‹ Mémorial pour les travaux de guerreChapitre 27 sur 38 · Les piquets ont 1™,00 de longueur et environ · texte numérisé non relu

Les piquets ont 1™,00 de longueur et environ

0^^,12 de tour; ils sont appointispar un bout; on compte trois piquets par fascine de revêtement. Un homme en prépare 120 à 140 par heure; on les lie en bottes de vingtcinq.

276. Les fagots de sape sont composés de rondins bien dressés , serrés les uns contre les autres, liés de deux harts et sciés à la longueur de 0™,75. Le fagot a 22 à 25 centimètres de diamètre; il pèse 15 k 20 livres. Un piqaet d^un mètre de longueur, aiguisé par son extrémité, est placé dans le milieu du fagot et sert à le planter partout où on le juge convenable. C'est avec ces fagots aussi bien qu'avec des sacs à terre qu'on garnit les intervalles que laissent entre eux deux gabions successifs. Deux hommes en font trois par heure.

277. Les claies ont 2",00 de long et 1",00 de large; sept piquets espacés de 0*^,33, ou un pied, en forment la carcasse. Les brins du clayonnage sont arrêtés aux quatre coins par quatre fortes harts et par quatre autres dans le milieu des côtés. Les piquets ont 1"',15 de long et 3 k4 centimètres de grosseur. On les plante verticalement en les enfonçant de 15 centimètres pour opérer le clayonnage. Les branches doivent envelopper les piquets extrêmes ; quand la claie est achevée , on scie les pointes qui débordent. Les claies servent k se mettre k sec dans les endroits fangeux. Trois hommes en font une dans une heure et demie.

278. Les blindes sont des pièces de charpente composées de deux montants A et de deux traverses B (fig. 61®), assemblés k tenons et a mortaises. Les montants ont trois mètres de longueur totale, et les traverses 1°',00 entre les

montaots. Ces deux traverses laissent entre elles un inter-* valle de deux mètres. Les bois des blindes peuvent être ronds ou équarris à la grosseur de 10 centimètres. On se sert des blindes pour faire des tranchées couvertes. Un charpentier peut en préparer une en quatre ou cinq heu-* res de travail.

279. On doit ajoutera ces approvisionnements les sac$ à terre qu^on apporte tout confectionnés dans les fourgons du génie. Ce sont des petits sacs de (ï^fib de long et O^'fSô de large, mesurés vides. On les remplit de terre quand on veut s'en servir pour couronner les parapets et y faire des créneaux , ou pour remplir rapidement quelques gabions. Ces sacs k terre sont plus petits que ceux dont nous avons parlé au n? 93 , parce qu'ils doivent être plus maniables. Leur volume , quand ils sont liés , est de 0°>,020^ et leur poids de 25 kilog. environ, ou 50 livres.

Tous ces objets sont déposés dans des endroits couverts ou hors de la portée du canon. On ne sort les matériaux des dépôts de tranchée qu'à mesure du besoin ; il faut beaucoup d'ordre dans leur administration pour évi<ter le gaspillage ou les faux emplois.

SECTION SECONDE

Cheminements contre la place.

280. Avant Louis XIV, les attaques se faisaient sans méthode; elles étaient très-meurtrières. Yauban nous a enseigné la marche la plus sûre et en même temps la plus expéditive : elle consiste à prendre les prolongements des faces des ouvrages attaqués, pour établir des batteries à

ricocbels sur ces directions, et a réunir toutes ces batteries entre elles par des tranchées parallèles à la place , dans lesquelles se tiennent les gardes destinées à protéger le travail contre les entreprises de la garnison , et sur lesquelles s'appuient les cheminements en zigzags dirigés vers les saillants.

La première de ces parallèhs ou pla4:es alarmes s'établit à la dérobée , en profitant de l'obscurité de la nuit ; sa distance aux premiers ouvrages de la place a d'abord été fixée par Yauban à 600 mètres ; les ingénieurs qui l'ont suivi l'ont réduite à 500 , et les exemples les plus récents m'ont convaincu que 300 mètres suffisent. Marescot, au siège dç Landrecies , l'établit à peu près à cette distance ; Cbasseloup , à Mantoue , ouvrit la tranchée ^ 200 mètres de la place; Rogniat, sous les murs deTortose, fit ses premiers travaux à une distance encore moindre. Mais on ne sera pas toujours assez favorisé par les circonstances locales et du moment , pour se rapprocher k ce point ; en sorte que la distance que je viens de fixer est celle qui me parait tenir un juste milieu entre ce que faisaient nos devanciers et ce qu'ont fait de nos jours les plds illustres ingénieurs. A cette distance de 300 mètres on est hors de portée de la fusillade , et la mitraille même est peu à craindre , surtout la nuit , qui est le moment où l'on commence le travail.

281. En rapprochant, comme je crois qu'on doit le faire dans les cas ordinaires, la première parallèle (fig. 62^), on acquiert plusieurs avantages : d'abord on a moins d'ouvrage à faire; ensuite les batteries qu'on établit dans cette parallèle peuvent y rester jusqu'à la fin du siège, tandis que, suivant Tancienne méthode, il fallait les transporter de la première à la seconde parallèle , et ce transport était

