‹ Mémorial pour les travaux de guerreChapitre 25 sur 38 · TEMPS · texte numérisé non relu

TEMPS

Plaines.

Montées.

Descentes.

Du bourg A au village B

Du village B au village G

PuvillageCauyItlageD

DuvillageDàlavUleE

du bourg A )

Totaux< >

(à la ville Ej

gh 27m

Un seul officier est ordinairement chargé de tout ce travail dès le début de la campagne; il fait, en conséquence, rayer et préparer des papiers de manière à n'avoir plus qu'à remplir, par les indications écrites et par les signes coDventionnels: ce qui se fait assez vite pour ne pas arrêter l'avant-garde dans sa marche.

Les croquis sont recopiés aux bureaux de Tétat-major sur des rouleaux de papier fin collé sur taJBfetas, et les tableaux de récapitulation le sont sur des registres particuliers; du tout on fait un ensemble, qui porte pour titre général : Itinéraire de la tille M à la ville N, passant par m, n, p, etc.

Si l'itinéraire existe déjà, l'officier n'aura d'autre tâche que de le vérifier et de le rectifier.

Moyens (Texécutùm pour la reconnaissance dessinée.

260. On ne peut point exiger dans le dessin des reconnaissances militaires le degré d'exactitude que comportent les grandes opérations topographiques, qui se font avec les instruments les plus parfaits et en y mettant tout le temps nécessaire. C'est pendant la paix que les ingénieurs géographes se livrent aux travaux délicats de la géodésie. A la guerre, ce n'est le plus souvent qu'un dessin à vue que le général demande ; car on a rarement le temps de fixer sur le papier quelques points d'une manière précise par les procédés trigonométriques.

Quelquefois on peut se procurer les points principaux dans les mappes, les plans locaux, et même dans des cartes générales ; il ne reste plus alors qu'à figurer le terrain dans les réseaux de cette espèce de canevas.

Si l'on ne peut pas tout voir par soi-même, on s'informe des distances et de la nature des localités ; on interroge pour cela ceux dejs habitants qui paraissent le mieux connaître leur pays; mais ce doit être là le dernier moyen à employer , car les habitants ont souvent de l'intérêt à vous tromper.

L'officier fait sa reconnaissance escorté par des détachements qui chassent au loin les partis ennemis , et lui donnent la facilité de scruter le terrain et de prendre tous les renseignements qui peuvent intéresser le général.

261. L'instrument le plus commode pour prendre les angles principaux dans les reconnaissances, lorsqu'on veut donner au travail quelque exactitude et ne pas opérer simplement à vue, est le sextant ; on peut observer sans descendre de cheval, et l'exactitude que donne cet instru-

ment est plus que suffisante pour le but qu'on se propose. Le sextant à tabatière peut se tenir dans la poche ; l'ingénieur le porte ainsi partout avec lui, au sommet des clochers, à la cime des montagnes, sur les grands arbres, en un mot dans tous les endroits de difficile accès, qu'il est forcé d'atteindre pour planer sur le terrain qu'il cherche à représenter ; car c'est de là qu'on juge le mieux de la dis* position générale du site, de la distribution des eaux, des ramifications des montagnes et du contour des bois ; c'est encore de là qu'on peut prendre les prolongements et les alignements, si nécessaires pour donner de la justesse au levé.

262. On ne peut faire aucune espèce de levé sans avoir préalablement mesuré une base. Dans les reconnaissances militaires, cette base est ordinairement donnée par la distance connue entre deux objets relevés sur une carte. On doit cependant , si le temps le permet, mesurer directement cette base au mètre ou au pas ; car il s'en faut de beaucoup que toutes les cartes soient exactes.

Pour faire la mesure au pas , il faut connaître , par des expériences répétées, en terrain horizontal et en terrain varié , sur les grandes routes et dans les terres labourées, le rapport de son pas au mètre ; chaque officier doit avoir à ce sujet de petites tables toutes dressées qui le dispen* sent du calcul.

Quand on a de ^andes distances à mesurer, il est difficile de compter tous ses pas ; on doit alors connaître combien on en fait par minute , et le temps écoulé indiquera l'espace parcouru.

Quelquefois on mesure au pas du cheval ; mais il faut pour cela avoir bien étudié ses allures , et connaître l'es* pace qu'il parcourt à la minute.

Enfin la vitesse da son servira dans beaucoup de cir-r constances à eslimer les dislances , car on sait qu'il parcourt 340 mètres environ par seconde; il ne faudra, pour faire usage de cette indication , que savoir battre avec la main la mesure des secondes d'une manière assez exacte pour ne pas commettre d'erreur sensible dans huit ou dix secondes; ce qui est facile.

