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Quand une muraille crénelée a une très-grande

étendue , et qu'elle est dirigée en ligne droite , il convient de la flanquer; on construit pour cela des tambours en charpente, qui ont le grand avantage d'occuper peu de place , et par conséquent de pouvoir se construire partout. On perce la muraille pour donner entrée dans le tambour.

Ces tambours peuvent avoir en plan la forme de petits bastions ou simplement celle de redans accolés li la muraille ; cette dernière disposition donne même plus de facilité pour flanquer le tambour par la muraille, de la même manière que la muraille se trouve flanquée par le tambour. Dans ce cas l'angle saillant A doit être de 60"^ (iig. 51^), pour que les faces AB, AG donnent le flanquement le plus direct qu'il soit possible. Vers les parties B et G on oblique les créneaux de la muraille, pour avoir des feux rasants sur les faces AB , AG du tambour. On perce aussi de créneaux la partie de la muraille couverte par le tambour, pour que l'intérieur de ce petit retranchement puisse encore élre battu quand l'ennemi s'en sera emparé. La porte D , faite en forts madriers, sera également percée d'un ou deux créneaux.

On construit les tambours en charpente avec des solives de 3™,50 de longueur et environ 0"*,15 d'équarrissage, qu'on place jointives et d'un mètre en terre. Si le tambour ne doit donner qu'un rang de feux, on perce les créneaux à la hauteur ordinaire, c'est-à-dire à i'",30 audessus du sol , et l'on creuse un petit fossé en avant du tambour. Si l'on veut deux rangs de feux, on construit d'abord une banquette en charpente , soutenue par des potences à 1*^,30 au dessous de la crête du tambour, puis, sous cette banquette , on perce des crénaux à ras-terre : dans ce cas, et pour les raisons que nous avons expliquées dans le numéro précédent, la tranchée se creuse iniérieurement et non à l'extérieur.

Les tambours en charpente servent encore dans cer^ taines circonstances à couvrir des portes qui établissent la communication avec le dehors; on laisse alors des passages entre le tambour et la muraille, et ces passages sont fermés de barrières, de chevaux de frise ou de portes crénelées.

226. Pour faire les barricades^ on emploie tout ce qu'on trouve sous sa main ; on peut les faire avec des chariots enterrés jusqu'aux essieux, et chargés de pierres et de terre; avec des troncs d'arbres bien liés entre eux; avec des aba^ tis, des tas de pierres, du fumier, des tonneaux, etc. Les meilleures barricades sont construites en poutres recroi-sées formant des espèces de caissons , que Ton remplit de pierres et de terre; un fossé devant en fait un véritable parapet. On a vu , dans les temps malheureux de guerre civile, tout le parti qu'on peut tirer des barricades pour la défense des rues.

227. Il faut , avons-nous dit, un réduit au poste retranché pour en augmenter la résistance en assurant aux défenseurs une retraite. Ce réduit, pour être bon, doit être composé d'une enceinte extérieure et d'un point de sûreté intérieur bien préparé , où la garnison puisse se retirer en dernier résultat et y obtenir une capitulation honorable, telle qu'ont droit de l'attendre de braves gens qui ont fait leur devoir jusqu'au bout, et qui ont su se faire estimer de leurs ennemis même.

Le réduit que l'on choisit est presque toujours l'égime; on met les murs de son cimetière en état de défense, comme nous l'avons dit précédemmenl, et l'on fait dans l'église les dispositions suivantes : On bouche les portes et les fenêtres basses, en ne laissant qu'une seule porte de

libre; on emploie pour cela des madriers de 0°'ylO d'épaisseur, ou mieux encore les dalles dont l'église est pavée et avec lesquelles on fait très-lestement une maçonnerie. On ménage des créneaux dans ces maçonneries, qui devront suffire à la défense, lorsque le plan de l'église aura, comme cela arrive souvent, la forme d'une croix, et qu'il y aura sur chaque face de cette croix quelques ouvertures; parce qu'alors ces créneaux, se flanquant mutuellement, auront, quoiqu'en petit nombre, beaucoup de valeur.

