‹ Mémorial pour les travaux de guerreChapitre 30 sur 38 · RT · texte numérisé non relu

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S'agit-il de trouver, dans uo terrain ordinaire, la charge d'un fourneau dont le rayon de l'entonnoir soit double de la ligne de moindre résistance supposée de 3 mètres, on aura

alors R*T= 241,2.

Maintenant la table nous indique que, puisqu'il est question d'un terrain ordinaire, il faut multiplier cette quantité par 2,10, ce qui donne 507 livres pour la charge du fourneau.

316. On ne fait pas de fourneaux surchargés dans le roc ni dans la maçonnerie ; c'est pourquoi nous n'avons pas donné les valeurs de x relatives à ces cas; d'ailleurs les eussions-nous données, elles seraient fautives, parce que l'hypothèse de laquelle nous sommes partis pour les calculer, celle de l'égalité dans les élasticités des milieux, n'est plus vraie quand il s'agit du roc ou de la maçonnerie ; car il est certain que le roc bien homogène et le sable mouvant sont doués d'élasticités bien différentes; et cela est si vrai qu'on peut faire sauter la roche la plus dure sans bourrer le pétard qu'on y pratique, autrement qu'en le remplissant d'un sable sec et léger : le peu d'élasticité de ce sable fait plus que compenser ici son défaut de ténacité. Le même procédé ne réussit plus dans une pierre moins compacte et plus hétérogène, qui, par cette raison, a peu d'élasticité.

317. Les charges que nous venons de trouver s'appliqueront aux fourneaux ordinaires quand on fera dans leur expression le rayon de l'entonnoir égal à la ligne de moindre résistance. Supposons, par exemple, qu'il faille trou-

ver la charge d'un fourneau ordinaire de 3 mètres de ligne de moindre résistance dans une argile forte, nous aurons alors

R = 3, T = 4,27 et R*T == 38,43.

La table indique qu'il faut multiplier cette dernière quantité par 2,94 ; on trouve alors 113 livres. Mais dans le n** 314 nous avons trouvé, par une autre méthode, 112 livres pour la charge du même fourneau; la différence est d'une livre, ce qui est bien peu dans ces sortes de calculs : les deux formules se vérifient donc Tune par l'autre. La dernière a l'avantage d'être applicable à toute espèce de fourneau, et la première a celui d'être plus simple, plus facile à calculer, et de s'étendre jusqu'au roc et aux maçonneries; aussi est-ce celle qu'on emploie toujours pour calculer les fourneaux ordinaires.

318. Le rayon de l'entonnoir d'un fourneau surchargé ne peut pas s'accroître indéfiniment par l'augmentation de la charge; et le maximum où l'on soit arrivé jusqu'à présent a été de produire un rayon triple de la ligne de moindre résistance. Il ne parait pas qu'on puisse aller au delà, sans doute parce que la résistance qu'éprouvent les poudres en se dilatant par l'inflammation n'est pas assez grande à la partie supérieure pour produire horizontalement un effet plus considérable. Cela provient aussi de ce que l'inflammation de la poudre n'est pas instantanée, mais progressive, quoique très-rapide; alors les premières parties du gaz qui se développe occasionnent des crevasses dans le terrain, par lesquelles s'échappent les dernières sans produire tout leur effet.

319. L'explosion produit dans les terres qui environpent l'entonnoir une rupture d'autant plus violente que ces

terres sont plus rapprochées; et la commotion est assez forte jusqu'à une certaine distance, soit sur les côtés, soit au-dessous, pour crever les galeries et renverser les murailles qui se trouvent dans la sphère d^action ; et Texpérience a prouvé que le rayon moyen de celte sphère de rupture est à peu près égal au rayon de l'entonnoir; au delà, les galeries peuvent être crevées, mais elles ne le sont d'une manière certaine que dans cette limite.

La forme de la sphère de rupture parait plutôt être celle d'un ellipsoïde que celle d'une véritable sphère ; son action est plus grande sur les côtés que de haut en bas ; elle peut s'étendre dans un sens jusqu'à quatre fois la ligne de moindre résistance^ tandis 'qu'en dessous du fourneau elle ne va que jusqu'à deux fois cette ligne ; et voilà pourquoi j'ai dit que le rayon moyen de la sphère de rupture est égal au rayon de l'entonnoir.