263. L'instrument le plus commode pour prendre les angles est le sextant, avons-nous dit; mais avec cet ins* trument on ne peut point suivre commodément les sinuosités d'une rivière ou d'un chemin creux ; on a recours alors à la boussole, toujours dans la supposition qu'on ne veuille pas se contenter d'un dessin à vue, et qu'on ait le temps de faire mieux. La boussole à réflexion de Reter est tout à fait applicable aux besoins militaires , parce qu'il n'est pas nécessaire de la poser sur un pied pour s'en servir ; il suffit avec un peu d'habitude de la tenir à la main. On doit reporter immédiatement 1^ angles, sur le papier, et pour cela avoir une feuille collée sur un carton et un rapporteur circulaire en corne, avec une petite règle sur laquelle l'échelle du plan est tracée; un petit compas dans un étui complète l'appareil. Pour faciliter ce travail , on trace d'avance sur le papier un grand nombre de lignes légères, parallèles entre elles, qui représentent pour tous les points du papier la direction du méridien magnétique. Ces lignes, faites au trait rouge, n'embrouilleront point le dessin et abrégeront considérablement l'opération; elles dispenseront de porter une équerre avec soi. On suit avec la boussole le cours des eaux et la direction des chemins ; on fait ainsi un canevas que l'on remplit à vue, en figurant sur place tous les accidents du terrain et les diverses par-r

ticularités que peuvent offrir les habitatioDs, les cultures et les travaux des hommes.

On se sert aussi très*avantageusement de la planchette dans les levés tels que nous les supposons ici. Un petit instrument très-commode pour prendre quelques angles dans les levés expéditifs est la boite d'arpenteur k couvercle mobile et à nonius; il ne faut qu'une canne pour s'en servir, et son petit volume doit la rendre très-usuelle.

Ainsi, les instruments dont un officier d'état-major doit être muni sont le sextant et la boussole pour les reconnaissances faites avec soin , et la boite d'arpenteur pour les petits levés de détail et les reconnaissances rapides où il n'y a que quelques angles à prendre, et où presque tout se fait à vue ; le même bâton peut servir de pied à la boussole et a la boite d'arpenteur. Une bonne lunette, un petit étui de mathématiques et une boite à couleurs sont également nécessaires.

264. Quand on n'a pas ses instruments avec soi, il faut savoir les suppléer en en fabriquant soi->même de grossiers avec tout ce qu'on peut se procurer. Ainsi , deux règles assemblées à charnière et dirigées sur deux objets donneront, par leur écartement , l'angle qu'ils comprennent , et cet angle, rapporté sur le papier, sera d'autant plus exact qu'on aura mis plus d'attention à pointer les deux règles ; le pied qu'on a dans la poche peut servir à cet usage.

On se fait aisément une planchette en clouant une feuille de sapin sur le premier bâton trouvé , lequel , ap~ pointi par le bout, servira à fixer la* planchette sur le terrain.

Mais un œil exercé vaut mieux que tous ces instruments imparfaits. Le levé purement a vue a sur tous les autres l'avantage d'une plus prompte exécution , et sou-

vent de donner une image plus fidèle des localités dont il aura mieux tracé le caractère que ne Taurait fait un dessin plus correct, mais moins pittoresque. La principale attention à avoir dans le levé à vue est de tenir constamment son papier orienté ; les quatre points cardinaux marqués approximativement par les quatre bords du papier sont les points auxquels on rapporte les directions de tous les objets qu'on veut représenter ; on se place , autant qu'on le peut, sur les lieux les plus élevés ; on compare sans cesse les distances cherchées aux distances obtenues , on vérifie par les alignements et les prolongements, on fait en un mot un véritable dessin d'après nature.

Le plus difficile est d'apprécier les distances avec assez d'exactitude pour ne pas faire de trop grandes erreurs ; il faut, dans cette estimation, avoir égard à l'état de l'atmosphère : un temps clair rapproche les objets, un temps obscur les éloigne ; à travers un vallon , ils paraissent plus près; la multiplicité des objets intermédiaires augmente leur distance apparente. Il faut donc se prémunir contre ces illusions. Ce n'est qu'après s'être souvent exercé sur le terrain qu'on acquiert la justesse de l'œil , sans laquelle on ne fera jamais ces levés expéditifs si utiles pour un chef d'armée.