Si l'église n'avait pas cette disposition favorable au flanquement, les créneaux des fenêtres ne suffiraient pas h sa défense, parce que l'ennemi trouverait un abri entre les fenêtres. Il faudra donc^ dans ce cas, percer des créneaux dans la muraille sur tout son pourtour, pourvu toutefois que cette muraille ne soit pas trop épaisse, qu'elle n'ait pas plus de 0™,80. On construira de plus, si l'on en a le temps et les moyens, un tambour sur chacune des faces de l'éghse, afin d'obtenir quelques coups de fusil par le côté.

228. Une dernière disposition consiste à construire audessus des portes mal flanquées une galerie à mâchicoulis, sur laquelle on arrive par une fenêtre ou par une ouverture percée exprès dans la muraille. Au moyen de ces mâchicoulis ou trous ménagés dans le plancher de la galerie, on peut défendre, à coups de pierres et de grenades, les approches des portes et le pied du mur. Les mâchicoulis faisaient la principale défense des murailles dans les anciennes forteresses.

On donne à cette galerie 0°*,60 de saillie dans œuvre, et à son garde-fou, construit en madriers jointifs à l'épreuve du mousquet, l'^yOO de hauteur, pour qu'il puisse servir de parapet (fig. 52®).

Les corbeaux destinés à supporter les galeries, sont faits en quatre de chiffre, dont la queue traverse la muraille et est retenue en dedans par une pièce transversale avec laquelle elle est fortement chevillée. Une des branches du corbeau s*applique contre la muraille et l'empêche de faire bascule. Les corbeaux sont espacés de 3 li 4 mètres ; ils supportent deux longrines sur lesquelles sont cloués les plateaux tant plein que vide.

La galerie machicoulisée s'établit ordinairement à la hauteur d'un plancher ou de Textrados d'une voûte, a6n de pouvoir y arriver aisément.

Quoique la disposition que nous venons d'indiquer soit assez simple en elle-même, il faut cependant du temps et des moyens pour la mettre à exécution, et l'on n'a pas toujours tout cela \k sa disposition.

229. Voici un moyen de remplacer à peu de frais la galerie à mâchicoulis, quand on manquera des moyens nécessaires à sa construction (fig. 53®).

On commencera par raser la muraille h hauteur d'appui, au-dessus d'un plancher, et dans toute l'étendue que les mâchicoulis doivent occuper. Après cela on fixera avec des crampons plantés dans le mur une pièce horizontale a, sur laquelle on chevillera des plateaux 6, tant plein que vide. Ces plateaux supporteront une seconde pièce horizontale c, qui y sera clouée; et celle-ci, par le moyen de petits bras verticaux assemblés sur elle à mi-bois, supportera trois plateaux d de 0™,10 d'épaisseur. Ces plateaux mis en travers, deux au-dessus et un au-dessous du plancher de la galerie , fortement cloués ou chevillés sur les petits bras, serviront de parapet à ceux qui s'avanceront au-dessus du mur pour jeter des cailloux sur les assaillants, par les mâchicoulis réservés entre les plateaux 6.

Ud fort liteau cloué sur la queue de ces plateaux en augmentera la stabilité.

230. Si Ton craint que l'ennemi puisse enfoncer de loin la porte de Téglise en se servant du canon, on la masque par un blindage composé de poutres inclinées qui s'appuient contre la terre par une de leurs extrémités et par l'autre contre la muraille ; on plaque contre ces poutres jointives 1 ou 2 mètres de terre bien damée, ou du fumier, à l'épaisseur suffisante.

Ces blindages servent encore à se procurer des abris contre l'obus dans les postes découverts; les soldats v trouvent le repos si nécessaire après les actions chaudes et opiniâtres.

Les blindages qui ont uniquement cette destination, peuvent être doubles et se faire en plein champ, une moi tié appuyant l'autre.

Dans les retranchements de quelque durée, on fait les logements des troupes en manière de blindages légers, si l'on n'a pas de planches pour faire des baraques, et ces logements ont même l'avantage d'être facilement mis à l'épreuve du fusil. Pour les construire, on creuse de 0"»,60 tout le terrain sur lequel ils doivent reposer, et Ton dresse des branches ou des chevrons contre un faite tenu par des poteaux k la hauteur suffisante ; on recouvre ces branches ou chevrons d'autres branches en travers , et on plaque par-dessus le tout une couche de terre ou de gazon de O^.SO d'épaisseur.

