‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 108 sur 179 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

et moi en fûmes les commissaires du roi. Le peu de temps qu'ils ont duré a empêché d'en voir l'utilité; mais la g^estion en était plus chère que celle des intendants, et les avantagées ne m'en sont pas encore bien démontrés. Peu après la tenue de ces États, qui occasionnèrent beaucoup de dépenses, nous revînmes à Paris. M. Necker tenait alors le timon des affaires.

Ce Genevois, d'abord banquier, s'était fait connaître par un éloge de Colbert et des ouvrages contre M. Turgot et les économistes. Sa femme tenait une espèce de bureau d'esprit où les économistes étaient admis. Un M. de Pezay (l) , faiseur d'opéras comiques et de petits vers, avait trouvé moyen d'avoir une espèce de correspondance secrète avec Louis XVI ; il avait poussé M. Necker près du roi et de M. de Maurepas, en lui faisant donner une place subalterne sous le contrôleur général. Mais la supériorité de son esprit et les intrigues de son ami le placèrent bientôt dans la première sous le titre de directeur. Ses formes républicaines^ son éloquence, le mot de vertu qu'il avait toujours à la bouche, la mode enfin lui excitèrent des enthousiastes. Peut-être alors en méritait-il. Mais l'excès de son amour-propre, le crédit que lui donnaient les banquiers et les capitalistes lui tournaient la tête.

(1) Le marquis de Pezay, mort en 1777, auteur de quelques ouvrages de littérature et d'histoire, oubliés aujourd'hui. Il avait appartenu à l'année eoiunie capitaine de dragons. Il fut aussi major général des logis et inspecteur général de la défense des cotes.

Il voulut entrer au conseil, et voyant M. de Maurepa^ toucher à sa fin, il se flatta de le remplacer et de gouverner le roi de France.

Un compte rendu qui laissait voir de grandes ressources lui fit avoir beaucoup de partisans, et le nombre en eût été encore plus grand si un mémoire qu'il avait feit pour le roi, où il disait beaucoup de mal des parlements et des financiers, ne lui eût fait des ennemis de tous ceux qui tenaient à ces deux corps. M. de Maurepas, parlementaire par habitude et par goût, partagea leur sentiment. Un prétexte de religion ferma l'entrée du conseil à M. Necker. Il quitta, regretté d'une partie de la nation et même de la cour, où il avait su se faire des partisans, malgré ses formes sévères.

Sa place fut donnée successivement à M. de Fleury, d'Ormesson, de Galonné et l'archevêque de Sens (1). Mais Necker ne voulut pas être oublié pendant qu'il était loin des affaires. Il fit un ouvrage sur les finances de la France, où il y a de très bonnes choses et des vérités qu'on ne pouvait savoir que par ceux qui ont été à la tète des finances. Il établit une querelle polémique avec M. de Galonné pour défendre son compte rendu, que celui-ci attaquait, et ce dernier, à cause de quelques phrases peu obligeantes, le fit exiler. La persécution aug^menta sa célébrité et le nombre de ses parti-

(1) De l'archevêché de Toulouse, Loménie de Brienne avait passé à celui de Sens.

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