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CHAPITRE CINQUIÈME

De la fortiflcation pllëe au terrain , et du défilement.

SECTION PREMIÈRE

De la fortification pUée au terrain.

137. Jusqu'à présent nous n'avons supposé aucune hauteur dans les environs de nos ouvrages; nous les avons au contraire construits sur une plaine horizontale, san$ aucune irrégularité dans les limites de la portée des armes. Mais il est rare de rencontrer de pareils terrains; presque toujours l'ouvrage sera construit sur une hauteur, et souvent à une distance assez rapprochée d'autres hauteurs pour que l'ennemi , maître de ces dernières , puisse voir dans l'ouvrage par-dessus les parapets, s'ils n'ont reçu partout que la hauteur de 2"',50. On ne peut éviter ce défaut qu'en augmentant le relief d'un côté pour le diminuer de l'autre , et c'est à faire celle opération de manière à ce que l'intérieur de l'ouvrage soit parfaitement caché que consiste Vart du défilement.

Se conformer a l'irrégularité du terrain dans le tracé d'un ouvrage, pour éviter les remblais trop considérables, et se couvrir des hauteurs environnantes, de manière à n'offrir que peu de prise aux coups de l'ennemi^ est ce qu'il y a de plus délicat dans la conduite des travaux de guerre ;

c'est là que l'ingénieur fait valoir son coup d'œil, et qu'il donne des preuves de sa capacité.

138. Puisque deux choses peuvent contribuera modifier la forme et le relief des ouvrages, savoir, les hauteurs sur lesquelles ils sont construits, et celles qui les environnent, nous parlerons d'abord de l'influence des premières, et ensuite nous indiquerons tes moyens de se garantir des dangereux efiets des secondes.

Les hauteurs sur lesquelles on veut construire des ouvrages de campagne peuvent avoir une pente assez roide pour être inaccessible, ou du moins pour n'être gravissable que très-difiBcilement ; ou bien cette pente est accessible, sans que cependant on puisse la défendre par le canon ou la mousqueterie; ou enfin elle est dirigée en forme de glacis, de manière h pouvoir être balayée irès-efiScacement par des feux rasants.

1 39. Dans le premier cas, lorsque les hauteurs sont à peu près inaccessibles, on se contente de placer quelques postes d'observation dans des ouvrages de la moindre importance, d'un très-petit relief et du profil le plus léger, sur les parties de la crête de l'escarpement qui forment le plus de saillie, de manière à se procurer sur la pente des flanquements- d'autant meilleurs que les saillies seront plus prononcées. Dans le même cas, et lorsque les hauteurs sont tout à fait inaccessibles, il n'y a pas d'autre parti à prendre que de faire surveiller les escarpements par quelques sentinelles.

Le terrain, dans cette circonstance, modifie tellement la forme ordinaire des retranchements, qu'on doit les faire sans fossés, pour s'approcher davantage de Tescarpement, qui vaudra pour eux le meilleur fossé. Leur relief peut

n'être que d'un mètre, car on ne craint pas d'être plongé dans ces ouvrages élevés lorsqu'ils ne sont pas sous l'influence de hauteurs plus élevées encore. Ainsi, on creusera en arrière du parapet une tranchée de 0'",50 à C^^GO de profondeur , et on jettera les terres sur le bord. Le profil sera de 1",00 à l'",20 de hauteur, depuis le fond de la tranchée, ce qui est suffisant dans ce cas. La largeur de l'excavation dépendra de l'épaisseur qu'on voudra donner au parapet.

1 40. Dans le second cas, on ne doit pas établir les ouvrages sur le bord du plateau, parce qu'il est bien prouvé que le soldat ne peut pas diriger ses coups au-dessous de l'angle de 40 degrés, et qu'une pièce de canon ordinaire ne peut pas être pointée k plus du sixième d'inclinaison, ce qui revient à peu près à 10 degrés. Ainsi , d'après ces observations, les ouvrages qui couronneraient les hauteurs n'auraient aucun effet pour en défendre les approches, et seraient exposés à être enlevés d'un coup de main.

Pour remédier k cet inconvénient, on abandonne la crête, et l'on se retire en arrière, h la distance de 100 à 200*°; on se donne ainsi du large pour multiplier les obstacles sur les pas de l'ennemi, et le tenir sous un feu efficace pendant tout le temps qu'il emploiera pour arriver aux ouvrages. On laisse sur la crête et aux endroits les moins abordables quelques postes d'observation pour avertir de Papproche de l'ennemi, qu'on pourra attendre de pied ferme dans les ouvrages en arrière, ou charger k l'arme blanche quand il gravira avec peine les hauteurs. Le parti de l'attaque sera bien souvent le meilleur, k cause de l'énergie que cette action de vigueur donne aux troupes chargées de la défense ; d'autant plus qu'un échec qui ne peut pas être considérable ne les empêchera pas de se retirer

en ordre, et d'aller prendre poste dans les retranchements ou dans leurs intervalles. Telle a toujours été la conduite de Wellington : c'était par des charges faites ^ mi-côte qu'il défendait ses positions choisies et fortifiées avec soin.