265. Il est encore une manière d'opérer , mais qui n'est applicable qu'aux pays plats et découverts t|ui n'offrent qu'un petit nombre de points à relever : elle consiste à relever ces points au moyen d'une équerre d'arpenteur, en cheminant sur deux directions perpendiculaires. Si, par exemple , on avait à relever les points A, B, C, D, E, F, situés dans une plaine, on mesurerait sur les deux directions MM', NN' les distances Oa, Ob, Oc, Od, Oe, Of et Oa', Ob', Oc', Od', Oe', Of (tig. 60), comprises entre

le point et les perpendiculaires abaissées des différents points sur les deux lignes MM\ NN'.

Ce procédé , tout simple qu'il est, ne peut convenir qu'à de petits levés; on le modifie un peu ruand on veut faire le plan d'un village ; en suivant l'axe de chaque rue, on relève ce qui est à droite et à gauche, par des perpendiculaires dont on estime à vue les longueurs.

266. Les hauteurs relatives des différents points relevés seront données, si le temps le permet, par un niveU lement régulier; sinon on ne déterminera que les principales, par des opérations trigonométriques ; le baromètre peut donner les grandes hauteurs. Bien entendu que ces opérations délicates ne se font que dans les reronnaissances en pays conquis et entièrement soumis : elles sont donc du ressort de l'ingénieur géograplie.

Quand on a fixé les hauteurs des points principaux par les procédés que je viens d'indiquer , on détermine celles des autres points par approximation et à vue , en les comparant avec les premières.

On peut aussi faire usage d'un instrument à réflexion dans le genre de la boussole de Keter. Il est composé d'un disque auquel une masse de plomb est attachée, et divisé en degrés à sa circonférence. Quand l'instrument est placé verticalement, son zéro est dans la ligne du fil à plomb, en sorte qu'en dirigeant la pinnule sur des objets plus ou moins élevés , on voit par réflexion les degrés d'élévation. Un petit calcul fort simple , ou un quartier de réduction préparé adthoc, donne, au moyen de cet angle, la hauteur du point observé, quand on connaît sa distance.

267. En récapitulant, nous voyons que le travail à faire, pour une reconnaissance soignée, est de jeter d'à-

bord sur le terrain quelques triangles , en se servant du sextant pour la mesure de leurs angles ; de fixer la position des roules et des cours d'eau avec la boussole, la planchette ou la boite d'arpenteur ; et de remplir à vue les réseaux de ce canevas.

268. Le figuré du terrain consiste k représenter par des hachures les difierents accidents ; ces hachures doivent suivre la direction des lignes de plus grande pente, assez bien indiquée par le sillonnement des eaux sur la surface des mamelons qu'on cherche k imiter. On sent combien le dessin du paysage doit être utile k l'ingénieur dans cette étude de la nature.

La représentation du terrain par les courbes horizontales ou lignes de niveau, est encore plus expéditive quand on se borne k les tracer k vue et par approximation. On peut ensuite, en rentrant k la maison, faire les hachures au moyen de ces courbes auxquelles elles doivent être perpendiculaires, et donner au dessin le pittoresque qui le fait valoir '«t le rend intelligible a tous les yeux.

Les forêts, les maisons, ainsi que les montagnes, doivent être représentées k vue d'oiseau et non en rabattement, comme dans la plupart des vieilles cartes; ces rabattements couvrent souvent des parties qu'il est intéressant de faire connaître, et donnent d'ailleurs une idée fausse du terrain.

269. Le dessin perspectif sera toutefois employé pour représenter telle partie de la reconnaissance dtnt la simple projection horizontale ne donnerait pas une idée suffisante. Quelques coupes faites en travers des vallées , quelques profils atteindront le même but; ces dessins partiels

doivent être faits en marge, ou mieux encore sur des feuilles à part.

Le lavis est un excellent moyen pour donner du relief à la représentation du terrain ; on l'emploie par-dessus les hachures faites au crayon ou à la plume , en supposant que la lumière arrive par l'angle supérieur gauche du papier.

Enfin, Tenlumination est le dernier degré de perfection à donner au dessin ; elle exige beaucoup de goût et d'habitude. Un dessin serait souvent très-bon au simple Irait, qui devient mauvais quand on l'a maladroitement couvert de couleurs. En général , il vaut mieux tenir les teintes trop pâles que de les forcer en couleur. Cherchez à les fondre , à les amalgamer sur leurs bords ; évitez tout ce qui est tranchant ; efforcez-vous d'imiter le tableau que la nature offre k vos yeux quand vous la contemplez d'une hauteur élevée.

Page 1