toujours pénible et dangereux. Ces batteries, au lieu de se faire sur le terrain naturel en avant de la parallèle , suivant la coutume des Français, se construiront dans la parallèle même par un rélargissement suffisant ; on en viendra à bout sans danger et sans que Teunemi s'en aperçoive, car du dehors on ne verra rien de plus qu^une tranchée ordinaire. Il n'y a d'autre inconvénient à ces batteries que la nécessité où l'on se trouve de faire les embrasures biaises , ce qui n'est qu'un bien petit mal quand l'obliquité n'est pas très-grande ; si elle Test trop, on construit la batterie à redam comme l'indique la fig. 62® bis, c'est-à-dire que, pour chaque pièce, on fait une crémaillère dans l'épaulement , perpendiculaire à la directrice de l'embrasure. En s'exposant un peu , et portant la batterie en dehors pour lui donner la direction convenable, on évite sans doute la complication de cette construction, mais on achète bien cher cet avantage par la perte de quelques braves. Au reste, dans ce cas même, on peut encore commencer par faire une tranchée ordinaire en dehors et en avant de la parallèle pour y construire ensuite la batterie par un rélargissement convenable. Cette batterie, indépendamment de la bonne direction qu'on aura pu lui donner ainsi, aura cet autre avantage d'être séparée de la parallèle, et de n'être point entravée par la circulation qui s'y fait habituellement. Il y a un peu plus d'ouvrage ainsi qu'autrement; mais on ne doit point dans les sièges regarder h la peine , car si l'on en usait ainsi on ne ferait rien.

Je devais d'autant plus indiquer la construction des batteries h redans, que les artilleurs n'en peuvent pas faire d'autres lorsqu'ils veulent établir des pièces d'enfilade sur une chaussée ou une digue étroite, et dont la direction est oblique relativement à l'objet qu'ils ont dessein de battre. Un inconvénient de ces batteries à redans qu'on ne saurait

dissimuler, c'est qu'elles exigent pour leur conslruction des saucissons d'une très-grande longueur, et par cela même difficiles à confectionner; et que les ouvertures extérieures des embrasures étant très-larges , les boulets de l'ennemi les atteignent plus aisément.

282. Vouverture de la tranchée se fait de nuit afin de dérober le travail h l'ennemi ; et, au jour, la tranchée est assez avancée pour recevoir et mettre à l'abri les soldats qui doivent la garder et ceux qui ont pour tâche de la rélargir.

Les ingénieurs reconnaissent h la tombée de la nuit les points par lesquels la première parallèle doit passer. Ils mettent tous leurs soins b n'être point aperçus , et ils se présentent sur plusieurs côtés différents pour cacher la véritable attaque. Ce n'est que lorsque la ligne a été bien arrêtée par une ou plusieurs reconnaissances que l'ouverture de la trapchée a lieu.

Pour y procéder, les travailleurs sont disposés sur deux files, près des dépôts ; ils reçoivent chacun une pelle, une pioche et une fascine à tracer. Les officiers du génie les conduisent en ordre sur l'emplacement de la parallèle. Ceux qui, arrivés là, devront tournera droite, porteront la fascine sous le bras gauche et leurs outils sur Tépaule droite. Ce sera l'inverse pour ceux qui devront tourner à gauche.

Les travailleurs sont placés sur la ligne à la distance de 1™,50 les uns des autres , par le mouvement par file sur la gauche ou sur la droite en bataille. Ils posent leurs fascines bout b bout et restent couchés derrière, jusqu'à ce que le tracé étant vérifié, ils reçoivent de proche en proche Tordre de se lever et de travailler, par les mots haut le bras que l'officier du génie prononce b voix basse. Ils se

dépêchent de se creuser un logement en jetant la terre contre la fascine, du côté de la place.

La tâche des travailleurs de nuit est de donner à la tranchée 1"',00 de profondeur et 1"*,30 delargeuren bas. Les travailleurs de jour , qui succèdent aux premiers, rélargissent la tranchée de 1™,70, de manière qu'elle ait S^jOO au fond, conformément au profil de la figure 64®. Ce sont les soldats du génie ou d'autres ouvriers de choix qui ensuite y pratiquent des gradins et des rampes, la où c'est nécessaire.

' Ce travail de la première nuit est couvert par des gardes que l'on distribue en petits détachements , autant que possible, dans les plis du terrain, ou qui restent couchés, prêts à repousser les troupes ennemies qui poifrraient se présenter pour troubler les travailleurs.

283. Quand la première parallèle est terminée , ainsi que ses communications avec les dépôts qui se font en même temps et de la même manière, on s'approche de la place en cheminant en zigzags le long des capitales pour éviter le feu des ouvrages. A moitié chemin, Yauban construisait une seconde parallèle pour rapprocher ses batteries et ses défenses ; puis il continuait les zigzags jusqu'à la queue des glacis, où il établissait une troisième et dernière parallèle. Entre celle-ci et la seconde étaient ce qu'il appela des demi-places d'arm^s^ ou portions de parallèles, toujours construites dans l'intention de protéger de près les travailleurs.

Voilà ce qu'on doit faire encore dans les cas extraordinaires, quand on a beaucoup k craindre d'une forte garnison, ou qu'on attaque une forteresse du premier ordre. Mais, dans les circonstances communes, notre marche sera un peu différente : nous ne ferons que deux parallèles (fig.

62^ ), la première à 300 mètres, comme nous Tavons dit, la seconde à la queue des glacis; et, dans l'intervalle, des demi-places d'armes protégeront nos travailleurs jusqu'à ce que la seconde parallèle soit construite.

La première parallèle est terminée par deux redoutes qui la défendent par leurs feux ; ses communications avec les dépôts de tranchée se font en zigzags , à moins que des chemins creux , des vallons ou des ravins ne permettent l'approche de la place et ne dispensent de ce travail.

