CHAPITRE DIXIÈME
campements ou de 1» caetramëtotion.
241. L'art de la guerre, ramené à ses véritables principes , a fait sentir la nécessité de débarrasser les armées de cette quantité innombrable de bagages qui les accompagnaient, et qui les rendaient si lourdes qu'à peine on en pouvait obtenir des marches de cinq ou six lieues par jour.
Avant la révolution de France , une armée n^aurait pas fait une étape sans se faire suivre de ses tentes et de ses boulangeries ; maintenant plus agile , elle bivouaque dans les champs ou se cantonne dans les villages ; ses divisions éparpillées en apparence, mais toujours en communication, pourvoient séparément à leur subsistance; elles campent, ou pour mieux dire bivouaquent ou se cantonnent dans des positions de leur choix. Les troupes légères qui les couvrent à une grande distance et occupent toutes les avenues, leur annoncent l'arrivée de l'ennemi, et leur donnent le temps de se réunir pour combattre sur un terrain désigné d'avance par le général comme lieu de rendezvous. Les unes y arrivent en opérant une retraite de quelques lieues , les autres par une marche de flanc ou en se portant en avant , et toutes ensemble s'échelonnent ainsi et se protègent sur le champ de bataille.
L'armée étendue de la sorte sur un espace de quatre ou cinq lieues en carré trouve assez de logements dans les villages dont elle est maîtresse pour pouvoir se passer de tentes, et, pourvu qu'elle ne fasse pas un trop long séjour, les ressources du pays la feront vivre. La cavalerie, quelque nombreuse qu'elle soit , ne manque pas de fourrages verts ou secs , et Ton ne se voit plus contraint de livrer ces perpétuels et sanglants combats pour se procurer une cruche d'eau ou faire une trousse d'herbe fraîche. La petite guerre a perdu de son importance , mais les troupes légères sont devenues indispensables; elles sont l'œil des armées.
242. Avant ces guerres , où tant de généraux qui n'avaient pour guide que leur génie, et qui , dépourvus d'anciens préjugés , se sont acquis une brillante réputation en s'élevant au-dessus de la vieille tactique , les armées marchaient unies, sur plusieurs colonnes, k distance de déploiment, s'ouvrant des routes avec la hache, se faisant précéder d'une timide avant-garde , et traînant à leur suite ces lourds bagages si bien nommés par les Romains tm^ pedimenta. Après avoir parcouru quelques lieues, cette symétrique et tardive madiine s'arrêtait, se déployait, dressait ses tentes , et campait ainsi sur le terrain que le hasard lui livrait ; le talent du général consistait k combiner ses marches de manière k arriver chaque jour sur une position plus ou moins avantageuse ; mais qu'il était rare d'en trouver une qui méritât ce nom ! Le plus souvent les corps campés sans intervalles, k la suite les uns des autres , et dans leur ordre de bataille, se trouvaient les uns sur des hauteurs, les autres dans des bas -fonds ou des marais; la cavalerie, bien ou mal placée , devait choisir ses camps sur les ailes ou sur les derrières. Les grand-gardes , cour
vertes par quelques redans ou par des abatis que chaque jour il fallait construire , étaient placées a quelques centaines de mètres en avant des tentes ; les gardes ennemies les touchaient presque. Delh, ces combats de tons les jours, ces pertes sans résultats, cette pénurie de ressources ^ ces surprises si fréquentes, et cette grande difficulté de rien entreprendre que Tennemi n'en fût instruit aussitôt et ne fit échouer. Rien de grand, rien de décisif avec un pareil système. On peut gagner des batailles, on peut prendre des forteresses , et avoir zéro pour résultat à la fin de la campagne, si les armées ne sont pas organisées de manière à préparer les succès et à en profiter par des marches rapides et savamment calculées. Le plus grand général des temps modernes nous a donné à cet égard les plus brillantes leçons; ses ennemis n'ont pu le vaincre qu'en imitant sa conduite. Dès qu'ils eurent compris la fameuse maxime du maréchal de Saxe : que les succès de la guerre sont dans les jambes des soldats ; dès qu'ils eurent deviné le système déconcentration^ ils purent lutter avec quelque avantage.
