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Avec réserve du tiers.
Ce tableau fait voir qu'une redoute de guerre ne doit pas avoir plus de 40 mètres de côté , parce qu'au delà de cette limite on aurait un espace intérieur superflu; de même qu'il ne faut pas lui donner moins de 20 mètres, si on ne veut pas y être trop à l'étroit. Ainsi, quand on aura un ouvrage à construire sur un espace plus grand que celui dont nous venons de parler, il faudra que cet ouvrage ait une autre forme que le carré, et nous profiterons de cette latitude pour donner au tracé une forme qui fasse disparaître , ou du moins qui atténue le défaut que nous avons remarqué dans les ouvrages précédents, celui d'avoir des fossés sans défense ; lequel tracé fournira en même temps le moyen de porter des feux sur les saillants, et fera disparaître le défaut des secteurs privés de feux.
Les ouvrages qui remplissent ces conditions, plus vastes et plus importants que les redoutes , fermés comme elles et se défendant par eux-mêmes, s'appellent forts ou fortins.
17. On trouve dans les traités de fortification les tracés de plusieurs fortins dont on ne peut faire nul usage , vu leur peu de simplicité. Nous nous contenterons donc de parler du fort à étoile et du fort bctstùmnéy qui sont à peu près les seuls qu'on emploie à la guerre.
Quoique les forts étoiles et même les forts bastionnés aient presque toujours dans l'application une forme irrégulière, occasionnée par l'irrégularité même du terrain sur lequel on les construit, cependant nous indiquerons ici leur tracé en plaine, comme un type dont il faudra s'éloigner le moins qu'on pourra, quand on sera forcé de l'altérer pour se plier aux ondulations du sol.
L'on fait quelquefois des redoutes d'une très-grande capacité et de forme plus ou moins irrégulière, dans l'intqntion de couronner un plateau ou une position qu'on
veut défeudre avec une troupç assez considérable ; mais ces grandes redoutes peuvent se comparer aux fortins dont nous allons parler : elles n'en diffèrent qu'en ce qu'elles n'ont point de flanquement.
Les Anglais, dans les guerres de la Péninsule de 1808 k 1812, ont fait un fréquent usage de ces redoutes irrégulières. La nature du terrain en déterminait la forme. En général elles couronnaient des sommités.
Des Forts étoiles.
18. Le fort étoile se construit sur le triangle et sur le carré ; dans le premier cas il a six pointes, et dans le second il en a huit.
Le premier, le fort à six pointes (fig. 6), se construit sur un triangle équilatéral ABC de 90 mètres de côté, en partageant chacun des côlés en parties égales, et en construisant sur la partie du milieu un triangle équilatéral tel que DEF.
Par cette disposition , le saillant E est défendu par les feux des lignes AD et BF, et les saillants^ A et B reçoivent h leur tour une défense des faces DE et EF ; en sorte que le défaut des secteurs privés de feux est bien affaibli, sinon anéanti.
Le fort étoile dont nous venons d'indiquer le tracé pèche un peu par le flanquement ; l'angle EFB étant obtus, les feux qui partent de F n'arrivent pas précisément sur le point E, en sorte que ce point ne peut être défendu que par des feux obliques , difficiles à obtenir des soldats. Cependant ce léger défaut est inévitable, parce que si l'on voulait faire les lignes EF et ED perpendiculaires aux lignes BF et AD, Tangle E, qui est actuellement de 60% et par conséquent à la limite fixée par la première règle généi;ale
établie au n^ 7, passerait au-dessous de celte limite, et par cela seul devieodrait inadmissible.
Il va sans dire que le fort étoile doit avoir une entrée mn. On place celte entrée dans un rentrant, parce que les rentrants sont les parties les moins attaquables, comme étant protégées de très-près par des feux croisés , et se trouvant les plus éloignées de l'ennemi.
Derrière la porte mn on élève une traverse pq pour en masquer l'ouverture et la défendre par des feux directs.
Du Fort à huit pointes.
19. Le fort à huit pointes se construit sur un carré ABCD de 90 mèlres de côté (fig. 7). Chacun des côtés de ce carré est divisé en trois parties égales, et sur la division du milieu on construit un triangle équilatéral EFG , de même que pour le fort à six pointes.
La longueur de 90 mètres est un maximum; on peut la réduire jusqu'à 45, nombre approchant de la limite supérieure des redoutes carrées et moitié du précédent. Ainsi les deux nombres 90 et 45 sont les limites entre lesquelles on peut tracer le fort li huit pointes par les procédés dont nous venons de parler ; de même que 40 et 20 sont les deux limites entre lesquelles on peut construire une redoute carrée, comme le tableau du n^ 16 le fait voir. Les limites 90 et 45 servent également pour les forts à six pointes.