141* Dans le troisième cas , qui est le plus fréquent, les ouvrages doivent être d'un bon profil et disposés de manière à bien battre la pente douce qui conduit sur le plateau où ils sont établis , et dans ce cas comme dans le premier il faut contourner les ouvrages de manière k couronner le mieux possible la hauteur en en suivant la crête, sans cependant jamais pécher contre les règles générales que nous avons déjà posées.

Supposons, par exemple, qu'il s'agisse d'occuper deux hauteurs et de barrer le vallon qui les sépare. Nous établirons sur chacune de ces hauteurs une redoute, et, pour faire le barrage, nous construirons une Ugne à crémaillère, que nous porterons en arrière à mesure qu'elle descendra et s'approchera du fond du vallon. Le rentrant que forme cette crémaillère est alors inabordable, ce qui permet de donner k son parapet une très-petite épaisseur, d'autant plus que ce parapet ne peut être battu qu'obliquement. Les faces de la crémaillère seront facilement couvertes de Tenfilade par les deux redoutes, ainsi que par leur pente en arrière. Les flancs qui, seuls, par leur direction, pourraient donner quelque prise, sont assez courts pour parer à l'inconvénient. La crémaillère ainsi construite est un trèsbon ouvrage ; c'est ce que l'on peut faire de mieux dans Texemple que nous avons choisi et dans tous ceux du même genre. La crémaillère est la ligne par excellence dans les vallons étroits, dans les crases et dans les ravins; sa forme est celle que réclame la nature du terrain. Si, au Ueu de

nous laisser conduire par l'irrégularité du site , nous eussions vouhi barrer le vallon par un parapet en ligne droite, allant d'une redoute à l'autre, il aurait fallu choisir entre ces deux inc^onvénienls : ou de faire à grands frais un parapet très-élevé , ou de consentir h être vu derrière cette espèce de courtine, en ne lui donnant qu'une hauteur ordinaire.

Quant k la partie des retranchements qui occupe les hauteurs , il faut , comme nous Pavons déjà dit et de toute nécessité , qu'elle en suive les contours et s'adapte à leur forme. Lorsque l'on construit une fortification quelconque sur des hauteurs , on doit renoncer aux dispositions régulières pour se laisser aller \k ce que dicte le terrain. C'est la forme des hauteurs qui détermine celle de l'ouvrage. On ne ferait rien qui vaille si^ en dépit du terrain, on voulait à toute force rester dans les tracés réguliers.

142. Les ouvrages peuvent encore être construits sur le milieu d'une pente montant ou descendant vers l'ennemi. Dans ces deux cas il faut chercher avec soin les espèces de plates-formes plus ou moins apparentes que les différentes ondulations de la pente peuvent former , afin d'établir les parapets sur leur pli, quelque légèrement prononcé qu'il paraisse d'abord ; on en sentira bientôt l'influence quand on mettra la main à l'œuvre.

En supposant l'ennemi placé au bas delà pente, le terre plein de l'ouvrage occupera la plate-forme; et sll est au contraire sur les hauteurs , cette plate-forme doit servir de glacis, en sorte que le parapet est toujours construit sur le pli en saillie du terrain.

Ces deux dispositions , indiquées par la fig. 37®, sont les plus avantageuses pour qu'avec un petit relief le parapet couvre bien l'intérieur du retranchement. Dans la pre-

raière , on peut faire la plongée encore plus roide qu'au quart, la faire au tiers par exemple, parce que les coups arrivant de bas en haut tendent peu à abattre la crête du parapet, et qu'il est nécessaire d'avoir une forte piongée pour balayer les pentes. Dans la supposition contraire, la plongée, loin de rester au quart, peut prendre^ suivant la pente, une inclinaison inverse, une inclinaison au-dessus de Thorizon; et cela est nécessaire pour résister aux coups plongeants qui écréteraient bientôt le parapet» si, par la nature même du terrain, la plongée ne devait pas être relevée pour se diriger au pied du glacis ou au bord de la contrescarpe. Voici donc encore la forme du profil primitif notablement modifiée par les accidents du terrain.

143. Si le plateau sur lequel on veut s'élablir a une pente assez roide pour qu'on ne puisse pas la défendre,, mais qui soit cependant facile ^ gravir, et si de plus l'espace manque sur ce plateau pour se porter en arrière, il faudra bien alors construire contre la règle les retranche* ments sur la crête. Il est nécessaire , dans ce cas, que les ouvrages croisent obliquement leurs feux sur la pente , et qu'ils se flanquent mutuellement si la forme du mamelon le permet ; sinon on établira au bas une ceinture d'autres ouvrages qui en défendront les approches. Le canon, placé sur le haut , pourra alors n'être caché que par un simple épaulement , et même se contentera-t-on souvent d'aplanir le terrain, et de mettre tout simplement le canon en batterie , comme on ferait en rase campagne , la hauteur le cachant assez des vues de l'ennemi, surtout lorsqu' après l'explosion le recul le chasse en arrière. Ce canon ne défen-» dra pas immédiatement le pied du mamelon, mais à quelque distance il produira , par ses feux plongeants ou fichants, un grand effet sur la queue des colonnes d'attaque