243. Tous les militaires sont maintenant d'accord qu'une armée sur Tofiensive doit se débarrasser de ses bagages. Mais rien n'est exclusif dans le métier des armes ; si , pour marcher plus vite , on ne se charge pas de tentes dans les cas ordinaires , il est cependant une foule de circonstances où elles peuvent être d'une grande utilité. Une armée se trouve dans une province peu peuplée ; il faat , pour résister ^ un ennemi qui l'enveloppe, qu'elle se tienne rassemblée ; il n'y a pas de bois pour faire des baraques en feuillages , et cependant le repos est nécessaire aux soldats ; le général sent alors combien il eût été prudent de se faire suivre par des chariots chargés de lentes, qui, sans gêner l'armée dans ses opérations, se seraient tenus
à quelques journées de marche , sous Tescorle d'une réserve et ne se seraient avancés qu'à sa réquisition.
Puis donc qu'il est des circonstances rares k la vérité, naais qui cependant se présentent, où l'on peut faire usage des tentes , je dois indiquer la manière de les disposer, donner en un mot quelques détails sur la castramétatton; et je le fais d'autant plus volontiers , que des troupes stationnées en observation ou dans des camps d'exercice seront souvent logées sous la toile.
244. Les règlements militaires de chaque nation font connaître l'ordonnation des camps d'infanterie y de cavalerie et d'artillerie ; nous renverrons donc a ces règlements pour ne pas charger inutilement ce petit traité. Nous dirons seulement ici que le principe général sur lequel les tracés des camps sont appuyés, est celui-ci : Le front de bandière, c'est-à-dire le côté extérieur du camp^ celui qui fait front à l'ennemi, doit être égal en longueur à V espace qu'occupe la troupe en bataille; et cela nonrseulement pour le corps en général ^ mais aussi pour toutes les subdivisions du corps. Ainsi , le camp d'un régiment aura la même longueur que le régiment en bataille ; celui d'un bataillon ou d'un escadron, même longueur que le bataillon ou l'escadron déployé. On conçoit par là que la profondeur du camp dépendra du nombre d'hommes dont chaque corps est composé ; car les tentes occupant des espaces déterminés , il faut, pour qu'elles laissent entre elles des intervalles libres et suffisants pour les communications, les placer sur un certain nombre en hauteur. Avec la force ordinaire de nos bataillons , on campe par demi-compagnies, c'est-à-dire que chaque file de tentes perpendiculaire au front de bandière loge une demi-compagnie. Mais si le bataillon est faible , il faut camper par compagnies,
afin qu'en diminuant le nombre des files , on puisse trouver entre les tentes des rues assez larges. Elles doivent avoir au moins 6 mètres pour les camps d'infanterie, et 12 pour ceux de cavalerie; dans ces derniers, les chevaux attachés à des piquets accupent une partie de la rue, qui, du restte, doit être assez large pour permettre Tarrivage des voitures de fourrage.
Il est nécessaire desavoir, pour la détermination du front de bandière, qu'un homme occupe 0"',60 dans les rangs, et que Ton compte un mètre pour chaque cavalier.
245. Si , par eîemple , il s'agit d'un bataillon de six compagnies fortes de 75 hommes, l'effectif sera de 450; ôtant le dixième pour les serre-files , il restera 400 hommes qui , sur deux rangs, donnent 120 mètres de front, à raison de 0",60 par homme , comme il vient d'être dit : telle est l'étendue du camp. Et si l'on campe par demicompagnies , il y aura douze files de tentes qui prendront 72 mètres, en comptant six mètres par tente, et en comprenant les intervalles, ainsi qu'il le faut pour les tentes dites du nouveau modèle. Il restera donc 8 mètres pour chacune des six rues.
