‹ Mémorial pour les travaux de guerreChapitre 26 sur 38 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

TruwmuiL des sië^eff.

SECTION PREMIÈRE

Préliminaires^ Approvisionnements.

270. Quoique la guerre des sièges soit celle qu'il importe le moins aux Suisses de connaître, puisque cette guerre est celle des conquêtes, cependant nos officiers d'état-major ne doivent point rester étrangers aux travaux qu'elle exige, d'autant plus que ces travaux peuvent se retrouver en tout ou en partie dans l'attaque de certains retranchements si bien conditionnés qu'on n'en peut venir k bout par les attaques de vive force. Je donnerai donc, de la manière la plus brève qu'il me sera possible, les détails indispensables pour ce genre de travaux, en renvoyant aux traités spéciaux ceux qui voudront quelque chose de plus circonstancié.

271. Dès que le siège d'une place est décidé, on en fait l'investissement et la reconnaissance; on établit les camps tout autour et hors de la portée du canon ; on couvre ces camps par deux lignes : l'une , dont les ouvrages sont tournés du côté de la place et h laquelle on donne le nom de contrevdlation^ est destinée h repousser les sorties de

la garnison ; l'autre , la ligne de circonvallation^ fait face à la campagne , et a pour objet d'arrêter les secours.

Ces deux lignes , dont César nous a donné un si bel exemple au siège d'AIexie , où il avait a combattre deux armées plus fortes que la sienne, l'une dans la place ^ et l'autre à l'extérieur , lignes qui furent imitées par les restaurateurs de la tactique moderne , sont bien rarement indispensables. Maintenant que l'armée qui attaque est si disproportionnée avec celle qui se défend, il n'est plus nécessaire de contrevallation , et les sièges ne se faisant plus que par les réserves, et se trouvant couverts par les armées actives , la circonvallation devient également inutile, ou du moins elle n'est plus indispensable. Yauban luimême blâme l'abus qu'on faisait de son temps de ce genre de construction. Il dit que le moyen le plus sûr de couvrir le siège est une armée d'observation , indépendante de celle qui fait le siège.

272. La suppression des lignes simplifie considérablement les sièges ; mais il ne faut pas pour cela qu'elles soient et restent toujours proscrites; il est des cas où elles deviennent nécessaires. Au siège de Mantoue, la division Miollis fut renfermée dans des ouvrages tournés contre le dehors et contre la place. La faiblesse de larmée française comportait ces précautions, et le résultat les justifia.

L'archiduc Charles , assiégeant dans Kehl une armée tout entière commandée par Moreau , couvrit ses camps par une contrevallation continue, dont les deux extrémités étaient appuyées au Rhin.

Mais ce sont là des cas assez rares , qui commandent impérativement des mesures de prudence , et qui sont une preuve nouvelle qu'il n'y a rien d'exclusif à la guerre. Ils n'empêchent pas de poser en thèse générale que les lignes

de siège doivent être supprimées dans les cas ordinaires, ou du moins remplacées par quelques redoutes ou fortins occupant les points les plus avantageux pour commander la campagne, pour barrer les avenues et foudroyer l'ennemi qui tenterait une sortie. C'est ainsi que le maréchal Lefebvre en usa contre Dantzick , qu'il assiégeait avec une armée tout au plus égale à la garnison.

Quand on voit le grand Gondé surpris par Turenne dans les lignes d'Ârras , celui-ci recevoir le même affront dans celles de Valenciennes, et qu'^ ces exemples fameux on en peut joindre tant d'autres, on conviendra que la ligne de circonvallation , du moins comme on la faisait autrefois , ne signifie pas grand'chose. Vaut-il la peine de construire un prodigieux'développement d'ouvrages continus pour arrêter quelques partisans ou quelques chariots? Fermez les avenues et tenez la campagne avec des corps d'observation, et vous ne craindrez point ces petits revers.

273. Avant de commencer les attaques , ou s'approvisionne dans les forêts voisines de tous les objets nécessaires à la construction des tranchées , tels que fascines, gabions, piquets, fagots de sape, claies et blindes.

Les fascines sont de deux espèces: celles qui doivent servir aux revêtements; elles sont en tout semblables à celles qui ont été décrites dans le numéro 71 ; et les fascines à tracer qui ont 1™,50 de longueur et seulement 0™,15 de diamètre ; elles n'ont que deux liens à 0"*,40 des extrémités et sont moins serrées que les fascines ordinaires; deux hommes peuvent en faire quatre par heure. On se sert de ces fascines pour tracer les tranchées en les couchant bout a bout sur le terrain. De la paille tordue en corde peut servir au même objet.

274. Les gabions de tranchée sont plus petits que ceux dont uous avons parlé dans le numéro 85; ils n'ont que 0™,65 de diamètre extérieur, et 0™,80 de hauteur de clayonnage ; on y emploie huit piquets de 0"',95 de longueur et 3 centimètres de grosseur; leur poids est de 40 à 45 livres. Trois gabions rangés k côté l'un de Tautre occupent une longueur de deux mètres. Si les bois dont on se sert pour clayonner sont forts , on peut ne mettre que sept piquets au lieu de huit dans chaque gabion. Trois hommes font aisément un gabion par heure , deux faisant le clayonnage et le troisième préparant les branches auxquelles il ôte les feuilles et dont il tresse les menus rameaux.

On facilite beaucoup la confection des gabions , qui est assez délicate lorsqu'on veut conserver la forme exactement cylindrique , en se servant, soit pour planter les piquets, soit pour les maintenir k leurs distances respectives, de deux cerceaux concentriques réunis par huit taquets, et laissant entre eux un vide de trois centimètres. Le plus' grand des cerceaux doit avoir 0™,30 de rayon intérieur, et le plus petit 0"°,27 de rayon extérieur , leur épaisseur étant d'ailleurs quelconque. En relevant le cerceau jusqu'à moitié hauteur des piquets, il les maintient à leur distance ; on peut alors clayonner la partie supérieure du gabion , et quand cela est fait , on le retourne pour clayonner l'autre moitié. Deux hommes , au moyen du cerceau» font à peu près le même ouvrage que trois sans cela. Des petits tonneaux défoncés peuvent remplacer les gabions de tranchée. On doit , dit Vauban , faire amas de barriques vides de l'artillerie , de même que celles qu'on peut trouver chez les vivandières et k la campagne.

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