtés, prend le nom de Caponnière.
Pour arriver de la redoute dans la caponnière , il faut pratiquer sous le parapet un passage souterrain , une po-terne^ construite comme nous l'avons indiqué an v? 87, de 1 mètre de largeur, et dont le débouché extérieur soit couvert par la caponnière.
Cette caponnière ne peut pas aller joindre la contrescarpe, parce qu'alors elle fournirait à l'assiégeant un véritable pont dont il pourrait se servii* pour traverser le fossé. En conséquence, on entaille la contrescarpe pour isoler la
tête de la caponnière, et Ton pratique dans le fossé, parallèlement aux faces de la caponnière, deux autres petits fossés qui en empêchent l'approche. On peut armer ces petits fossés d'une palissade , pour qu'il soit plus difficile de les franchir ; et comme dernière ressource on cherchera à se procurer vers Tescarpe de la redoute quelque flanquement pour la caponnière, au moyen d'une palanque ou d'une palissade jointive.
Le peu de largeur des fossés ordinaires et la grande quantité de bois nécessaire à la construction des caponnières rendent leur usage extrêmement rare ; c'est un moyen de défense qu'on ne peut employer que dans le cas où l'on a beaucoup de temps devant soi , et où les forêts ne sont pas éloignées.
Des Galeries à feux de revers.
125. On fait encore quelquefois, au pied de la contrescarpe et dans le massif des terres, des galeries en charpente, crénelées, et voyant de revers les fossés de l'ouvrage. On communique du retranchement k ces galeries à feux de revers par des galeries souterraines s'enfonçant an-dessous du niveau du fond du fossé. Si la difficulté d'exécution et le manque de moyens empêchent souvent de faire des caponnières» c'est bien autre chose pour les galeries a feux de revers, qui exigent un approvisionnement considérable de bois : ce sont des appareils qui ne peuvent entrer que dans les fortifications mixtes.
Dans les nombreux ouvrages des lignes de Torres- Yedras, en avant de Lisbonne, il n'y en avait qu'un seul de défendu par ce moyen. Cet ouvrage, parmi les cent cinquante-deux redoute!» ou fortins dont les lignes étaient formées, se trouvait sur un terrain assez consistant
pour permettre d'y creuser des galeries sans étais, et qui par conséquent facilitait considérablement la construction dont il s'agit et en diminuait aussi beaucoup la dépense.
126. Ce que nous venons d'indiquer pour la défense du fossé n'exclut pas les obstacles de tout genre que l'on y pourrait accumuler. Â notre avis, ce qu'il y aurait de mieux serait de préparer de gros quartiers de roche que l'on porterait sur le parapet au moment où l'ennemi , arrivant en force sur la contrescarpe, cesse son feu et ne pense plus qu'aux moyens d'escalade. On ferait rouler ces quartiers avec peu d'effort, et certainement ils feraient beaucoup de mal en tombant sur une foule d'hommes pressés les uns contre les autres. Il est vrai qu'il faudrait monter sur le parapet, et l'on n'a pas trop cet usage ; c'est cependant le véritable moyen de tirer tout le parti possible de la position, et de mettre de son côté tous les avantages physiques. Quelle immense supériorité n'a pas celui qui attend de pied ferme, et avec la plus grande liberté de mouvement , son ennemi qui gravit avec peine une pente roide, et qui ne peut pas faire usage de ses armes ! Cette supériorité est telle qu'on ne conçoit pas comment une redoute défendue de cette manière pourrait être enlevée tant qu'il y resterait une cinquantaine de braves. Si, au lieu de cela, on veut rester derrière son parapet , les rôles changent ; on abandonne à son ennemi l'avantage de la position , et il est alors ausst inutile que dangereux de cherd^r k lui rester.
127. Un moyen plus facile encore, serait de disposer sur la plongée du parapet des troncs de sapin de 3*^,00 de longueur. Ces troncs, posés sur des coins, seraient retenus par des cordes que l'on couperait au moment où l'ennemi
serait dans le fossé. Ce serait alors, qaand le désordre est parmi les attaquants , qu'on monterait sur le parapet pour les recevoir à coups de baïonnette. Jusque-Ik, les défenseurs auraient fait usage du feu par le vide qui reste entre les troncs et le parapet. Ce moyen est surtout applicable dans des localités, comme il y en a tant en Suisse, où les troncs de sapin sont communs et où Tartillerie ne peut pas y agir.
SECTION TROISIÈME
Réduits intérieurs.