231. Quand on a une cassine à mettre en état de défense, il faut commencer par boucher portes et fenêtres, ou pour mieux dire par boucher les fenêtres et barricader les portes. Ces barricades, que vous pouvez renverser quand

vous le jugez boa, vous laissent la faculté de sortir de la maison pour forcer l'ennemi quand vous êtes aux abois, et pour vous échapper pendant la nuit. S'il y a quelque issue à condamner définitivement, on la ferme avec de la terre, du fumier, ou avec de forts madriers arc-boutés en arrière par des poutrelles ou des rondins.

Les murs, à tous les étages, seront percés de créneaux auxquels on donnera une forte plongée, pour pouvoir atteindre Tennemi au plus près de la muraille. Les créneaux du rez-de*chaussée seront élevés de 2" au-dessus du sol, pour ôter à l'ennemi la possibilité de les emboucher.

La banquette nécessaire pour faire usage de ces derniers créneaux, sera faite avec des planches échafaudées sur des chevalets, des tonneaux, etc. Dessous cette banquette on pourra encore percer à ras-terre un second rang de créneaux.

On fera son possible pour percer un créneau sur chaque angle de la cassine, car c'est là la partie faible; mais les pierres de taille qu'on rencontre presque toujours en ces endroits, rendent souvent la chose impossible.

On ne peut pas songer ici k faire des mâchicoulis au dehors; on n'a pas assez de moyens pour cela ; mais on peut, en montant jusqu'au dernier plancher, pratiquer dans le toit des ouvertures par lesquelles on jettera sur l'assaillant tout ce qui tombera sous la main.

N'oublions pas d'abattre en entier la couverture si elle est de chaume : l'ennemi y mettrait trop facilement le feu^ et dans la défense d'une maison, rien n'est si à craindre que le feu : dans l'intention de s'en garantir, il faut couvrir de fumier les différents planchers et mettre des cuves remplies d'eau à tous les étages.

On étançonnera les poutres qui portent sur les murait les pour que si l'ennemi a du canon avec lequel il puisse

battre en brèche la cassioe, la chute des murailles n'en* trame pas celle des planchers et des combles.

On aura des objets tout prêts, tels que meubles, poutres ou branches d'arbres, approvisionnés exprès pour boucher les brèches dans les parties basses de la muraille, et par lesquelles l'ennemi pourrait entrer.

Il faudra savoir profiter des flanquements que la disposition du bâtiment peut offrir, et il en est peu qui ne présentent, soit d'un côté, soit de l'autre, un pareil avantage.

232. Derrière les portes barricadées on prépare une façon de retranchement fait avec les solives de la toiture ou les meubles de la maison, pour recevoir h bout portant et à l'abri de son premier choc l'ennemi qui serait parvenu à enfoncer la porte. De plus, on coupe le plancher au-dessus de la porte pour pouvoir percer de la baïonnette, ou avec les broches de la cuisine, les fourches de l'écurie, etc., ceux des ennemis qui se trouvent au-dessous. De nuit, ces moyens de défense sont excellents ; les assaillants voient tomber les leurs sans s'apercevoir quelquefois de quel côté les coups partent; ils restent à batailler, ils font beaucoup de bruit, à leur grand désavantage, et ne pensent pas à mettre le feu à la cassine, vrai moyen de s'en rendre maître, quand une fois les portes sont enfoncées, et que les défenseurs tiennent toujours.

Si la maison est entourée d'un mur de clôture, il va sans dire qu'on le disputera d'abord, et qu'on ne se retirera dans la maison qu'après y avoir été contraint. Le mur de clôture sera donc aussi disposé pour la défense, suivant les principes établis dans les numéros précédents.

Enfin, quand il y a des chambres qu'on ne peut pas défendre, il faut en enlever le plancher pour ôter le passage a l'ennemi et lui rendre ces chambres inutiles. C'est

dans les derniers galetas que doit se faire la capitulation. Tant qu'il reste encore quelque pièce où Ton puisse se retirer, il faut tenir bon à l'endroit où l'on se trouve et disputer les planchers pied à pied. Mais quand on est fort, ce n'est pas à la capitulation qu'il faut songer, c'est plutôt à faire une trouée quand Tennemi, fatigué d'attaques inutiles, hésite ou se repose. Tombons sur lui à l'improviste, que notre audace l'étonné et l'effraie ; courons sans balancer sur tout ce qui s'oppose à notre passage, soyons téméraires, la fortune fera le reste.