284. Les profils de la première et de la seconde parallèle ne sont pas tout à fait semblables : celui de la première parallèle (fig. 64^), n'a point de revêtement; celui de la seconde parallèle (fig. 63®) présente un parapet soutenu par des gabions : l'un ne donne que trois mètres de terre-plein à la tranchée ; l'autre lui en donne quatre. Ces différences tiennent à la manière dont ces deux tranchées sont construites et aux usages un peu différents auxquels elles sont destinées : Tune et l'autre devant couvrir également bien, ont la même profondeur, 1",00 vers le parapet et 1™,20 au revers de la tranchée. Cet approfondissement en arrière est afin de procurer un écoulement aux eaux. Si la tranchée a une pente en long bien prononcée, l'approfondissement de 0°',20 n'est plus nécessaire ; mais il est toujours convenable pour le défilement. Le parapet a de 1™,00 à 1",30 de hauteur, selon le besoin; il vaut toujours mieux exagérer un peu la hauteur que de rester trop bas.

La première parallèle , assez éloignée de la place, et construite d une nuit dans tout son développement, n'a pas besoin d'une solidité pareille à celle de la seconde, qui se construit pied a pied, sous le feu de l'ennemi, et en se servant de gabions pour se couvrir plus promptemeut

el plus sûrement. Une circulation plus active se fait dans la seconde parallèle, ce qui exige une plus grande largeur. Telles sont les^ raisons qui motivent la différence des deux profils.

Il faut qu'on puisse sortir aisément des places d'armes, soit en passant par-dessus le parapet pour attaquer l'ennemi, soit en montant sur le revers pour Téviter. C'est pour cette raison que, de distance en distance, on construit des gradins du côté du parapet, comme l'indique le profil, et que le talus du revers se fait en rampe douce ou en gradins sur tout le développement. Dans les portions de parallèles où l'on fait des gradins, on prend sur le revers les terres pour faire ces gradins , en sorte que ce qu'on perd en espace d'un côté on le regagne de l'autre , et de cette manière le fond de la tranchée a toujours la largeur prescrite. Dans les parties où il n'y a pas de gradins, la tranchée présente du côté du parapet un talus plus ou moins roide, suivant la nature des terres : il est ordinairement de 0°',25 ; mais dans les terres légères il faut lui donner le double.

285. Quant aux zigzags, leur profil indiqué par la figure 65° ne donne que 2",50 de largeur à leur terreplein, avec des talus assez rapides de côté et d'autre. Ils ne sont destinés qu'a la circulation ; ils ne renferment point de défenseurs, d'où résulte une largeur moindre que celle des parallèles ; on ne débouche point de ces communications pour attaquer l'ennemi, les gradins sont donc inutiles.

L'approfondissement de 0"',20 du fond de la tranchée du côlé du revers est encore plus nécessaire dans le profil des zigzags que dans celui des parallèles , et même serat-on quelquefois obligé de l'augmenter encore, parce que

les zigzags, ou boyaux de tranchée, s'avançant obliquement vers la place, sont plus facilement plongés des ouvrages que les parallèles qui se présentent de face.

Leur parapet ne peut pas avoir moins de 1™,30 de hauteur au-dessus du terrain naturel, pour la facilité du défilement. Et^ dans le même but, il est bon de ne donner que 2™, 50 de largeur au fond.

De la Sape.

286. Du moment où Ton se trouve sous l'influence des feux de mousqueterie les tranchées se font avec le gabion, et ce travail reçoit le nom de sape.

On chemine k la sape volante , si l'on pose à la fois plusieurs gabions pour les remplir tous ensemble ; et k h sape pleine^ si l'on ne pose un gabion qu'après avoir rempli le précédent. Cette dernière mélhode est plus lente et plus sûre; la seconde est plus prompte, et s'emploie toutes les fois que les ténèbres favorisent, ou que le feu de Tennemi se ralentit.

A la sape volante, chaque travailleur, armé d'une pelle et d'une pioche, doit remplir deux gabions et faire sa tranchée d'un mètre de profondeur et d'un mètre de largeur en haut, avec un talus de 0"',25 du côté des gabions. Les travailleurs se gêneraient s'il y en avait un par gabion; d'un autre côté un homme ne peut pas porter deux gabions. Il faut donc que la moitié des travailleurs , par exemple, ceux de rang pair, s'en aillent après avoir posé chacun son gabion sur la ligne, et remis son outil, pelle ou pioche, au travailleur, numéro impair, qui a marché avec lui.

Le creusement ne doit commencer que lorsque l'alignement a été vérifié par qui de droit et le signal donné.

287. Pour opérer h la sape pleine, il faut des hommes instruits dans ce métier. Ils se mettent quatre : le premier place, au moyen d'une petite fourche , un gabion vide, en se cachant du mieux qu'il peut derrière le gabion déjà rempli ; il se dépêche de remplir le gabion vide en creusant le terrain de Q^,50 en tout sens ; il ménage avec soin une petite berme de O'^^SO et laisse un peu de talus aux terres du côté du parapet. Si les terres sont très -mauvaises, il faut donner plus de largeur à la berme et la porter jusqu'à 0™,50, afin que , lorsque la tranchée sera faite^ on puisse donner un peu plus de talus aux terres par un recoupement intérieur. Un grand gabion rempli de laine oa de fascines, auquel on donne le nom de gabion farci et que le premier sapeur roule devant lui, le garantit des coups directs; toutefois son poste est périlleux, et il se dépêche de remplir deux gabions ; quand cela est fait, il cède sa placel au second sapeur, let va travailler à la suite du quatrième devenu troisième.

Le second et le troisième sapeurs aident le premier dans le déplacement du gabion farci. Â cet effet, ils sont pourvus chacun d'un crochet de sape.

La tâche du second sapeur est un peu moins périlleuse; il doit rélargir et approfondir la tranchée de 0™, 17, en ménageant toujours le mène talus du côté du parapet.