Prenons pour second exemple un escadron de 120 chevaux , et commençons par défalquer le dixième pour les cavaliers hors de rang. Il restera 108 chevaux, lesquels, sur deux rangs et k raison d'un mètre par cavalier, donnent un front de 54 mètres. Formant quatre files de tentes, elles occuperont 24 mètres; il en restera donc 30 pour les deux rues, ou 1 5 pour chaque rue.
Quelle que soit la disposition intérieure du camp , on met toujours les armes en faisceaux ou sur des chevalets, en avant du front de bandière et sur une ligne qui lui est parallèle. Les cuisines se font ordinairement derrière les
tentes des soldats, pour chacune desquelles on compte huit mètres de profondeur , intervalles compris. Viennent ensuite les tentes des sous-officiers, puis celles des officiers; il est bon que ces dernières soient placées vis-k-vis les rues des camps, pour que la surveillance soit plus facile. Les états-majors se placent encore plus en arrière. On creuse des fossés dans les endroits les plus cachés pour servir de latrines : celles des soldats sont en avant du front , celles des officiers sont en arrière.
246. Les cuisines de camp ne sont autre chose qu'une gazonnade ou petit épaulement de l'^^OO de hauteur et 0'',65 d'épaisseur. On lui donne en longueur un mètre pour chaque feu , et il y en a ordinairement quatre par compagnie. En sorte que la cuisine d'une compagnie a environ 4",00 de longueur; les foyers sont séparés par de petites traverses de 0°',50, sur lesquelles se posent les ustensiles de cuisine. Ces traverses ont O'^^TS de longueur sur autant de hauteur. Le feu s'allume dans les intervalles. Chaque marmite est suspendue à un piquet planté obliquement dans l'épaulement.
Cet épaulement se termine à droite et k gauche par un crochet de mêmes dimensions que les traverses.
Si les terres sont graveleuses, on enfonce le sol de la cuisine de 0^,50 au-dessous du terrain en pratiquant une rampe douce pour y arriver. On se garantit ainsi plus complètement des effets du venl.
Dans le cas d'une terre forte qui retiendrait l'eau, nonseulement on ne doit pas enterrer la cuisine , mais encore il faut relever de 0°",! 5 au-dessus du sol, au moyen d'une couche de gravier, pour la tenir sèche. Les terres se prennent alors dans un petit fossé que l'on creuse autour de Tépautement,
Les seniÎBeHés ne pouvant pas se réfugier sous la (eote dans Içs moments de pluie , on leur construit des guérites en chaume ou en paille tressée. La meilleure forme à leur donner est la forme ronde ; 0",80 de diamètre intérieur et une ouverture de 0"*,50 pour la porte. Le toit doit déborder tout autour pour écarter autant que possible les eaux de pluie.
247. Les Romains fortifiaient toujours leurs camps, et les retranchements qu'ils employaient n'exigeaient quequelques heures de travail ; il suffisait, pour résister aux armes alors en usage, de creuser un fossé, d'élever avec les terres qui en provenaient une terrasse sur laquelle on plantait verticalement une palissade formant une espèce de parapet de l",30en hauteur S derrière lequel et à l'aide des boucliers on trouvait un abri suffisant pour combattre l'ennemi avec avantage. Les soldats portaient avec eux les palis qui servaient k la construction du retranchement : cela faisait partie de leur équipage militaire. Cette facilité de se couvrir si lestement et de se mettre en moins d'une nuit en état de résister à une attaque , faisait que les Romains mettaient peu d'importance dans le choix de la position d'un camp sous le point de vue défensif; ils ne cherchaient que les endroits où ils pussent trouver de l'eau , du bois et des fourrages. Il leur était aussi permis de camper dans un ordre serré, presque toujours en carré, parce que leurs retranchements les mettaient à l'abri des surprises ; ils étaient dans leur camp comme dans une petite forteresse. Cette
*■ Si le camp devait avoir quelque durée, on agrandissait le fosse, on relevait la terrasse^ et on transformait la palissade ea un parapet couronné de créneaux. Ce qui, au rapport de l'historien Josèphe, donnait au retranchement, vu de loin, Tapparence d'une muraille. Ce parapet se faisait avec des gazons ou avec des claies.
forme du camp faisait qu'on trouvait toujours un terrain convenable pour le recevoir , et elle contribuait singulièrement à abréger le travail , auquel on n'employait k la fois qu'une faible partie de la troupe.