Dans la guerre de la Vendée, quatre cents républicains se défendirent dans une église de Saint-Gyr, contre près de dix mille paysans ; ils empêchèrent ceux-ci de mettre le feu à l'église et leur tuèrent un grand nombre d%ommes. Les Vendéens, après deux heures d'inutiles efforts, se décidèrent à se retirer. Voyant ce mouvement rétrograde, les audacieux républicains ouvrent les portes de l'église, attaquent l'arrière-garde ennemie et en font un grand carnage. Pourquoi faut-il que ce soit une guerre civile qui noua offre un si bel exemple!

Des Blokhaus.

233. J'ai cru devoir rejeter ici la description du blokhaus ou redoute couverte, parce que cette espèce d'ouvrage a beaucoup de rapport avec une maison préparée pour la défense.

Le blokhaus est le retranchement par excellence dan^ les pays de montagnes, par la triple raison qu'on trouve sur les lieux tous les bois nécessaires, que l'ennemi ne peut amener du canon qu'avec beaucoup de peine, et qu'il est bien difficile de choisir en de pareils sites une position qui ne soit pas dominée d'une manière trop pronon-

cée poar qu'il soit possible d'y construire un ouvrage découvert.

Le blokhaus se fait ordinairement sur un plan rectangulaire de 6 à 8 mètres de largeur dans œuvre (fig. 54®) ; mais quand on peut lui donner des dimensions suffisantes, sa projection horizontale a la forme d'une croix, en sorte que ses feux se flanquent mutuellement (fig. 55®).

Le blokhaus peut n'avoir k craindre que la mousqueterie ; il peut aussi être attaqué par le canon : son profil doit donc différer dans ces deux circonstances.

234. Dans le premier cas, le blokhaus retranchement sera semblable au blokhaus réduit (6g. 56®) dont nous avons parlé au o"* 130; ses côtés seront tout simplement construits avec des files de poutres jointives, entre lesquelles, et de mètre en mètre, on aura ménagé des créneaux.

Les lits de camps servent de banquettes pour tirer aux créneaux. Ces lits de camp, de 2 mètres de largeur,- ont 0",70 de hauteur au chevet, et 0"*,40 au pied.

Le blokhaus aura 6 mètres de largeur, en sorte que les deux lits de camp opposés laisseront pour la circulation un espace libre de 2 mètres. Le plancher supérieur sera établi à 2">,70 au-dessus du sol.

Les poutres qu'on emploiera pour-^faire les parois extérieures du blokhaus auront de 0°',25 k 0'°,30 d'équarrissage ; elles seront enfoncées en terre d'un mètre au moins, et couronnées horizontalement d'un chapeau. Des tirants de même équarrissage s'assembleront à queue d'hironde dans les chapeaux, et empêcheront l'écartemeni des faces opposées. Ces tirants, espacés entre eux de 3 à 4 mètres d'axe en axe, supporteront des poulrelles de 0"*,20 sur 0"',25 d'équarrissage, posées tant plein que vide; et c'est

sur ces poutrelles que seront placés jointivement les plateaux que FoD recouvrira d'une couche de terre de 0*^,50 d'épaisseur.

La portée des tirants étant un peu forte, ils peuvent fléchir sous le poids des terres ; il convient alors d'en soute* nir le milieu par un pointai, quoique la figure ne l'indique pas.

Pour que l'ennemi ne puisse pas incendier le blokhaus, il faut l'en tenir éloigné, et pour cela creuser un fossé k grand talus de 4 mètres de largeur, 2 mètres de profondeur, dont les terres seront en partie relevées contre le blokhaus, jusqu'à la hauteur des créneaux, et en partie employées à le couvrir et à former tout autour un petit glacis. Ge fossé se creusera à 2",80 ou 3",00 de distance, afin de se ménager l'espace suffisant pour le relèvement des terres. On multipliera les obstacles sur le glacis, tels que trous de loup, abatis, etc.

Un petit pont, supporté dans son milieu par un chevalet, donne entrée dans le blokhaus.

Les provisions de bouche se placent sur des planches à pain suspendues au plancher^ au-dessus du pied du lit de camp, emplacement où elles gênent le moins.

235. Le blokhaus qui doit résister à du canon ne diffère du précédent qu'en ce que son enceinte est formée de deux rangées de pieux jointifs au lieu d'une seule (fig. 57®). Ces pieux forment ainsi une espèce de caisse, qu'on remplit de terre bien damée jusqu'à la hauteur des créneaux ; et le tout fait une muraille d'un mètre d'épaisseur.

