CHAPITRE SIXIEME
comte, je sortis aussi content de son jugement que de son esprit.
Quelques jours après, Mme de Courteille me fit prier de passer chez elle. Elle m'apprit que le comte d'Hallweil était venu la voir, qu'après lui avoir raconté tout ce qui s'était passé entre nous, et l'avoir assuré que ce mariage aurait fait son bonheur, que sa femme l'approuvait, il fallait y renoncer parce que sa fille me trouvait trop vieux, et qu'ils s'étaient fiiitune loi l'un et l'autre de ne pas contrarier sa volonté. Ne voulant pas se charger lui-même d'une commission désagréable qui l'affligeait véritablement, il avait prié Mme de Courteille de me dire ce qui en était et de m'exprimer tous ses regrets.
La manière dont toute celte affaire s'était arrangée ne pouvait pas m'en laisser de bien vifs. Cependant, comme ce mariage m'avait parfaitement convenu, il me donna de l'indifférence pour d'autres. On me fit encore plusieurs propositions que je refusai, et mon incertitude sur mon changement d'état recommença de nouveau.
Un matin que j'étais comme a mon ordinaire dans ma petite maison du Gros-Gaillou, on m'annonça le comte d'Hallweil qui était venu mystérieusement en fiacre. Je le fis passer dans mon cabinet, et après un court préambule, il me parla à peu près ainsi.
— Mme de Courteille a dû vous dire, monsieur, les raisons qui avaient déterminé ma fille à vous refuser.
et VOUS savez que nous nous sommes fait la loi de ne point la contraindre. J'avais prié aussi Mme de Courteille de vous dire combien Mme d'Hallweil et moi nous étions fâchés que cette affaire eût manqué. Mais la manière franche et ouverte avec laquelle vous avez commencé à traiter avec moi m'a déterminé à agir de même à votre égard. Ma fille est un assez bon parti pour n'avoir pas besoin de se jeter à la tête de qui que ce soit. Aussi, ne prenez ma démarche que comme une preuve d'estime pour vous, et qui peut même n'avoir aucune suite. Je vous propose donc de venir nous voir de temps en temps, sans paraître même songer au mariage. Je connais ma fille; je sais combien elle est sensée pour son âge, et quoiqu'elle ait été effrayée d'avoir pour mari un homme qui a le double de son âge, en vous connaissant davantage, en prenant des informations sur votre manière d'être, je ne serais pas étonné qu'elle ne changeât d'opinion. Mais encore une fois, si vous acceptez ma proposition, ne la regardez pas comme un engagement de ma part. C'est une démarche de confiance que je fais à l'insu de ma femme et de ma fille, et si elle ne remplit pas d'autre objet, elle vous prouve du moins mon estime, et le désir que j'ai de m'allier à vous, par la conviction où je suis que '^'ous feriez le bonheur de ma fille.
Je fus très touché de sa manière d'agir, et lui promis de faire ce qu'il désirait. Je vous dois, mes enfants^