Le troisième et le quatrième en font autant et couronnent de fascines les gabions ; ils donnent ainsi à la tranchée un mètre de profondeur et un mètre de largeur en haut avec 0'",75 de largeur par le bas , et au parapet une hauteur de 1"',30 au-dessus du terrain. Ce sont les travailleurs ordinaires qui rélargissent la tranchée et lui donnent les dimensions qu'indiquent les profils. La terre qu'ils jettent en avant du revêlement ne sert qu'à répaissir le parapet sans lui donner plus de hauteur.

Par cette rotation , chaque sapeur occupe successivement toutes les places, et le péril est partagé.

Quatre autres sapeurs de la même escouade se tiennent en repos derrière ceux qui travaillent , et leur donnent les gabions et les fascines dont ils ont besoin. Ces quatre sapeurs remplaceront les quatre premiers lorsque ceux-ci auront rempli chacun deux gabions.

A mesure que la sape avance, le quatrième sapeur fait passer au premier, par l'intermédiaire des deux autres, les fagots de sape qui doivent se placer entre deux gabions , tant qu'il n'y a pas en avant une quantité suffisante de terre pour les couvrir. Une dixaine de fagots, qui passent ainsi successivement de la queue à la tête du travail , suffisent pour une sape.

288. Le gabion farci dont on se sert pour couvrir la sape a 2°',30 de longueur et 1™,30 de diamètre extérieur; on le manœuvre avec deux crocs ou crochets de sape, dont les hampes ont 3",50 de longueur. Ces crochets présentent deux pointes droites de dix centimètres, formant équerre et adaptées à une douille de 0°',15. La hampe est munie à l'autre extrémité d'un anneau de 4 à 5 centimètres d'ouverture, au moyen duquel on peut fixer au sol le crochet de sape pour empêcher le gabion farci de se déplacer.

Les gabions de sape se placent soit à la main, soit en se servant de petites fourches de f ,50 de longueur. Ces fourches de sape ont trois pointes : deux dans le prolongement du manche , et la troisième d'équerre avec cellesci, servant de crochet. Les trois pointes sont droites pour se dégager plus facilement du clayonnage ; les premières ont 10 à 13 centimètres de longueur, la troisième est plus courte.

On estime qu'en terrain ordinaire, le travail de la sape pleine s'avance de quatre gabions par heure.

289. Il faut avoir plusieurs gabions farcis à la portée de la sape, parce que suivant la direction que l'on tient, il faut quelquefois faire la sape double, et que toutes les fois qu'on change de direction , on est obligé de laisser le gabion en place et d'en employer un autre pour pousser en avant. On fait passer ce dernier par-dessus les gabions déjà posés, en le roulant sur deux poutrelles munies de crans qui l'empêchent de glisser et de revenir en arrière. Une fois sur le parapet, on le pousse avec les fourches et on le retient au moyen de deux cordes à crochets afin qu'il n'aille pas trop loin. Après cela on abat dans la tranchée deux ou trois gabions pour se faire un passage , on enlève la terre du parapet avec une pelle courbée ou dragucy et aussitôt qu'on a préparé la place d'un gabion dans la nouvelle ligne , on le remplit. Il en faudra ainsi poser deux ou trois pour joindre le gabion farci. Alors on continue comme de coutume.

On retirera le premier gabion farci , après qu'on aura jeté en avant assez de terre pour être à couvert, malgré qu'on l'ait fait tomber dans la tranchée , puis on le remplacera par une rangée de gabions ordinaires.

290. Quand la première parallèle est construite, on marque, par des piquets plantés sur le parapet, le prolongement des faces nécessaire pour l'établissement des batteries et celui des capitales pour les cheminements. Ce dernier s'obtient approximativement en partageant en deux parties égales l'espace compris sur la tranchée, entre les prolongements des deux faces de l'ouvrage^ el cette approximation est plus que sufiBsante. Quelquefois l'alignement

de deux saillants placés l'un devant l'autre servira à indiquer la capitale; d'autres fois, quand on voudra faire usage de la boussole , la formule suivante fera connaître l'angle X, que l'aiguille aimantée doit faire avec la capitale, lorsqu'on connaîtra les angles a et /3, que les prolongements des faces font avec cette même aiguille :

La première valeur est relative au cas où les deux angles a et /3 sont mesurés du même côté du méridien magnétique; la seconde correspond au cas où l'un de ces deux angles se mesure d'un côté, tandis que l'autre se mesure du côté opposé.

L'angle x étant ainsi connu» on cherchera dans la parallèle le point pour lequel l'aiguille delà boussole marque le même angle ; ce point sera celui par lequel la capital^ doit passer.

291. Quant aux cheminements en zigzag, il faut avoir soin d'éviter l'enfilade, en dirigeant chaque crochet de 20 à 25 mètres en dehors des ouvrages de la place , et en couvrant les retours par des prolongements de 8 k 10 mètres.

On se dirige, en remarquant le jour quelque point à l'horizon qui puisse encore être découvert pendant la nuit, ou en se servant de la boussole, après avoir mesuré sur le plan directeur des attaques, déposé chez le chef du génie, les angles que les cheminements qu'on projette doivent faire avec l'aiguille.

A défaut de point visible, on peut encore, lorsqu'il ne fait plus assez jour pour être vu de la place, et qu'il ne fait pas assez nuit pour ne plus rien distinguer, sortir de la tranchée et aller jalonner les portions qui devront être

faites pendant la nuit. A cet effet on plante des piquets garnis de paille , et reconnaissables dans l'obscurité. On peut alors tendre un ruban de fil blanc entre deux piquets pour faciliter la pose des gabions.