L'effet d'un fourneau ordinaire s'étend assez au delà de la sphère de rupture pour qu'il faille tenir ce fourneau éloigné de toute espèce de vide qu'on veut ménager, d'une quantité égale à deux fois le rayon de l'entonnoir ; aussi est-ce là l'écartement qu'il faut donner à deux fourneaux qui ne doivent pas jouer ensemble, pour que l'explosion de l'un ne culbute pas l'autre.

330. C'est une opinion reçue, qu'on doit placer les fourneaux défensifs au plus bas possible du terrain, pour que l'ennemi ne les prenne pas par-dessous, ou que du moins il ne puisse pas s'en approcher sans en être écrasé. Mais les remarques précédentes n'indiqueraient-elles point que, pour atteindre ce but, il suffit de se tenir à une profondeur modérée, et qu'il faut plutôt viser à l'économie dans l'établissement des mines et se rapprocher du sol autant qu'on le peut? Je conçois que l'assiégeant cherche

à s'enfoncer pour donner à ses globes une plus grande puissance ; mais l'assiégé n'a pas le même intérêt k s'établir si bas ; ses mines profondes seront toujours humides, infectes, inhabitables, consommeront une grande quantité de poudre, et, quelle que soit leur position, elles n'éviteront pas le choc qui doit les pulvériser.

Une mine de 5 mètres de profondeur suiBt pour forcer le mineur assiégeant qui voudrait éviter son effet et passer par-dessous à s'enfoncer jusqu'à 10 ou 12 mètres; et certes il ne se donnerait pas plus de peine quand la mine qu'il attaque serait elle-même à 10 mètres de profondeur; seulement il la prendrait par le flanc ou l'écraserait pardessus et à la m0me distance, au lieu de la faire sauter par-dessous ; le résultat serait toujours le même pour l'assiégé. Cependant la première mine n'exige que 400 livres de poudre, tandis qu'il en faudrait 3,000 pour produire avec la seconde un entonnoir ordinaire : différence énorme quand les approvisionnements sont bornés, comme cela arrive presque toujours.

Que dirons-nous donc de ces systèmes compliqués de mines défensives h plusieurs étages qui exigent des batail-f Ions entiers de mineurs pour leur service^ et des quantités de poudre si considérables qu'on ne les saurait trouver dans aucune forteresse?

321. Si l'on doit faire jouer un fourneau dans une terre déjà pulvérisée, il ne faut compter pour la charge que la moitié de ce qui serait nécessaire si cette terre était compacte, parce qu'ainsi pulvérisée elle n'offre plus qu'une résistance moitié de la même terre restée intacte.

La colonne atmosphérique pèse autant qu'une colonne de terre de même base et qui n'aurait que T^^^OO de hau-r feur ; on peut donc assimiler la résistance de l'air à celle

d'une terre remuée de 7'",00 de hauteur, ou à celle d'une terre compacte qui ne serait élevée que de 3™,50 seulement. Si donc on établit à l'air libre un fourneau, son effet destructeur dans l'intérieur des terres pourra s'étendre k peu près jusqu'à cette limite, abstraction faite de la différence entre les élasticités de l'air et des différentes espèces de terre. En ayant égard à cette différence , qui est considérable, on concevra comment les effets de la poudre k l'air libre s'étendent k des distances très-grandes.

322. Les poudres se mettent dans un coffre bien goudronné, imperméable k l'eau. Ce coffre, qui se place au fond de la galerie de mine, et qui quelquefois doit y rester longtemps, doit être construit avec soin. Il faut que sa capacité soit proportionnée k la quantité de poudre qu'il doit renfermer; or, on sait que 65 livres de poudre ronde et non tassée occupent un cube de 0"',32 de côté, environ un pied cube. Donc, pour connaître le côté du coffre qui devra renfermer une charge donnée, il faut diviser cette charge par 65 et extraire la racine cubique du quotient: le résultat multiplié par 0"',32 donnera, en parties du mètre^ le côté de la caisse cubique. Si, par exemple, il s'agit d'une caisse pour 1,000 livres de poudre, nous diviserons 1,000 par 65, ce qui nous donnera 1 5,385, dont la racine cubique approchée est 2,49; multipliant maintenant 2,49 par 0'",32 , nous aurons 0"*,797 pour le côté de la caisse aux poudres. On prendrait 0"',80 en compte rond.

Ces calculs étant assez longs, nous plaçons ici une petite table qui dispensera de les faire.

CHARGES

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