Souvent ou disposera de quelque bâtiment déjà
existant , tel qu'un moulin à vent , une tour, une ferme, pour en faire le réduit d'un ouvrage de fortification en l'appropriant aussi bien que possible à la défense de Tintérieur. Dans tous les cas ce bâtiment sera fort utile pour abriter les soldats chargés de la garde du poste.
On peut aussi construire certains ouvrages un peu considérables de telle sorte que les parties les plus accessi-blés soient séparées du reste. Afin, tout à la fois, que lû une de ces parties est prise, la terreur ne se propage pas dans toute la garnison, et que les autres puissent servir de refuge. Le fort triangulaire de Torres-Vedras présentait cette particularité. Chacun de ses trois bastions était séparé du tout par un fossé et un parapet à sa gorge.
Des chemins couverts.
133. On a proposé* et quelques militaires etoimi encore cette disposition avantageuse^ d'envelopper les ouvrages importants d un autre ouvrage plus bas que le premier et sanç fossé, dont le parapet serait tout simplement un glacis plus élevé que ceux dont nous avons déjà parlé. Cette espèce de ceinture du retranchement, à laquelle on donne le nom de chemin couvert, et qu'indique la fig. 36% prolongerait considérablement la défense^ à ce que prétendent ses partisans , a cause de la grande protection qu'il tirerait de l'ouvrage en arrière, ouvrage qui serait alors un véritable réduit^ et un réduit auquel ils donnent une part active au moment de l'attaque. Mais ces prétendus avantages n'existent pas : d'abord, il est impossible^ sans un danger imminent pour ceux qui se trouvent dans le chemin couvert, de faire feu de l'ouvrage en arrière; et si les feux ne peuvent pas être simultanés, autant vaut-il défendre la contrescarpe depuis l'ouvrage en arrière que de
s'exposer , en se portant au delà poar le même objet , h être pris ou massacré par Tennemi. Bien plus ^ les attaques des ouvrages de campagne se faisant toujours avec beaucoup de vigueur et avec des forces supérieures, les assaillants pénétreraient aisément dans le chemin couvert, puisqn'aucun fossé ne les arrêterait ; ils pourraient ensuite entrer dans l'ouvrage pêle-mêle avec les défenseurs qui y chercheraient un refuge y si toutefois ceux-<^i n'avaient pas d'abord prudemment abandonné le poste, auquel cas en* core le chemin couvert serait au moins inutile; et, quelque hypothèse qu'on fasse, les défenseurs du chemin couvert produiront toujours en se retirant une Impression désavantageuse sur ceux de Touvrage en arrière^ et amène* ront certainement le désordre.
Les chemins couverts forcent ^ des reliefs considérables pour l'ouvrage principal , et par cela seul ils ne peuvent pas être généralement employés, quand bien même ils jouiraient de grands avantages déFensifs.
134. Nous croyons donc que les chemins couverts doivent être proscrits des ouvrages de campagne, et que, s'il est des cas où l'on puisse les tolérer , ce n'est que lorsqu'il s'agit de couvrir une porte pratiquée sur la courtine d'un front bastionné ; le chemin couvert cesse dans ce cas d'être général et parallèle à la contrescarpe ; on ne le fait que devant la porte, et on lui donne une forme arrondie; il remplace alors la demi-lune, et prend le nom de flace alarmes. Cette place d'armes est peu sujette aux inconvénients que nous venons de signaler , parce qu'elle a peu d'étendue, qu'elle est dans un rentrant, et que les bastions voisins la défendent efficacement par des feux latéraux.
135. Dans les forteresses, au contraire, le chemin couvert est indispensable^ parce qu'il donne la facilité de circuler tout autour de la place sans être vu du dehors, chose nécessaire pour éviter les surprises , qui deviennent faciles quand les ouvrages extérieurs sont très-mullipliés. C'est dans le chemin couvert que les troupes destinées à opérer une sortie se rassemblent et s'organisent. G^est dans le chemin couvert que les secours se jettent lorsqu'ils arri* vent; car les ponts qui servent aux communications habituelles sont rompus, et ce n'est que par les défilés des chemins couverts et des fossés que ces troupes de secours entrent ordinairement dans la place.
Aucune des conditions énoncées ci-dessus n'est nécessaire pour les ouvrages de campagne, car ils sont ordinairement d'une forme si simple et d'un développement si borné, que la surveillance ne se fait que du dedans ; ils ne renferment pas des forces suffisantes pour opérer des sorties contre un ennemi presque toujours infiniment supérieur ; et quand des secours leur arrivent , ce ne sont pas de petits détachements qui aient besoin de se jeter fur-^ tivement dans l'ouvrage, ce sont toujours des corps suffi-* sants pour chasser l'ennemi ; quelquefois c'est l'armée tout entière.
Si donc nous avons proscrit les chemins couverts des ouvrages de campagne parce qu'ils sont dangereux et compromettent la sûreté du retranchement , nous devons le faire encore pour cause d'inutilité.
Des Tambours.
136. Il arrivera souvent que les réduits intérieur se réduiront à une simple palanque ou même k une simple palissade , dont on bouche les^tervalles par des rondins
de l'^ySO de longueur hors de terre; alors }es terres d'un petit fossé serviront à faire une banquette qui permettra de tirer de plus haut que l'ennemi. Ces petits réduits ou tamboufij quoique bien faibles par eux-mêmes, sont cependant bons à employer quand on ne peut pas foire mieux ; ils ont, comme des réduits mieux conditionnés, l'avantage de fortifier le moral du soldat et de l'engager à une résistance plus opiniâtre.
On peut en quelque sorte, et au moment du besoin, suppléer le réduit, lorsque celui-ci manque complètement, par un carré fait au milieu de Touvrage^ avec les troupes de la réserve.
Elnfin, on- peut quelquefois tirer parti des traverses de défilement, pour les faire servir de réduits intérieurs. C'est avec le secours des traverses intérieures que les Anglais, au siège de Toulon, défendirent avec tant d'acharnement le fortin auquel les Français donnèrent le nom de petit Gi^ braUar. Ce ne fut qu'après quatre assauts successifs que ceux-ci parvinrent k se maintenir dans le fort, et qu'ils triomphèrent du sang4roid et de Topiniâtrelé de leurs adversaires.