‹ Mémorial pour les travaux de guerreChapitre 15 sur 38 · CINQUIÈME RÈGLE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME RÈGLE

Les faces principales des ouvrages doivent éviter les hauteurs, se diriger sur Us vallons, et de préférence sur les parties inabordables au canon.

Il ne sera pas toujours possible que toutes les faces évitent également bien les hauteurs dominantes, quelquesunes seront peut-être encore écharpées^ c'est-k-dire battues par des coups dont la direction ferait avec elles un angle de 25 à 30^. Ces coups d'écharpe sont extrêmement inquiétants, quoiqu'ils ne soient pas aussi dangereux que les coups d'enfilade; il faut, pour les éviter, ne pas craindre de changer plusieurs fois les directions de ses principales lignes, de recommencer son tracé k plusieui*s reprises , pourvu toutefois que les ouvriers ne soient pas présents; car il vaut mieux laisser une imperfection que de montrer trop d'incertitude et d'hésitation. Il n'y a rien qui prive davantage un officier de la confiance des soldats, que de montrer peu d'assurance et d'avoir Tair de marcher à tâtons.

148. Les ouvrages ouverts k la gorge , tels que les lunettes, sont les pluà faciles k défiler; dans les autres, il faut presque toujours, pour parvenir k couvrir leur intérieur des vues du dehors, construire des traverses. Cependant les ouvrages ouverts k la gorge devant être soutenus en arrière par des troupes, ou devant couvrir des ponts de communication , des digues, des. écluses, etc., il faudrait qu'ils défilassent ces ponts, ces digues, etc.; quelquefois un défilement aussi étendu devient totalement impossible. Il suit de la que les ouvrages fermés, quoique plus difficiles k défiler individuellement, peuvent néanmoins être plus rapprochés des hauteurs que les autres, dans le cas où ceux-ci ont k préserver autre chose que leur terre-plein.

Si les hauteurs environnantes ne sont qu'k 300 mètres de distance, il faut se défiler des coups de mousqueterie, car la grande portée du fusil de munition est de 300 mè-

très. Au delà , on ne se défile plus que du canon , et cela jusqu'à la distance de 1200 à 1500 mètres; de plus loin, les coups de cette arme sont trop incertains pour être à craindre. Il y a donc deux cas à considérer ; celui où l'on doit se défiler de la mousqueterie , et celui où les hauteurs sont assez éloignées pour n'avoir à craindre que le feu du canon.

149. Soit donc d^abord une hauteur éloignée de plus de 300 mètres, il ne faudra se défiler que du canon.

Le plan de défilement ÂG (fig. 39) , c'est-à-dire le plan dans lequel doit se trouver la crête du parapet, devra passer à 1",20 au-dessus de la hauteur, parce que c'est Hi à peu près l'élévation d'une pièce de campagne au-dessus de sa plate-forme ; et le même plan de défilement doit s'élever de 2",50 au-dessus du point B, projection du point le plus en arrière de l'ouvrage qu'il s'agit de défiler.

Le plan DH , tangent au terrain , et parallèle au plan de défilement , se nomme le plan de site. On voit que ce plan doit couper la verticale ÂB , à la hauteur de 1™,30 au-dessus du terrain. Cette hauteur déterminée, il suffira, pour trouver le plan de site, de faire passer un plan par la ligne de gorge ainsi élevée, et assujettir ce plan à toucher le terrain dominant; ce que l'on fera de la manière suivante qui est générale, quoique nous ne rappliquions qu'à ia lunette comme exemple.

150. Après avoir planté des perches à tous les angles de la lunette (fig. 40), et tendu le cordeau mn à 1"',30 au-dessus de la projection de la gorge , on placera entre deux tringles, à quelques pas en arrière, une règle a&, de manière qu'en la dégauchissant avec mn (ce qui se fait aisément , en faisant monter ou descendre la règle a6),

le plan de ces deux droites aille toacher les hauteurs ; ce sera le plan de site. Alors le rayon visuel OH , mené dans ce plan, par la perche du saillant et par Toeil de l'observateur, placé en un point quelconque de ab, coupe cette perche en G, et en détermine la longueur. On fixe de même, par le moyen du rayon visuel OD, situé aussi dans le plan de site, le point D marquant le relief de l'angle d'épaule ; et ainsi de suite pour tous les angles de l'ouvrage. Il ne reste plus maintenant qu'à porter au-dessus de tous ces points ainsi déterminés la hauteur constante l^'^SO, pour avoir la longueur des perches jusqu'au plan de défilement; car il doit y avoir l'°,20 de distance entre le plan de site et le plan de défilement. On scie les perches à la hauteur trouvée , et le relief de l'ouvrage est fixé ; relief qui ne peut être admis qu'autant qu'il ne dépasse pas la limite de 4 mètres , fixée pour le relief des fortifications de campagne.