Les crochets ne doivent s'écarter que de 30 à 40 mètres de la capitale vers la première parallèle, et seulement de 15 h 20 vers la seconde ; si on les étendait davantage, ils gêneraient le tir des batteries en arrière: il faut toujours s'arranger pour que celles-ci ne soient point masquées.

292. Ce que nous venons de dire ne suppose autre chose, sinon que la fortification de la place est composée de parties saillantes et rentrantes ; la méthode est toujours la même , quel que soit le système adopté pour cette fortification ; ce que nous allons dire ne préjuge rien de plus : nous pouvons donc continuer k décrire la marche des attaques , sans entrer dans aucun détail sur la fortification permanente, ce qui nous permettra d'achever notre tâche, sans rien changer au plan de cet ouvrage.

Cheminements sur les Glacis.

203. Quand la dernière parallèle est achevée, on fait simultanément sur chaque saillant du chemin couvert les travaux que je vais indiquer, et qui se trouvent amplement détaillés dans tous les traités sur l'attaque des places.

On débouche à droite et à gauche de la capitale pour diriger circulairement une tranchée AB, à laquelle on donne le nom de portion circulaire (fig. 66®). Elle se fait par deux sapes qui vont à la rencontre l'une de l'autre, et se réunissent au milieu ; de là les deux sapes marchent parallèlement sur la capitale et à la distance de 4"" ,00 l'une de l'autre, pour former ce qu'on appelle une sape double

et de bout. Elle se dirige droit sur l'angle saillaDt du chemin couvert , ce qui lui a fait donner le nom de sape de bout; et quand on commence k être plongé dans la tranchée , les deux sapes se séparent pour former un tambour Cy espèce de traverse au delà de laquelle les sapes se réunissent de nouveau et se continuent de bout jusqu'au milieu du glacis, c'est-à-dire jusqu'à une trentaine de mètres du saillant. Là on s'arrête pour faire un bout de parallèle ou place d'armes, qui fait avec la sape de bout une espèce de T, lettre dont elle porte le nom. Cette place d'armes est terminée , à droite et a gauche, par les cacaliers de tranchée D, D' qui sont des parapets à grand relief, faits de deux ou trois gabions de hauteur, comme l'indiquent les 6gures 67® et 68^ C'est de ces parapets élevés que les meilleurs tireurs plongent dans le chemin couvert qu'ils dominent, et en chassent les défenseurs. On place aussi derrière les cavaliers des pierriers destinés à couvrir de projectiles les ouvrages qu'on attaque.

294. Dans les cas ordinaires , il suffit de deux gabions de hauteur pour former le cavalier fig. 67^ mais, lorsque le glacis a beaucoup de pente, il faut trois rangs de gabions fig. 68®, et quelquefois davantage. Dans l'un et l'autre cas, c'est en prenant les terres en arrière qu'on trouve ce qu'il faut pour les parapets et les gradins attenants ; la largeur de la tranchée dépend alors de ce qu'il a fallu de terre pour la construction du cavalier; elle n'a rien de fixe. Lorsque les terres sont faciles à manier, la gabionnade du cavalier se fait comme l'indique la première figure ; l'autre montre comment on répaissit d'abord le parapet intérieurement par des gabions accolés, lorsque le feu de la place est très-vif^ ou que les terres sont mauvaises.

295. Dès que les cavaliers sont achevés et armés, on débouche de droite et de gauche par deux sapes doubles et de bout, qui vont se réunir en E, à une huitaine de mètres du saillant qu'on attaque. De là on tourne à droite et à gauche, parallèlement aux branches du chemin couvert, pour faire ce qu'on appelle le couronnement du chemin couvert; c'est tout simplement une sape ordinaire k 4 ou 5 mètres delà crête du chemin couvert.

On ne prolonge pas le couronnement trop loin, afin que les batteries à ricochets, qui continuent leurs feux sur les ouvrages en arrière, ne se trouvent pas masquées.

Quand le couronnement du chemin couvert est achevé, on est maitre de tout le saillant.

Si l'ouvrage en arrière défend mal le terre-plein du chemin couvert, ou si cet ouvrage est paralysé par un ricochet bien organisé , on descend dans le chemin couvert pour couronner la contrescarpe et empêcher ainsi les assiégés de manœuvrer dans le fossé.

296. Telle est la marche méthodique, lente à la vérité, mais sûre et peu périlleuse. On s'en écarte quelquefois pour attaquer le chemin couvert de vive force ; et cela ne doit arriver que dans le cas où la garnison ne se défend que faiblement, ou que le chemin couvert ne pouvant pas être bien ricoché , on n'a pas d'autre moyen d'en chasser les défenseurs; ou enfin, lorsque, par une raison quelconque, les cavaliers sont insuffisants pour nettoyer complètement le chemin couvert. Alors des grenadiers, en dé^ bouchant de la dernière parallèle , se portent hardiment sur le chemin couvert pour en chasser les défenseurs ; des travailleurs les suivent, portant chacun un gabion et une pelle ou une pioche ; les officiers du génie placent ces gabions, et les font remplir pendant que les grenadiers com-

battent et cherchent à se maintenir. On fait tout à la fois, à la sape volante, le couronnement et la communication avec la dernière parallèle. Cette dernière doit être traver^ sèe, ou faire plusieurs crochets ou tambours , pour éviter l'enfilade ; dans ce cas, il n'y a plus ni cavalier de tranchée, ni T, ni portion circulaire ; tout se réduit à une simple communication entre la parallèle et le couronnement du chemin couvert.

Le couronnement ne peut être exécuté que par la moitié des travailleurs qui ont apporté les gabions, la place manquant pour en employer davantage. Les travailleurs du rang pair s'en vont après avoir posé leurs gabions et remis leurs outils à ceux de rang impair, lesquels se trouvent ainsi pourvus d'une pelle et d'une pioche.