Ces blokhaus, plus importants que les premiers, auront 8 mètres de largeur dans œuvre, et les tirants, quelquefois formés de deux pièces assemblées à traits de Jupiter, seront

soutenus dans leurs milieux par des poteaux montants» armés de bras, qui reposeront eux-mêmes sur une semelle gitée en terre. On pourra planchéier le bas.

Le blokhaus sera, dans ce cas, recouvert de O^'.SO de terre, et sa largeur permettra encore de construire au-dessus un petit parapet de l'^yôO de hauteur, et d'un mètre d'épaisseur; c'est un parapet k l'épreuve du mousquet, et même capable d'arrêter les petits boulets. Une échelle conduira sur cette espèce de plate-forme, d'où les bons tireurs pourront ajuster les canonniers ennemis qui auront dû s'approcher pour battre en brèche la partie de la charpente qui n'est pas couverte de terre , et qui est assez étroite pour être manquée quand on tirerait de loin.

L'évacuation de la fumée se fait par l'ouverture qui conduit sur la plate*^forme.

Cette terrasse élevée n'^est pas seulement utile au moment de l'attaque, elle sert encore de belvédère où les soldats vont respHrer un air frais, lorsqge, bloqués par l'ennemi, il y aurait pour eux trop de danger k sortir du retranchement ; c'est Ik-dessus que peuvent se préparer les aliments; et c'est de là qu'une vigilante sentinelle vous fait connaître tous les mouvements de l'ennemi.

Si le blokhaus est destiné à rester longtemps sur pied, ou s'il se construit dans la saison pluvieuse, il faut quelques précautions pour se garantir des eaux dont les infiltrations sont extrêmement à redouter. Ainsi on doit calfater soir gneusement tous les joints du plancher supérieur et le couvrir d'une bonne couche de goudron. On pourrait en^ core, et ce serait peut-être le plus sûr, terminer le blok^ haus par un toit ordinaire couvert de tuiles ou d'ardoises par-dessus lequel on mettrait 0™,30 de terre pouç le garantir du feu.

236. On peut faire le blokliMs à moins de frais, en construisant une simple redoute de forme rectangnlaîfe, el plantant contre le talus intérieur du parapet, et ^ 3 ou 4 mètres de distance les uns des autres, des poteaux montants qui, couronnés d'un chapeau, supporteront les sommiers; par-dessus les sommiers seront placées les poutrelles, comme on l'a indiqué dans les numéros précédents.

Le feu se fera par le créneau longitudinal qui existe entre la charpente et le parapet. Les vides des sommiers au-dessus des chapeaux donneront issue à la fumée. (Voy. la fig, 58* qui suppléera h ce que cette description peut avoir d'obscur; elle représente le blokhaus vu de l'extérieur. )

L'intérieur de ce blokhaus est le même que celui des autres, seulement les terres du parapet sont retenues par un revêtement en fascines, au lieu de l'être par des pou-^ 1res jointives. .

Il résulte de cette nouvelle disposition une grande économie de bois ; mais aussi il y a moins de solidité et l'on est moins bien couvert.

En Algérie , on a pu faire les blokhaus en simple charpente, sans parapets de terre, parce qu'ils n'étaient point exposés k l'attaque du canon. Recouverts d'un toit ordinaire, ils étaient plus salubres et leurs garnisons pou-^ vaient y demeurer longtemps, sans être incommodées par l'humidité; aussi a^t-on fait un grand usage de ce moyen de défense pour mettre le pays occupé h l'abri des incursions des Arabes.

Ces petits blokhaus étaient à deux étages et construits sur un carré de 6",00 de côté; l'étage inférieur ayant 3"',00 de hauteur, et le supérieur 2"',50 ; celui-ci dépas*

sant l'autre d'eoviroa un mètre, de maoière k obtenir un mâchicoulis tout autour. On y entrait par l'étage supérieur au moyen d une échelle qu'on retirait ensuite.

237. J'ai pensé qu'il serait convenable, en terminant cet article, de dire un mot des principaux assemblages de charpente que l'on peut être appelé à mettre en usage dans, la construction des blokhaus; je les ai réunis dans la fig. 59®. Le premier, marqué A, est l'assemblage à redam ou en trait de Jupiter. Il sert k ajouter bout à bout deux pièces qui doivent servir de sommier ou de tirant, et qui, en même temps qu'elles ont k supporter un poids, doivent résister k un écartement quelconque. Le sommier du grand blokhaus (fig. 57^) offre un pareil assemblage.