128. Le plus sûr moyen de soutenir le courage des défenseurs, et par conséquent d'accroître la force d'un ouvrage , est de leur faciliter la retraite dans le cas où ils viendraient à être forcés, de leur procurer un dernier refuge où ils puissent obtenir une capitulation d'autant plus honorable qu'ils auront prolongé plus longtemps la défense de l'ouvrage principal. Ces réduits intérieurs^ qui d'ailleurs ne peuvent être construits que dans les ouvrages d'une certaine étendue, doivent être disposées de manière qu'il n'y ait aucun point dans l'intérieur de l'ouvrage principal qu'ils ne découvrent bien , et sur lequel ils ne puissent porter des feux. Si, comme dans les grandes redoutes ou fortins^ ils doivent, en dernier résultat^ servir d'asile à tous les défenseurs y il faut que leur capacité soit propor-^ tionnée au nombre d'hommes qui auront à s'y loger, sans cependant gêner la défense capitale, problème quelquefois bien difficile k résoudre.
129. La meilleure manière de faire les réduits de sureté est de les construire couverts et assez bas pour que le
parapet de l'ouvrage principal les préserve entièrement des coups du dehors y et que sous leur abri les soldats puissent reposer tranquillement sans craindre les feux courbes de l'ennemi, plus inquiétants et plus dangereux que les feux directs* Ces réduits ou casernes défensives^ faits ordinairement en poutres jointives percées de créneaux, doivent être recouverts par de bonnes poutrelles placées tant plein que vide, sur lesquelles on met un ou deux rangs de fascines ou de madriers jointifs , et par-dessus le tout environ un mètre de terre. Pour donner le moins de prise possible aux projectiles incendiaires, on entoure le réduit d'un petit fossé de deux mètres en tous sens , et les terres qui en proviennent sont placées contre les faces jusqu'à la hauteur des créneaux. Ce petit fossé empêche aussi que l'ennemi ne puisse emboucher les créneaux.
1 30. Les casernes défensives ou block'haus n'auront qtte2i°',20 de hauteur dans œuvre, et leur largeur sera de 6 mètres, de manière à pouvoir placer deux Kts de camp le long des câtés , et conserver encore pour la circulation 2 mètres de vide dans le milieu.
La grandeur de ces block-baus dans le sens longitudinal dépend de la grandeur de Touvrage principal. Il faut se ménager dans leur intérieur l'espace nécessaire pour contenir un ou deux jours de vivres et quelques munitions de guerre. Les vivres pourront se placer sur des planches suspendues au ciel du block-haus , et les munitions de guerre dans un ou deux tonneaux placés en terre à l'un des angles du réduit. Au reste, toutes ces dispositions intérieures se modifient suivant le besoin , et les localités dictent souvent d'une manière impérieuse tel arrangement qui n'aurait rien valu dans une autre circonstance ; c'est ce qui fait qu'il est impossible d'assigner d'une manière
invariable la forme elles dimensions des ouvrages de toute nature qu'on est appelé k conslruire à l'armée; on ne peut que donner des types qu'on doit chercher k imiter autant que les circonstances le permettent, et qu'il est rarement permis de copier servilement.
131. Dans les ouvrages d'une très-grande étendue, le réduit peut se faire en terre, à la manière des retranche* ments ordinaires, c'est-à-dire avec parapet et fossé en avant. Mais alors il faut dé toute nécessité donner k ce réduit quelque i^lief ou commandement sur le parapet de Fou-^ vrage principal, non pas, comme on pourrait le croire, pour se procurer l'avantage d'un double rang de feux, avantage complètement illusoire k cause des dangers qu'il entraine, mais afin que l'ennemi, placé sur ce parapet, ne puisse pas plonger dans le réduit. Il faudrait donc k la rigueur que celui-ci eût sur l'ouvrage extérieur un commandement de 2°',00. Mais uon>seulement, avec ce commandement, le réduit aurait au-dessus du sol une hauteur de 4"',50, et dépasserait la limite de 4 mètres fixée dans le n^ ,58 ; mais encore ce réduit ne découvrirait qu'avec peine le bord de sa contrescarpe , et satisferait mal k la condition de bien voir tout l'intérieur de l'ouvrage principal. Pour prendre un milieu entre ces deux convenances également nécessaires k remplir , nous fixerons k un mètre le commandement du réduit sur l'ouvrage extérieur, et cette espèce de capitulation avec les principes fait voir assez clairement qu'un réduit découvert ne vaut pas un block-haus. Dans ces réduits élevés , on peut remplacer le talus de la banquette par des gradins , afin que l'espace intérieur soit moins diminué.