Le mieux est de remplir les gabions de sacs à terre, que l'on passe de main en main aux travailleurs, afin que les troupes qui ont chassé l'ennemi du chemin couvert et qui actuellement sont exposées à la fusillade de l'ouvrage en arrière, puissent promptement trouver un refuge derrière ces gabions où ils se placent genou en terre, jusqu'à ce que le logement soit en état de les couvrir.

Des Batteries de brèches.

297. De quelque manière qu'on se soit emparé du chemin couvert, il faut songer k établir les batteries de brèche EF, EF'. Cela se fait, comme pour les cavaliers, en rélargissant en arrière la tranchée du couronnement et portant les terres en avant pour répaissir le parapet. Celui qui existe déjà sert de masque devant les embrasures, de manière qu'on les peut exécuter avec toute la sécurité que comporte un travail fait si près de l'ennemi. On ne donne à ce parapet que 4 mètres d'épaisseur, si les feux de la

place soDt éteints ; on lui en donne 6, si Ton a encore à craindre les feux d'artillerie. Chaque batterie est munie d'un petit magasin de munitions g^ g' établi sur son revers au fond d'une tranchée tournante et dérobée aux coups directs.

Pour que l'embrasure ait une plongée suffisante, on écrète l'angle du glacis, ou bien on relève de 0°*,50 les plates-formes des pièces au-dessus du fond de la tranchée. Ce travail des batteries de brèche, quelque considérable qu'il paraisse, se fait aisément dans trente-six heures. On le commence avec la nuit, et k la deuxième aurore la batterie doit être armée.

Remarquons en passant que les batteries de brèche se font comme je voudrais qu'on fit habituellement celles k ricochets dans les parallèles ; ces dernières seulement seront un peu plus faciles à construire^ en ce qu'elles sont plus éloignées du feu et mieux dérobées.

Quand les batteries de brèche sont armées, on démasque leurs embrasures, c'est-a-dire que l'on renverse la gabionnade qui les obstrue , et leur feu commence contre le saillant de Touvrage que couvre le chemin-couvert, et dont on voit maintenant l'escarpe ; la brèche ne tarde pas k être faite ; il ne reste plus qu'à donner l'assaut.

298. L'artillerie coupe le mur d'escarpe par une ligne horizontale k environ deux mètres au-dessus du fond du fossé, et par autant de lignes verticales qu'il y a de pièces. Si la poussée des terres ne suffit pas pour renverser les morceaux de murailles intermédiaires, on les ébranle en tirant contre.

Des expériences faites k Metz en 1834 contre de trèsbonnes maçonneries ont prouvé :

V Qae la brèche peut éire faite dans une escarpe or* dinaire, et rendae praticable, en huit ou dix heures par des pièces de seize.

2® Qu'il faut la même quantité de poudre et de fer pour renverser une même superficie de muraille.

3^ Que, par conséquent (la charge étant toujours la moitié du poids du boulet), le nombre de coups nécessaire pour ouvrir une brèche, est en raison inverse des calibres.

Ainsi le seul avantage des gros calibres sur les petits, est le gain du temps.

Descente du fossé.

299. Pendant que les artilleurs construisaient leurs batteries ^ les mineurs s'enfonçaient k l'extrémité du couronnement ; ils pratiquaient, par un travail lent et souter* rain, une descente qui, conduisant derrière la contrescarpe, se détourne pour descendre encore au niveau du fond du fossé, où elle débouche à travers la muraille. Une tranchée H,H' conduit de cette descente au pied de la brèche. Voilà le chemin tortueux que doivent suivre les grenadiers chargés de l'assaut.

La descente se construit en galerie au moyen d'étais, et par les procédés que nous indiquerons en parlant des mines ; on bien k ciel ouvert , lorsque le fossé est peu profond : dans ce cas il faut se garantir, par un blindage^ des coups qui partent d'en haut ; on se sert pour cela des blindes décrites dans le n® 278, et l'on en forme une galerie entre deux parapets, comme l'indique la fig. 69®. Pardessus on met des fascines recouvertes de peaux fraîches, qui les garantissent de l'incendie, ou on les recouvre d'une couche de terre.

300. Pour exécuter la descente blindée on fait d'abord une sape double à la manière ordinaire, et Ton enlève k mesure le noyau de terre qui reste entre les deux sapes, de manière à former une tranchée de S'^^OO de largeur par le bas; et comme la distance entre les deux gabionnades est de 4"',00 on peut, en commençant, laisser aux terres un assez fort talus ou des bermes plus larges. Lorsqu'on s'est avancé au point de n'être plus couvert par les gabions farcis des iétes de sape, on s'arrête pour placer les blindes : on en pose deux en regard Tune de l'autre, et k une distance telle qu'elles laissent entre elles un passage de 1"',80; elles sont plantées verticalement dans toute la longueur de leurs pointes. On les relie par le haut au moyen d'une autre blinde horizontale qui embrasse leurs pointes supérieures. Quand cela est fait, et que les sapeurs, au moyen de fourches, ont recouvert de fascines ces premières blindes, ils reprennent la pioche pour continuer la sape, jusqu'à ce qu'ils aient fait la place pour de nouvelles blindes, qui seront posées comme les précédentes, et reliées avec elles au moyen des blindes horizontales, et de ^ petites traverses posées dans le haut pour empêcher le déversement que la poussée des terres pourrait occasionner.

C'est par l'extérieur qu'on règle la distance des blindes, parce que les bois pouvant être plus ou moins forts il n'y a d'invariable dans leurs dimensions que la distance intérieure entre les traverses , laquelle est de 2"',00 et fixe l'espacement des blindes verticales de droite et de gauche.