248. Pour nous, qui devons élever des retranchements k répreuve du canon , il nous est impossible de les construire dans l'espace d'une nuit ; cela fait que nous nous contentons souvent d'ébaucher quelques redans en avant du front de bandière et sur les flancs de la position. Pour remédier autant que possible à l'insuffisance de l'art, nous cherchons avec soin des sites favorables à la défense, pour y dresser nos tentes , aussi bien que pour y établir nos bivouacs ; il nous faut des positions telles que les ailes du * camp soient appuyées k des obstacles naturels, et que sur son front le terrain présente une pente douce en forme de glacis extérieur. Mais on ne rencontre pas toujours des sites aussi avantageaux; en sorte que nos camps, considérés isolément et sans protection extérieure , seraient aisément forcés, faute de bons retranchements, s'ils étaient comme ceux des Romains disposés en carré plein. Il a donc fallu prendre l'ordre de bataille pour l'ordre de campement , afin qu'au premier signal les troupes pussent paraître en ligne prêtes au combat sur toute l'étendue de la position ; et cela était surtout nécessaire à cette époque où les positions n'étaient pas couvertes par des troupes légères bivouaquées à de grandes distances , et où il était si facile k un corps de cavalerie de surprendre un camp.
Ce n'est pas seulement la difficulté de faire en peu de temps des parapets à l'épreuve , qui s'oppose à la construction habituelle et journalière des retranchements ; c'est encore que très-souvent on ne trouve pas assez d'outils pour armer tous les travailleurs. On éviterait cet inconvé-
nient, si chaque soldat portait en trousse un outil, pelle, pioche ou hache , comme les sapeurs français Font fait dans les dernières guerres.
249. Si Ton veut n'élever que des retranchements à l'épreuve du fusil, on pourra le faire dans l'espace d'une nuit, et ces retranchements, si médiocres qu'ils soient, suffiront toujours ; car ils n'obt d'autre objet que d'arrêter les détachements de cavalerie , qui , éludant les corps d'observation, arriveraient inopinément sur la position principale pour faire quelque dégât et se sauver ensuite. De simples abatis, le chevalet sur lequel les fusils sont quelquefois appuyés, seront souvent les seuls retranchements nécessaires, lilais si l'on se propose d'attendre l'ennemi pour le combattre, il faudra faire mieux que cela , et construire la ligne à intervalles, telle que nous l'avons décrite dans le n® 50, ou suivre ce qu'indique le général Rogniat dans son excellent ouvrage des Considérations sur Tart de la guerre. Voici ses propres paroles :
c Toute l'étendue du front sera couverte de redoutes « bastionnéesS espacées de 120 toises, de saillant en sail- <c lant. Ainsi, un front de 1000 toises, nécessaire pour le « camp d'un corps de trente mille hommes , exige huit à « neuf redoutes
f Nous supprimerons toutes^ les barbettes ou plates* ^ formes d'artillerie qui exigent de si grands travaux dans « la construction des redoutes ordinaires. Nos lunettes ne 4 sont destinées qu'à recevoir de l'infanterie : quant à l'arec tillerie , nous la placerons hors de nos bastions, derrière a des épaulements élevés en guise de courtine au point € d'intersection de leurs lignes de défense , position où