Le second, B, est l'assemblage a quem d'hironde; il n'a d'autre objet que d'empêcher un écarlement. Les sommiers sont assemblés dans les chapeaux à queue d'hironde.

Le troisième, G, est l'assemblage k tenon et embrèoement; c'est celui qu'on emploie pour les jambes de force et les supports obliques. L'embrèvement est l'extrémité de la poutre taillée en onglet, qui, aussi bien que le tenon, entre dans la pièce sur laquelle se fait l'assemblage; il donne plus de force au point d'appui.

Le quatrième, D, est l'assemblage k tenon simple; on l'emploie pour placer une colonne verticale sur une semelle ou toute autre pièce horizontale.

Le cinquième, £> est l'assemblage k tenon renforcé^ mis en usage toutes les fois qu'une pièce assemblée horizontalement dans une autre pièce, doit supporter un poids considérable ; le renfort du tenon le rend capable de résister k la rupture.

Enfin, le sixième, F, est l'assemblage k mi-bois, em-

ployé tontes les fois que deux pièces doivent être simplement superposées, sans que l'une s'élève plus que l'autre.

Attaque d'un village retranché.

238. J'en ai dit assez dans ce chapitre pour faire connaître quelle est la conduite qu'on doit tenir dans la défense des postes militaires ; je terminerai par une description rapide de l'attaque d'un village retranché.

Dans toute opération de guerre il faut connaître ^ fond le terrain sur lequel on doit opérer, sous peine de marcher h tâtons et de laisser au hasard tout le mérite du succès.

Ainsi donc, vous qui êtes chargé de l'attaque d'un village retranché, allez sous l'escorte d'un petit nombre de vos meilleurs soldats, la lunette à la main, et souvent vêtu comme eqx , armé du fusil et le sac sur le dos ; allez ex-* plorer vous-même tous les environs ; faites un grossier des* sin de tout ce qui mérite votre attention. Voyez cette hau-> teur de laquelle on découvre dans toute sa longueur la principale rue du village, c'est là que vous devez placer une de vos principales batteries. Ce petit bois qu'occupe maintenant l'ennemi conduira vos tirailleurs^ quand ils s'en seront emparés, jusqu'aux portes du village; cette chaussée, coupée en plusieurs endroits, est facile à réparer. Une légère ondulation de terrain , qui ne peut être découverte que par un œil exercé, vous indique déjà qu'une partie de vos troupes attendra sous son abri le signal de l'attaque.

Vous pouvez compter les ouvrages construits par l'ennemi , apprécier sa force par le nombre de ses drapeaux ; vous voyez briller son artillerie, vous découvrez son réduit. Là , de grands mouvements de terre vous indiquent

qu'il est en mesure sur ce point : ici , quelques murailles crénelées vous paraissent le seul obstacle que vous aurez à franchir , mais probablement que , flanquées par les redoutes , leur approche est difficile ; une batterie néanmoins sera disposée pour y faire brèche.

Cette ferme isolée, dans laquelle Tennemi semble avoir des forces imposantes , vous engage à diriger sur elle vos premiers efforts; sa prise doit précéder celle du village; sa conquête sera le prélude de vos succès.

Vous vous êtes approché autant que vous l'avez pu, autant que vous l'ont permis les avant-postes de Tennemi ; néannâoins bien des choses restent pour vous douteuses , quelques défenses vous ont échappé ; la nuit qui s'approche ne vous permet pas de prolonger davantage votre examen ; mais vos adroits voltigeurs découvriront demain ce que vous navez pu voir aujourd'hui; comptez sur eux pour trouver la véritable route qui doit vous conduire dans les retranchements de l'ennemi.

Après être rentré , vous ferez vos dispositions pour l'attaque ; vous donnerez vos ordres ; vous vous montrerez ensuite aux bivouacs , et vous approchant des feux , vous vous adresserez amicalement à vos soldats pour leur parler de la belle journée du lendemain ; votre air de contentement, vos saillies, assaisonnées du propos militaire, persuaderont aux plus timides que la conquête est facile > et fortifieront le courage de tous.