Dans un bon terrain les sapeurs font moyennement un mètre de descente blindée en trois heures. Il faut le double de temps pour la descente souterraine. Celle-ci se commence ordinairement sous une des traverses du chemin couvert, afin de pouvoir entrer en galerie plus promptement. Jusque-lk la descente est simplement blindée.

Les terres provenant de Texcavatiou de la galerie sont transportées dans des paniers et versées sur le revers des tranchées , ou en répaississenoent des parties faibles des parapets.

Que la descente se fasse en galerie ou à ciel ouvert et blindée, on calcule sa pente de manière à arriver à 1™,00 au-dessous du fond du fossé s'il est sec, et s'ira de l'eau à 0'°,30 au-dessus de sa surface.

301. On ne donne que 2"',00 de largeur au fond de la tranchée, ce qui est le strict nécessaire pour la pose des blindes. La profondeur s'augmente à mesure qu'on avance en raison de la pente, le talus des terres devient donc toujours plus rapide parce que le travail de la sape double ne permet pas de mettre les gabions de droite et de gauche h plus de 4"*,00 de distance. Aussi doit-on met* tre des fascines entre les blindes verticales et les terres pour soutenir le talus. Cela est encore nécessaire pour se garantir des coups latéraux. On peut cependant conserver des ouvertures de distance en distance pour la lumière.

Quand on est à 1"*,70 de profondeur, ou hauteur d'homme , on supprime les gabions latéraux et on se contente d'un simple parapet en terre.

On a quelque peine a faire franchir la crête du chemin couvert et la palissade aux deux gabions farcis. Il convient d'abord de les lier l'un à l'autre au moyen de branches qui les traversent dans la longueur. On leur fait un plan incliné avec des poutrelles; on les pousse avec les crocs, et ensuite on les retient au moyen de cordes ^ crochets.

Passage du fossé.

302. Le passage du fossé sec se fait, comme nous l'avons dit, par une tranchée qui joint le débouché de la descente avec le pied de la brèche, et garantit des coups latéraux ; mais lorsque le fossé est rempli d'eau, le travail devient long et pénible. Il faut alors , en jetant un grand nombre de fascines chargées de pierres, commencer par faire au débouché de la descente l'amorce d'une digue, sur laquelle on commence à placer quelques gabions remplis de sacs-k~terre pour garantir les travailleurs des coups latéraux; on pousse ensuite la digue plus avant, en posant avec ordre les fascines dans le sens longitudinal et dans le sens transversal, et en se couvrant à mesure du côté de la place.

Si l'eau est courante, le travail devient très-difficile; il faut donner à la digue un degré de solidité suffisant pour qu'elle puisse résister au choc de l'eau, et la faire assez haute pour que cette eau accumulée ne passe pas par-dessus. On se verra peut-être obligé de recommencer plusieurs fois le travail , de le consolider par des pieux plantés à la masse ; peut-être en6n tout cela sera-t-il insuffisant, et faudra-t-il essayer un pont flottant en fascines liées entre elles et soutenues par des tonnes vides; ou enfin se servir d'un pont , chose presque impossible, si tons les feux de la place ne sont pas complètement éteints.

On a aussi proposé diflerents moyens de construire la digue de manière à laisser passer l'eau par des ouvertures pratiquées en grand nombre dans son épaisseur. Ainsi on a fait l'essai de buses ou longues caisses triangulaires ouvertes par les deux bouts qui, placées proche à proche, formaient une espèce de chaussée oà il y avait plus de vide

que de plein. Dans le même bat on s'est servi de gabions ordinaires , en en liant plusieurs ensemble avec trois ou quatre perches, de manière à en former des espèces de cy* lindres, qui couchés parallèlement à la contrescarpe et en nombre suffisant pour dépasser l'eau, étaient recouverts d'une couche de terre et formaient également une digue perméable sur laquelle on élevait ensuite, et à mesure de ses progrès, un épaulement contre les feux de la place.

Assaut.

303. Lorsque le passage du fossé est achevé , que la brèche est praticable , on donne l'assaut. Les grenadiers s'élancent en colonne, et s'efforcent d'atteindre le sommet et de pénétrer dans le terre-plein de l'ouvrage. Quand une fois ils y sont, ils cherchent à s'y maintenir tout le temps nécessaire à la construction d'un couronnement de brèche, ou nid-de-pie^ que font les officiers du génie avec les gabions qu'ont apportés les travailleurs, et que ceux-<;i se dépêchent de remplir. Le travail se conduit, comme on Ta dit pour le couronnement du chemin couvert, à la sape volante, en ayant soin de laisser à droite et k gauche une ouverture pour la retraite des grenadiers qui sont postés plus en avant. La nuit favorisera cette opération si l'assaut est donné à la chute du jour.

304. Quelquefois, avant d'arriver aux premiers ouvrages d'une place, il y a un avant-fossé rempli d'eau qu'il faut traverser ; on le fait avec un pont de chevalets, sur lequel on met un épaulement en gabions remplis de sacs à terre , et fortifiés intérieurement par d'autres sacs empilés et serrés les uns contre les autres (fig. 70®). Les gabions supérieurs sont remplis de fascines dressées debout

afin de mieux couvrir sur toute la largeur do pont. Si Teao est courante dans Tavant-fossé, on peut essayer d'en diminuer la hauteur au moyen d'un canal de dérivation, comme les Français l'ont fait au siège de Fribourg en 1744.

SECTION TROISIÈME

Attaques irrégultères.