1 Grandes lunettes on bastions détachés.
c elle sera parfaitement protégée et défendue par le feu de « mousqueterie des bastions latéraux ; cet emplacement c est beaucoup plus avantageux sous tous les rapports que « l'intérieur des redoutes. Premièrement , les pièces y secc ront plus en sûreté , puisque Tennemi ne peut pas parc venir à ces batteries rentrantes sans se rendre maître « des redoutes latérales , car comment braverait-il impu- € nément les feux croisés de mousqueterie de leurs flancs « à trente toises de distance? Secondement, elles défen- « dront mieux les lunettes qu'elles flanqueront à une très* « petite portée de mitraille par des feux rasants qui frappent a tout ce qui se présente, au lieu que des canons placés sur « les faces des ouvrages cessent d'apercevoir l'assaillant € dès que celui-ci est parvenu sur le bord , et surtout dans « le fond du fossé. Troisièmement, elles détourneront et c éloigneront des lunettes le feu des batteries ennemies c en l'attirant sur elles, de sorte que nos ouvrages ainsi a que leurs défenseurs se conserveront intacts jusqu'au « dernier moment, quelque faible que soit leur profil. Qua- <c trièmement , enfin , ce qui est capital à la guerre , ces « sortes de batteries n'exigent que fort peu de temps et de c travail pour leur construction. Le sol lni*méme servant c( de plate-forme aux pièces , l'on n'est pas obligé de don- ^ ner plus de 2 ^ pieds de hauteur k leurs épaulements, c< sur 8 à 9 d'épaisseur. Mais comme il est important de « mettre à couvert les canonniers aussitôt qu'ils ont chargé, € on fait à côté de chaque pièce, perpendiculairement à « Tépaulement , de petites tranchées transversales de trois < pieds de profondeur, destinées à leur servir d'asile; méc thode usitée par les Russes et les Prussiens pour leurs « épaulements de campagne.
ce Je m'étonne qu'on n'ait pas paru sentir jusqu'à pré- « sent les avantages immenses qui résultent^de remplace-
a ment du canoo hors des redoutes, soit pour la défense c de ces ouvrages , soit pour celle des pièces , soit pour
<K l'économie du travail
c On ne sait comment disposer l'artillerie dans nos re- <c doutes actuelles ; si Ton fait un terre-plein conlinu pour
< élever les pièces de manière à tirer par-dessus le para-
< pet , on se jette dans des travaux immenses , et l'on ré- « duit à rien les feux de mousqueterie et la capacité intéc rieure *, si l'on perce le parapet d'embrasures en tenant « la pièce au niveau du sol , on abrège le travail il est vrai»
< mais on découvre l'intérieur de la redoute ; les embra- « sures forment des brèches qui facilitent l'escalade; le « tir du canon, circonscrit par les joues de l'embrasure, ne <( peut pas se promener sur tous les points où il serait
< utile, et les batteries ennemies peuvent se placer de ma- « nière à éviter d'être contrebattues. Cette alternative d'in- ^ convénients oblige à ne placer dans les redoutes actuelce les qu'un petit nombre de pièces sur des barbettes éle- «c vées au saillant, pièces qui se trouvent promptement (c réduites au silence par la supériorité numérique de celles « que l'ennemi déploie sur le point d'attaque. Il n'est au- « cune de ces redoutes qu'une vingtaine de pièces d'atta- « que ne fassent taire en peu temps.