De même que dans le fort à six pointes, les angles saillants sont flanqués un peu obliquement; mais ce défaut n'est pas tellement capital, que, pour le corriger, il faille entrer dans des constructions qui s'éloignent de la simplicité si nécessaire dans les ouvrages de campagne, qu'on est appelé presque toujours à tracer rapidement et souvent
saus autre secours que celui du simple coup d'œil. Nous ne dirons donc rien de ces perfectionnements dans le tracé, perfectionnements qui ne deviennent sensibles que sur le papier, et qui ne sauraient prolonger la défense d'une seule minute.
Il faut s'éloigner, répétons-le, de l'esprit de minutie, si contraire aux belles conceptions militaires , qui n'a jamais que des vues étroites, et perd de vue l'ensemble pour courir après des détails de peu d'importance.
L'entrée mn se fera dans un rentrant, comme pour le fort à six pointes , en ayant soin toujours de la masquer par une traverse pq.
Remarquons un léger avantage du fort à huit pointes sur celui à six , c'est que les quatre angles Â, B, C, D offrent plus de solidité que les quatre autres, parce qu'ils sont plus ouverts, tandis que dans le fort à six pointes tous les angles sont au minimum. Mais un avantage plus véritable, et qui doit faire préférer le fort k huit pointes, c'est que sa capacité intérieure est plus considérable même à développement égal.
20. Il se peut qu'au lieu de construire le fort h huit pointes sur le carré inscrit, on se propose de le tracer au moyen du carré extérieur. Alors on emploiera le tracé suivant, moins simple que celui que nous venons de détailler, mais cependant très-exécutable sur le terrain, et surtout nécessaire aux officiers dont le coup d'œil est peu exercé, et qui veulent être sûrs que leur tracé ne sortira pas du terrain dont ils peuvent disposer.
Le carré circonscrit ABGD (fig. 8 ) doit avoir 120 mètres de côté pour que le fort ait a peu près les mêmes dimensions que celui dont nous avons indiqué le tracé dans le numéro précédent.
On mène les deux diagonales ÂD et BC, et Ton joint par des droites EF les milieux F et Ë des cdtés du carré. On partage ensuite AO en trois parties égales, el le premier point de division M indique Tangle saillant d'une des pointes de l'étoile, et les deux points F et Ë les mêmes angles des deux pointes voisines; il ne reste plus qu^à avoir la direction des faces de ces pointes. Pour cela, on prendra la moitié de MO, que l'on portera de en P ; puis on joindra PF et PË. Ën6n, ou prendra MO, que l'on portera sur PF et PË à partir du point P; et on joindra MX et MY. En répétant cette opération sur les quatre angles du carré primitif le fort sera tracé.
La longueur de 120 mètres, que nous avons assignée au côté AB, est la plus grande qu'il convienne de lui donner, parce qu'au delà on obtiendrait pour les faces du fort étoile des lignes plus grandes que celles que nous avons indiquées pour maocimum dans le numéro précédent, et, de même que dans ce numéro, nous prendrons 60, moitié de 120, pour la limite inférieure. Ainsi , on pourra construire le fort k huit pointes par le moyen du carré extérieur, en donnant aux côtés de ce carré une longueur comprise entre les deux limites 120 et 60 mètres.
n est k remarquer que le tracé que nous venons de décrire laisse dans le carré ABCD- un grand espace perdu, tel que le fort n'en occupe guère que la moitié. Cet inconvénient a fait chercher un autre tracé pour employer plus utilement un espace donné ABCD, lequel eût en même temps l'avantage de porter les saillants de l'ouvrage aux angles du polygone. On y a surtout été conduit par la nécessité de mieux défendre les fossés qu'ils ne le sont dans les forts k étoile. Il est, en effet, facile de voir que, dans chacun des angles rentrants de ces forts, l'ennemi peut trouver au fond du fossé un abri sûr contre les coups
des défenseurs. Ces angles , ainsi privés de défense , se nomment angles morts. Le tracé du fort bastionné les fait éviter; aussi ce tracé est-il ajuste titre regardé comme le plus parfait.
Du Fort bastionné. -
21. Le fort bastionné, considéré comme ouvrage de campagne, ne doit être construit que sur le carré et le pentagone.
Soit donc ÂB ( fig. 9 ) un de ces côtés : voici les opérations ^ faire sur ce côté, ainsi que sur tous les autres, opérations qui seront indépendantes de la valeur numérique de AB, c'est-à-dire qu'elles seront les mêmes, quelle que soit ÂB. Cette indépendance, qu'on a du remarquer dans le tracé du fort à étoile, offre un grand avantage pour plier l'ouvrage au terrain, et faire varier la longueur de ses côtés, suivant le besoin.
Sur le milieu G du côté ÂB on élève une perpendiculaire CD égale au 7$ ^^ ^^^^ ^^^ ^' '^ ^^^^ ^^'^ ^^^^ carré; ou au V?* ^'i^ ^^î^ ^^^^ pentagonal. On mène les lignes ÂD et BD, sur lesquelles on porte, à partir des points  et B, deux fois la longueur de CD; et, des points E et F ainsi obtenus, on abaisse des perpendiculaires EG, FH sur les lignes ÂD et BD prolongées. Enfin on réunit par une droite les deux points G et H, et le tracé est achevé.