239. Avant que le jour paraisse les troupes ont pris leur repas; déjà l'avant-garde s'est mise en route pour arriver au point du jour sur les avant-postes ennemis; les colonnes se forment et prennent les directions que le chef leur a indiquées : Tartillerie les suit.

L'aurore commence k éclairer les objets; bientôt les détachements les plus avancés reconnaissent les postes qu'il faut enlever ; ils s'approchent toujours jusqu'à ce que, découverts^ une décharge de mousqueterie proclame leur arrivée; alors le jeu des tirailleurs commence^ et quand le soleil parait, tous les postes extérieurs sont en leur pouvoir.

Cependant l'artillerie arrive au trot pour prendre ses positions; le canon se fait entendre; il a d'abord à lutter contre celui de l'ennemi ; mais bientôt, supérieur par le nombre 9 il le fait taire; ses coups se dirigent alors sur les murailles; de nombreuses brèches se manifestent; les boulets bondissant le long des rues forcent les défenseurs à se blottir derrière les maisons ou dans l'intérieur des redoutes; les obus qui éclatent de toutes parts ne leur laissent aucun repos; le feu est à plusieurs maisons; une horrible détonation ^ qui pour longtemps couvre le village d'une épaisse fumée, annonce les désastres de l'ennemi. Alors les voltigeurs s'élancent, enveloppent le village de toutes parts ; le canon se tait , et les troupes de ligne se préparent à marcher. Cette grande quantité de tirailleurs harcèle l'ennemi, répond à son feu, s'approche insensi^ blement ; les plus hardis sont déjà vers la brèche ; les sapeurs qui les accompagnent abattent les haies, enfoncent les portes; quelques-uns pénètrent, les autres les suivent, et la chaîne non interrompue qu'ils forment comme par instinct, vous trace la route que vous aurez a suivre. Alors le signal de l'attaque est donné , les colonnes sortent des fonds où elles se tenaient cachées , franchissent l'espace qui les séparait de l'ennemi, et arrivent au secoure de leurs voltigeurs, qui, déjà pressés par l'ennemi, évacuent les brèches et cherchent des abris.

Les têtes de colonnes se présmient devant les principaux défilés; eHes renversent les barricades; elles escaladent les parapets, et se fraient des routes nouvelles, pendant que les tirailleurs entrent par les ouvertures , sautent par-dessus les haies et les murailles : c'est un essaim qui harcèle Tennemi et le poursuit jusque dans ses derniers retranchements. Cependant les troupes de ligne, maîtresses des défenses extérieures, se rallient , prennent un ordre de bataille dicté par les localités y et se mettent en mesure d'envelopper et d'écraser l'enn^.

L'artillerie ne tarde point à arriver; elle n'a quitté ses positions qu'après s'être assurée du succès de l'attaque ; elle braque ses pièces contre l'église qui sert de refuge aux défenseurs; quelques-uns se sont échappés par des issues dérobées, et font tous leurs efforts pour résister aux détachements de cavalerie qui les poursuivent dans la plaine.

Pendant qu'une partie des troupes assiègent le réduit, d'autres s'attachent à une redoute dont les feux n'ont point encore cessé, et qui, pendant tout le temps de l'attaque, a fait le plus grand mal aux colonnes qu'elle prenait par le flanc. Le réduit et la redoute, enveloppés de toutes parts et serrés toujours davantage, ne tardent pas à capituler ; leurs défenseurs sortent avec les honneurs de la guerre et viennent déposer leurs armes aux pieds du vainqueur.

240. Ainsi doit marcher l'attaque d'un village isolé et abandonné k ses propres ressources; mais quand les [secours peuvent lui arriver , quand il est à proximité de quelque corps qui le protège , il faut une prodigieuse supériorité de forces pour être sûr de s'en emparer. Rien de

plus dangereux en effet , que de se présenter aux brèches quand Tenneini peut manœuvrer lui même et prendre les colonnes d'attaque par le flanc ; on se voit souvent repoussé deux ou trois fois pour ne pénétrer qu'à la quatrième , et souvent encore ce triomphe n'est-il que passager; l'ennemi, après avoir reçu des troupes fraîches, fait une charge, et vous chasse de ce village, dont la prise vous a coûté tant de sang , et dont les défenses rasées ne vous permettent plus de faire la moindre résistance.

On a vu des villages pris et repris jusqu'à dix fois sur un champ de bataille.

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