< Mais revenons aux retranchements que je propose. « Les redoutes seront unies entre elles par une tranchée
< avec banquette, semblable à une parallèle de siège, c( qui s'étendra des extrémités des flancs au point d'inter- <c section des lignes de défense en forme de courtine bri- « sée , afin de défendre les redoutes le plus directement «c possible I sans masquer leur feu de flancs. On laissera
< entre ces tranchées et les flancs des passages de cinq . <r toises, consacrés aux sorties de l'artillerie et de la cava-
« lerie. Quant à l'infanterie , on pourra la faire sortir en
c( bataille , en la faisant passer par-dessus le parapet de la c tranchée, qu'on garnira à cet effet de quelques gradins c intérieurs faits avec des fascines. »
Le général Rogniat calcule ensuite le temps nécessaire à la construction de ces retranchements, et il trouve que six mille hommes, ou le cinquième de Tarmée^ peut les faire en moins de huit heures. Il suppose donc un cinquième pour la garde du camp et les quatre autres cinquièmes se relevant et travaillapt tour à tour chacun pendant deux heures. De cette manière, sans trop fatiguer les troupes, le travail sera achevé dans t'espace d'une nuit. Nous craignons cependant qu'il n'y ait un peu d'exagération dans ce calcul , et qu'il ne faille réellement plus de temps que cela pour faire des retranchements, parce qu'il y aura des pertes de temps inévitables dans les dian-r jgements d'ouvriers,
250. S'il nous était permis de faire quelques modifications aux retranchements de notre ancien chef, nous espa^ cerions davantage les redoutes ; nous les mettrions à 300 mètres les unes des autres, comme nous l'avons fait dans nos lignes à intervalles, et peut-être supprimerions -nous les tranchées, pour ne laisser entre les redoutes que les batteries rentrantes qui doivent les défendre; nous diminuerions ainsi le travail et rendrions plus facile lexécution des retranchements en y employant moins de monde. Au reste, notre avis n'est pas qu'il soit nécessaire dé se retranchjer toutes les nuits d'une manière aussi solide, cela fatiguerait trop le soldat ; il faut se contenter de couvrir le bivouac par ces petits retranchements dont nous avons parlé, et qui se font à si peu de frais : un simple bourrelet de 1*",30 de hauteur, avec un petit fossé en dehors et une (ranchéi^ intérieure, suffit dans ce cas. Il faut se confier
dans la surveillance des troupes légères pour empêcher les surprises.
Des Baraques,
251. Od fait quelquefois camper les troupes dans des baraques au lieu de les loger sous la tente, et cela lorsqu'il est question de rester longtemps dans la même position. Tel a été le fameux camp de Boulogne, dans les années 1804 et 1805.
La grandeur et la forme de ces baraques dépendent de la grandeur des bois dont on peut disposer; il y a de l'économie à les faire aussi grandes que possible.
Il n'y a rien de fixe dans ce genre de construction^ on ne peut donc poser aucune règle; chacun doit se diriger suivant ses moyens. Nous avons fait des baraques couvertes de tuiles, et dont les intervalles que laissaient entre elles les principales pièces de la charpente étaient remplis en maçonneries de briques posées de champ, et d'autres où ces mêmes intervalles n'étaient garnis que de feuillages ; nous en avons fait qui pouvaient loger une compagnie entière, et d'autres qui ne pouvaient recevoir qu'une escouade. Les charpentiers de l'endroit indiqueront toujours ce qu'il y a de mieux à faire a cet égard.
Si les troupes doivent camper l'hiver, il faut creuser l'emplacement de chaque baraque de l'^^OO à 1"',20 audessous du sol, parce qu'ainsi enfoncées elles sont plus chaudes. Alors ces baraques se réduisent à un simple toit composé de chevrons qui, d'un bout posent à terre et de l'autre sur un faite soutenu par deux ou trois poteaux, suivant sa longueur. Il vaut mieux couvrir la baraque de chaume que de planches, parce que celles-ci laissent toujours passer l'eau. On descend dans la baraque par quelques
marches; les côtés en terre sont tapissés de paille retenue par quelques traverses.
Il faut compter O^^^ôO par homme dans rétablissement des baraques, et l'^fQO pour chaque lit de camp. Ce sont les nombres minima. Ainsi une baraque pour 16 hommes, devant remplacer la tente nouveau modèle qui, à la rigueur, suffit pour un pareil nombre d'hommes, aura 4"',80 de longueur et S'^.GO de largeur, en y étabhssant deux lits de camp et un couloir de 0™,80.