305. Il se présente souvent k la guerre de petites villes ceintes de murailles, d'anciens châteaux forts, dont il faut s'emparer. Si l'on amène du canon l'on aura bientôt raison de ces bicoques. On vient pendant la nuit se placer devant les murailles, aux endroits reconnus pendant le jour; on se dépêche d'élever une façon d'épaulement, et au jour on commence la canonnade. La muraille ne tarde pas à être renversée : on s'avance alors ; s'il y a un fossé on fait une rampe avec des fescines ou des sacs pleins de foin, et l'on donne l'assaut ; s'il n'y en a pas, on se présente immédiatement à la brèche, et Pon force le passage.

306. Mais quand on n'a pas de canon, il faut avoir recours à l'escalade; et, pour cela, feindre une attaque d'un côté pour y attirer l'ennemi , pendant qu'on plante ses échelles du côté opposé, et qu'on pénètre dans la ville. Dès que quelques hommes y sont entrés, ils courent aux portes pour les rompre avec la hache ou le pétard, et donner accès aux troupes qui sont encore au dehors. Quand on peut surprendre son ennemi une heure avant le jour, le succès es^ mieux assuré.

307. Lorsque l'escalade est impossible, il faut tenter les surprises, chercher à s'introduire dans la ville à l'insu

de reanemi, Boil en déguisant plusieurs soldats en paysans, soit en profitant des portes dérobées que l'ennemi néglige de garder^ ou des égouts et des acqueducs sur lesquels il n'a aucun soupçon.

Quand on n'a pas réussi à se ménager des intelligences dans la place, ou à y introduire des soldats déguisés , on essaie de s'en approcher sans bruit pendant la nuit, et d'y introduire, au moyen des échelles, le plus de soldats qu'on peut, avant que l'ennemi prenne l'éveil.

L'hiver est la saison la plus favorable aux surprises ; la longueur des nuits rend possible une longue marche qu'il faut nécessairement dérober; les vents qui régnent alors font qu'on n'est pas entendu, et l'épaisse obscurité permet de s'approcher sans être vu.

Pour éviter les méprises et se reconnaître dans les ténèbres, il faut que chaque soldat porte une marque bien visiblc; telle qu'un mouchoir au schako, ou la chemise pardessus l'habit; de Ik vient le nom de camisades qu'on donnait autrefois à ce genre d'expéditions.

308. On se munit de plateaux, de claies et de fascines pour passer les fossés, et de tous les instruments nécessaires pour enfoncer les portes et renverser les petits murs, tels que tenailles, marteaux, pics, haches, ciseaux, pinces, etc. ; on prépare même quelques pièces de bois pour faire l'office de bélier au besoin. Trois poutres qui s'arc-boutent et sont dressées en chevalet font la façon du support : et le bélier n'est autre chose qu'une quatrième poutre suspendue par une corde, et que deux ou trois hommes balancent et dirigent contre l'objet qu'on veut abattre. On peut aussi renverser une porte, un pan de muraille, une palissade , au moyen d'un sac de poudre, que Ton contrebutle de trois ou quatre sacs à terre. Un sapeur pose le sac de

poudre et développe un bout de 10 mètres de saucisson qui y est adapté. Trois autres sapeurs posent dessus chacun un sac h terre et se retirent. L'un d'eux, pourvu d'une mèche allumée, s'arrête un instant, met le feu à Tétoupille qui termine le saucisson et prend la course. Il faut à peine une minute pour cela.

Les surprises ne réussissent qu'avec un ennemi qui se garde mal.

309. Quoi qu'il en soit, lorsque, par d'habiles dispositions, ou par un coup de fortune, on est parvenu à s'introduire dans une place, on doit d'abord s'emparer des portes pour donner la main aux troupes qui sont encore dehors; on court au logement du gouverneur pour s'emparer de sa personne; on tâche d'interdire les casernes, de s'emparer de Tarsenal, de la place d'armes et des différents corps de garde. On conçoit que ce n'est qu'avec le secours de gens connaissant bien la place qu'on peut tenter de semblables entreprises.

310. Ne pouvant tenter une surprise, et ne voyant aucune probabilité au succès d'une escalade, il faut s'emparer de vive force des portes et des ponts-levis. Pendant que des soldats déterminés cherchent à les enfoncer, les autres protègent leur dangereuse opération par un feu de mousqueterie dirigé contre les créneaux, les fenêtres, les embrasures ou les parapets qui ont des vues sur ces portes et ces ponts. Mais une telle entreprise sans canon est bien hasardeuse sinon impossible.

311. Enfin il est des places qui, sans être aussi méprisables que les bicoques dont je viens de parler, ne sont cependant protégées que par une mauvaise fortification. Il

faut alors dresser quelques batteries, ouvrir quelques tranchées, en simplifiant les procédés et accélérant les approches par tous les moyens qui peuvent être hasardés devant une faible garnison renfermée dans une mauvaise place. Il n'y a rien de fixe à cet égard ; on ne peut établir d'autre précepte que celui-ci : sachez modifier vos méthodes et abréger votre travail , en profitant de toutes les circonstances qui vous sont favorables. Dans la guerre de la Péninsule on a souvent ouvert la brèche à la distance de 300 mètres et plus , parce que les escarpes étaient vues de toute leur hauteur des premières positions qu'on occupait. Lorsque les ouvrages qu'on attaque ne sont pas revêtus il ne faut pas moins les battre par le canon pour les labourer, rompre leurs fraises et rendre leurs talus praticables pour l'assaut. C'est avec des obus tirés horizontalement que cela se fait ; on peut même par leur moyen faire sauter partiellement les parapets et mettre k découvert , soit les murailles qui seraient derrière, soit les défenseurs euxmêmes.

Page 1