151. On a un premier moyen de diminuer le relief quand il dépasse la limite , c'est de baisser de O^'^SO la ligne mn; car si nous avons supposé 2"',50 de relief à notre ouvrage vers la gorge, c'est pour faire le mieux possible, et cela n'empêche pas qu'on ne soit encore bien défilé avec un relief de deux mètres vers cette même goi^e. Si ce premier moyen de réduction ne suffit pas , il faut avoir recours aux traverses, qui, diminuant la profondeur de l'espace que le parapet doit couvrir , permettent de faire celui-ci plus bas, et d'autant plus bas que les traverses s'en approchent davantage. Nous verrons bientôt comment se construisent ces traverses de défilement.

152^ Quand les hauteurs dont il faut se défiler sont assez rapprochées pour qu'il soit nécessaire de se couvrir

des feux de mousqueterie, le plan de site doit passer par le pied B (fig. 41) , des jalons planta à la gorge de Pouvrage, puisque la hauteur CH, à laquelle un cavalier peut s'élever, est de 2'",50, aussi bien que la hauteur ÂB du parapei à la gorge.

Le plan de sile allant ainsi de B en H serait très-difficile k déterminer par les procédés que nous avons indiqués dans le numéro précédent , parce que l'opérateur se trouverait dans une position trop gênée. On remédie à cet inconvénient en faisant passer le plan de ^te , par le point D, situé à 0™,50 au-dessus du terrain vers la gorge; cela procure la facilité de placer Tœil pour opérer. Alors, au lieu de relever uniformément de 2 mètres les points d'intersection du plan de site avec les perches des angles, pour avoir le plan de défilement , on pourra ajouter quel- .que chose à la perche du saillant. Il suffira d'une augmentation de 15 à 20 centimètres pour assurer un bon défilement

153. Si Ton pouvait avoir une planchette, les opérations du défilement seraient beaucoup plus simples, parce qu'à l'aide de cette planchette on établirait le plan de site avec la plus grande facilité. Sa surface supérieure, dirigée taugentiellement aux hauteurs, représenterait le plan de site, et les intersections de cette surface prolongée, avec les différentes perches, en feraient connaître les longueurs.

A la guerre, on fait presque toujours le défilement d'une manière plus expéditive, mais beaucoup moins sûre. On se place dans l'intérieur du retranchement, et l'on fixe la longueur des perches plantées aux angles , de manière k ce qu'elles dépassent k l'œil la hauteur dominante. Il est évident qu'alors on pourrait bien, quoique défilé de la hauteur, ne pas l'être des fantassins ou des

cavaliers qui monteraient dessus. Au reste , l'habitude dirige le coup d'œil , et l'on supplée au défaut de relief par une augmentation donnée à vue.

154. Il peut arriver qu'on ait à se défiler de deux hauteurs également dangereuses. Alors le plan de site, devant être tangent à la fois aux deux hauteurs, ne pourra plus passer par une droite vers la gorge, mais seulement par un point de cette gorge, par exemple le point milieu, point qui sera élevé au-dessus du terrain de 1 "^,30 quand il s'agira de se défiler de l'artillerie, et de O'^^SO quand ce sera de la mousqueterie.

Soient donc M et N (fig. 42) deux hauteurs dont il faut se défiler pour l'artillerie.

Au milieu de la gorge de Touvrage, ou au point le plus éloigné des hauteurs, on plantera un piquet auquel on donnera, hors de terre, une longueur de 1",30. A quelque distance de là on fera glisser une règle ÂB le long de deux tringles verticales AD et BE, et l'on inclinera la rè^le transversale, jusqu'à ce que, vue du point 0, extrémité du piquet , elle paraisse toucher à la fois les hauteurs M et N; on la fixera dans cette position, et le plan qu'elle déterminera conjointement avec le point sera le plan de site. Ce plan , ainsi arrêté , fera connaître , par ses intersections avec les perches plantées aux angles , le relief de l'ouvrage à ces angles. Bien entendu que ce relief, ainsi donné par le plan de site, sera augmenté de 1"*,20 pour avoir celui qui convient au plan de défilement.

A défaut de la règle AB , on pourra employer un cordeau, que l'on fera tenir bien fendu par les deux hommes qui doivent le faire glisser le long des perches AD, BE.

Page 1