ou sur la seconde ligne de l'ennemi. On a souvent éprouvé dans les batailles le grand avantage des batteries placées sur des hauteurs ; il est presque impossible que l'ennemi réponde k ce canon couvert par le terrain, ne se montrant qu'autant qu'il est nécessaire pour faire feu , et se tenant toujours caché dans les moments d'inaction. Ces hauteurs, pourvu qu'elles soient bien prononcées, permettent dédoubler les lignes de feu sans s'exposer doublement au feu de l'ennemi ; il n'en serait plus de même si le mamelon était assez bas pour que les boulets qui manqueraient la ligne de bataille déployée à son pied pussent atteindre les pièces placées sur le sommet ; ce doublement de feux sur un même terrain serait alors une fauté , ce serait offrir deux buts à un même coup.

144. Quelquefois, dans Tes pays de montagnes, on a à construire des parapets sur des pentes assez roides pour qu'il soit impossible de leur donner un fossé (fig. 3S); on prend alors les terres en arrière, et l'on forme en déblai une espèce de terre-plein. Pour proportionner dans ce cas le déblai au remblai, il faut avoir une grande habitude de ces sortes de choses ; un novice serait assez embarrassé quand il verrait dans un mamelon escarpé le bloc dans lequel il doit , pour ainsi dire , sculpter son ouvrage. La fig. 38** représente un parapet ainsi coupé sur une pente rapide ; les terres en arrière sont taillées sous le talus du tiers, toujours dans la supposition que l'ouvrage ne doive pas subsister longtemps, car, dans le cas contraire, ce talus devrait être comme tous les autres à 45^

Ces parapets sans fossé ne vaudraient rien isolés, parce qu'ils ne peuvent pas se défendre eux-mêmes ; il faut de toute nécessité les flanquer par des dispositions latérales.

En voilà assez pour montrer quelles modifications no-

tables les inégalités du terrain sur lequel les ouvrages sont assis peuvent apporter à la forme ordinaire des ouvrages.

SECTION SECONDE

Du Défilement.

145. Les hauteurs environnantes ne contribuent pas moins à modifier le tracé et le relief des ouvrages que les irrégularités du terrain sur lequel ils sont construits.

L'opération du défilement , par laquelle on préserve un retranchement des vues et des coups des hauteurs voisines, n'est jamais, quelque parfaite qu'on la suppose, qu'un palliatif contre un défaut qu'il faut éviter autant qu'il est possible , celui de se placer sous le commandement de l'ennemi. Un ouvrage de circonstance péniblement défilé indique toujours qu'il est construit dans une mauvaise position. Il faut donc donner une grande attention au choix de son emplacement, et quand on ne peut faire autrement que de Télablir sous des hauteurs dont il faut le défiler, le choix du tracé et le gisement de l'ouvrage sont les choses auxquelles on doit principalement s'attacher. Ainsi, entre tous les tracés que l'on peut employer , il en est qui se prêtent davantage au défilement ; et lorsqu'on a fait son choix, il faut encore, parmi toutes les directions qu'on peut donner à ce même tracé, savoir trouver la plus avantageuse.

146. Quand un ouvrage se trouve en face d'une hauteur, on a d'autant plus de peine à le défiler, qu'il a' plus de profondeur ; il convient donc de lui donner une forme épatée» et de présenter à la hauteur la face la plus considérable

de Touvrage. S11 s'agissait , par exemple , d'une redoute rectangulaire, nous tracerions le plus long côté parallèlement ii la hauteur^ et l'autre serait par conséquent dirigé sur elle.

On est encore impérieusement conduit à cette disposition par la nécessité de faire éviter les hauteurs aux prolongements des faces principales, afin que l'ennenv, maitre de ces hauteurs, n'en puisse pas profiter pour employer le redoutable ricochet ou le tir d'enfilade, non moins à craindre.

147. Ainsi donc la première, chose à observer dans l'établissement d'un ouvrage quelconque , est qu'aucune de ses faces ne soit enfilée par les hauteurs voisines ; nous en ferons même l'objet d'une cinquième règle non moins importante à observer que les quatre premières, et qui, conjointement avec elles , empêchera de tomber dans de graves erreurs quand on cherchera à appliquer la fortification au terrain. Ces cinq règles réunies , si faciles h se rappeler, suffiront toujours pour conduire l'officier dans le tracé de tous les ouvrages de guerre.

Pour ce qui tient à l'exécution, il faut avoir un peu d'habitude , et avoir suivi quelques travaux de ce genre. Quelque habile qu'on puisse être en théorie, on se trouve toujours embarrassé quand on la met en application pour la première fois ; mais cette hésitation cesse , et un homme intelligent s'est bientôt mis au fait de tous les détails de construction , et de la manière de conduire les ouvriers.

Voici la cinquième et dernière règle.

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