Répétant la même opération sur les autres côtés du polygone, on aura autant de parties saillantes semblables à GEÂIK qu'il y a d'angles dans le polygone. Ces parties saillantes, qui affectent la forme des lunettes, sont ce que les ingénieurs nomment des bastions.
L'ensemble des lignes que nous venons d'indiquer
forme ce qu'on appelle particulièrement un front de fortification , quoique ce nom convienne également aux tracés que nous avons déjà indiqués, et qui, comme celai-ci, ne font que se répéter sur les différents côtés du forlin.
22. Si l'on plaçait en avant du front bastionné une lunette mnopqy flanquée par ce front, et doot les fossés débouchassent dans ceux du fort, cette lunette, destinée à couvrir une communication, prendrait le nom de demi^ lune. On fait rarement des demi-lunes dans les forts de campagne ; on en fait presque toujours, au contraire, dans les fronts bastionnés des places de guerre; elles jouissent, dans ce cas, de propriétés éminemment défensives.
23. Il résulte évidemment de la disposition précédente qu'il n'est aucun point en avant du front AB qui ne soit vu et battu efiScacement; et, si les dimensions de ce front ne sont pas trop petites , le relief des parapets n'empêchera pas la ligne GE de découvrir le fond du fossé de D en H, et la ligne FH de battre la partie GD du même fossé; et ces lignes découvriront encore mieux les fossés en âE et 6F. En sorte que, dans le fossé tout aussi bien qu'au dehors, il n'est aucun point qu'on ne puisse battre.
24. Nous avons dit que pour le carré la perpendiculaire CD devait être égale au Ys ^" ^^^é extérieur AB, et que dans le pentagone elle en est le Y?- La raison de cette différence consiste dans l'ouverture qu'il convient de donner aux angles A et B, ouverture qui, comme nous le savons^ ne doit pas être moindre que 60**. Or, on resterait en-dessous de cette limite, si, dans le fort bastionné de forme carrée, on donnait à la perpendiculaire CD le
septième du côté ÂB, comme on le fait quand le fort est pentagonal.
Les lignes EG et FH sont perpendiculaires aux lignes BG et AH, pour se conformer à la seconde règle générale que nous avons donnée dans le n^ 10, règle qui prescrit de faire perpendiculaires entre elles les lignes qui se flanquent.
25. Les difi(érentes lignes du tracé que nous venons d'indiquer ont reçu des premiers ingénieurs des noms que Tusage a consacrés, et qu'il est nécessaire de connaître.
La ligne ÂB se nomme le côté extérieur du polygone, ou simplement ligne extérieure.
CD est la perpendiculaire.
AH et BG les lignes de défense.
AE et BE les faces.
EG et FH les flancs.
GH la courtine.
Les angles ont aussi leurs noms particuliers :
A et B sont les angles saillants ou angles flanqués.
E et F les angles d'épaule.
G et H les angles de courtine.
26. 11 nous reste k dire quelle est la longueur que l'on donne au côté extérieur AB.
Cette longueur ne doit pas être moindre que 100 mètres ni dépasser 200, c'est-à-dire qu'on peut donner au côté extérieur toutes les longueurs entre 100 et 200, ce qui offre une très-grande latitude, et rend le tracé du fort bastionné applicable à presque tous les terrains.
27. Il semblerait que, puisque le tracé du front bastioDué est le meilleur de tous, on dût l'employer k la place de celui des forts à étoile ; mais daos les limites étroites où ces forts peuvent être construits, le front bastionné ne laisserait pas une capacité intérieure suffisante, et quand on voudrait rester au-dessous de la limite inférieure que nous venons d'assigner, le fossé vers le milieu de la courtine cesserait d'être vu k cause du relief du parapet, et le fort bastionné ne vaudrait guère mieux alors que celui à étoile ; d'autant plus que dans ce cas les flancs auraient si peu de longueur, que la plus grande partie en serait obstruée par le parapet de la courtine. Voilà donc la limite inférieure motivée ; quant k la limite supérieure^ elle est fixée par la portée des armes dont Finfanterie se sert habituellement, c'est-k-dire par la bonne portée du fusil de munition. Il est visible, en effet, que le flanc HF devant défendre le saillant À, doit en être k une petite portée de mousquet ou k une distance moindre que 180 mètres, portée k laquelle on peut encore ajuster. Or, k la limite supérieure, la ligne de défense ÂH a environ 150 mètres; donc il n'est pas convenable de la dépasser. Et nous suivons ici dans l'établissement de cette limite une troisième règle générale qui doit diriger l'ingénieur dans ses dispositions, règle qui trouve naturellement sa place en cet en-droit ; la voici :